L'Espoir, cette tragédie
Chapitre 5
5
QUAND ON PART VIVRE À LA CAMPAGNE, on sait à quoi s’attendre.
C’est comme ça. On a tous vu des films et des séries télé. On s’attend donc aux menuisiers malhonnêtes et aux originaux en tout genre. Aux chevreuils qui brouteront vos bégonias et aux ratons laveurs qui renverseront votre poubelle. Aux allergies, aux coupures de courant, aux voisins pittoresques et aux souris.
En revanche, on ne s’attend pas aux incendies criminels.
Et alors pas du tout, mais vraiment pas, à Anne Frank.
Assis au bord de son lit, Kugel contemplait le téléphone dans sa main. Derrière lui, Bree ronflait doucement dans un bienheureux sommeil, ignorante de tout.
Le numéro sur le bras.
C’était un problème. Un putain de problème.
Sans ce numéro, il aurait déjà téléphoné à la police. Non, peut-être pas immédiatement… Il aurait attendu le matin, le temps que Bree ait amené Jonas à la crèche, à quoi bon effrayer le petit. Mais il se serait empressé d’appeler dès qu’ils auraient eu le dos tourné. Sauf qu’elle avait ce numéro sur le bras, le fichu numéro qui signifiait que bon, Anne Frank ou pas, folle à lier ou pas, à moitié morte ou pas, cette vieille était une foutue rescapée de l’Holocauste.
Et ça, c’était un problème.
Il ne pouvait décemment pas jeter à la rue une survivante des camps aussi vieille que timbrée ? En parlant de folie… Non, il n’en serait jamais capable, il le savait, et ce même si elle était dérangée au point de se prendre pour Anne Frank. C’est bizarre, la pitié : il lui aurait été plus facile de mettre à la porte la véritable Anne Frank qu’une rescapée de l’Holocauste à l’esprit tellement esquinté qu’elle était persuadée d’être Anne Frank. Imaginez les gros titres. Le tollé général :
Anne Frank à la rue !
Un juif livre une survivante de l’Holocauste à la police !
Torturée par les nazis, expulsée par un juif : la tragique et incroyable histoire d’une rescapée.
S’il avait été simple spectateur, lui aussi se serait joint au chœur des outragés. Si la présentatrice des infos avait annoncé, avec une mine de circonstance, que quelqu’un avait refusé son toit à une rescapée de l’horreur nazie, il aurait été révolté, lui aussi. Et il aurait eu raison, n’est-ce pas ?
Et l’histoire se complique encore, ajouterait la journaliste avec un sourire en coin, puisque le propriétaire en question est de confession juive…
Tss, tss, ferait son collègue, on aura tout entendu…
On aura tout entendu… Comme nouveau départ, on ne pouvait imaginer pire. On ne peut pas dire que sa mère lui avait donné le sentiment d’être aimé, aussi nourrissait-il l’espoir d’appartenir enfin à une communauté, même pour quelque temps. Mais s’il la dénonçait aux flics on ne le lui pardonnerait jamais. Pourquoi le feraient-ils, d’ailleurs ? Bonjour, nous sommes le comité d’accueil du village et lui, là, c’est une vraie merde ! Il faudrait déménager à nouveau… Mais dans ce cas quelle option lui restait-il ? Laisser cette vieille folle habiter son grenier serait absurde. Pour combien de temps ? Une semaine ? un mois ? un an ? Jusqu’à ce que son esprit dérangé veuille bien mettre un terme à leur Holocauste imaginaire ? Jusqu’à ce qu’elle casse sa pipe ?
Et si… si elle était réellement Anne Frank ? Ce n’était pas impossible. Après tout, on avait retrouvé d’anciens dirigeants nazis à Rio, des ex-commandants de camps de la mort en plein New Jersey, alors pourquoi pas une célèbre survivante des camps nazis à Stockton ? Pouvait-il prendre le risque ? Admettons qu’il appelle les flics, qu’ils débarquent ici, qu’ils la menottent et l’entraînent dehors avant de se rendre compte que, nom de nom, Dieu tout-puissant, c’était bien Anne Frank ! Elle était vivante ! Il resterait à jamais l’individu – l’individu israélite – qui l’aurait dénoncée aux autorités. Même s’il parvenait à survivre à pareille honte, à surmonter toute cette ignominie, le regard réprobateur de mère l’achèverait. Il avait plus de chances de survivre à l’Holocauste qu’à la réprobation maternelle.
