Le plus beau lundi de ma vie tomba un mardi !
La kermesse
Gino avait facilement trouvé une place pour se garer aux abords de l’école. Cela l’avait étonné, d’ailleurs. Il s’attendait à trouver l’endroit collapsé.
Il descendit de sa voiture, cala sa pile de cartons à pizza sous le bras et avança d’un air triomphant vers l’école. Ah, la tête que fera Noah en me voyant, se disait-il. Lorsqu’il se trouva devant la grille close, il s’interrogea. N’auraient-ils pas dû la laisser ouverte afin que les parents puissent entrer et sortir à leur guise de l’établissement ? Il devait s’agir d’une mesure de sécurité. La dernière chose que l’on désirait était qu’un fou débarque dans l’école, une arme au poing, bien déterminé à faire un carnage. Le journal télévisé était plein de ce genre d’actualité. La grande facilité avec laquelle on pouvait se procurer une arme aux États-Unis afin de se défendre permettait aux voyous de s’armer afin de les attaquer. C’était le serpent qui se mordait la queue. Et cela semblait ne pas avoir de fin.
Où se trouvaient donc tous les parents ? Aucun mouvement, personne sur les trottoirs, l’image d’un collège le samedi matin, fermé, silencieux, paisible. Tout cela n’allait pas avec le concept de kermesse que Gino s’imaginait. Une kermesse était une fête. Il devait y avoir du bruit, du passage, de l’ambiance. Il se sentit ridicule, soudain, avec ses pizzas sous le bras. Ses pizzas qui seraient bientôt froides.
Il actionna la poignée du portail de l’établissement de sa main libre, mais il ne s’ouvrit pas. Il chercha une sonnette, la trouva, appuya dessus et attendit.
Un homme sortit du grand bâtiment gris quelques minutes plus tard et vint à sa rencontre.
— Bonjour, je suis le papa de Noah D’Amico. Par où faut-il entrer pour la kermesse ?
— La kermesse ? Quelle kermesse ?
— Eh bien… je… Mon fils est à la kermesse de l’école. J’ai apporté quelques pizzas.
— Y a pas de kermesse, répondit l’homme d’un ton exaspéré. Encore un père qui s’est fait avoir par les bobards de son fils, on dirait. Vous êtes pas le premier et vous serez pas le dernier.
Cela dit, il haussa les épaules, tourna les talons et regagna le bâtiment. Gino le regarda disparaître, incrédule, muet, le visage aussi rouge que la sauce de ses pizzas.
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