L'Espoir, cette tragédie
Chapitre 13
13
MÈRE ÉTAIT ALLÉE AU LIT TÔT, ce qui était heureux car le tapage sur les conduites n’avait pas cessé durant tout le dîner. Parfois, Kugel avait l’impression qu’Anne Frank se servait de ses doigts noués par l’arthrose pour tambouriner sur le tuyau en fer, parfois que c’était ses ongles durs comme des griffes et parfois quelque chose de métallique, une cuillère ou un couteau.
Tap, tap-tap.
Non, a-t-il pensé.
Tap. Tap-tap.
Non.
Qu’elle aille se faire foutre.
Il refusait de réagir. Ce serait l’encourager.
Six millions, il en a tué six millions, et celle-ci s’en est tirée.
Il n’aurait jamais dû penser une chose pareille.
Au moins ne l’avait-il pas dite.
Mais il l’avait pensé !
Ce n’était pas aussi grave.
C’était quand même pas rien.
Il voulait seulement qu’elle arrête. Seulement qu’elle s’en aille.
Dès que le bruit recommençait, Kugel se livrait à une épuisante pantomime : couverts bruyamment reposés sur la table, raclements de chaise, toussotements… Tout cela pour détourner l’attention.
Ça va ? s’est inquiétée Bree.
Fausse route, a-t-il expliqué en se tapotant la poitrine.
Mais de toute façon Bree semblait n’avoir rien remarqué et s’était lancée dans une conversation animée avec Hannah à propos de Brooklyn.
Bree adorait parler de Brooklyn. Quand mère était venue vivre avec eux, Hannah et Pinkus avaient repris son vieil appartement près du pont de Williamsburg et le sujet la captivait.
Elle avait toujours rêvé d’écrire et c’était ce qu’elle faisait depuis un moment, mais si elle était farouchement déterminée à exceller dans cette nouvelle activité il lui restait encore à se faire une place dans le monde de l’édition. Lors de ses instants de doute les plus aigres, quand elle jurait qu’elle n’écrirait plus jamais une ligne avant de prétendre, deux secondes plus tard, qu’elle ne pourrait jamais se consacrer à rien d’autre que l’écriture, il essayait de la convaincre que son style était en constante amélioration et que c’était tout ce qui importait. Chacun a besoin de reconnaissance au-delà du cercle des proches, et sur ce plan Bree n’était pas différente des autres. Les doutes et les regrets commençaient à l’assaillir. Elle avait parlé de s’inscrire à une autre université, de suivre plus de stages d’écriture, de lire plus de livres… Et ces derniers temps, Brooklyn était devenu sa nouvelle obsession.
Tu sais qui j’ai vu, l’autre jour ? lui a demandé Hannah. Philip Roth !
Il semblait que Brooklyn soit devenu le centre névralgique de la vie littéraire, de sorte que Bree ne pouvait s’empêcher de se demander si vivre dans un environnement plus urbain, plus artistique, ne serait pas profitable à sa carrière. Une source d’inspiration. Qu’aurait été Joyce sans Dublin, Miller sans Paris, Kafka sans Prague ?
Vraiment ? a lâché Bree. Est-ce qu’il habite Brooklyn ?
Évidemment ! a répondu Hannah. Philip Roth ? Évidemment !
Tap, tap-tap.
Je pensais qu’il était mort, a dit Bree.
Tap, tap-tap.
Kugel s’est levé pour aller allumer la stéréo sur le buffet.
Peut-être que c’était l’autre type, alors, a ajouté Hannah, plongée dans une intense réflexion. Comment il s’appelle, déjà ?
Tu peux baisser ce truc ? a lancé Bree à Kugel.
Pardon.
C’est quoi, d’ailleurs ?
Wagner, a répondu Kugel.
Très déprimant.
Kugel a éteint la musique.
Tap, tap-tap.
Il a fait couler l’eau dans l’évier.
Il est allé tirer la chasse d’eau.
Qu’est-ce qui te prend ? a dit Bree. Assieds-toi et mange, enfin !
Je n’ai pas faim.
