Les contes interdits : Krampus

David Bédard · Chapitre 16 sur 28

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Les contes interdits : Krampus

Chapitre 12

 

Karl entre dans une pièce sans porte.

Une douche.

Il est rapidement rejoint par Alex, Geneviève et Nicolas, eux-mêmes

suivis de près par madame St-Laurent et Mylène. Pour l’instant, aucun

signe des autres, ni de la chose.

— Par ici, on va aller au fond, leur explique le responsable de

l’entretien en les guidant de signes de la main.

Tous l’accompagnent sans poser de questions. De toute façon, la

commotion causée par les derniers évènements est encore trop présente

dans leurs esprits pour qu’ils puissent réfléchir par eux-mêmes. Sauf Alex.

— C’est quoi, la joke ? C’était pas supposé être un endroit safe, ta

pièce ?

— Alignez-vous dos au mur. Là. Un mètre d’espace entre chacun,

ordonne Karl en ignorant la question d’Alex.

Le ton qu’il emploie est froid. Incisif. Voyant que tous hésitent,

décontenancés par l’étrange nature de sa demande, Karl réitère celle-ci avec

beaucoup plus d’autorité.

— Asteure, relevez vos manches de chandail jusqu’à vos épaules, leur

crie-t-il à la tête. Toi en premier ! PLUS VITE !

Karl pointe son arme directement sur le visage de Julie, à qui il vient de

s’adresser. Sa supérieure semble d’abord outrée que son employé s’adresse

à elle de façon aussi rustre, mais elle se rend rapidement compte que le

concierge n’entend pas à rire. Le visage de la directrice se tord, incapable

d’exprimer simultanément tout le mépris, la crainte et le dégoût qu’elle ressent. Julie retrousse une première manche, incertaine de ce que l’autre

espère en tirer, puis fait de même avec la seconde. Karl détaille avec

empressement les deux bras.

Satisfait, il passe à sa voisine.

— Si tu pointes ton gun sur ma sœur, j’te jure que j’te tue.

Karl dirige son regard bouillant sur Alex, qui vient de s’adresser à lui

avec un calme désarmant. Le chasseur le considère de longues secondes.

Son cœur bat si vite qu’on arrive à voir les veines sur ses tempes se gonfler

de sang à chaque battement de cœur. L’idée d’invectiver le jeune – ou

mieux encore, de le menacer de son arme – vient lui chatouiller le cerveau.

Finalement, la réputation que possède Alex entre ses murs vient à nouveau

jouer en sa faveur.

— Tes manches ! aboie-t-il ensuite à Geneviève. Envoye ! Grouille !

Cette fois, la bouche du canon n’a pas quitté le sol. Karl attrape

cependant le poignet de Geneviève et fait pivoter cette dernière à sa guise

durant son bref examen.

— C’est bon ! OK, suivant !

De loin le plus trouillard de sa famille, Nicolas s’effectue à son tour en

sanglotant. Le bras droit du garçon semble intact, mais une vilaine blessure

ensanglantée lui laboure l’épaule gauche, blessure qui a tôt fait d’attirer

l’attention de Karl. Sans dire un mot, ce dernier recule jusqu’à une large

structure métallique en forme de cylindre, autour de laquelle poignent une

demi-douzaine de pommeaux de douche. D’un coup de poing, il frappe le

bouton d’activation de la douche la plus près. Il fouille ensuite dans l’une

de ses poches et en ressort un morceau de tissu rêche qu’il place sous le jet

d’eau froide pour l’en imbiber. Nicolas ignore comment réagir. Karl fond

ensuite sur lui et nettoie grossièrement le sang séché recouvrant sa blessure

à l’aide du chiffon détrempé. Le gamin chigne de douleur, mais l’autre s’en

moque.

— All right, next !

La pauvre Mylène est également en pleurs. Elle a clairement subi un

traumatisme. Après avoir vu sa famille se faire massacrer et sa meilleure

amie se faire dévorer par une créature venue d’un autre univers, voilà qu’on

la menaçait d’une arme à feu.

— Envoye ! Déniaise ! insiste Karl, de plus en plus impatient.

L’adolescente obéit et remonte ses manches. Exactement comme

Nicolas, elle a l’épaule gauche mutilée et recouverte de sang séché. Une

fois de plus, Karl nettoie la blessure sans la moindre douceur à l’aide de son

chiffon usé.