Mon fils, mon propre fils qui dénonce Anne Frank. Ah, il a fallu que tu appelles la police. C’est quoi, ton problème ? Tu n’avais pas le téléphone personnel du Dr Mengele ? Il refusait de faire des visites à domicile ?
Tu veux l’adresse d’Elie Wiesel ? Tu pourrais le dénoncer, lui aussi, pendant que tu y es… ajouterait-elle à coup sûr.
Non, non, mille fois non ! Pas la police. Il était au moins sûr de cela. Il trouverait bien un autre moyen. Vu sa tête, cette vieille dame allait bientôt mourir, il pouvait peut-être patienter un peu… Sauf qu’après le problème restait entier.
Allô, la police ? Il y a une morte dans mon grenier. Hein, son nom ? Eh bien, c’est une drôle d’histoire, je vais…
Reposant doucement le combiné, il s’est laissé glisser à bas du lit et s’est agenouillé en silence devant la grille de ventilation.
Il a tendu l’oreille.
Peut-être avait-il rêvé ?
Ou alors elle était partie.
Le système de ventilation dont les Messerschmidt avaient équipé la ferme, bien que d’une conception courante pour l’époque, avait été installé d’une manière déplorable. Une grosse conduite amenait l’air du dehors depuis le toit jusqu’à la chaudière à la cave, et de là un réseau de tuyaux encastrés dans les murs diffusait l’air chauffé par des sorties ménagées dans chaque pièce. Mais, alors que les installateurs les plus consciencieux utilisaient des tubes doublés de fibre de verre, les propriétaires précédents avaient voulu économiser en se contentant de conduites en acier, de sorte que celles-ci propageaient aussi efficacement – voire plus – le bruit que la chaleur. Kugel s’était vite aperçu après leur emménagement qu’il pouvait ainsi entendre distinctement chaque son venu de n’importe quel endroit de n’importe quel étage. Une sorte d’interphone fantomatique dont il ne voulait pas, mais qu’il ne pouvait jamais débrancher.
Il a appuyé son oreille contre la grille.
Les gémissements de mère.
Les rires en boîte de la télé.
Et le crépitement des touches.
Venu du grenier.
Incessant.
Désespéré.
Si seulement il avait trouvé de la merde. Ou un incendiaire. Agenouillé sur le sol froid de sa chambre, Kugel a eu une sorte de révélation : l’incendie qui l’empêchait de dormir depuis un mois et demi aurait été la meilleure chose qui puisse lui arriver. En inspectant les restes fumants de la maison, la police serait tombée sur le cadavre d’une vieille dame, son problème aurait été résolu, et l’assurance l’aurait confortablement dédommagé.
Murmurant dans son sommeil, Bree s’est agitée un peu, lui a tourné le dos. Elle n’allait pas aimer ça. Pas du tout. Il avait déjà fait entrer une vieille folle dans leur foyer, sa mère, et ils attendaient toujours qu’elle veuille bien mourir.
Un médecin, avait dit le professeur Jovia, n’est qu’un criminel, un trafiquant de l’espoir.
Kugel s’est redressé et, sans bruit, il s’est de nouveau glissé sous les couvertures.
