Les soeurs Gwenan
Chapitre 20
Au printemps suivant, un samedi matin vers onze heures, le téléphone sonna à Trezaraden. Joséphine avait découvert son père mort dans son fauteuil, un samedi, à onze heures… Elle eut un mauvais pressentiment : il était arrivé quelque chose à son tonton Dona ! Elle décrocha d’une main tremblante. Mais non, ouf, ce n’était pas l’Émilienne du tonton. Une voix masculine, très douce, qui demanda :
— Allô ? Je suis bien chez Joséphine Gwenan ?
— Oui, c’est moi.
— La Joséphine Gwenan qui était à Toulon en 1942 ?
Elle reconnut la voix, crut défaillir.
— C’est toi, Lili ?
— Ah, c’est pas vrai ! C’est toi, Joséphine ?
Ils en perdirent la parole pendant quelques secondes.
— Attends un peu, j’ai besoin de m’asseoir, dit Joséphine d’une voix chevrotante.
— Excuse-moi de t’avoir fait un choc.
— Ah oui alors, quel choc ! Mais comment… ?
Depuis qu’il avait le téléphone, chaque année il épluchait la nouvelle édition de l’annuaire et sur la commune de Beuzec-Cap-Sizun se trouvait un Joseph Gwenan, et puis cette année une Joséphine Gwenan était apparue, alors ce matin, après des jours d’hésitation, il s’était décidé à appeler.
— J’ai perdu mon père et j’ai fait le changement à mon nom, dit Joséphine.
— Ah, écoute, c’est triste de perdre son père. Il était âgé ?
— Quatre-vingt-dix ans.
— Un bel âge.
— Oui, mais quel que soit l’âge ça laisse un grand vide.
— Malheureusement, j’en sais quelque chose… Je suis veuf depuis presque un an.
— Oh mon pauvre Lili.
— C’est comme ça, on y peut rien.
— Je pensais bien que tu étais toujours en vie. Mon père s’était renseigné, ton sous-marin avait échappé aux Allemands et en 44 ou 45 il est même venu à Brest.
— J’aurais dû essayer de te contacter, à cette époque. Mais tu sais comment c’est, je me suis dit que tu devais avoir quelqu’un… Alors j’ai fait ma vie.
Il avait rempilé dans la marine, s’était marié avec une fille de Lilia-Plouguerneau, avait fait bâtir une maison dans le pays des Abers, où lui étaient nés deux enfants.
— Casés au jour d’aujourd’hui. Et toi ?
— Moi je suis restée seule, finalement. Je ne m’en plains pas.
— Alors on pourrait se voir. Qu’est-ce que tu en penses ? J’ai une voiture.
— Ben oui, si tu veux.
— Quand ?
Elle aurait bien répondu : « Tout de suite ! », tellement les souvenirs de Toulon, le port, les rues envahies de marins, la moto et la forêt de chênes-lièges au-dessus d’Hyères, lui donnaient le vertige. Elle réfréna sa hâte.
— Viens dimanche, à l’heure de midi.
— Demain ?
Elle faillit dire oui. Mais c’était trop tôt, il fallait qu’elle mette de l’ordre dans la maison, qu’elle décide d’un menu, qu’elle aille chez la coiffeuse.
— Ah, c’est vrai qu’on est samedi… J’avais oublié. Je voulais dire dimanche en huit.
— Formidable ! Qu’est-ce que je peux apporter ?
— Oh rien !
— J’achèterai des gâteaux de pâtisserie.
— On a tout ce qu’il faut au bourg.
— Alors je les achèterai au bourg en passant.
Qu’est-ce que tu préfères ?
— Une noix japonaise, s’il en reste.
— C’est noté ! Bon eh ben, à dimanche en huit alors… On va pas se raconter notre vie au téléphone. De vive voix, ce sera beaucoup mieux.
— Oh oui !
— Je t’embrasse.
— Moi aussi, répondit-elle sans réfléchir.
