L'Espoir, cette tragédie
Chapitre 1
1
LE PLUS DRÔLE C’EST QUE CE N’EST MÊME PAS LE FEU QUI TUE, mais la fumée.
Vous tambourinez aux fenêtres, grimpant toujours plus haut dans votre maison en feu, afin de vous sortir de là, de sortir tout court, espérant pouvoir échapper aux flammes, survivre peut-être à l’incendie, mais pendant tout ce temps vous suffoquez lentement, vos poumons se remplissent de fumée. Vous guettez un danger qui vient d’ailleurs, de l’extérieur, alors que la menace est là, en vous, et vous mourez asphyxié.
Vous achetez une arme de poing – pour vous protéger, dites-vous – et le soir même vous êtes terrassé par une crise cardiaque.
Vous installez de nouvelles serrures sur vos portes, des grilles à vos fenêtres, des barrières autour de votre maison, et puis le médecin téléphone : C’est un cancer.
En tentant désespérément de remonter à la surface pour échapper à un requin qui vous poursuit, vous êtes victime du malaise du plongeur et vous vous noyez.
Par un jour de l’an ensoleillé, vous décidez de vous reprendre en main. C’est cette année ou jamais, proclamez-vous. Un nouveau départ. Une nouvelle vie. Un autre soi-même, plus fort, plus résistant. Le lendemain matin, au club de gym, vous entamez votre troisième série de développés-couchés, et là vos muscles lâchent, la barre des poids s’abat sur votre cou et vous écrase le larynx. Impossible de crier au secours. Votre visage vire au bleu. Vos bras faiblissent. Et devant vous, une affiche sur le mur avec les derniers mots que vous lirez avant que vos yeux se ferment et qu’une obscurité éternelle vous enveloppe : Brûlez donc tout ça.
Si c’est pas drôle, ça ?
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