— Voulez-vous bien nous dire à quoi rime tout ce c…

Une puissante détonation retentit et leur fait presque sortir le cœur de la

poitrine.

Avant que les témoins de la scène aient pu réagir, Karl a soulevé son

fusil à pompe, le canon stabilisé à deux centimètres du front de Mylène,

puis a fait feu. La tête éclate comme une citrouille. L’impact force le reste

du corps à voler vers l’arrière, puis à s’écraser contre le mur de céramique,

qu’il peinture d’hémoglobine.

Des cris stridents chevauchent l’écho agonisant de la déflagration, ceux

de Nicolas et Geneviève. Le frère et la sœur se jettent dans les bras l’un de

l’autre, leurs visages recouverts d’éclaboussures sanglantes. Madame St-

Laurent et Alex, eux, ont à peine réagi, mais seule la directrice est en état de

choc.

Guidé par le boucan, le reste du groupe ne met que peu de temps à les

retrouver et à les rejoindre.

— Oh, mon Dieu !

Carole se rue sur ses enfants, qu’elle couve immédiatement de ses deux

bras.

— Qu’est-ce qui s’est passé icitte ? ! Tabarnak, Karl ! T’as gunné une

p’tite fille dans face ! Es-tu malade ? !

Le chasseur ne met pas de temps à constater que l’opinion de Jacques

semble partagée de tous. Évidemment, il s’y attendait. Le contraire aurait

été bien étonnant de leur part.

— Calm down, guys. The little bitch was a spy. J’ai fait ce qu’il fallait

faire.

Karl se penche au-dessus du cadavre. Il exhibe à tous la blessure qu’elle

a à l’épaule ; les entailles formant une sorte de cercle à l’intérieur d’une

ellipse.

— Regardez ! Les marques forment un symbole : l’Œil oudjat. Ou l’Œil

d’Horus, pour certains. Le Krampus a dû la taguer plus tôt dans la journée

avec ses griffes. Grâce à cette marque, il pouvait voir tout ce que la fille

voyait. C’est comme ça qu’il a découvert ma pièce secrète.

— OK, mais… la p’tite… elle était sa complice ? Ou elle l’aidait sans le

savoir ?

La question de Jocelyn semble susciter l’intérêt de tous. Tous, sauf Karl,

dont la mâchoire se crispe. Un claquement de langue plus tard, celui-ci leur

fournit une réponse plus précise.

— Écoutez… le fait que la fille était pas au courant change rien au fait

qu’elle mettait nos vies en danger. Vous auriez préféré qu’on crève tous à sa

place ? Je suis sûr que non ! C’était la seule chose à faire !

À voir l’air qu’affichent certains de ceux qui l’entourent, Karl peut

aisément déduire que son explication ne fait pas l’unanimité.

— La seule chose à faire ? s’indigne Christine. T’es un vrai de vrai

débile profond, toi ! Tu viens de faire sauter la tête d’un enfant de quinze

ans qui voulait de mal à personne ! Ostie d’connard !

— T’aurais voulu faire quoi, au juste ? Qu’on l’abandonne ? Qu’on la

laisse derrière nous ? Savez-vous ce qui arrive à ceux qui portent la marque

de l’Œil d’Horus et qui sont découverts ? Do you ? Le Krampus les retrouve

et il les bouffe ! Parce qu’ils servent plus à rien. Si on l’avait laissée partir

seule de son bord, elle aurait subi le même sort tragique que son amie.

— Oui, parce que se faire faire sauter la tête à coup de calibre douze,

c’est pas tragique pantoute, s’indigne Jacques.

Karl hésite un instant avant de répondre.

— Je lui ai évité une mort longue et souffrante. Let’s just put it that way.

Je l’ai pas fait de gaieté de cœur. Pis si ça devait se résoudre à ça,

j’autorise… non, plutôt j’implore qu’on me mette une balle dans la tête au

lieu de me faire dévorer vivant par le monstre.

Ce coup-ci, par contre, le chasseur parvient à mieux leur vendre les

raisons de son geste. Du moins, à certains d’entre eux.

— Maintenant, juste pour que ce soit clair : l’expert ici, c’est moi !