Plus tard, alors que Bree avait posé la tête sur son torse et se pressait tendrement contre lui dans le lit, Kugel, les yeux au plafond, songeait à ce qu’Anne avait bien pu réclamer. Les coups s’étaient arrêtés depuis un moment. Était-elle morte ? Elle avait eu son pain, ses vitamines… De l’eau ? Lui avait-il laissé de l’eau ?
Caressant le bras de Kugel, Bree a levé les yeux vers les siens.
Je m’inquiète pour toi, a-t-elle dit.
Il dormait mal et peu, ces derniers temps, a-t-elle remarqué, et maintenant il ne mangeait plus…
Est-ce que tu es vraiment préoccupé à ce point par un imbécile d’incendiaire ?
Kugel a haussé les épaules.
Il détestait lui cacher quoi que ce soit, ce fossé sans fond que même le plus petit mensonge creusait entre eux.
Oh, on s’en fiche, a dit Bree avec un sourire, et elle a posé sa jambe par-dessus la sienne en se pelotonnant contre lui. Qu’il la brûle, cette baraque, l’assurance rapportera plus que son prix, de toute façon.
Elle l’a regardé à nouveau et lui a fait un clin d’œil.
Et on ira vivre à Brooklyn.
Il l’a embrassée, souriant à son tour, et lui a assuré que tout allait bien, que c’était juste le stress du déménagement. Bree lui a passé tendrement la main dans les cheveux, déclarant que l’orage était fini, qu’ils n’avaient plus désormais qu’à profiter de leur nouvelle vie. Ses doigts étaient maintenant sur les lèvres de Kugel.
Le tambourinement a repris.
Tap, tap-tap.
Bree l’a embrassé sur la joue, le menton, la bouche.
Il a détourné la tête vers la grille du chauffage, alors elle a embrassé son cou.
Je ne peux pas, a-t-il soufflé.
Tap, tap-tap.
Bien sûr que tu peux. Ça fait si longtemps… lui a-t-elle murmuré à l’oreille, tout en caressant son torse.
Je sais.
Qu’est-ce qui ne va pas ?
Je ne peux pas, c’est tout.
Pourquoi ?
C’est juste qu’il…
Il a secoué la tête.
C’est juste qu’il y a trop de monde, dans cette maison.
Bree s’est redressée pour le dévisager.
C’est à cause de ta mère, c’est ça ?
Kugel a soupiré. Le moment qu’il redoutait était sur le point d’arriver. Ils n’avaient jamais vraiment discuté de l’installation de mère chez eux, ni de l’impact qu’elle avait sur leur existence. Mais le ressentiment de Bree, il le savait, était allé en grandissant.
Quittant le lit, Bree a enfilé son peignoir et noué la ceinture d’un geste furieux – tap, tap-tap – tout en se lançant dans une diatribe indignée contre mère, et contre Kugel aussi. Elle a repris toutes les accusations qu’elle avait déjà exposées lorsqu’il lui avait annoncé son arrivée : il ne pensait qu’à sa mère, il était le petit chéri à sa maman, il était en train d’abrahamiser leur avenir sur l’autel de son lamentable passé. Elle en avait ras le bol, de tout ça. Trop c’était trop et elle refusait de tout encaisser sans rien dire.
Tandis qu’elle l’accablait de reproches, Kugel était tombé à genoux sur le sol et entassait en hâte sur la bouche de chauffage tous les coussins et toutes les couvertures qu’il avait sous la main, formant un monticule au-dessus de la grille.
Qu’est-ce que tu fabriques ? a demandé Bree.
Elle peut nous entendre, a chuchoté Kugel en continuant à s’activer.
Non, mais c’est dingue ! s’est-elle écriée. C’est vraiment dingue ! Je suis en train de te reprocher de ne penser qu’à ta mère et toi, tu bouches la grille du chauffage pour qu’elle ne m’entende pas ! C’est génial, Sol.
Il s’est arrêté et a levé la tête vers elle.
Ce n’est pas pour mère, a-t-il dit tout bas.
Pour qui, alors ? Jonas ? Il comprend plus de choses que tu ne crois…
Kugel s’est remis debout. Le moment était venu.