Elle le regretta presque, parce que, tout de même, cela faisait quarante ans qu’ils ne s’étaient pas vus, et c’était bien familier, lui dire « je t’embrasse », mais bon, ça ne portait pas à conséquence, et puis ils avaient été assez intimes, là-haut au-dessus d’Hyères, dans le bois de chênes-lièges, songea-t-elle en frémissant.
Le lendemain, à sept heures, elle dut convenir avec elle-même que le coup de téléphone du tonton Dona la dérangea. Il l’arracha à ses rêves, brouilla les images qu’elle cajolait dans sa tête, scènes réelles du passé et scène imaginée de l’arrivée de Lili dans la cour de Trezaraden. Elle écourta la conversation.
Pendant toute la semaine le téléphone lui brûla la main. Elle décrochait, composait l’un des deux numéros de Lost-ar-C’hoat, et n’était pas peu fière, à chaque fois, de réussir à reposer le combiné sur sa fourche, de parvenir à garder son bonheur pour elle – et son humiliation éventuelle, si jamais elle informait ses sœurs et que quelque chose arrivait, qui fasse que Lili ne vienne pas.
Toute la semaine, un disque passa en boucle sur l’électrophone que ses sœurs lui avaient offert pour ses cinquante ans. Elle s’était lassée de l’appareil, d’autant qu’elle possédait peu de disques – Georges Brassens, Yves Montand, Gilbert Bécaud, Jean Ferrat… – et que c’était un peu rengaine d’écouter des chansons qu’on connaissait par cœur. Dans son atelier, elle avait un transistor, sur lequel elle écoutait Europe 1, et le soir elle regardait la télé. Mais son cœur chaviré se souvint d’un disque, qu’elle n’avait pas écouté depuis une éternité, un trente-trois tours de Frida Boccara, avec ces chansons à vous donner la chair de poule, quand vous vous préparez à revoir un amour de jeunesse : Verte Campagne, Le Grand Amour, Depuis ce temps-là…
À onze heures et demie, la table était mise : nappe et serviettes blanches brodées et ajourées, verres à pied, couverts en argent de la ménagère des parents, assiettes du service de mariage de Tad et Mamm. Au menu, des plats simples : en hors-d’œuvre, de la macédoine roulée dans une tranche de jambon ; en plat de résistance, un rôti de veau en cocotte avec des patates rissolées et de la laitue du jardin ; fromage et gâteaux de pâtisserie. En vins, Joséphine n’y connaissait rien, qui se contentait aussi bien d’un verre d’eau. Lili déboucherait le vin à son goût : le muscadet mis à rafraîchir au frigo ou bien l’une des bouteilles de côtes-du-rhône du cellier, ou les deux si ça lui plaisait.
Joséphine ne fréquentait plus guère l’église, mais le dimanche des retrouvailles elle se rendit à vélo à la messe de neuf heures, par superstition, en pensant que ça lui porterait chance, et sans doute aussi parce que l’air était doux et le ciel bleu. Le bon Dieu lui rappela qu’elle avait oublié l’apéritif. Il n’y avait plus qu’un fond de bouteille de Pernod à la maison et elle ne pourrait quand même pas accompagner Lili en buvant cela, une boisson d’homme, qui faisait mauvais genre, pour une femme. Elle acheta une bouteille de Saint-Raphaël et une boîte de biscuits salés.
Tout était prêt, il fallait tromper l’attente. Dix fois, elle se rendit à l’atelier scruter sa silhouette dans sa psyché et d’un œil de couturière considérer sa mise : un rang de perles fantaisie, sage robe à fleurs à dominante bleu clair, cardigan bleu marine, escarpins noirs avec un peu de talon. Dix fois elle se redonna un coup de peigne, dix fois elle se demanda si elle avait eu raison de se faire faire une couleur en même temps que la mise en plis. Bien sûr, les reflets acajou la rajeunissaient, mais est-ce que ça ne faisait pas un peu trop cheuc’h ?
La pendule de parquet sonna douze coups. Joséphine était en transe.
— Ma ! Il ne viendra pas, dit-elle tout haut.
