Les contes interdits : Krampus
Chapitre 7
— On a pas l’temps de niaiser. On sacre notre camp d’ici. Gen, tu passes la
première, annonce Alex, tandis que les deux autres fixent avec effroi la
créature fraîchement tombée sous les balles.
Ce n’est qu’à ce moment que sa sœur constate que pour rejoindre le
groupe de tireurs, ses frères et lui devront enjamber le corps du monstre.
Comme la passerelle s’est écroulée, l’étroitesse du corridor ne leur laisse
aucune autre alternative.
— Oh, my God ! Pas question que je passe par-dessus ça ! J’veux pas !
— On a pas l’choix, réitère Alex. Envoye, vas-y.
— Viens-t’en, la p’tite, lui signale un des hommes – un agent
correctionnel du centre – en agitant les bras vers lui pour l’inciter à les
rejoindre. On va s’occuper de vous.
La voix du type est ferme, mais Alex devine que ses acolytes et lui sont
aussi effrayés que les ados. Autrement, ils n’auraient pas hésité à venir les
rejoindre au lieu de garder leurs distances. Au moins, les encouragements
que Geneviève reçoit chassent une partie de la peur qui la paralyse et
l’aident à reprendre sur elle.
— Vas-y, la p’tite ! Viens !
Geneviève progresse comme si elle marchait sur un fil de fer suspendu
entre deux gratte-ciels ; comme si elle craignait de réveiller l’abomination
criblée de balles à ses pieds. Elle en longe la jambe droite, celle-ci se
terminant par un énorme sabot, englué d’une matière dont elle préfère ne
pas deviner la provenance. Lorsqu’elle atteint la hauteur de la taille, elle sent le peu de courage qui lui reste l’abandonner en apercevant la
monstrueuse main, armée de griffes capables de trancher l’acier.
Elle va devoir passer près d’elle.
Si près d’elle…
— Regarde devant toi, Gen. Devant toi.
Mais Geneviève n’y arrive pas. Elle ne peut s’empêcher de fixer ces
longs crochets ébène, qui parviendraient sans problème à lui arracher la vie,
s’ils devaient s’animer.
Ce qu’ils font, d’ailleurs, de façon à peine perceptible.
Les boyaux de l’enfant se tordent dans son ventre.
— Y’A BOUGÉ ! Y’EST VIVANT ! ALEX ! Y’EST VIVANT ! Y VA
M’TUER ! hurle Geneviève en se crispant vers l’avant.
Une main lui agrippe l’épaule. Le gardien dont ils ne connaissent
toujours pas le nom s’est finalement risqué à la rejoindre et la ramène à
présent vers ses deux comparses. Ceux-ci ne lui prêtent assistance que
lorsque leur ami et la jeune fille sont à portée. Le plus âgé éloigne alors
Geneviève de la scène et la serre dans ses bras pour la calmer.
— Let’s go ! À toi, mon gars ! l’encourage Stan.
— À ton tour, confirme Alex à son frère.
Nicolas est aussi terrifié que sa sœur, à la seule différence qu’il utilise
cette peur comme carburant. Son corps a la position d’un sprinter qui
s’apprête à courir le cent mètres, alors que son visage est celui d’un type qui
vient de tomber face à face avec une armée de morts-vivants.
Il fonce.
La tête bien droite et les yeux rivés droit devant lui, il refuse d’accorder
la moindre attention au corps. Du moins, pas avant d’avoir réussi à sauter
par-dessus son épaule. De toute façon, ses yeux embués peinent à lui fournir
la moindre image précise.
Il arrive aux pieds du monstre.
À sa taille.
À sa poitrine.
Il saute…
La main gigantesque de la chose demeure inerte. Nicolas est attrapé en
plein vol par le gardien, de qui il se détache brusquement pour aller
retrouver sa sœur. Loin de se sentir offusqué par ce geste, l’agent
correctionnel s’apprête à lancer ses prochains encouragements au dernier
adolescent, mais constate que ce dernier a déjà commencé à avancer.
