Le sorcier de Linn
Chapitre 6
La défaite que Czinczar et ses hommes avaient subie quelques mois auparavant n’avait pas été un désastre complet. Avant de lancer à son armée l’ordre de capitulation, ce remarquable logicien avait examiné la situation.
En mettant les choses au pire, il ne serait pas mis à mort immédiatement, mais réservé pour une exécution publique ultérieure. Ses hommes, bien entendu, seraient vendus comme esclaves, à moins qu’il ne parvînt à persuader le Seigneur Clane de maintenir son armée en corps constitué. Pour ce faire, il devait convaincre le mutant qu’une telle force pouvait lui être utile.
Puisque son raisonnement était édifié sur des bases saines, tout se passa comme il l’avait espéré. Clane transféra l’armée barbare, en même temps que des unités d’élite composées d’esclaves rebelles, dans un territoire montagneux aisément défendable. S’étant assuré le contrôle de l’invincible sphère d’énergie, le mutant considérait qu’il avait la situation bien en main. D’autre part, il soupçonnait, à juste titre, que Czinczar avait maintenu un certain nombre de ses astronefs dans l’espace, où il pouvait toujours entrer en contact avec eux.
— Ces vaisseaux vous permettaient de rentrer à votre planète, le cas échéant, avait-il dit – à l’époque – au chef barbare. Mais je vous préviens, ne prenez pas une telle initiative sans ma permission. Vous devez savoir que je puis vous trouver et vous détruire à tout moment.
Czinczar n’en doutait pas. En outre, il n’éprouvait pas le désir de rentrer sur Europe. De grands événements se préparaient et il avait bien l’intention d’y jouer son rôle.
Il commença hardiment ses préparatifs.
Des astronefs isolés furent préparés en vue de raids. Les hommes désignés pour leur servir d’équipage protestèrent avec virulence lorsqu’on leur intima l’ordre de se raser la barbe. Mais leur chef demeura intraitable. Individuellement, les vaisseaux se posaient, au coeur de la nuit, en des points soigneusement choisis, aussi éloignés que possible de la cité de Linn. Des hommes glabres, habillés en Linniens, bondissaient aussitôt de leurs flancs. Ils tuaient uniquement des hommes – qu’ils fussent esclaves ou citoyens linniens – et, pendant des mois, prélevaient sur les vastes réserves le grain, les fruits, les légumes, la viande et tous les métaux et le bois dont une armée a besoin.
Clane avait assigné aux prisonniers le régime minimum susceptible d’assurer leur existence. Moins d’une semaine après la reddition, ils dévoraient déjà la substance du pays. De tous les feux de montagne parvenait un fumet de viandes rôties. Au bout de quelques semaines, plusieurs femmes étaient chargées d’entretenir chacun des feux. Czinczar donna l’ordre que seules les femmes esclaves fussent amenées au camp, cependant que les Linniennes capturées par erreur devaient être mises à mort sur-le-champ.
Chacun fut d’accord sur la sagesse de cette mesure, mais chose curieuse, nulle femme ne fut exécutée. Czinczar comprit que les Linniennes, conscientes du sort qui les attendait, n’étaient que trop heureuses de se faire passer pour des esclaves. Et ainsi, la mesure sanguinaire s’avéra rentable. Un vaste camp où le désordre le plus complet aurait pu régner fonctionna, pendant des mois, avec une haute efficacité.
D’autre part, dans le bouleversement intervenu dans la vie linnienne du fait de l’invasion barbare et de la présence de l’astronef géant, leurs violences et leurs rapines passaient pratiquement inaperçues, et c’est tout juste si l’on soupçonnait leur existence.
L’intervention de l’astronef géant augmenta encore leur audace. En plein jour, des astronefs barbares se posaient à proximité des villes et franchissaient les postes de garde par petits groupes, sans attirer l’attention. Ces petites unités d’espions rapportaient de tous les points de l’empire des renseignements précieux au plus grand génie militaire de l’époque. Résultat : Czinczar avait su à l’avance qu’une attaque allait se produire contre l’astronef géant, de même qu’il en connaissait la nature.
