Lilith

Alina Reyes · Chapitre 14 sur 29

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Lilith

Le pont

 

Par hasard, je tombai sur une lettre oubliée depuis plusieurs mois dans un tiroir de mon bureau. Une « admiratrice respectueuse » de mes travaux sollicitait une entrevue afin d’évoquer avec moi la signification du nom de Lilith, que j’avais donné au squelette féminin trouvé dans la grotte. J’avais négligé de lui répondre mais, prise d’une soudaine inspiration, je demandai à Gilles de l’appeler et de lui fixer un rendez-vous aussitôt que possible.

Leïla, qui devait avoir tout juste vingt ans, arriva le jour même, en fin d’après-midi. Avec sa jupe aux genoux, son pull bleu informe, sa chaîne en argent autour du cou et ses longs cheveux châtains attachés dans le dos, elle avait un air de vierge désuète qui me troubla d’emblée. Elle était un peu ronde et, de toute évidence, cherchait à dissimuler ses formes très féminines, qui devaient, en excitant les hommes, lui faire peur.

Dès que Gilles eut refermé la porte elle s’avança vers moi, le regard franc, audacieux. Assise face à moi, elle m’annonça qu’elle avait fait des recherches sur l’étymologie du nom de Lilith.

— Êtes-vous une scientifique ? lui demandai-je.

— Plutôt une littéraire, dit-elle. Mais je m’intéresse à l’archéologie, aux mythes, et aussi à la linguistique.

— C’est bien… L’activité scientifique est un puissant anesthésique contre l’insoutenable saleté de la vie. Ce que la science voudrait éliminer, c’est la saleté de la vie. Ce qui correspond exactement à la grande tendance de notre époque. La vie, et spécialement la vie humaine, est sale à bien des points de vue. La littérature, elle, ne fait que remuer toute cette saleté. C’est pourquoi on ne l’aime pas : elle est contraire à la tendance ! Vous ne croyez pas ?

— Si. Mais je crois que vous aussi, avec votre science, vous faites de la littérature. Sinon, pourquoi auriez-vous appelé Lilith ce squelette du paléolithique ?

— En effet… Ce mythe, qui a ses origines dans la vieille Babylonie, où les anciens Sémites avaient adopté les croyances des Sumériens, se rattache aux grands mythes de la création. Dans un culte très ancien, on honorait une Grande Déesse, nommée aussi le Grand Serpent, ou Dragon, qui représentait la puissance cosmique de l’éternel féminin, adorée sous le nom d’Astarté, Istar ou Ishtar, Mylitta, Innini ou Innana.

— La Grande Déesse Mère, ou Prostituée sacrée… Donc, vous avez voulu donner une existence littéraire à ces ossements…

— Je ne crois pas qu’il y ait d’autre existence possible pour un humain… J’entends littéraire au sens large, évidemment…

— Et moi j’ai cherché un sens à Lilith dans un champ littéraire étroit, celui de l’étymologie. À l’origine, j’ai trouvé le mot sumérien lil, qui signifie « vent », « air », « tempête ». C’est ce vent brûlant qui, selon la croyance populaire, donnait la fièvre aux femmes accouchées, les tuant ainsi avec leurs enfants.

Une parenté existe aussi entre Lilith et les mots sumériens lulti (lascivité) et lulu (libertinage) ; la connexion entre le mot hébreu lail (nuit) et le nom de Lilith est aussi souvent faite, quoique improbable.

On peut encore faire le rapprochement de son nom avec la racine indo-européenne la (crier, chanter) d’une part, et du mot grec λαω d’autre part. De la dérive le sanskrit lik (lécher) ainsi qu’un grand nombre de mots ayant un rapport à la langue et aux lèvres : Lippe (allemand), « lippe » (français), labium (latin). Le mot λαω en rapport aussi avec les mots lux (latin), luz (espagnol), light (anglais), Licht (allemand) donne l’idée de lumière ; ou plus précisément celle de « voir la nuit », « s’affranchir de l’obscurité ».

— Très intéressant, dis-je. Lécher, crier, voir… Lilith, celle qui voit…

Gilles est entré sans rien dire, c’était son heure. La conversation m’avait donné soif, j’ai congédié la fille, fermé la porte, ouvert la braguette de mon tendre ami.

Quand je suis sortie du Museum, Leïla était là, dans l’ombre et le froid.

— Je voulais vous dire quelque chose, articula-t-elle. Je vous aime.

Elle me fixait de ses grands yeux fervents. J’ai pensé un instant que je pourrais l’emmener, l’enfermer chez moi, pour en faire mon esclave, avec son consentement. Et aussitôt cet amour prêt à se laisser mettre en cage m’a fait horreur. Je lui ai dit que j’allais rentrer chez moi à pied, et qu’on pourrait faire un bout de chemin ensemble, si elle voulait. J’avais envie de rejoindre le Hell’s Kitchen par les quais, en longeant le Fleuve-Serpent.

