Les contes interdits : Krampus

David Bédard · Chapitre 15 sur 28

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Les contes interdits : Krampus

Chapitre 11

 

 

Les griffes du Krampus lui traversent le corps avec tant de force que sa tête

bascule vers l’arrière et lui disloquent les vertèbres du cou. Une partie du

sang qui s’accumule dans ses poumons perforés est alors expulsée par sa

bouche ouverte sous forme de bouillons.

Les hurlements fusent.

La peur, que leurs esprits étaient parvenus à apaiser, les envahit de

nouveau.

— JANIE ! ne peut s’empêcher de pousser Mylène en reculant d’un pas.

Autour des deux filles, les survivants sont paralysés de frayeur.

Sentiment qui ne fait que décupler lorsque le monstre, le bras toujours

plongé dans le corps de sa victime, s’avance jusqu’à la lumière pour se

révéler à eux. D’un geste arrogant, il étire le cou vers l’avant et balaie la

pièce de gauche à droite pour être certain qu’il a bien été aperçu par tous.

Satisfait, il ouvre toute grande sa gueule, à un point où celle-ci se

déforme et se met à craquer.

Puis elle s’ouvre encore.

Et encore.

Lorsqu’elle atteint sa limite, l’angle d’ouverture doit faire dans les cent

cinquante degrés, comme celle d’un serpent des blés. Alors, le Krampus

saisit par les hanches le corps encore chaud de Janie et le soulève au-dessus

de sa propre tête.

— Oh, mon Dieu, NON !

Après l’avoir fait pivoter verticalement, il insère la tête de la jeune fille

dans son immense gueule, et à l’aide d’une série d’horribles déglutis et de mouvements de la mâchoire, force la dépouille à glisser le long de sa gorge,

jusqu’à ce qu’elle soit totalement avalée.

Le choc est si violent pour Carole qu’elle n’a même pas conscience de

la présence d’Alex qui s’élance devant elle à toute vitesse et empoigne son

frère et sa sœur pour ensuite les éloigner une fois de plus du carnage. Près

d’eux, Jocelyn fait de même avec sa fille, ignorant totalement les

douloureux avertissements que lui envoie sa jambe sous forme de signaux

électriques.

De sanctuaire paisible, de havre salutaire, la salle des archives du centre

C.J. Jutras se métamorphose en un véritable bordel sanglant. Pendant que la

panique éclate autour du Krampus, Danny fait preuve d’un flegme

olympien, lui qui voit en la situation une excellente occasion de profiter

d’un moment de vulnérabilité de son ennemi. Il dégaine son arme et vient

verrouiller son œil droit sur la mire de celle-ci. Il vise le cœur.

Des coups de feu éclatent. Trois en tout. Chacun d’entre eux fait

mouche sans faire de dégâts, les détonations qu’ils engendrent ne faisant

qu’attiser le chaos qui règne déjà parmi les survivants. Avant que le

quatrième projectile puisse être craché, le monstre étire le bras d’un élan vif

et prend le tireur au piège entre ses puissants doigts. C’est à peine si Danny

a le temps de comprendre ce qui lui arrive que son corps se fait pulvériser et

qu’une partie de ses organes internes, accompagnée d’un puissant jet

sanglant, est régurgitée.

Karl, qui prend la fuite au même moment, repère l’arme tombée et s’en

empare, sans jamais se soucier du sort du gardien en civil. Le chasseur avait

beau se trouver à l’autre bout de la pièce au moment où le Krampus a fait

son apparition, il est tout de même le premier à s’en échapper. Dès qu’il met

les pieds dans le corridor, il prend à droite, vers l’aile D, la section toujours

éclairée. Après quelques secondes de course, il regarde brièvement par-

dessus son épaule afin de s’assurer que le Krampus n’est pas à ses trousses.

Or, il constate que c’est plutôt Alex qui est à sa suite, flanqué de son frère et de sa sœur, qu’il a une fois de plus réussi à tirer d’une situation critique.

Derrière l’adolescent, d’autres silhouettes semblent également s’en être

sorties. Karl ralentit alors le pas pour permettre aux autres membres du

groupe de le suivre, mais conserve suffisamment de vitesse pour mettre le

plus de distance possible entre la créature cauchemardesque et lui.

Malgré les quelques intersections et changements de direction possibles,

Alex remarque que Karl emprunte une trajectoire assez linéaire, ne

bifurquant que lorsque la situation ne lui présente aucun autre choix. Une

chose est certaine ; il a une destination bien précise.

 

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