La nuit de l’opération, il était pleinement conscient de l’enjeu immense de la partie qui allait se jouer. Il avait personnellement accompagné les hommes qui se dissimulaient, à portée de flèche, du coffre contenant la sphère d’énergie. Il attendit que la boule lumineuse se fût évanouie en direction du gigantesque vaisseau ennemi. Puis il lança un ordre. Le petit groupe de barbares se précipita sur la cinquantaine de gardes qui assuraient la surveillance du coffre.
Les ténèbres retentirent des cris horrifiés des hommes égorgés. Mais le silence se rétablit rapidement. Les barbares se débarrassèrent des morts, en les précipitant du haut d’une falaise voisine. Puis ils attendirent le retour de la sphère.
Elle apparut subitement. L’instant précédent, il n’y avait rien dans le coffre, et une seconde après elle avait repris son va-et-vient tranquille. Czinczar ne put se retenir de la considérer avec une curiosité mêlée d’effroi. Ce n’était pas la première fois qu’il la voyait, mais à présent il se rendait mieux compte de sa puissance.
— Apportez-moi une lunette, dit-il à voix haute, je pourrais aussi bien profiter de ce moment de répit pour examiner l’intérieur de cette boule.
Il s’agissait là d’une idée nouvelle ; et la méthode utilisée était des plus primitives. Deux hommes introduisaient légèrement la longue et étroite lunette dans la paroi extérieure de la sphère et suivaient ensuite ses évolutions aussi fidèlement que possible. C’était un problème de synchronisation, et le rôle de Czinczar était le plus difficile de tous. Il se déplaçait le long du coffre, un oeil collé à l’oculaire, en s’efforçant de modeler son pas sur le va-et-vient de l’objet.
La première image qui frappa sa rétine fut à ce point différente de tout ce qu’il aurait pu prévoir, que sa vision se troubla et il se trouva décalé par rapport à la sphère. Il régla de nouveau son pas et sa surprise ne fut pas moins grande, comme si son esprit avait déjà rejeté le témoignage de son oeil.
Devant lui s’ouvrait un univers d’étoiles. Il recula plein de trouble, s’efforçant d’appréhender la gigantesque, la fantastique réalité. Puis il reprit le rythme et regarda. Lorsqu’il se redressa, il tentait déjà d’interpréter ce qu’il avait vu.
A son avis, la sphère devait être un trou dans l’espace. Déconcerté, il la regardait aller et venir d’un mouvement régulier. Comment était-il possible qu’une simple boule lumineuse pût constituer une ouverture sur l’infini ?
Il fit signe à ses hommes d’emporter la lunette et enfonça son doigt dans la sphère. Il n’éprouva aucune résistance, pas la moindre sensation.
Le doigt finit par enfler légèrement, et il se souvint que les mineurs qui exploitaient les météores avaient déclaré que l’espace n’était pas froid, mais qu’il était essentiel de porter un scaphandre étanche. C’est l’absence de pression qui avait déterminé l’enflure de son doigt.
Il se demanda s’il avait atteint à une certaine profondeur de l’espace. Un doigt sortant de nulle part s’agitant dans le vide. Le front pensif, il s’écarta de la sphère et s’en fut s’asseoir sur un rocher. A l’est, le ciel commençait à pâlir, mais il ne bougeait toujours pas et ses hommes attendaient en vain l’ordre de départ. Il entendait fournir à Clane le moyen d’utiliser la sphère contre les monstres ennemis.
Lorsque le soleil parut au-dessus de l’horizon dentelé, il sauta sur ses pieds et fit transporter sphère et coffre dans un vaisseau en attente. Celui-ci avait la consigne de sortir rapidement de l’atmosphère et de s’installer sur une orbite, autour de la Terre.
Czinczar se souvenait fort bien que Clane avait dû se rendre à la cité de Linn, avant de pouvoir utiliser la sphère contre lui. Il avait également remarqué qu’il fallait la transporter à proximité de l’objet contre laquelle on désirait la lâcher.
Maintenant, l’arme la plus redoutable que l’esprit de l’homme eût jamais conçue se trouvait en sa possession.
Néanmoins, il n’était pas satisfait. Il arpentait la pièce qui lui servait de quartier général et examinait pour la centième fois sa position. Plusieurs années auparavant, il avait découvert le secret du pouvoir et du succès. Et maintenant, parce que le tableau n’était pas complet, il se sentait pris de malaise.