Il avait commencé à voir le professeur l’année précédente, peu après la maladie de Jonas. Il avait des difficultés à trouver le sommeil, et l’anxiété et l’irritation qu’il éprouvait depuis un certain temps menaçaient de le submerger à tout moment. Or il était décidé à tout faire pour être le mari que Bree méritait et le père dont Jonas avait besoin. Il avait consulté des analystes, par le passé, mais la psychiatrie était devenue une approche trop étriquée pour lui. Le professeur Jovia, lui, était un esprit universel. Les chapelles : jungien, freudien, kantien, cartésien, il s’en moquait. Il avait étudié les Anciens et les Modernes, les réalistes et les impressionnistes, en fait il avait tout lu d’Aristote à Zarathoustra, de Démocrite à Héraclite et, ainsi qu’il se plaisait à le dire, tous les « -ite » entre eux. Il était, en un sens, le condensé de toute la pensée occidentale et orientale des deux mille dernières années. Il était parvenu à un degré d’excellence inégalable. Et l’opinion de cet homme illustre était que la principale source des malheurs de ce monde, la cause essentielle de l’angoisse, de la haine, de la tristesse et de la mort n’avaient rien à voir avec les épidémies, les conflits ethniques ou religieux, non, c’était l’espoir.
L’espoir ?
Kugel n’avait pas cherché à masquer son étonnement.
Les pessimistes ne partent pas en guerre, avait déclaré le professeur Jovia. C’était l’espoir, avait-il ajouté, qui empêchait Kugel de dormir la nuit. C’était l’espoir qui le mettait en colère.
Derrière son bureau couvert de livres, un écriteau disait : « Laissez tomber, vous vivrez plus longtemps. »
Mais vous avez été à Yale, Harvard, Cambridge, avait objecté Kugel.
C’est justement pour cela que je sais, avait répondu le professeur.
Kugel avait attendu des semaines pour obtenir un rendez-vous, il était là à écouter le professeur professer :
Nous sommes des créatures rationnelles et l’espoir est par définition irrationnel ; par conséquent, nous sommes destinés à aller de désillusion en désillusion. L’angoisse et la dépression ne sont pas des maladies, des anomalies, des dysfonctionnements, mais des réactions rationnelles à la myriade de déceptions, pourtant évitables, qui naissent d’un espoir irrationnel.
Kugel n’était pas sûr de comprendre.
Le professeur Jovia avait eu alors un sourire plein de sympathie, et il avait demandé :
Dites-moi, comment qualifiez-vous Hitler ?
Kugel avait haussé les épaules.
C’est un monstre ?
C’est un optimiste, avait corrigé le professeur Jovia. Hitler fut le plus indécrottable, le plus naïf optimiste de ces cent dernières années. C’est pour ça qu’il a été le plus grand monstre. Vous avez déjà entendu une formule d’un optimisme aussi grossier que la « solution finale » ? Non seulement il prétend avoir une solution – vous vous rendez compte que nous n’avons toujours pas trouvé de remède contre un rhume banal –, mais en plus « finale » ! Un optimiste incorrigible, le Führer ! Un rêveur ! Et même un romantique, non ? « Il me suffit de tuer celui-ci, de gazer celui-là, et tout ira bien… » Je suis convaincu que chaque matin Adolf Hitler se réveillait et prenait son café en se demandant comment rendre le monde meilleur. Nous connaissons tous sa réponse, mais ce qui compte surtout, ici, est la question. La seule chose plus ridiculement optimiste que la solution finale est la conclusion stupide qu’elle a inspirée : « Plus jamais ça ! » Combien de fois cela s’est-il reproduit, depuis ce « Plus jamais ça ! » ? Trois ? Quatre ? Et je parle de ce dont nous avons eu connaissance… Mao, Staline, Pol Pot sont des optimistes ! Voici une règle utile si vous voulez survivre, Kugel. Quel que soit l’endroit où vous habitez, celui où vous êtes né, quand quelqu’un se dresse devant vous et promet que tout ira mieux, prenez vos jambes à votre cou. Fuyez, cachez-vous. Les pessimistes n’installent pas de chambres à gaz.
Je veux juste que ma famille soit à l’abri, avait murmuré Kugel. Juste que le monde nous laisse tranquilles. C’est trop demander ?
Qu’est-ce que le Christ a dit quand on l’a cloué sur la croix ? lui avait demandé le professeur Jovia.