Votre meilleure chance de survie, c’est moi aussi ! Vous voulez me suivre ?

Fine ! Mais le prochain à remettre en question ma parole ou mes actions va

se retrouver tout seul sur un moyen temps ! Et j’aurai aucun regret. Tout le

monde est à l’aise avec ça ? Oui ? C’est bon. Asteure, suivez-moi ! Je sais

exactement où on devrait aller.

N’ayant visiblement cure de savoir si oui ou non les membres du groupe

continueraient de le suivre après les récents évènements, Karl dépose son

arme à feu sur son épaule et quitte la pièce d’une démarche rapide.

Contre toute attente, sa patronne est la première à lui emboîter le pas,

prenant bien soin de garder la tête basse afin de s’éviter de potentiels

regards réprobateurs. Elle est bien loin de se douter que tous en feront

autant, de peur que Karl ne prenne sur eux trop d’avance pour pouvoir être

rattrapé.

Alors qu’il s’apprête à sortir lui aussi des douches, Alex sent une main

lui agripper l’épaule et le retenir. Cette main est celle de Christine.

— Attends un peu, faut qu’on parle.

Même s’il ne répond rien, Alex accepte de se laisser tirer de quelques

pas vers l’arrière. Une fois qu’ils sont suffisamment à l’écart tous les deux,

l’agente correctionnelle reprend la parole.

— J’ai quelque chose à te dire. Je sais pas pourquoi, mais j’ai

l’impression qu’y’a juste toi qui peux faire de quoi avec cette information-

là.

— C’est à propos de Karl, pas vrai ? Inquiète-toi pas, j’ai remarqué, moi

aussi. J’étais justement en train de me demander c’que j’allais faire à propos

de ça.

Cette révélation inattendue déstabilise Christine, qui écarquille

légèrement les yeux.

Alex a remarqué, lui aussi ?

Elle n’est donc pas la seule.

— On fait rien pour l’instant. Mais si j’ai besoin de toi, j’te laisse savoir.

Encore une fois, Christine demeure coite suite à cette nouvelle

affirmation. Selon toute vraisemblance, l’esprit du jeune homme est encore

plus vif que ce qu’elle s’était imaginé. L’idée qu’elle et lui puissent former

une équipe lui fait retrousser le coin des lèvres malgré tout.

Les raisons de leur présence au centre ainsi que leurs personnalités ne

peuvent être plus divergentes. Quel duo improbable…

— Ça marche, approuve-t-elle. Je laisse ça mort pour l’instant. Pis si j…

Une énorme main surgit du corridor. Les griffes massives au bout des

doigts viennent mordre avec force le haut du cadrage sans porte

symbolisant l’entrée des douches. Cette fois, même Alex tressaille.

Dès que la main est bien ancrée à la céramique, la tête monstrueuse du

Krampus apparaît à son tour. Les longues cornes dont elle est ornée,

additionnées à la taille du monstre, l’obligent à s’abaisser pour pouvoir

passer sous le cadrage et faire irruption dans la pièce.

Tel un serpent vicieux, sa longue langue se glisse hors de sa bouche et

se tortille comme s’il s’agissait d’une entité indépendante. Lentement mais

sûrement, le vieux cuir usé lui faisant office de peau s’étire pour former sur

son visage un rictus malveillant. Le monstre prend le temps de contempler

Christine et Alex avec arrogance, eux qui n’ont aucune issue.

Ils sont pris au piège.

— Le gros mange-marde a pas fait sonner ses cloches, fait remarquer

Alex, tandis que Christine et lui reculent. Ça veut dire qu’il cherchait à nous

surprendre. On a même pas entendu le bruit de ses pas.

Une fois la tête passée, le Krampus se redresse complètement, jetant sur

eux une ombre funeste. Christine songe à crier à l’aide, mais elle se retient.

Mis à part Karl et elle-même, personne d’autre n’est armé, et elle refuse de

mettre la vie des enfants et des blessés en danger en sollicitant l’aide du

groupe. Fort probable qu’il soit déjà loin, de toute façon. De plus, la peur

lui noue la gorge au point où celle-ci n’autoriserait probablement aucun cri

à s’y frayer un chemin.

— Va-t’en, Melançon. C’est après moi qu’il en a. Va rejoindre les

autres, j’vais me débrouiller.

