Les contes interdits : Krampus

David Bédard · Chapitre 11 sur 28

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Les contes interdits : Krampus

Chapitre 7

 

 

— On a pas l’temps de niaiser. On sacre notre camp d’ici. Gen, tu passes la

première, annonce Alex, tandis que les deux autres fixent avec effroi la

créature fraîchement tombée sous les balles.

Ce n’est qu’à ce moment que sa sœur constate que pour rejoindre le

groupe de tireurs, ses frères et lui devront enjamber le corps du monstre.

Comme la passerelle s’est écroulée, l’étroitesse du corridor ne leur laisse

aucune autre alternative.

— Oh, my God ! Pas question que je passe par-dessus ça ! J’veux pas !

— On a pas l’choix, réitère Alex. Envoye, vas-y.

— Viens-t’en, la p’tite, lui signale un des hommes – un agent

correctionnel du centre – en agitant les bras vers lui pour l’inciter à les

rejoindre. On va s’occuper de vous.

La voix du type est ferme, mais Alex devine que ses acolytes et lui sont

aussi effrayés que les ados. Autrement, ils n’auraient pas hésité à venir les

rejoindre au lieu de garder leurs distances. Au moins, les encouragements

que Geneviève reçoit chassent une partie de la peur qui la paralyse et

l’aident à reprendre sur elle.

— Vas-y, la p’tite ! Viens !

Geneviève progresse comme si elle marchait sur un fil de fer suspendu

entre deux gratte-ciels ; comme si elle craignait de réveiller l’abomination

criblée de balles à ses pieds. Elle en longe la jambe droite, celle-ci se

terminant par un énorme sabot, englué d’une matière dont elle préfère ne

pas deviner la provenance. Lorsqu’elle atteint la hauteur de la taille, elle sent le peu de courage qui lui reste l’abandonner en apercevant la

monstrueuse main, armée de griffes capables de trancher l’acier.

Elle va devoir passer près d’elle.

Si près d’elle…

— Regarde devant toi, Gen. Devant toi.

Mais Geneviève n’y arrive pas. Elle ne peut s’empêcher de fixer ces

longs crochets ébène, qui parviendraient sans problème à lui arracher la vie,

s’ils devaient s’animer.

Ce qu’ils font, d’ailleurs, de façon à peine perceptible.

Les boyaux de l’enfant se tordent dans son ventre.

— Y’A BOUGÉ ! Y’EST VIVANT ! ALEX ! Y’EST VIVANT ! Y VA

M’TUER ! hurle Geneviève en se crispant vers l’avant.

Une main lui agrippe l’épaule. Le gardien dont ils ne connaissent

toujours pas le nom s’est finalement risqué à la rejoindre et la ramène à

présent vers ses deux comparses. Ceux-ci ne lui prêtent assistance que

lorsque leur ami et la jeune fille sont à portée. Le plus âgé éloigne alors

Geneviève de la scène et la serre dans ses bras pour la calmer.

— Let’s go ! À toi, mon gars ! l’encourage Stan.

— À ton tour, confirme Alex à son frère.

Nicolas est aussi terrifié que sa sœur, à la seule différence qu’il utilise

cette peur comme carburant. Son corps a la position d’un sprinter qui

s’apprête à courir le cent mètres, alors que son visage est celui d’un type qui

vient de tomber face à face avec une armée de morts-vivants.

Il fonce.

La tête bien droite et les yeux rivés droit devant lui, il refuse d’accorder

la moindre attention au corps. Du moins, pas avant d’avoir réussi à sauter

par-dessus son épaule. De toute façon, ses yeux embués peinent à lui fournir

la moindre image précise.

Il arrive aux pieds du monstre.

À sa taille.

À sa poitrine.

Il saute…

La main gigantesque de la chose demeure inerte. Nicolas est attrapé en

plein vol par le gardien, de qui il se détache brusquement pour aller

retrouver sa sœur. Loin de se sentir offusqué par ce geste, l’agent

correctionnel s’apprête à lancer ses prochains encouragements au dernier

adolescent, mais constate que ce dernier a déjà commencé à avancer.