Je ne sais pas, avait répondu Kugel. Qu’est-ce que le Christ a dit quand on l’a cloué sur la croix ?
Il a dit « Aïe ».
Je ne comprends pas, avait soupiré Kugel.
Il n’y a rien à comprendre, mon cher. Cela lui faisait juste mal. Pour commencer, ils l’ont à moitié tué en le fouettant, puis ils l’ont étendu et ont enfoncé des pointes en fer dans ses poignets. Avec un peu de chance, ils ont fait pareil avec ses pieds. La souffrance était telle qu’il ne pouvait plus respirer et a péri d’une mort lente et douloureuse.
Je ne comprends toujours pas.
Dans ce monde, les gens souffrent. Physiquement et moralement. Espérer qu’il en sera autrement ne fait qu’aggraver les choses.
Remontant les couvertures jusqu’à son menton, Kugel s’est rapproché de Bree. Elle s’est retournée, l’a enlacé avant d’enfouir son visage dans son épaule.
S’il n’y a pas de bon moment pour découvrir qu’Anne Frank a pris ses quartiers dans votre grenier, celui-ci était particulièrement mauvais. Certes, ils avaient payé leur ferme au rabais, mais ils devaient tout de même louer les deux chambres du bas afin de couvrir le prêt immobilier, et Bree ne lui avait toujours pas pardonné d’avoir donné la seconde à sa mère. Elle avait été furieuse quand il l’avait suggéré. Il avait repoussé tous les reproches dont elle l’avait accablé, même s’il sentait qu’ils étaient fondés. C’était vrai, il sacrifiait sans doute son avenir, et il faisait passer sa mère avant la famille qu’il avait fondée. Bree avait vu juste : deux mois à peine après la signature de l’hypothèque, ils étaient déjà en retard dans les remboursements. Pour remédier à cette situation, Bree avait récemment proposé qu’ils mettent le grenier en location, ce qui compenserait le manque à gagner sur la chambre de mère. Sauf qu’elle n’aurait plus de bureau pour travailler. Sauf que le grenier était habité par une vieille folle. Kugel était dans une impasse. Il n’allait quand même pas laisser tout le monde squatter sa maison ? Pour compliquer encore la situation, leur unique locataire – Haman, ou Pharaon, ou Nabuchodonosor, ou un nom dans ce genre – le harcelait depuis qu’il s’était installé chez eux pour qu’il lui accorde un coin du grenier où il pourrait entreposer des affaires. Craignant de le faire partir s’il refusait, Kugel lui avait d’abord demandé un peu de patience, arguant que les combles n’avaient pas encore été rangés depuis le déménagement, mais le temps passait et désormais, avec cette vieille folle, il était exclu de laisser le locataire aller y fourrer son nez. Que penserait-il d’elle, de son désordre, de sa puanteur, du fait qu’elle vivait là à l’œil, accaparant l’espace où il aurait pu ranger son bazar ? Il serait sans nul doute furieux et dégoûté, et s’il s’en allait brusquement, Kugel avait bien peur que Bree ne finisse par faire pareil…
Anne Frank, a-t-il pensé en se passant une main nerveuse dans les cheveux. Il ne manquait plus que ça, bordel.
Le soleil se levait.
Déjà le matin !
La lumière se faufilait par la fenêtre depuis le fond de la chambre, se répandant peu à peu sur le sol. Soudain, les touches ont cessé de crépiter.
Bree s’est pressée contre Kugel avec un petit gémissement.
Il était inutile de lui parler de la femme dans le grenier, franchement. Inutile de l’inquiéter. Il allait régler le problème tout seul. Était-ce si difficile de faire partir de chez soi une rescapée de l’Holocauste cacochyme ? Il jouerait du Wagner. Il prendrait un berger allemand. À chaque passage du type d’UPS, il dirait à la vieille que c’était quelqu’un de la Gestapo et qu’il avait posé plein de questions. Des tas de questions.
Est-ce que tu t’es déjà douchée, chérie ? crierait-il à Bree d’en haut. Parce que si tu n’as plus besoin de la douche, je vais me doucher, moi…
Elle décamperait avant la nuit.