Des hommes entraient et sortaient de la pièce.
Des espions apportant des renseignements. Le vaisseau étranger était capturé. Jerrin était mort. Clane avait refusé de tirer avantage de cette mort et avait donné la consigne à ses partisans de ne pas s’opposer à l’accession de Calaj à la charge suprême.
Lorsque l’homme qui lui avait apporté cette information eut disparu, Czinczar secoua la tête, tant son étonnement était grand. Personnellement, il n’aurait pas eu le courage de s’abstenir de s’emparer du pouvoir dans un moment aussi opportun. Il ne comprenait d’ailleurs pas le raisonnement qui avait dicté à Clane sa conduite, si bien que, à ses yeux, les événements prenaient un aspect quelque peu surhumain.
Il se sentait indécis. Il avait eu l’intention de s’emparer du vaisseau gigantesque, en profitant de l’absence de Clane. Ses hommes avaient exécuté les préliminaires de l’attaque, avec une précision chronométrique, mais il ne leur donna pas l’ordre final.
Six jours après la mort de Jerrin, un messager lui remit un billet de Clane lui enjoignant de se rendre à bord du vaisseau géant capturé. Czinczar redoutait le pire, mais, à moins d’entrer en rébellion ouverte, il n’avait pas le choix. Puisqu’un refus n’aurait d’autre résultat que de lancer sur lui le gros des forces linniennes, il décida de remettre son sort entre les mains du mutant.
A l’heure dite, Czinczar et son état-major prirent place à bord d’un astronef et se dirigèrent sous bonne escorte vers la propriété de Clane. Le gigantesque vaisseau flottait à haute altitude au-dessus du terrain, au moment où ils mirent pied à terre. Quelques gardes erraient aux alentours. Nulle part on ne voyait une force suffisante pour défendre le navire de bataille d’une attaque aérienne menée avec résolution. En levant les yeux, Czinczar remarqua que des douzaines de sas étaient ouverts dans les flancs du vaisseau et qu’un flot clairsemé de patrouilleurs entraient et sortaient régulièrement par ces ouvertures. C’était un spectacle que ses espions lui avaient décrit à grand renfort de détails, et pourtant la réalité laissait le chef barbare médusé. Le vaisseau semblait à la merci du premier assaut. L’aspect désarmé du géant le laissait rêveur. Il était difficile de croire que Clane pût se montrer aussi négligent ; mais, à présent, le chef barbare se maudissait d’avoir négligé de prendre avantage d’une occasion aussi propice.
Pour la première fois au cours de sa rude carrière, il n’avait pas su saisir la chance par les cheveux. Le sentiment d’un désastre imminent l’envahit.
Il suivit des yeux l’apparition de l’un des officiers de Clane. Celui-ci salua les commandants barbares avec une raideur toute militaire, puis s’inclina devant Czinczar.
— Excellence, veuillez avoir la bonté de me suivre, avec toute votre suite.
Czinczar s’attendait à être conduit vers la résidence qui était visible au-dessus d’une colline basse, à quelque cinq cents mètres en direction du sud. Au lieu de cela, l’officier linnien les mena vers un petit bâtiment de pierre, à demi dissimulé au milieu d’épais taillis. Une fois de plus, il s’inclina et salua.
— Si vous voulez bien pénétrer l’un après l’autre dans cette pièce, dit-il, la machine prendra de vous – il hésita sur le mot – une photographie. Le Seigneur Clane m’a demandé de vous assurer que cette opération est essentielle ; sans quoi il vous serait impossible de vous approcher de l’Etoile Solaire.
Czinczar ne répondit pas et ne se permit pas davantage de s’appesantir sur le sens de ces paroles. Il fit signe à ses officiers de pénétrer dans la pièce, avant lui, et observa curieusement que ses hommes, qui entraient tour à tour, disparaissaient un instant, avant de sortir par la porte. Puisqu’il ne leur posait pas de questions, ils n’avaient garde de le renseigner.
Bientôt, ce fut son tour. Czinczar franchit la porte sans hâte. Il pénétra dans une pièce nue, meublée sommairement d’une table et d’une chaise, et de l’instrument qui reposait sur ladite table. La chaise était occupée par un officier qui se leva et s’inclina à l’entrée du chef barbare.