Christine, à la gauche du jeune homme, continue de reculer avec lui.

Elle est incapable de détourner le regard de sur la créature

cauchemardesque, tout comme elle est incapable de contrôler les faibles

tremblements qui prennent d’assaut son corps. Ses yeux se remplissent

d’eau, malgré tout, elle refuse de fuir.

— Si tu t’interposes, on crève les deux, pis ça, ça serait vraiment cave.

J’pense avoir trouv…

Avec une célérité que l’on ne lui soupçonnerait pas, le Krampus effectue

un furieux bon vers l’avant et saisit Alex à la gorge avant de le soulever de

terre. C’est à peine si ce dernier a le temps de s’apercevoir que l’air ne peut

plus circuler par sa trachée compressée que tout disparaît autour de lui, le

laissant baigner dans une mer infinie de lumière et de vapeur bleutée. Il sent

une présence indésirable s’insinuer de force dans son esprit.

Il sait ce qu’elle veut. Il sait ce qu’elle cherche.

Ses souvenirs…

Mais pas n’importe lesquels. Non. La présence ne s’intéresse qu’à ceux

qui l’incriminent. Ceux qui recèlent ses paroles et ses gestes les plus cruels. Ceux qui, pour le commun des mortels, sont souvent accompagnés de

honte, d’amertume et de regrets.

Alex devient alors le spectateur de sa propre infamie, tandis qu’il voit

défiler dans sa tête chacun des moments de sa vie où il a agi de façon

odieuse. De façon narcissique. De façon violente. Toutes ses mauvaises

actions, sans exception, sont projetées sur la toile de sa mémoire, et avec

elles refont surface la douleur, la tristesse, la colère et la peur qu’elles ont

engendrées.

Alex ne peut rien cacher.

Il est complètement sans défense.

Aussi subitement qu’il s’est créé, le contact entre Alex et le monstre se

rompt. Parmi le blizzard d’informations visuelles et auditives qu’est

devenue la réalité, l’adolescent parvient à distinguer un bruit bien

spécifique, court, fort, et qui se répète à plusieurs reprises.

Des coups de feu sont tirés.

Malgré les étourdissements intenses dont il est victime, Alex ressent le

choc subi lorsque son corps, relâché par la chose, entre en contact avec le

sol.

— Ale… pêche-toi… sacre ton cam…

Alex secoue la tête, espérant ainsi chasser l’acouphène qui lui brouille

l’ouïe et remettre en place les images que lui transmettent ses yeux dilatés.

— Arrête de niaiser ! Sacre ton camp ! se tue à lui répéter Christine en

vidant le chargeur de son pistolet sur le monstre.

Alors qu’il se demande comment diable une arme à feu aussi risible que

celle employée par Christine a bien pu faire perdre sa concentration et son

calme au monstre, Alex remarque le trou béant et dégoulinant qu’abrite

l’orbite qu’a traversée l’un des projectiles. Blessure suffisamment

importante, semble-t-il, pour que la chose venue d’ailleurs ne troque son

sourire présomptueux pour une moue furieuse et qu’elle ne change de cible.

Un des premiers projectiles tirés semble avoir percé les loques qui vêtent la chose. Par l’ouverture créée par la balle s’échappe alors un objet de nature

inconnue : un étrange bout de tuyau. Le son qu’il émet en s’écrasant au sol

est couvert par le bruit des coups de feu, et personne, hormis Alex, ne prend

connaissance de son évasion.

Christine continue de tirer, mais les balles n’ont aucun effet. La créature

s’avance toujours vers elle avec lenteur et mépris.

J’ai pas le choix ; si j’veux lui faire mal, je dois absolument lui faire

péter l’autre œil !

Sans jamais cesser de s’éloigner de reculons, l’agente correctionnelle

prend le temps de mettre l’organe oculaire toujours intact dans sa mire.

Seulement, au moment de presser la détente, un déclic métallique lui

annonce qu’elle est à court de munitions.

— AH, FUCK !

Le chargeur vide est éjecté de l’arme ; un tout nouveau est cueilli au

fond de la poche de Christine, dont les mouvements retrouvent peu à peu

leur assurance. L’objet n’est plus qu’à quelques centimètres d’être inséré

lorsque le dos de Christine entre en contact avec le large pilier cylindrique

de la douche. Le choc occasionné permet au chargeur rempli d’échapper à

l’emprise des doigts qui le retiennent et de rebondir sur le sol.

