L'Architecture romane

Édouard Corroyer · Chapitre 26 sur 37

Pages du PDF

L'Architecture romane

Chapitre VI

constructions subsistent encore[69] (fig. 124 et 125).»

 

CHAPITRE VI

É G L I S E D ’ O T T M A R S H E I M ( A L S A C E ) . — É G L I S E

D E R I E U X - M É R I N V I L L E ( F R A N C E ) . — É G L I S E D E

C A M B R I D G E ( A N G L E T E R R E ) .

 

La chapelle du palais de Charlemagne, construite à Aix, à l’exemple de Saint-Vital de Ravenne, qui avait été lui-même élevé sur le modèle du Temple d’or que Constantin fit construire à Antioche en l’honneur de la Vierge, eut une grande influence sur les progrès de l’art dans les pays voisins. Cette forme nouvelle, importée d’Orient et adoptée par le plus puissant souverain de son temps, ne pouvait manquer d’être imitée surtout par les architectes francs, qui reçurent plus directement les rayons de l’art carolingien.

 

[Image non

disponible.]

FIG. 122.—ÉGLISE

D’OTTMARSHEIM

(ALSACE). (Plan.)

 

L’église octogone d’Ottmarsheim, dans la haute Alsace, fut bâtie, selon les chroniqueurs romans, par le frère de Vernher, évêque de Strasbourg, fondateur d’une abbaye de l’ordre de Saint-Benoît: Rodolphe de Souabe, anti-empereur en 1077 et célèbre par le rôle qu’il joua à cette époque dans la querelle des Investitures.

L’imitation de l’église carolingienne d’Aix-la-Chapelle est presque complète. La nef centrale d’Ottmarsheim est un octogone couronné par une coupole ovoïde

 

[Image non disponible.]

FIG. 123.—ÉGLISE D’OTTMARSHEIM (ALSACE).

(Coupe longitudinale.)

 

dont les dispositions, réduites dans leurs dimensions, sont identiques à celle d’Aix-la-Chapelle. Cette coupole s’élève également sur des piles reliées par des arcades superposées; les unes, inférieures, correspondant aux bas côtés du pourtour; les autres à la galerie supérieure surmontant ce bas côté. Mais la différence s’établit par la forme du mur extérieur; il n’est plus à seize pans comme il l’est à Aix; il reste octogone, et les voûtes superposées du bas côté forment des compartiments alternativement carrés ou triangulaires.

A Aix-la-Chapelle, l’architecture romane s’annonçait; elle s’affirme à Ottmarsheim par l’emploi systématique des arcs-doubleaux dans les voûtes; cependant l’influence de l’art byzantin est encore très caractérisée par l’absence de contreforts et par les détails de la construction.

 

Le monument de Rieux-Mérinville, près de Carcassonne, dont la construction remonte à la fin du XIᵉ siècle, est évidemment une des nombreuses imitations de l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem.

 

[Image non disponible.]

FIG. 124.—ÉGLISE DE RIEUX-

MÉRINVILLE (FRANCE). (Plan.)

 

Les églises circulaires ou celles qui se rapprochent de cette forme, par le nombre plus ou moins grand des côtés inscrits dans le cercle, sont fort rares en France et même dans le reste de l’Europe.

Le plan de l’église de Rieux-Mérinville est un polygone de quatorze côtés, enveloppant un heptagone qui forme le centre de l’édifice; au-dessus des sept arcades, supportées par des colonnes ou des faisceaux de colonnettes, s’élève une coupole sur le plan du polygone intérieur, dont les pans se perdent en moulant vers le sommet ovoïde.

Le mur extérieur se compose de quatorze pans, dont chaque angle est renforcé à l’intérieur et à l’extérieur par des colonnes engagées qui maintiennent la poussée des arêtiers de la voûte intérieure. Cette voûte, couvrant le bas côté enveloppant toute la nef centrale, est en quart de cercle, et elle est très judicieusement construite en demi-berceau contrebutant la coupole centrale,

 

[Image non disponible.]

FIG. 125.—ÉGLISE DE RIEUX-MÉRINVILLE (FRANCE).

(Coupe.)

dont chaque pan est maintenu par deux de ces demi-berceaux. Chaque pan du mur d’enveloppe est décoré à l’intérieur d’une arcade plein cintre retombant sur des colonnettes correspondant dans l’angle intérieur aux colonnes engagées renforçant chacun des angles extérieurs; au-dessus de ces arcades, de petites fenêtres largement ébrasées à l’extérieur éclairent, insuffisamment d’ailleurs, l’intérieur de l’église. La porte principale est à l’ouest, et une petite porte, beaucoup plus richement décorée, s’ouvre au sud.

Le parti architectonique de ce curieux monument indique très nettement l’influence byzantine, de même que les détails et surtout la sculpture conservent des traces accusées des traditions latines mêlées aux premières manifestations de l’art roman nouveau. Les chapiteaux, très finement sculptés, imitent les feuilles d’acanthe corinthiennes confondues avec l’ingénieuse ornementation du XIIᵉ siècle, très marquée par la fine ciselure des tailloirs, aussi bien que par la somptuosité toute méridionale de sa sculpture décorative.

 

[Image non disponible.]

FIG. 126.

ÉGLISE DU SAINT-SÉPULCRE, A

CAMBRIDGE (ANGLETERRE).

(Plan.)

 

L’église du Saint-Sépulcre de Cambridge paraît avoir été construite à l’imitation de la chapelle palatine de Charlemagne plutôt qu’à l’exemple de la célèbre église élevée à Jérusalem sur le tombeau du Christ.

Suivant les auteurs anglais, elle serait la plus ancienne des églises rondes de l’Angleterre et elle remonterait à Henri Beauclerc qui mourut en 1135 ou, tout au moins, à la première moitié du XIIᵉ siècle.

Elle a beaucoup d’analogie, comme parti architectonique, avec l’église de Peterborough qui est certainement une imitation des églises normandes

du XIᵉ siècle (fig. 116 et 117). Dans tous les cas, l’influence de

 

[Image non disponible.]

FIG. 127.—ÉGLISE DU SAINT-SÉPULCRE, A CAMBRIDGE

(ANGLETERRE). (Coupe.)