Contrairement aux autres membres de sa famille, Alex ne semble ni
galvanisé ni ralenti par la peur. Il profite d’ailleurs de sa vitesse modérée
pour détailler sommairement la dépouille qui le sépare du reste du groupe.
À l’instar de Geneviève, la première chose qui attire son attention sont
les pieds de la chose. L’un est difforme et composé de cinq orteils tordus
aux ongles noirs et crochus. L’autre est un imposant sabot. Ses jambes
musclées sont recouvertes d’un poil foncé, presque laineux, semblable à
celui d’une chèvre des montagnes. Du haut des cuisses jusqu’à la taille
s’entremêle un amalgame de loques crasseuses recouvrant une protubérance
qu’Alex devine être un organe reproducteur masculin. À l’opposé du bas du
corps, le torse et les bras revêtent une pilosité suffisamment courte pour que
l’on puisse aisément en détailler la musculature. Sur ses épaules, Alex
remarque les sangles de cuir qui maintiennent l’étrange panier accroché à
son dos, dont l’osier semble complètement tordu sous le poids du monstre.
En plus des courroies, elles supportent également la chaîne massive –
enroulée à la hâte – ayant pris sa famille pour cible à maintes reprises.
L’adolescent y remarque plusieurs symboles étranges qu’il n’arrive pas à
interpréter, gravés dans le métal.
À son tour, il est saisi par le bras et tiré hors de danger, ce qui l’empêche
toutefois d’examiner le visage de la créature.
— Vous allez suivre Danny, ordonne le gardien répondant au nom de
Denis Letourneau, d’après son identifiant. Il va vous escorter jusqu’au hall d’entrée, pendant que Stan pis moi on va continuer de fouiller la place pour
être certains qui reste pas d’autres horreurs comme ça à dégomm…
PAF !
Sans crier gare, Alex lui envoie une puissante droite au visage.
Letourneau vacille, porte une main à son visage, puis pose sur Alex un
regard courroucé.
— Vous êtes passés à un cheveu de nous tuer en tirant partout comme
des hostie d’arriérés.
Alex désigne Geneviève et Nicolas de l’index.
— Le prochain de vous autres qui pointe une arme sur eux, j’lui fais
bouffer ses couilles.
La menace pique Letourneau au vif. Sa main délaisse sa mâchoire
endolorie pour aller s’enrouler autour du cou de l’adolescent téméraire.
— Regarde un peu la couleur de ton uniforme, p’tit con ! Asteure
regarde la couleur du mien ! Ici, c’est moi qui fais la loi. Tu vas t’en rendre
compte ben assez v…
— DENIS, ATTENTION !
La voix chevrotante de son compagnon terrifié le prévient trop tard. Des
clochettes carillonnent en discordance. Letourneau comprend qu’il vit ses
derniers instants sur terre.
L’élan est vif.
Sa tête est tranchée net.
La chose est revenue à la vie.
Le corps du gardien, même décapité, refuse de lâcher sa prise sur Alex,
qui doit redoubler d’efforts pour s’en dégager et fuir avec les autres.
Ils ne parcourent que quelques mètres avant que le tintement de la
chaîne destructrice ne résonne à nouveau derrière eux.
— Quessé ça, tabarnak ? ! On l’a tué ! beugle Stan. On y a fait sauter la
tête !
— Ta gueule pis cours, innocent ! Tu vois ben qu’y’est pas mort ! lui
répond Danny.
Aucun des deux hommes ne prend le temps d’entraîner avec lui un des
jeunes, laissés à leur sort, jusqu’à ce qu’Alex ne les rattrape et ne les
reprenne sous son aile.
— Peu importe c’qui arrive, peu importe le chemin qu’eux empruntent,
vous me suivez, moi. Compris ?
Un lourd vrombissement fait alors vibrer leurs tympans, tandis que la
chaîne du monstre les rate de quelques centimètres à peine, pour terminer sa
course dans une large vitre à leur droite qu’elle fait voler en centaines de
fragments tranchants qui leur fouettent et leur griffent le visage. Alertés par
le bruit, les hommes devant tournent la tête et brandissent leurs armes.