— FUCK ! FUUUCK !

Christine se penche. Au moment où sa main se referme sur le chargeur,

celle du Krampus en fait autant avec elle. La pression qu’exercent les doigts

de la chose contre ses côtes est impitoyable. En une seconde, ses poumons

se vident entièrement. Elle a l’impression de se retrouver mille mètres sous

l’eau.

À travers ses paupières entrouvertes, Christine aperçoit les griffes

appartenant à l’autre main du Krampus se glisser sous sa camisole et sa

brassière, puis arracher celles-ci avec aisance à l’aide d’un seul coup. Une

fois débarrassée des vêtements en lambeaux, la main revient à la charge et

réserve un sort similaire aux pantalons de la gardienne. Le geste barbare occasionne d’ailleurs à la pauvre femme une sérieuse entaille, qui lui

sillonne la cuisse gauche sur toute sa longueur. Christine, qui n’est plus

vêtue que d’une paire de petites culottes, sent une dangereuse quantité de

sang s’échapper de la blessure et s’écouler le long de sa jambe jusqu’à ses

orteils. Cependant, la douleur engendrée par la coupure est infime lorsque

comparée avec celle que lui envoient ses côtes compressées.

Soudainement, c’est à la grandeur de son corps qu’elle sent un liquide

s’écouler. À l’opposé de son sang, celui-ci est si frais que la plupart de ses

muscles se contractent à son contact.

La douche.

Le monstre a actionné le bouton qui fait jaillir l’eau et a placé l’agente

directement sous le jet. En quelques secondes à peine, Christine est

entièrement détrempée, sans que le monstre ne coupe l’arrivée d’eau pour

autant. Tout d’un coup, la température semble chuter. Malgré l’eau qui lui

coule dans les yeux, Christine arrive à voir du givre se former sur la surface

du large pilier.

Le Krampus.

Le Krampus est en train d’abaisser la température du module de métal,

au point où une fine croûte de gel s’y forme. Christine comprend alors

l’horrible sort que la chose lui réserve.

Trop tard !

Avec plus de force que nécessaire, le monstre vient écraser son corps

dénudé contre le large pilier à présent glacé. La peau dégoulinante de

Christine s’y colle instantanément.

— Non… Non…, souffle-t-elle, sonnée par l’impact.

D’un élan barbare, la main qui la retient la tire vers l’arrière. L’épiderme

en contact avec le métal refuse de suivre le reste du corps et demeure

fusionné au pilier, obligeant la peau en périphérie de ces zones à se fendre

et à se déchirer. La douleur intense qui en résulte soutire à la pauvre un cri

inhumain.

Les muscles et les tendons de sa joue droite sont maintenant à vif.

Même chose pour ceux de sa cuisse droite. Une de ses paupières et ses deux

mamelons ont été arrachés, sort également réservé à la peau qui lui recouvre

l’abdomen.

Pendant que Christine hurle à la mort, le Krampus la replonge sous le

jet d’eau. Il fait ensuite un pas sur le côté, cible une section du pilier qui n’a

pas encore été souillée des chairs de sa victime et y écrase cette dernière à

nouveau. Cette fois, ce n’est pas la peau qui fusionne au métal gelé, mais

bien les organes qu’elle est censée recouvrir. Le monstre halète de

satisfaction.

Lorsqu’il détache violemment sa proie du pilier pour la seconde fois,

tous les muscles en contact avec le métal gelé sont arrachés à leurs os dans

un horrible bruit de déchirement et demeurent prisonniers du givre. Veines

et ligaments sectionnés saillent par dizaines du corps mutilé de la pauvre

Christine, que le Krampus achève en lui fracassant la tête contre le

plancher.

Sa soif de vengeance assouvie, le monstre abandonne la dépouille. Avec

le recul, il se dit qu’il n’aurait jamais dû s’attarder à une proie aussi

insignifiante, lui qui avait bien plus important à faire. Mais ses explosions

de colère sont devenues incontrôlables.

En se retournant, le démon pousse un cri furieux lorsqu’il constate

qu’Alex, qu’il croyait alors inconscient, s’est volatilisé.

 

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