Et pourvu que personne ne vienne, se contredit-elle en pensée. Germaine et Yvonne avaient l’habitude de débarquer à Trezaraden n’importe quand. Mais Joséphine avait pris ses précautions : elle avait prévenu ses sœurs qu’elle ne serait pas là. « Je vais voir une copine au bourg. – Quelle copine ? avait demandé Germaine. – Une copine que vous ne connaissez pas ! » Sûr que ses sœurs avaient dû trouver ça louche…
À midi cinq, une voiture s’annonça par un bruit de moteur nerveux, qui lui était familier. Joséphine, au désespoir, pensa que c’était la 4 L de Germaine. Mais la 4 L de Germaine était blanche et celle qui pila dans la cour était grise, et il y avait un homme au volant.
À travers le rideau de la fenêtre, elle regarda Lili descendre de voiture et prendre sur la banquette arrière les cadeaux qu’il avait apportés. Il referma la portière d’un coup de genou et, les bras encombrés d’un bouquet de fleurs, d’une boîte de gâteaux et d’une bouteille de vin, il s’avança vers la maison. Joséphine lissa le devant de sa robe des deux mains et sortit à sa rencontre.
Ils s’embrassèrent sur les deux joues et restèrent un long moment à se regarder, en riant un peu bêtement, comme des gamins amoureux.
Il était tel qu’elle l’avait imaginé : coiffé d’une casquette de marin pêcheur et vêtu d’un caban, sous lequel, pour l’occasion, il avait mis un pull en V, une cravate rayée et une chemise blanche qui assombrissait sa peau tannée sur les ponts et dans le vent du pays des Abers. Un vrai visage de marin.
— Tu n’as pas changé, dit-elle.
— Toi non plus. Toujours aussi belle.
— Avec quarante ans de plus.
— Tu as toujours des cheveux magnifiques.
— Tu n’as pas perdu les tiens.
Il ôta sa casquette. Ses cheveux poivre et sel étaient encore assez fournis.
— Quelques-uns manquent à l’appel ! dit-il.
— Pas tant que ça.
Il lui tendit le bouquet de fleurs, des jonquilles.
— Je les ai cueillies dans la prairie avant de partir. Mais elles tiennent pas longtemps dans un vase.
— Oh ici elles tiendront !
Il lui remit la boîte de gâteaux.
— Il restait une noix japonaise.
— Je sais. En allant à la messe au bourg j’ai dit à la boulangère d’en garder une, que quelqu’un passerait la prendre.
— Ah, toi alors !
— Si tu n’étais pas venu, j’aurais été obligée de retourner au bourg la chercher.
— Et pourquoi je serais pas venu ?
— Oh je ne sais pas ! Ta voiture aurait pu tomber en panne…
— J’aurais pris un taxi.
— Oh quand même pas !
— Ou ma moto !
Joséphine rougit. La moto, la forêt de chênes-lièges, sa culotte baissée…
— Tu l’as toujours ?
— Non, je rigolais. Les motos, c’est pour les jeunes. Avec l’âge, on devient frileux.
Ils entrèrent. Lili demeura planté devant la collection d’obus sur le vaisselier.
— Tu vois comme c’est drôle… À Toulon, tu me parlais tellement de ton père que j’ai l’impression d’être déjà venu ici…
— S’il avait été toujours avec nous, dit Joséphine en riant, il t’aurait raconté les Dardanelles et on en aurait eu pour un moment !
— Tu me les raconteras !
— Oh on a autre chose à se raconter que les Dardanelles…
Ils prirent l’apéritif et Joséphine fut heureuse de constater que Lili buvait modérément, pas comme Lucien et Jean-Louis qui, depuis qu’ils avaient liquidé leur deuxième retraite, avaient tendance à mettre dedans. Il ne voulut pas déboucher la bouteille de muscadet, ne but qu’un verre de vin rouge et refusa le pousse-café. Il apprécia le repas, se resservit du rôti de veau, mais sans prendre de sauce. Elle apprécia sa noix japonaise, qui n’avait jamais été plus savoureuse. Pour lui, Lili avait acheté un millefeuille, un gâteau pas facile à déguster proprement, et il s’excusa d’avoir fait autant de miettes, dont Joséphine le débarrassa d’un coup de serviette, comme elle le faisait pour son père, sur la fin, quand il grignotait une tartine de pain doux, à son quatre-heures.