Simple comme bonjour.
Et puis quand bien même elle resterait ? Après tout, personne ne saurait qu’elle était là. Elle se cachait, enfin du moins le croyait-elle. Se tenir tranquille était sans doute la solution, non ?
Derrière la fenêtre, les oiseaux ont commencé à voleter dans les branches, à gazouiller et à chanter, des sons apaisants qui ont fini par le calmer. Le monde ne pouvait pas être si terrible, avec tous ces gazouillis et ces pépiements ? Le secret était peut-être là : trouver les éléments qui rendaient la vie juste un peu plus supportable, et se concentrer là-dessus. Le chant des oiseaux. La peau d’une pêche. Les chiots qui aboient comme s’ils étaient des chiens adultes. Rien de grandiose, rien qui puisse justifier tout le reste, mais de quoi vous faire tenir le coup. Maintenant, il entendait aussi les griffes des écureuils sur les troncs, qui cherchaient à disperser les oiseaux.
Quels connards, les écureuils !
Que des créatures aussi débiles puissent avoir une apparence aussi charmante prouvait bien que la nature n’était pas si bien faite que ça.
Il trouverait une solution, il en était sûr. Une chose aurait été de protéger Anne Frank des nazis ; ça, il était à peu près certain qu’il n’aurait pas pu. Mais protéger sa famille d’Anne Frank, cela ne devait pas être aussi difficile.
Il a levé les yeux au plafond.
Qu’est-ce qu’elle fabriquait ? Elle ne tapait plus sur son clavier. Est-ce qu’elle dormait ?
Est-ce qu’elle avait faim ?
Elle devait avoir faim.
Il devrait peut-être lui apporter à manger…
En bas, mère s’est mise à crier. Un hurlement perçant, un glapissement de terreur et d’angoisse qui a retenti dans toute la maison.
Kugel a lâché un soupir.
Elle faisait ça tous les matins. Tous les matins depuis qu’elle avait lu que ce comportement était habituel chez les survivants de l’Holocauste.
Avec un grognement, Bree a roulé sur le dos et ouvert les yeux.
Ah, a-t-elle marmonné, les bruits d’un beau matin à la campagne…
Kugel a déposé un léger baiser sur le haut de son crâne.
Bien dormi ? s’est-elle enquise d’une voix ensommeillée.
Comme ci comme ça. Et toi ?
Elle a hoché la tête. Puis mère a encore crié, et Jonas s’est mis à pleurer.
Je m’occupe d’elle, a dit Kugel.
Je m’occupe de lui, a dit Bree.
Il s’est levé et, après avoir enfilé sa robe de chambre, il est descendu voir ce que fabriquait sa mère.
Elle avait beau être arrivée ici plus d’un mois auparavant, elle n’avait pas encore déballé ses affaires et n’était pas prête à le faire. Elle disait préférer puiser ce dont elle avait besoin dans ses valises, certaines étant debout contre un mur, d’autres ouvertes par terre.
Au cas où, avait-elle ajouté.
Au cas où quoi ? avait demandé Kugel.
Au cas où, avait-elle répondu.
La seule chose qu’elle avait sortie était le cadre doré d’un mètre sur soixante centimètres contenant une grande photographie du célèbre expert juridique de Harvard, Alan Dershowitz. Elle l’avait suspendu au-dessus de son chevet, comme elle le faisait toujours.
Quand Kugel est entré dans la chambre, elle était assise le dos contre l’oreiller relevé et elle pleurait, le visage plongé dans ses mains tremblantes.
Pardon, a-t-elle susurré en sanglotant.
Ça va, a dit Kugel.
S’asseyant au bord du lit, il l’a enlacée.
C’est toujours la même chose depuis la guerre, a-t-elle murmuré.
Je sais.
Ces salauds, a-t-elle continué.
Je sais, a répété Kugel.
Elle a repris son souffle, regardé son fils dans les yeux.
J’ai faim, a-t-elle annoncé.
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