Les contes interdits : Krampus
Chapitre 11
Les griffes du Krampus lui traversent le corps avec tant de force que sa tête
bascule vers l’arrière et lui disloquent les vertèbres du cou. Une partie du
sang qui s’accumule dans ses poumons perforés est alors expulsée par sa
bouche ouverte sous forme de bouillons.
Les hurlements fusent.
La peur, que leurs esprits étaient parvenus à apaiser, les envahit de
nouveau.
— JANIE ! ne peut s’empêcher de pousser Mylène en reculant d’un pas.
Autour des deux filles, les survivants sont paralysés de frayeur.
Sentiment qui ne fait que décupler lorsque le monstre, le bras toujours
plongé dans le corps de sa victime, s’avance jusqu’à la lumière pour se
révéler à eux. D’un geste arrogant, il étire le cou vers l’avant et balaie la
pièce de gauche à droite pour être certain qu’il a bien été aperçu par tous.
Satisfait, il ouvre toute grande sa gueule, à un point où celle-ci se
déforme et se met à craquer.
Puis elle s’ouvre encore.
Et encore.
Lorsqu’elle atteint sa limite, l’angle d’ouverture doit faire dans les cent
cinquante degrés, comme celle d’un serpent des blés. Alors, le Krampus
saisit par les hanches le corps encore chaud de Janie et le soulève au-dessus
de sa propre tête.
— Oh, mon Dieu, NON !
Après l’avoir fait pivoter verticalement, il insère la tête de la jeune fille
dans son immense gueule, et à l’aide d’une série d’horribles déglutis et de mouvements de la mâchoire, force la dépouille à glisser le long de sa gorge,
jusqu’à ce qu’elle soit totalement avalée.
Le choc est si violent pour Carole qu’elle n’a même pas conscience de
la présence d’Alex qui s’élance devant elle à toute vitesse et empoigne son
frère et sa sœur pour ensuite les éloigner une fois de plus du carnage. Près
d’eux, Jocelyn fait de même avec sa fille, ignorant totalement les
douloureux avertissements que lui envoie sa jambe sous forme de signaux
électriques.
De sanctuaire paisible, de havre salutaire, la salle des archives du centre
C.J. Jutras se métamorphose en un véritable bordel sanglant. Pendant que la
panique éclate autour du Krampus, Danny fait preuve d’un flegme
olympien, lui qui voit en la situation une excellente occasion de profiter
d’un moment de vulnérabilité de son ennemi. Il dégaine son arme et vient
verrouiller son œil droit sur la mire de celle-ci. Il vise le cœur.
Des coups de feu éclatent. Trois en tout. Chacun d’entre eux fait
mouche sans faire de dégâts, les détonations qu’ils engendrent ne faisant
qu’attiser le chaos qui règne déjà parmi les survivants. Avant que le
quatrième projectile puisse être craché, le monstre étire le bras d’un élan vif
et prend le tireur au piège entre ses puissants doigts. C’est à peine si Danny
a le temps de comprendre ce qui lui arrive que son corps se fait pulvériser et
qu’une partie de ses organes internes, accompagnée d’un puissant jet
sanglant, est régurgitée.
Karl, qui prend la fuite au même moment, repère l’arme tombée et s’en
empare, sans jamais se soucier du sort du gardien en civil. Le chasseur avait
beau se trouver à l’autre bout de la pièce au moment où le Krampus a fait
son apparition, il est tout de même le premier à s’en échapper. Dès qu’il met
les pieds dans le corridor, il prend à droite, vers l’aile D, la section toujours
éclairée. Après quelques secondes de course, il regarde brièvement par-
dessus son épaule afin de s’assurer que le Krampus n’est pas à ses trousses.
Or, il constate que c’est plutôt Alex qui est à sa suite, flanqué de son frère et de sa sœur, qu’il a une fois de plus réussi à tirer d’une situation critique.
Derrière l’adolescent, d’autres silhouettes semblent également s’en être
sorties. Karl ralentit alors le pas pour permettre aux autres membres du
groupe de le suivre, mais conserve suffisamment de vitesse pour mettre le
plus de distance possible entre la créature cauchemardesque et lui.
Malgré les quelques intersections et changements de direction possibles,
Alex remarque que Karl emprunte une trajectoire assez linéaire, ne
bifurquant que lorsque la situation ne lui présente aucun autre choix. Une
chose est certaine ; il a une destination bien précise.
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