Le récit de l’un suscitant les souvenirs de l’autre, la conversation ne cessa de passer du coq à l’âne, par étapes désordonnées, le long des quatre décennies écoulées, de la libération de Toulon à l’odyssée du Glorieux, des embarquements de Lili à ceux de Lucien et Jean-Louis, du mariage de Germaine et Yvonne à la naissance des enfants de Lili, de la robe de Marie-Morgane au divorce de la fille de Lili, de ce qui poussait dans le potager de Trezaraden au vent du nord qui desséchait tout dans le jardin de Lilia-Plouguerneau.
Ils firent la balade du traezh et du retour par Porzh-Brennig, où Lili apprécia le parfait état du canot de Jos, caréné à neuf par les beaux-frères de Joséphine.
Chose rare pour un homme du Cap, à l’heure du goûter Lili préférait le thé au café.
— Particulièrement le thé de Chine fumé.
— Fumé ?
Joséphine ne connaissait que le Lipton.
— C’est assez spécial. Je t’en amènerai. Enfin, si tu veux qu’on continue à se voir.
— Et toi ?
— Tu penses bien que oui ! On s’est manqués à cause de la guerre, rien n’empêche qu’on se soutienne dans nos vieux jours.
— Oh on n’est pas si vieux que ça !
— Tu sais, il faut que je te dise une chose… J’ai eu des petits ennuis de santé.
Il était passé trois fois sur le billard : pour la vésicule biliaire, pour une hernie inguinale attrapée en arrachant l’ancre de son canot au goémon, et pour la prostate, qu’on lui avait enlevée.
— Et toi, t’as pas eu de petits problèmes ?
La réponse qu’elle se fit, et qu’elle lui fit, la frappa d’une réalité à laquelle elle n’avait jamais songé : elle s’était toujours portée comme un charme, alors que Germaine et Yvonne ne pouvaient pas en dire autant, tour à tour opérées de varices, d’un fibrome…
— C’est formidable, dit Lili. Moi, je me porte pas plus mal de mes opérations, sauf que… Tu as peut-être entendu parler des conséquences d’une opération de la prostate…
— Ma foi non.
— Je sais pas comment te dire… Eh ben voilà, une femme ne peut plus compter sur moi au lit.
— Oh je n’aurais jamais pensé à ça entre nous. On a beau ne pas être si vieux que ça, je crois qu’il y a un âge pour tout.
— Je le pense aussi.
Lili consulta sa montre.
— Six heures…
— Personne ne t’attend à la maison.
— Sûr, mais j’ai une bonne heure de route.
— Il fait beau.
— J’aime pas trop rouler de nuit. C’est comme le reste, la vue baisse !
— T’inquiète pas, la mienne aussi. Pour coudre, je suis obligée de mettre des loupes !
— Remarque, rigola-t-il, l’avantage c’est que dans la glace on se voit plus jeune qu’on n’est.
Il se leva, enfila son caban.
— On se dit à quand, alors ?
— Dimanche prochain, si tu veux.
— Ou un autre jour. On n’a plus d’obligations.
— C’est vrai, j’ai dit dimanche par habitude.
— Bon, disons dimanche pour cette fois-ci. Mais après, ce sera n’importe quel jour, si on a envie.
— Oui, n’importe quel jour.
Joséphine le raccompagna jusqu’à sa voiture. Ils ne savaient pas comment se quitter. Lili exprima leur pensée commune, et bien qu’il le dît sur le ton de la galéjade, Joséphine sut qu’il ne plaisantait pas du tout.
— C’est drôle, quand même… On a du mal à se dire au revoir, comme si on pouvait plus se quitter.
Joséphine le prit par le bras, le secoua et le serra contre elle.
— Espèce de gros bêta, regarde, tu me fais pleurer…
Ils s’embrassèrent sur les deux joues, deux fois.
— Une semaine, c’est pas bien long, dit Lili.
— Non, pas très…
Il monta dans sa 4 L et démarra. Joséphine essuya ses larmes, rangea la table et fit la vaisselle en fredonnant gaiement les chansons tristes de Frida Boccara.