— Non, attends ! s’écrie Danny en repoussant le bras tendu de Stan, qui
s’apprête sans l’ombre d’un doute à faire feu. Tu vas blesser un des kids !
Les balles lui font rien, de toute façon !
Stan le darde d’un regard désapprobateur. Après une courte hésitation, il
décide d’économiser ses munitions.
Sans se consulter, les deux tireurs prennent à gauche dès qu’un nouveau
corridor leur en donne l’occasion. Les trois jeunes les suivent. À partir de
cet instant, l’endroit devient un véritable labyrinthe. Un facteur qui,
cependant, fournit un net avantage aux pourchassés, puisque les courts
corridors et les nombreuses intersections rendent obsolète l’arme fétiche du
monstre.
— C’est bon, je sais on est où, déclare Alex en observant le décor. On
approche du hall d’entrée.
Au carrefour suivant, l’adolescent freine brusquement et ordonne à tous
d’en faire de même.
— Faut prendre à droite, ici.
— On se rallonge si on prend à droite, argumente Stan. On va arriver
ben plus vite en prenant la porte au fond.
— Vous allez vous faire fourrer ben raide. La porte du fond est gelée ;
j’le vois d’ici.
— C’est toi qui es gelé, p’tit criss de bum ! On vous a sauvé le cul pis
Denis est mort à cause de toi ! On te doit pu rien !
Ces paroles acerbes n’ont pas le moindre effet sur Alex. Sans
l’intervention de Danny, cet imbécile aurait encore fait feu sur eux. Le sort
de Stan ne lui importe pas le moins du monde.
— Tu vas crever si tu restes avec lui, Danny. Suis-nous.
L’assurance avec laquelle il fait cette déclaration déstabilise Danny, qui
tourne ensuite la tête vers son acolyte. Stan est sidéré par son évidente
hésitation.
— La porte est juste là, gros cave ! On la passe pis on est presque
rendus !
Sans pouvoir expliquer ni comprendre pourquoi, Danny lui signale d’un
mouvement de tête qu’il ne le suivra pas plus loin. Il laisse Stan continuer
sa route et se joint aux jeunes.
Un odieux carillonnement de clochettes résonne non loin d’eux.
La chose les a rejoints.
— Fuck ! jure Stan avant de foncer vers l’unique porte, au fond du
corridor.
Alex et les autres déguerpissent à leur tour. Ils n’ont le temps que de
parcourir une très courte distance avant qu’une nouvelle série de
blasphèmes ne leur parvienne. Ensuite, plusieurs coups de feu.
— J’pense que t’as fait le bon choix, Danny.
Un hurlement à glacer le sang se propage alors à travers les corridors
jusqu’à eux. Danny ne peut s’empêcher d’avoir une pensée pour son
compagnon, mais la chasse rapidement de son esprit afin d’éviter de
s’imaginer de quelle façon atroce le pauvre a été mis à mort.
— Fait que t’es quoi, au juste ? Un gardien en civil ? demande Alex
pendant qu’ils entament leur détour jusqu’au hall tout en mettant un maximum de distance entre la chose et eux. C’est pour ça que t’as des
guns ? Vous êtes allés les chercher à l’entrepôt ?
L’étonnement qu’il lit sur le visage de Danny lui laisse comprendre
qu’il a vu juste.
— Stan pis moi on venait voir Denis avant le début de son shift. On
avait des affaires à jaser avec lui. On est allé le rejoindre dans la cafétéria
quand c’te monstre-là est arrivé de nulle part pis s’est mis à massacrer tout
le monde. Y’en a quelques-uns qui ont réussi à s’enfuir, mais vraiment pas
beaucoup.
— Allez-vous… allez-vous pouvoir appeler des renforts pour nous
aider ? formule avec difficulté Geneviève.
— Toutes les radios sont mortes. Le signal internet aussi. C’est
incompréhensible. Notre meilleure chance est vraiment de trouver une
façon de sortir d’ici.