C’est… quelqu’un d’autre, a-t-il dit en se grattant le crâne.
Quelqu’un d’autre, a répété Bree en croisant les bras. De quoi tu parles ? Tu te prends pour quelqu’un d’autre, c’est ce que tu essaies de me dire ?
Kugel s’est assis sur la chaise du petit bureau, la tête dans les mains. Au bout de quelques secondes, il a tenté d’affronter le regard de Bree.
C’est Anne Frank.
Bree l’a observé un instant, les poings sur les hanches.
Tu sautes Anne Frank ? a-t-elle demandé. Elle n’est pas un peu trop jeune pour toi, Sol ?
La nuit dernière, a-t-il commencé, j’ai entendu quelque chose…
Il lui a tout raconté. Qu’elle vivait là-haut, qu’elle était si vieille que c’était même grotesque, qu’elle se prenait pour Anne Frank et que Wilbur Junior avait l’air de penser qu’elle l’était en effet. Tantôt stupéfaite, tantôt incrédule, Bree ne le quittait pas des yeux. Il se sentait déjà mieux. Pourquoi ne le lui avait-il pas dit tout de suite ? Le professeur Jovia le lui avait déjà maintes fois expliqué : en mentant dans l’espoir de la protéger, il n’était parvenu qu’à lui faire du mal, alors qu’elle ne lui avait jamais rien apporté d’autre que soutien et encouragement.
Tap, tap-tap.
Bon sang ! s’est-il exclamé. C’est elle !
Repoussant d’un coup de pied le tas de coussins et de couvertures, il s’est aplati devant la bouche de chauffage et a hurlé par la grille : La ferme ! La ferme, bordel !
Horrifiée, Bree s’est écartée.
Tu es devenu fou, a-t-elle dit dans un murmure. C’est le déménagement, l’argent, le stress… Tu as besoin d’aide, Sol. On va t’en trouver.
Kugel s’est assis en tailleur, les mains croisées sur la tête.
L’important, a-t-il déclaré, c’est que nous communiquions. Que nous soyons honnêtes l’un envers l’autre. Quand nous sommes unis, rien ne peut se mettre entre nous. Ces dernières vingt-quatre heures ont été un enfer, Bree. Je suis simplement… vidé…
Tap, tap-tap.
La ferme ! a-t-il lancé à la grille. Elle est un peu exigeante, c’est tout, a-t-il ajouté.
Vraiment ? a déclaré Bree, un doigt pointé vers la bouche de chauffage. Là, maintenant ? Il y a quelqu’un là-haut ? Au grenier ?
Elle parlait tout doucement, la voix tremblante.
Kugel a hoché la tête.
En ce moment même, il y a quelqu’un dans le grenier ?
Il a encore fait oui de la tête.
Essaie de te calmer, a-t-il dit.
De me calmer ?
Oui, de te calmer.
De me calmer ? a-t-elle répété plus fort, les yeux brillants de colère.
Alors, Bree a explosé. Comment aurait-elle pu garder son calme ? Comment pouvait-il être sûr qu’elle n’était pas dangereuse, que ce n’était pas une criminelle, une voleuse ?
Elle peut à peine bouger, Bree.
Comment était-il sûr qu’elle n’était pas porteuse d’une quelconque maladie ? Il avait un fils dont il devait se préoccuper, même s’il ne tenait aucun compte de sa femme. Avait-il songé à son fils un seul instant ?
Bien sûr que je tiens compte de toi !
Mais Bree continuait sur sa lancée.
Quel genre d’homme était-il devenu ? Quel genre de père ? Et c’était à cause de ça qu’il n’était pas allé travailler ? Il mettait en péril l’équilibre financier de sa famille, et en pleine dépression économique en plus, uniquement pour s’occuper de cette vieille folle ? Quelles étaient ses priorités ? Avait-il appelé la police ?
Il s’est remis debout et s’est de nouveau dirigé vers la chaise.
J’ai appelé le Centre Simon Wiesenthal, a-t-il répondu à Bree, non sans une certaine fierté.
Il n’était pas idiot, tout de même…
Tu as appelé le Centre Simon Wiesenthal.