À sept heures pile, le téléphone sonna.
— Kaoc’h ki du(59) ! jura-t-elle. Je l’avais oublié, celui-là…
Elle répondit au tonton Dona avec désinvolture. Il y avait comme un sourire dans sa voix. Il s’inquiéta :
— Il y a du monde à la maison ? J’entends chanter. C’est qui, Dalida ?
— Frida Boccara.
— Inconnue au bataillon, maugréa-t-il, sur un ton qui déniait le droit d’exister à cette chanteuse qu’il n’avait pas l’heur de connaître.
Il était en fureur. Son fils allait se marier.
— Avec une bonne à rien comme lui. Dégottée au comité d’entreprise. Elle s’occupe des colonies de vacances, paraît-il. Ils vont pouvoir se tourner les pouces ensemble.
— Et te fabriquer des petits-enfants.
— Je vois pas comment.
— Par les voies naturelles ! lança Joséphine, se surprenant elle-même.
Elle était heureuse, elle avait envie de dire des bêtises.
— Peuh ! Si tu la voyais ! IL ME L’A PRÉSENTÉE ! hurla-t-il. On voit à travers, elle est maigre comme un clou. Plate comme une limande et des jambes en baguettes de tambour. Elle pourrait même pas porter un seau d’eau. Et muette comme une carpe, en plus. M’est avis que c’est le genre dépressif. Alors j’ai dit à l’autre andouille : « Marie-toi si tu veux, mais compte pas sur moi pour te payer la chambre à coucher ! » Et tu sais ce qu’il m’a répondu ? « T’es qu’un pauvre type. » Dire à son père qu’il est qu’un pauvre type, tu te rends compte ?
— Ça s’arrangera…
— Ah non ! De mon côté, c’est fini ! À moins qu’il me demande pardon à genoux !
Joséphine n’était pas d’humeur à l’écouter déblatérer plus longtemps. Elle changea de sujet de conversation :
— Tes fruitiers sont en fleurs ?
— Ouais, mais je sais pas s’ils refleuriront l’année prochaine.
— Ils ont la maladie ?
— Ouais, la maladie de la pierre, ricana-t-il. La ville poussait ses lotissements vers le hameau, les gens avaient tous des voitures, n’hésitaient plus à construire à l’extérieur et à faire vingt kilomètres pour aller au travail.
— Un promoteur m’a proposé une fortune de mon terrain. Je le laisse mariner. Je suis pas pressé. Les prix vont continuer à grimper.
— Et puis tu n’as pas besoin de sous.
— Ben non. Avec tout ce qu’il y a déjà à la banque… Si je vends pas le terrain, tu en feras ce que tu voudras après moi.
— Ton fils en fera ce qu’il voudra, tu veux dire plutôt.
— Mais non ! T’es en tête de liste, je te l’ai dit. Mon testament a été déposé au fichier national.
— Tu as encore le temps de changer d’idée.
— Compte pas là-dessus, je changerai pas d’idée ! La maison et le terrain seront à toi. T’auras qu’à tout liquider au promoteur après moi. Remarque, pour t’éviter des soucis, peut-être qu’il vaudrait mieux que je vende le terrain…
— Ce serait dommage pour les fruits.
— Je t’apporterai des cageots de poires, cet été.
Il se racla la gorge.
— Au fait, j’ai pensé à une chose… Maintenant que ton père est parti, peut-être que j’ai plus besoin d’aller à l’hôtel. Tu pourrais m’héberger à Trezaraden…
— Ah oui, ce serait une bonne idée, répondit Joséphine d’un ton monocorde.
Quinze jours auparavant, elle aurait accepté avec enthousiasme, mais à présent que Lili était ressuscité…
— Je te donnerai mes dates. Je viendrai au mois d’août, probablement.
— Il faut que je te laisse, j’ai du riz au lait au four, mentit-elle.
— Vas-y ! Moi aussi, il faut que j’y aille, Émilienne a sonné la cloche. Je t’embrasse, ma petite Joséphine.
— Moi aussi, tonton Dona.
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