Contrairement aux autres membres de sa famille, Alex ne semble ni

galvanisé ni ralenti par la peur. Il profite d’ailleurs de sa vitesse modérée

pour détailler sommairement la dépouille qui le sépare du reste du groupe.

À l’instar de Geneviève, la première chose qui attire son attention sont

les pieds de la chose. L’un est difforme et composé de cinq orteils tordus

aux ongles noirs et crochus. L’autre est un imposant sabot. Ses jambes

musclées sont recouvertes d’un poil foncé, presque laineux, semblable à

celui d’une chèvre des montagnes. Du haut des cuisses jusqu’à la taille

s’entremêle un amalgame de loques crasseuses recouvrant une protubérance

qu’Alex devine être un organe reproducteur masculin. À l’opposé du bas du

corps, le torse et les bras revêtent une pilosité suffisamment courte pour que

l’on puisse aisément en détailler la musculature. Sur ses épaules, Alex

remarque les sangles de cuir qui maintiennent l’étrange panier accroché à

son dos, dont l’osier semble complètement tordu sous le poids du monstre.

En plus des courroies, elles supportent également la chaîne massive –

enroulée à la hâte – ayant pris sa famille pour cible à maintes reprises.

L’adolescent y remarque plusieurs symboles étranges qu’il n’arrive pas à

interpréter, gravés dans le métal.

À son tour, il est saisi par le bras et tiré hors de danger, ce qui l’empêche

toutefois d’examiner le visage de la créature.

— Vous allez suivre Danny, ordonne le gardien répondant au nom de

Denis Letourneau, d’après son identifiant. Il va vous escorter jusqu’au hall d’entrée, pendant que Stan pis moi on va continuer de fouiller la place pour

être certains qui reste pas d’autres horreurs comme ça à dégomm…

PAF !

Sans crier gare, Alex lui envoie une puissante droite au visage.

Letourneau vacille, porte une main à son visage, puis pose sur Alex un

regard courroucé.

— Vous êtes passés à un cheveu de nous tuer en tirant partout comme

des hostie d’arriérés.

Alex désigne Geneviève et Nicolas de l’index.

— Le prochain de vous autres qui pointe une arme sur eux, j’lui fais

bouffer ses couilles.

La menace pique Letourneau au vif. Sa main délaisse sa mâchoire

endolorie pour aller s’enrouler autour du cou de l’adolescent téméraire.

— Regarde un peu la couleur de ton uniforme, p’tit con ! Asteure

regarde la couleur du mien ! Ici, c’est moi qui fais la loi. Tu vas t’en rendre

compte ben assez v…

— DENIS, ATTENTION !

La voix chevrotante de son compagnon terrifié le prévient trop tard. Des

clochettes carillonnent en discordance. Letourneau comprend qu’il vit ses

derniers instants sur terre.

L’élan est vif.

Sa tête est tranchée net.

La chose est revenue à la vie.

Le corps du gardien, même décapité, refuse de lâcher sa prise sur Alex,

qui doit redoubler d’efforts pour s’en dégager et fuir avec les autres.

Ils ne parcourent que quelques mètres avant que le tintement de la

chaîne destructrice ne résonne à nouveau derrière eux.

— Quessé ça, tabarnak ? ! On l’a tué ! beugle Stan. On y a fait sauter la

tête !

— Ta gueule pis cours, innocent ! Tu vois ben qu’y’est pas mort ! lui

répond Danny.

Aucun des deux hommes ne prend le temps d’entraîner avec lui un des

jeunes, laissés à leur sort, jusqu’à ce qu’Alex ne les rattrape et ne les

reprenne sous son aile.

— Peu importe c’qui arrive, peu importe le chemin qu’eux empruntent,

vous me suivez, moi. Compris ?

Un lourd vrombissement fait alors vibrer leurs tympans, tandis que la

chaîne du monstre les rate de quelques centimètres à peine, pour terminer sa

course dans une large vitre à leur droite qu’elle fait voler en centaines de

fragments tranchants qui leur fouettent et leur griffent le visage. Alertés par

le bruit, les hommes devant tournent la tête et brandissent leurs armes.