Celui-ci répondit au salut, puis considéra curieusement l’instrument. Il semblait avoir été arraché de son logement. Le métal montrait des traces de fusion aux endroits où le chalumeau avait fait son office. Czinczar remarqua ce détail en passant et nota que la machine était pratiquement composée d’une protubérance télescopique, munie de lentilles. Il se tourna vers le préposé.
— Quelle est la raison d’être de cet appareil ?
— Le Seigneur Clane dit qu’il prend des photographies, Excellence.
— Vous voulez dire des portraits ? dit Czinczar. La machine aurait fait un portrait de moi ? Et dans ce cas, où se trouve-t-il ?
L’autre rougit légèrement.
— Excellence, avoua-t-il, je ne sais rien de plus. Les personnes qui désirent de plus amples renseignements sont invitées à s’adresser au Seigneur Clane. Telles sont ses instructions. Je pense qu’il vous attend, ajouta-t-il, puisque cette petite formalité est terminée.
— Je ne vous ai pas vu faire le moindre mouvement, insista Czinczar.
— L’appareil est automatique, Excellence. Toute personne qui se place devant l’objectif est aussitôt photographiée.
— Si une telle photographie est nécessaire pour pénétrer dans le vaisseau, dit le barbare, comment se fait-il que le Seigneur Clane et ses hommes aient pu s’y introduire il y a une semaine et le capturer ? Je ne pense pas qu’ils avaient pris la précaution de se faire photographier au préalable.
Il avait posé cette question pour la forme, et il entendit à peine la protestation d’ignorance de son interlocuteur. Silencieusement, il quitta le bâtiment et suivit le premier officier vers un patrouilleur de plus grande taille qui s’apprêtait à prendre contact avec le sol à une trentaine de mètres de là.
En quelques minutes, ils furent introduits dans l’une des ouvertures. Le patrouilleur glissa sur le plancher et vint doucement prendre place dans l’un des berceaux. Czinczar mit pied à terre avec les autres, et marqua un temps d’hésitation en apercevant la double rangée de gardes alignés pour les recevoir. Encore sous le coup de la réception qui venait de lui être faite, il poursuivit silencieusement sa route le long du couloir et s’arrêta devant une porte imposante. Lorsqu’il franchit le seuil et qu’il aperçut les sinistres potences qui avaient été érigées le long du mur opposé, il s’immobilisa involontairement.
Cette pause fut de courte durée. Imperturbablement il se dirigea droit vers le pied des potences. Il s’assit sur la première marche de l’escalier menant à la plate-forme, tira un calepin de sa poche et se mit en devoir de rédiger un billet d’adieu. Il n’avait pas terminé que, du coin de l’oeil, il vit Clane entrer. Il se leva et s’inclina.
Le mince jeune homme s’approcha de lui et lui déclara sans autre préambule :
— Czinczar, vous avez le choix : me rendre la sphère ou être pendu.
— La sphère ? dit enfin le barbare.
Il espérait avoir joué la surprise de façon suffisamment convaincante ; mais, à n’en pas douter, la situation était sérieuse. Les minutes à venir ne seraient pas particulièrement agréables.
Clane fit un geste d’impatience, parut hésiter, puis reprit d’un ton plus calme :
— Czinczar, dit-il lentement, la manière habile dont vous avez réorganisé vos forces me conduit à vous confier une mission importante.
Le barbare s’inclina une fois de plus. Mais son regard devint plus attentif lorsqu’il se rendit compte que le mutant était au courant de ses activités. Czinczar ne surestimait ni ne sous-estimait le fait.
Il reconnaissait à la fois la force et la faiblesse de la position de Clane. Sa grande faiblesse, c’est qu’il comptait trop sur lui-même. Il se trouvait à la merci de gens qui avaient peu ou pas d’idées sur l’importance relative de ses atouts et de ses actes.
C’est ainsi que, durant l’assaut déclenché sur Linn par les barbares, les assaillants avaient fait main basse sur tous les équipements scientifiques de valeur, entreposés dans la maison du mutant, y compris la précieuse sphère de force. Ignorant les immenses potentialités de celle-ci, ils avaient commis la faute de s’en servir comme d’un appât pour s’emparer de Clane. Si bien qu’ils lui avaient permis de s’en approcher et les trappeurs étaient eux-mêmes tombés dans le piège qu’ils avaient tendu.