Oui.
Avant de prévenir la police ?
Oui. Et ne parle pas si fort. Pour vérifier si elle était morte.
Tu as appelé le Centre Simon Wiesenthal pour vérifier si Anne Frank était bien morte ?
Oui.
Et comment ça s’est passé ?
Ils n’ont pas été très coopératifs.
Son livre s’est vendu à vingt millions d’exemplaires, Sol.
Trente-deux, a corrigé Kugel. Pas facile de réitérer un tel exploit…
Mais Bree en avait assez.
C’était exactement comme avec mère, s’est-elle plainte. Il y avait toujours quelqu’un d’autre qui passait en premier, qui avait soi-disant plus besoin de lui que sa femme et son fils. Elle exigeait qu’il vire cette intruse sur-le-champ. Et il fallait qu’il téléphone à la police, aussi. Ou bien elle prendrait Jonas et s’en irait. À Brooklyn. Elle ne lui ferait pas subir une chose pareille.
Assis, la tête entre les mains, incapable de riposter, il endurait toute la colère et toutes les insultes qu’elle faisait pleuvoir sur lui. Il savait qu’elle avait raison, tout comme il savait qu’il lui était impossible de faire ce qu’elle demandait.
Tap, tap-tap.
Elle a un numéro, a-t-il murmuré sans lever les yeux.
Elle quoi ?
Elle a un numéro.
Quel numéro ?
Sur son bras. Un numéro de déportée.
Et alors ?
Alors, c’est une rescapée.
Et alors ?
Stupéfait par son manque d’empathie, il a cherché son regard.
Et alors ? a-t-il répété. Et alors ?
Je ne comprends pas, a rétorqué Bree. Si Elie Wiesel vient sonner chez nous demain, on est censés lui donner la chambre d’amis ?
Pas s’il se pointe comme ça, pas s’il frappe à la porte. Mais si jamais on le découvrait un jour dans la chambre d’amis ?
Découvrait ?
Oui, on le découvre sous le lit, ou dans le placard, ou Dieu sait quoi… Comme je l’ai trouvée, elle. Tu voudrais que je jette Elie Wiesel dehors ?
Qu’est-ce que tu racontes ? a crié Bree. Si je trouvais Elie Wiesel sous le lit en faisant le ménage dans la chambre d’amis, tu ne le mettrais pas dehors ?
Kugel a secoué la tête.
Non, a-t-il déclaré, étonné par sa propre réponse.
Pourquoi non ?
C’est Elie Wiesel, chérie.
Tu as perdu la raison !
Pas si fort.
Tu as perdu la raison.
Moi ? a-t-il répondu. Tu veux que je flanque Elie Wiesel à la rue et c’est moi qui ai perdu la raison ?
Donc, si Simon Wiesenthal s’installe dans le sèche-linge, tu ne vas pas lui dire de s’en aller ?
Il est mort, chérie.
C’est une hypothèse.
Une hypothèse ? a répété Kugel.
Il n’aimait pas ce qu’il était en train de faire ni ce qu’il était en train de penser, et encore moins le ton avec lequel il lui parlait.
Une hypothèse, a-t-elle insisté.
Une hypothèse, non, a-t-il répliqué. Quoi qu’il arrive, je ne jetterais pas Simon Wiesenthal hors du putain de sèche-linge.
Et Soljenitsyne, alors ? a supposé Bree. Imaginons qu’on s’apprête à sortir pour aller dîner, je prends une douche, j’ouvre la penderie pour choisir une robe et là, qui je trouve, Alexandre Soljenitsyne assis par terre. Il a le droit de rester, lui ?
C’est ridicule, a lancé Kugel.
Mais au fond il était soulagé d’être enfin parvenu à sa limite. Soljenitsyne, il le jetterait dehors ; ça, c’était sûr et certain.
Ah, c’est moi qui suis ridicule ?
Soljenitsyne n’a pas été victime de l’Holocauste, chérie.
Il était au goulag ! Le goulag, ce n’est pas l’Holocauste ? Donc, tu n’accueilles que des rescapés de l’Holocauste, exclusivement ?