— Non, attends ! s’écrie Danny en repoussant le bras tendu de Stan, qui

s’apprête sans l’ombre d’un doute à faire feu. Tu vas blesser un des kids !

Les balles lui font rien, de toute façon !

Stan le darde d’un regard désapprobateur. Après une courte hésitation, il

décide d’économiser ses munitions.

Sans se consulter, les deux tireurs prennent à gauche dès qu’un nouveau

corridor leur en donne l’occasion. Les trois jeunes les suivent. À partir de

cet instant, l’endroit devient un véritable labyrinthe. Un facteur qui,

cependant, fournit un net avantage aux pourchassés, puisque les courts

corridors et les nombreuses intersections rendent obsolète l’arme fétiche du

monstre.

— C’est bon, je sais on est où, déclare Alex en observant le décor. On

approche du hall d’entrée.

Au carrefour suivant, l’adolescent freine brusquement et ordonne à tous

d’en faire de même.

— Faut prendre à droite, ici.

— On se rallonge si on prend à droite, argumente Stan. On va arriver

ben plus vite en prenant la porte au fond.

— Vous allez vous faire fourrer ben raide. La porte du fond est gelée ;

j’le vois d’ici.

— C’est toi qui es gelé, p’tit criss de bum ! On vous a sauvé le cul pis

Denis est mort à cause de toi ! On te doit pu rien !

Ces paroles acerbes n’ont pas le moindre effet sur Alex. Sans

l’intervention de Danny, cet imbécile aurait encore fait feu sur eux. Le sort

de Stan ne lui importe pas le moins du monde.

— Tu vas crever si tu restes avec lui, Danny. Suis-nous.

L’assurance avec laquelle il fait cette déclaration déstabilise Danny, qui

tourne ensuite la tête vers son acolyte. Stan est sidéré par son évidente

hésitation.

— La porte est juste là, gros cave ! On la passe pis on est presque

rendus !

Sans pouvoir expliquer ni comprendre pourquoi, Danny lui signale d’un

mouvement de tête qu’il ne le suivra pas plus loin. Il laisse Stan continuer

sa route et se joint aux jeunes.

Un odieux carillonnement de clochettes résonne non loin d’eux.

La chose les a rejoints.

— Fuck ! jure Stan avant de foncer vers l’unique porte, au fond du

corridor.

Alex et les autres déguerpissent à leur tour. Ils n’ont le temps que de

parcourir une très courte distance avant qu’une nouvelle série de

blasphèmes ne leur parvienne. Ensuite, plusieurs coups de feu.

— J’pense que t’as fait le bon choix, Danny.

Un hurlement à glacer le sang se propage alors à travers les corridors

jusqu’à eux. Danny ne peut s’empêcher d’avoir une pensée pour son

compagnon, mais la chasse rapidement de son esprit afin d’éviter de

s’imaginer de quelle façon atroce le pauvre a été mis à mort.

— Fait que t’es quoi, au juste ? Un gardien en civil ? demande Alex

pendant qu’ils entament leur détour jusqu’au hall tout en mettant un maximum de distance entre la chose et eux. C’est pour ça que t’as des

guns ? Vous êtes allés les chercher à l’entrepôt ?

L’étonnement qu’il lit sur le visage de Danny lui laisse comprendre

qu’il a vu juste.

— Stan pis moi on venait voir Denis avant le début de son shift. On

avait des affaires à jaser avec lui. On est allé le rejoindre dans la cafétéria

quand c’te monstre-là est arrivé de nulle part pis s’est mis à massacrer tout

le monde. Y’en a quelques-uns qui ont réussi à s’enfuir, mais vraiment pas

beaucoup.

— Allez-vous… allez-vous pouvoir appeler des renforts pour nous

aider ? formule avec difficulté Geneviève.

— Toutes les radios sont mortes. Le signal internet aussi. C’est

incompréhensible. Notre meilleure chance est vraiment de trouver une

façon de sortir d’ici.