Alex n’en fait part à personne, mais il lui semble de moins en moins
probable qu’ils réussiront à quitter cet endroit par le hall d’entrée. Toutes
ces portes scellées et ces fenêtres fortifiées par une étrange couche de glace
au moment même où apparaît cette créature… Cela ne peut être une
coïncidence. Si réellement elle cherche à emprisonner tout le monde à
l’intérieur du centre, la porte principale aura assurément subi un sort
identique à toutes les autres.
À la vitesse où il progresse, le quatuor atteint son objectif plus vite
qu’espéré. Il ne trouve cependant sur son chemin aucun survivant, ni la
moindre trace de Carole ou de Jacques. Sans doute sont-ils encore à bonne
distance derrière eux.
— Dès que vous allez ouvrir cette porte, c’est à peine si vous aurez
cinquante mètres à marcher pour vous rendre au hall d’entrée, leur explique
Danny, qui ignore qu’Alex connaissait déjà cette information. Allez vous
mettre en sécurité et trouvez de l’aide.
À l’aide de sa carte magnétique, il déverrouille la porte, qui, par le plus
heureux des hasards, n’est pas obstruée par la glace. Alex comprend que
sans la présence de Danny, ils auraient été forcés de trouver une nouvelle
issue.
— Quoi, tu viens pas avec nous ? s’étonne Geneviève.
— Si je continue par-là, je vais pouvoir renouer avec un chemin qui va
me mener à l’entrepôt pis faire le plein de munitions. Je suis certain qu’il
reste plusieurs survivants de cachés dans la place ; je dois les aider ! Et ça
va être plus facile pour moi avec un Remington 870 chargé qu’avec un
bâton de seize pouces. Je sais que ça sera pas assez pour tuer cette chose-là
si je tombe face à face avec, mais je devrais pouvoir la ralentir.
Alex acquiesce.
Danny s’éloigne au pas de course.
— Lâche pas, Nico. On arrive bientôt, l’encourage Alex en lui frottant
les cheveux.
De l’autre côté de la porte, ils empruntent un couloir qui contourne une
pièce dont les fenêtres sont fortifiées d’un grillage métallique, par lesquelles
deux employées du centre les remarquent. Un mélange de stupéfaction et
d’inquiétude s’empare d’elles. Les femmes s’échangent un étrange regard,
avant que l’une d’entre elles ne se lève de sa chaise et quitte la pièce d’un
pas pressé.
J’imagine qu’elles sont pas au courant pour la chose. Elles seraient pas
assises à leur poste comme si de rien n’était, sinon, déduit Alex.
— Bouge pas ! Tu restes où t’es !
Il faut quelques instants à Alex pour comprendre que c’est à lui que l’on
adresse ces ordres. En l’espace d’une seconde, son frère, sa sœur et lui se
retrouvent encerclés par cinq agents correctionnels aux abois, tous pointant
leur pistolet Taser sur sa personne.
— Vous deux, venez me rejoindre, ordonne l’un d’entre eux aux
adolescents terrifiés qui accompagnent Alex. Venez, y’a pas de danger.
— Ils restent avec moi, déclare leur grand frère en les retenant par
l’épaule. Écoutez, je sais que je risque de passer pour un fou, mais y’a
quelque chose de dangereux qui nous suit. Ça a tué Denis Letourneau pis un
dénommé Stan. Son chum Danny est allé chercher des guns à l’entrep…
Le corps du jeune détenu se raidit et s’effondre, alors que les dards qui
viennent de se loger au bas de son dos lui envoient une décharge électrique.
Dès qu’il touche le sol, un des gardiens lui passe les menottes, tandis qu’un
autre s’occupe d’éloigner Geneviève et Nicolas.
— Stan et Danny sont même pas en service aujourd’hui, le smatt. Bel
essai. Gougeon, Thibeault, prenez les kids. Allez vous asseoir avec, pis
apportez-leur un chocolat chaud. Je m’occupe du détenu, annonce-t-il en
agrippant Alex par le collet pour le remettre debout.
