Le plus beau lundi de ma vie tomba un mardi !

Camille Andrea · Chapitre 22 sur 53

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Le plus beau lundi de ma vie tomba un mardi !

Le coup

 

— Bon, ce ne seront pas toutes ces histoires que je te raconte et le temps que je te fais perdre qui te donneront des signatures, mon garçon, s’excusa Jacob.

Alerté par un bruit venant de l’extérieur, il s’était levé et avait regardé un instant par la fenêtre. On sentait bien que, même s’il scrutait la rue – à la recherche de quoi, seul lui le savait –, il n’était déjà plus là. Il semblait perdu dans ses pensées, dans son passé.

— À vingt-huit ans, je travaillais comme apprenti imprimeur dans une presse en Allemagne. Je ne sais pas si je te l’ai déjà dit. Je ne sais plus ce que je te dis ou ce que je ne te dis pas. Il y a tellement de choses que je dois cacher de mon passé. Les souvenirs s’emmêlent. Bref, je falsifiais des documents. J’étais un génie, à ce qu’on disait. On m’appelait même le Léonard de Vinci de la fraude documentaire.

Le vieux tira une carte d’identité de son portefeuille et lui expliqua toutes les techniques.

— Tu vois, il y a le look alike, c’est quand on utilise un vrai passeport volé à une personne qui nous ressemble physiquement. Il y a le contrefait, c’est-à-dire que l’on fabrique tout le document de A à Z. Il y a le falsifié, c’est quand on prend un vrai document et on change juste quelques informations dessus, un nom ou la photo d’identité. C’est le plus dangereux. Il faut être un expert pour que cela ne se voie pas.

Le vieux lui indiquait aussi les types d’impression. À la machine à écrire, à aiguilles. C’était un monde passionnant. Plein de couleurs, de magie.

— Mais le moment le plus gratifiant, c’est quand une personne passe une frontière ou un contrôle avec ton document et qu’il n’est pas inquiété. Alors tu sais que tu n’as pas travaillé pour rien. Et avec moi, ils n’étaient jamais inquiétés. C’était ma fierté. Du bon boulot. J’en ai sauvé, des familles.

— C’est bien que tu aies fait tout cela. Tu as permis à des clandestins de passer des frontières pour retrouver leur famille, trouver du travail. Il ne devrait pas exister de frontières, le monde devrait être à tout le monde. Si nous étions tous aussi mélangés, il n’y aurait pas autant de racisme. On saurait vivre ensemble depuis longtemps, avec nos différences, nos religions, nos positions prises, nos coutumes. Le monde serait cosmopolite. Le monde serait plein de bonnes personnes. Comme toi.

Le vieux baissa la tête.

— Tu sais, Noah, nous avons tous notre part d’ombre…

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