Alex n’en fait part à personne, mais il lui semble de moins en moins

probable qu’ils réussiront à quitter cet endroit par le hall d’entrée. Toutes

ces portes scellées et ces fenêtres fortifiées par une étrange couche de glace

au moment même où apparaît cette créature… Cela ne peut être une

coïncidence. Si réellement elle cherche à emprisonner tout le monde à

l’intérieur du centre, la porte principale aura assurément subi un sort

identique à toutes les autres.

À la vitesse où il progresse, le quatuor atteint son objectif plus vite

qu’espéré. Il ne trouve cependant sur son chemin aucun survivant, ni la

moindre trace de Carole ou de Jacques. Sans doute sont-ils encore à bonne

distance derrière eux.

— Dès que vous allez ouvrir cette porte, c’est à peine si vous aurez

cinquante mètres à marcher pour vous rendre au hall d’entrée, leur explique

Danny, qui ignore qu’Alex connaissait déjà cette information. Allez vous

mettre en sécurité et trouvez de l’aide.

À l’aide de sa carte magnétique, il déverrouille la porte, qui, par le plus

heureux des hasards, n’est pas obstruée par la glace. Alex comprend que

sans la présence de Danny, ils auraient été forcés de trouver une nouvelle

issue.

— Quoi, tu viens pas avec nous ? s’étonne Geneviève.

— Si je continue par-là, je vais pouvoir renouer avec un chemin qui va

me mener à l’entrepôt pis faire le plein de munitions. Je suis certain qu’il

reste plusieurs survivants de cachés dans la place ; je dois les aider ! Et ça

va être plus facile pour moi avec un Remington 870 chargé qu’avec un

bâton de seize pouces. Je sais que ça sera pas assez pour tuer cette chose-là

si je tombe face à face avec, mais je devrais pouvoir la ralentir.

Alex acquiesce.

Danny s’éloigne au pas de course.

— Lâche pas, Nico. On arrive bientôt, l’encourage Alex en lui frottant

les cheveux.

De l’autre côté de la porte, ils empruntent un couloir qui contourne une

pièce dont les fenêtres sont fortifiées d’un grillage métallique, par lesquelles

deux employées du centre les remarquent. Un mélange de stupéfaction et

d’inquiétude s’empare d’elles. Les femmes s’échangent un étrange regard,

avant que l’une d’entre elles ne se lève de sa chaise et quitte la pièce d’un

pas pressé.

J’imagine qu’elles sont pas au courant pour la chose. Elles seraient pas

assises à leur poste comme si de rien n’était, sinon, déduit Alex.

— Bouge pas ! Tu restes où t’es !

Il faut quelques instants à Alex pour comprendre que c’est à lui que l’on

adresse ces ordres. En l’espace d’une seconde, son frère, sa sœur et lui se

retrouvent encerclés par cinq agents correctionnels aux abois, tous pointant

leur pistolet Taser sur sa personne.

— Vous deux, venez me rejoindre, ordonne l’un d’entre eux aux

adolescents terrifiés qui accompagnent Alex. Venez, y’a pas de danger.

— Ils restent avec moi, déclare leur grand frère en les retenant par

l’épaule. Écoutez, je sais que je risque de passer pour un fou, mais y’a

quelque chose de dangereux qui nous suit. Ça a tué Denis Letourneau pis un

dénommé Stan. Son chum Danny est allé chercher des guns à l’entrep…

Le corps du jeune détenu se raidit et s’effondre, alors que les dards qui

viennent de se loger au bas de son dos lui envoient une décharge électrique.

Dès qu’il touche le sol, un des gardiens lui passe les menottes, tandis qu’un

autre s’occupe d’éloigner Geneviève et Nicolas.

— Stan et Danny sont même pas en service aujourd’hui, le smatt. Bel

essai. Gougeon, Thibeault, prenez les kids. Allez vous asseoir avec, pis

apportez-leur un chocolat chaud. Je m’occupe du détenu, annonce-t-il en

agrippant Alex par le collet pour le remettre debout.