Désorienté par la charge électrique que l’on vient de lui administrer,
Alex met un certain temps pour se désembrouiller l’esprit. Il comprend
finalement qu’il a atteint le hall d’entrée, qui semble avoir été converti en
refuge improvisé pour une partie du personnel, des détenus et même des
visiteurs. Au fond, deux gardiens s’emploient sans succès à faire fondre
l’épaisse couche de glace qui emprisonne les portes du centre à l’aide de
chalumeaux. Deux autres font de même avec les fenêtres et obtiennent un
résultat identique. Les jurons fusent de toute part. Sur les bancs de la salle
d’attente poireautent nerveusement une poignée de civils que différents
membres du personnel tentent de rassurer du mieux qu’ils peuvent. À droite
complètement, Alex aperçoit le comptoir de l’accueil ceinturé d’une haute
baie vitrée, à l’intérieur duquel on a enfermé tous les détenus – une dizaine
au total – sur lesquels on a réussi à mettre le grappin au cours de l’étrange
panne qui, curieusement, n’affecte que les communications et non
l’électricité.
— On va te mettre dans le panier à crabes avec les autres comiques. Je
sais pas encore ce que vous manigancez, ni comment vous avez réussi à geler tout le système radio, mais on va finir par trouver. Quand ça sera fait,
je vous jure que vous allez en baver, bande de p’tits mangeux d’m…
— Pis moi, je sais pas c’est quoi ton nom, mais j’ai hâte de voir ta
grosse face de colon quand tu vas réaliser à quel point tout l’monde ici est
dans marde pis que t’as ignoré ma mise en garde. On a rien à voir là-
dedans, clame Alex en désignant le groupe de codétenus. Mais on va tous
crever si tu nous gardes enfermés ici.
— Tu risques de crever avant tout le monde si t’arrêtes pas de me casser
le cul avec tes histoires à dormir deb…
— C’est beau, Vachon. J’vais prendre la relève, l’interrompt une voix
féminine et autoritaire.
Vachon reconnaît la voix qui s’adresse à lui et serre les dents.
— Tout est sous contrôle, Melançon, l’assure-t-il. J’allais juste enfermer
le p’tit con avec les autres déchets.
— J’ai dit que je prenais la relève ; je demandais pas ta permission. Va-
tu falloir que je fasse appel aux grades ?
Les muscles de la mâchoire de Vachon se crispent derrière un sourire
artificiel et assumé. Avec la paume de sa main, il heurte le jeune entre les
omoplates et le force à tituber vers sa supérieure.
— Asteure, rends-toi utile et trouve une façon de venir à bout des
portes.
— Oui, madame.
Il accompagne sa réponse d’une révérence excessive et prend congé.
Christine s’apprête à parler, mais Alex ne lui en laisse pas l’occasion.
— Écoute-moi, Melançon. Faut qu’on rassemble tout l’monde pis qu’on
sacre notre camp. Tu comprends ? Si tu m’aides pas, va falloir me mettre
une balle dans tête pour m’empêcher de partir d’icitte avec mon frère pis
ma sœur. Si la chose débarque, on crève tous.
L’intensité de son regard convainc l’agente correctionnelle de son
sérieux. Malgré tout, elle est incapable de retenir cette question :
— Quelle chose ?
Un tapage incroyable les force à tourner la tête vers la pièce qu’Alex a
contournée à son arrivée, là d’où sont projetés les restes de la porte que l’on
vient d’anéantir. Puis, un bruit de vitrine fracassée. Un vent d’hystérie se
soulève, chargé de cris d’affolement. Avant que quiconque ne prenne
conscience de ce qui se passe, la sinistre créature fait une mortelle irruption
dans la salle. À deux mains, elle tient au-dessus de sa tête une secrétaire du
centre correctionnel par la taille. Avec une force inouïe, elle projette la
pauvre femme au plancher, dont le derrière du crâne encaisse le choc et
s’ouvre comme une noix, éclaboussant et répandant son contenu visqueux
sur une périphérie de plusieurs mètres.
L’horreur et la stupéfaction alourdissent la mâchoire de Christine, qui
s’ouvre malgré elle. Alex lui répond :
— Cette chose-là.
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