Pas si fort, a-t-il de nouveau demandé.
Il s’est levé, la mine navrée, et s’est tourné vers la fenêtre. Les bois étaient sombres, sinistres. Il aurait tellement aimé tomber sur un incendiaire ou même des crottes de souris. Il avait conscience de ne pas bien se comporter avec Bree, et il s’en voulait terriblement, mais elle se montrait déplaisante. Elle avait de la famille qui avait péri dans les camps, elle aussi. Comment pouvait-elle être aussi froide ?
Tap, tap-tap.
Tu sais, a-t-il repris, ça n’a pas été facile, pour moi non plus. J’ai essayé de te protéger, de t’épargner tout ça… Ça fait des jours que je ne dors pas, Bree. Je me suis fait envoyer paître par un agent immobilier, par une fondation pour la mémoire de l’Holocauste, qu’a d’ailleurs peut-être contactée la Ligue antidiffamation… Ça n’a pas été facile, tu comprends ?
Tap, tap-tap.
Kugel a retiré les derniers coussins de la bouche de chauffage.
La ferme, bordel ! a-t-il bramé en se penchant dessus. Je vous ai entendue, OK ? J’ai entendu !
Il a attrapé sa robe de chambre sur le lit, l’a enfilée avec rage.
Et Sharansky, alors ? s’est enquise Bree. Il n’a pas connu l’Holocauste, lui non plus…
Bree, a gémi Kugel en se dirigeant vers la porte. Je ne virerais pas Sharansky, non.
Où tu vas ?
Il a gagné le couloir en quelques pas furibonds, tiré sur l’escalier escamotable, gravi les marches quatre à quatre, et, ce faisant, il a songé : Peut-être que je devrais en effet la virer, cette salope.
Le grenier était plongé dans l’obscurité.
Qu’est-ce qu’il y a ? a-t-il crié.
Pas de réponse.
Qu’est-ce que vous voulez ? a-t-il ajouté en marchant vers le mur de cartons. Je ne suis pas d’humeur à plaisanter. À jouer à ce jeu de cache-cache à la con !
Il a jeté un œil par-dessus les boîtes. Anne Frank était là, allongée sur le flanc, endormie. Son ordinateur portable était éteint. Il entendait sa respiration bronchitique. Il entendait…
Tap, tap-tap.
Se tournant vers le conduit situé au milieu du grenier, il s’en est approché lentement.
Tap, tap-tap.
Il s’est agenouillé à côté du tube en métal.
Mère ?
Sa voix lui est parvenue, lointaine mais audible.
J’ai peur…
Kugel a fermé les yeux et sa tête s’est affaissée.
Mère, il faut dormir, maintenant.
Je vous entends vous disputer, a-t-elle répondu. Je n’aime pas ça.
On ne se dispute pas, mère !
Je ferais mieux de partir.
Tu n’as pas à partir, mère. On ne se disputait pas.
Pardon.
Il faut dormir, maintenant.
Je suis un poids.
Dormir, mère…
Après s’être relevé, il est allé jeter un dernier coup d’œil à Anne Frank, puis il a redescendu l’escalier à pas de loup. Lorsqu’il s’est recouché, Bree lui tournait le dos, étendue tout au bord de l’autre extrémité du matelas.
Elle ne restera pas, a-t-elle annoncé.
Je ne vais pas traîner Anne Frank dans un escalier amovible, chérie. Je ne vais pas la jeter sur mon épaule, hurlante et furieuse, pour l’abandonner sur la pelouse devant ma maison. Excuse-moi, mais je ne ferai pas ça.
Anne Frank est morte, a dit Bree.
Si seulement…
Elle a éteint sa lampe de chevet et remonté les couvertures sous son menton. L’obscurité qui l’entourait, maintenant, était une vraie bénédiction pour Kugel.
Elle ne restera pas, a répété Bree.
Le dos tourné, Kugel a contemplé le mur en face de lui.
Pourquoi n’avait-il pas pu trouver de la merde, et point final ?
Elle veut juste terminer son livre, a-t-il expliqué.
Je ne suis pas d’humeur à plaisanter.
Telle fut la réponse de Bree.
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