Désorienté par la charge électrique que l’on vient de lui administrer,

Alex met un certain temps pour se désembrouiller l’esprit. Il comprend

finalement qu’il a atteint le hall d’entrée, qui semble avoir été converti en

refuge improvisé pour une partie du personnel, des détenus et même des

visiteurs. Au fond, deux gardiens s’emploient sans succès à faire fondre

l’épaisse couche de glace qui emprisonne les portes du centre à l’aide de

chalumeaux. Deux autres font de même avec les fenêtres et obtiennent un

résultat identique. Les jurons fusent de toute part. Sur les bancs de la salle

d’attente poireautent nerveusement une poignée de civils que différents

membres du personnel tentent de rassurer du mieux qu’ils peuvent. À droite

complètement, Alex aperçoit le comptoir de l’accueil ceinturé d’une haute

baie vitrée, à l’intérieur duquel on a enfermé tous les détenus – une dizaine

au total – sur lesquels on a réussi à mettre le grappin au cours de l’étrange

panne qui, curieusement, n’affecte que les communications et non

l’électricité.

— On va te mettre dans le panier à crabes avec les autres comiques. Je

sais pas encore ce que vous manigancez, ni comment vous avez réussi à geler tout le système radio, mais on va finir par trouver. Quand ça sera fait,

je vous jure que vous allez en baver, bande de p’tits mangeux d’m…

— Pis moi, je sais pas c’est quoi ton nom, mais j’ai hâte de voir ta

grosse face de colon quand tu vas réaliser à quel point tout l’monde ici est

dans marde pis que t’as ignoré ma mise en garde. On a rien à voir là-

dedans, clame Alex en désignant le groupe de codétenus. Mais on va tous

crever si tu nous gardes enfermés ici.

— Tu risques de crever avant tout le monde si t’arrêtes pas de me casser

le cul avec tes histoires à dormir deb…

— C’est beau, Vachon. J’vais prendre la relève, l’interrompt une voix

féminine et autoritaire.

Vachon reconnaît la voix qui s’adresse à lui et serre les dents.

— Tout est sous contrôle, Melançon, l’assure-t-il. J’allais juste enfermer

le p’tit con avec les autres déchets.

— J’ai dit que je prenais la relève ; je demandais pas ta permission. Va-

tu falloir que je fasse appel aux grades ?

Les muscles de la mâchoire de Vachon se crispent derrière un sourire

artificiel et assumé. Avec la paume de sa main, il heurte le jeune entre les

omoplates et le force à tituber vers sa supérieure.

— Asteure, rends-toi utile et trouve une façon de venir à bout des

portes.

— Oui, madame.

Il accompagne sa réponse d’une révérence excessive et prend congé.

Christine s’apprête à parler, mais Alex ne lui en laisse pas l’occasion.

— Écoute-moi, Melançon. Faut qu’on rassemble tout l’monde pis qu’on

sacre notre camp. Tu comprends ? Si tu m’aides pas, va falloir me mettre

une balle dans tête pour m’empêcher de partir d’icitte avec mon frère pis

ma sœur. Si la chose débarque, on crève tous.

L’intensité de son regard convainc l’agente correctionnelle de son

sérieux. Malgré tout, elle est incapable de retenir cette question :

— Quelle chose ?

Un tapage incroyable les force à tourner la tête vers la pièce qu’Alex a

contournée à son arrivée, là d’où sont projetés les restes de la porte que l’on

vient d’anéantir. Puis, un bruit de vitrine fracassée. Un vent d’hystérie se

soulève, chargé de cris d’affolement. Avant que quiconque ne prenne

conscience de ce qui se passe, la sinistre créature fait une mortelle irruption

dans la salle. À deux mains, elle tient au-dessus de sa tête une secrétaire du

centre correctionnel par la taille. Avec une force inouïe, elle projette la

pauvre femme au plancher, dont le derrière du crâne encaisse le choc et

s’ouvre comme une noix, éclaboussant et répandant son contenu visqueux

sur une périphérie de plusieurs mètres.

L’horreur et la stupéfaction alourdissent la mâchoire de Christine, qui

s’ouvre malgré elle. Alex lui répond :

— Cette chose-là.

 

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