Le secret qui rendait une telle chose possible était une forme de puissance. Il suffisait d’en connaître le mode d’emploi. Après cela, tout devenait simple. Pour y parvenir, un seul moyen : observer Clane. Il ne pouvait être partout à la fois ; il lui fallait prendre le temps de manger. Il lui était impossible de demeurer perpétuellement sur le qui-vive.
Le fait qu’il avait permis aux forces barbares de se réorganiser ne signifiait pas qu’il était capable de prévoir toutes les conséquences de sa décision. La preuve en était qu’il avait perdu la sphère.
Une fois de plus, ce fut Clane qui rompit le silence.
— Comme vous le savez, dit-il, je vous ai épargné le destin qui est habituellement réservé à ceux qui ont l’audace de s’attaquer à Linn. L’exécution systématique des responsables n’est pas obligatoirement un élément de dissuasion pour les aventuriers qui éprouveraient la tentation de les imiter. Je vous ai sauvé la vie, après quoi vous n’avez rien eu de plus pressé que de me trahir en me dérobant une arme que vous n’avez pas la possibilité d’utiliser vous-même.
Le moment était venu de nier, pensa Czinczar.
— Je ne sais pas de quoi vous voulez parler, dit-il en prenant son air le plus innocent. La sphère aurait donc été volée ?
Clane parut ne pas entendre.
— Je ne puis dire en toute honnêteté, poursuivit-il, que je vous aie jamais admiré. Vous avez découvert un procédé fort simple pour accéder au pouvoir et vous vous y tenez obstinément. Personnellement je répugne à tant de massacres, et je suis persuadé qu’il est possible d’accéder aux plus hautes instances du pouvoir, dans quelque Etat que ce soit et sous n’importe quel gouvernement, sans poignarder une seule personne dans le dos.
Il s’interrompit et fit un pas en arrière. Ses yeux plongeaient dans ceux de Czinczar avec une expression implacable.
— Assez parlé, dit-il d’un ton cassant. Rendez-vous la sphère ou préférez-vous être pendu ?
Le chef barbare haussa les épaules. La menace suspendue au-dessus de sa tête contractait jusqu’au moindre muscle de son corps. Mais, dans son irréfutable logique, il avait évalué tous les avantages que pouvait lui apporter la possession de la sphère et il n’avait pas l’intention d’en démordre.
— J’ignore tout de cette histoire, dit-il avec le plus grand calme. La sphère n’est pas en ma possession. C’est vous-même qui venez de m’apprendre qu’elle a été volée. Quelle est donc cette mission que vous aviez l’intention de me confier ? Je suis sûr que nous pourrions nous mettre d’accord.
— Aucun accord ne sera possible, répondit Clane froidement, tant que je n’aurai pas récupéré la sphère. Cependant, poursuivit-il, je constate que vous ne me croyez pas capable de pendre l’homme qui me l’a dérobée. Il me faut donc agir. Monterez-vous tout seul au gibet, ou dois-je vous faire assister ?
Puisque toute résistance devenait inutile, Czinczar pivota sur ses talons, gravit les marches qui menaient à la plate-forme, et, sans attendre le secours du bourreau, se passa le noeud coulant autour du cou. Il était pâle à présent, en dépit de sa confiance. Pour la première fois, il sentit que la carrière fulgurante de Czinczar, l’ex-scribe qui était devenu à la force du poignet le dictateur absolu des barbares de la planète Europe, touchait à sa fin.
Il vit Clane faire un geste à l’adresse de l’exécuteur des hautes oeuvres, un officier linnien de réserve.
L’homme prit position auprès du levier commandant la trappe et se tourna vers Clane, qui avait levé le bras.
— Je vous offre une dernière chance, dit-il. La sphère, ou la mort.
— Je ne l’ai pas, dit Czinczar d’une voix ferme et définitive.
Inexorablement le bras du mutant s’abaissa. Czinczar sentit la trappe se dérober sous ses pieds. Et puis...
Il tomba.