Nous avons remonté la troisième artère en silence, puis sommes descendues par les vieux escaliers de pierre jusqu’au bord de l’eau noire, profonde et noire, rendue plus noire encore par les mille scintillements qui flottaient sur ses lourdes rides comme des poussières engluées à la surface d’une gigantesque masse de gel.

— Est-ce que vous pensez parfois aux montagnes où il prend sa source ? finit par dire Leïla, tandis que nous nous remettions en marche vers l’ouest. J’ai l’impression qu’elles n’existent pas. Y a-t-il quelque chose en dehors de Lone ? On dirait que nous sommes enfermés dans notre monde, comme dans le présent. Qu’il n’y a pas d’issue… Pas même le fleuve… Ce fleuve a l’air immobile. Coincé dans une courbure de l’espace-temps… Comme nous tous. Est-ce que vous croyez que nous sommes foutus ? Je veux dire, l’espèce humaine ?

— Cette nuit, j’ai fait un rêve. Lilith et moi étions au sommet d’une montagne, d’où nous décollions en parapente. Après nous être élevées très haut dans le ciel très bleu, nous descendions vers la terre, délicieusement portées par les airs. D’en haut, j’eus la vision d’un magnifique château taillé dans la roche, où Lilith vécut en reine au paléolithique. Ce château ressemblait en fait à la grotte où je l’ai trouvée, une grotte somptueuse comme la plupart des grottes investies par les hommes au paléolithique.

— Alors qu’aujourd’hui nous vivons la plupart du temps dans la laideur. Et que nous ne la voyons peut-être pas plus qu’ils ne voyaient la beauté de leur environnement…

— Voilà une remarque typique de la réticence qu’éprouve l’humain moderne à reconnaître que l’humain préhistorique pouvait être aussi un grand esthète, et un grand artiste… Nous sommes face à nos lointains ancêtres comme des enfants qui ont du mal à admettre que leurs parents ont aussi une sexualité. Pour en revenir à votre question : sommes-nous foutus ? Je n’en sais rien. Mais sans doute ne pourrons-nous retarder le moment de notre disparition qu’en comprenant et en acceptant non seulement notre nature de singe, mais aussi que notre nature d’humain – versée dans les arts, la science, la pensée, la spiritualité – fait partie intégrante de notre nature d’animal…

Nous marchions tout près de l’eau, dans la partie éclairée des quais. De l’autre côté, dans l’ombre des murs, des rencontres se nouaient, se concrétisaient selon un principe associant plusieurs mâles à une seule femelle, ou inversement. Quand Leïla se rendit compte de ce qui se passait à quelques pas de nous, je sentis son souffle raccourcir, et elle ne dit plus un mot.

Nous nous apprêtions à remonter vers le Hell’s Kitchen quand nous tombâmes, sous le pont du Change, sur un groupe d’errants qui célébraient la nuit à grand renfort de bouteilles, cris et verre brisé. Une peur panique s’empara de Leïla, qui se mit à pleurer, dans le seul but de se brouiller l’ouïe et la vue. Je la maintenais par la taille, la forçant à avancer. Une silhouette se détacha du groupe, et une voix que je connaissais prononça :

— Bonjour, madame ! Tu vas bien ?

Il s’approcha encore, plaça son visage dans la lumière, et me gratifia de son sourire démesuré, idiot. C’était Mouloud.

— Qu’est-ce que tu fais là ? Pourquoi tu ne rentres pas chez ta grand-mère ?

— Quelle grand-mère ? reprit-il, avec un sourire de plus en plus idiot.

— Il y a certainement des endroits dans cette ville où tu serais mieux qu’ici.

— Oui. Chez toi, madame.

— Viens avec nous, lui dis-je.

Aussitôt il me prit la main. Quand ils nous virent repartir avec lui, deux autres errants se détachèrent du groupe en criant au vol. Je sortis de mon sac tout l’argent qui s’y trouvait, pour leur racheter l’enfant. Dès que je leur eus donné les billets, Mouloud me reprit par la main et m’entraîna en courant vers la sortie du pont et l’escalier qui remontait vers la deuxième artère.

La course avait mis fin aux pleurs de Leïla. Ensemble nous accompagnâmes Mouloud jusqu’à un petit hôtel, à quelques rues de chez moi, où je lui payai une chambre pour la semaine.

— Je reviendrai demain ou dans quelques jours, lui dis-je. Si tu te trouves bien ici, tu pourras y rester. Mais ne retourne pas sous le pont.

Il boudait, mécontent que je ne l’emmène pas chez moi.

— Tu pourras manger ici, aussi. Tout est payé pour sept jours. Ensuite, nous verrons. Leïla et moi, nous voulons te remercier parce que tu nous as aidées à nous échapper de sous le pont.

— Courir, ça c’était la bonne idée ! dit Leïla en riant, espérant le faire rire aussi.

Obstinément, il arborait son regard de chien battu.

— Écoute, Mouloud, lui dit-elle encore, ne fais pas l’idiot. Moi, je ne me plaisais pas du tout sous ce pont. Tu t’y plaisais, toi ? Non ? Alors vas-y, profite d’un bon lit, et arrête de tirer la tronche… On reviendra, d’accord ?

Finalement il se fendit de son sourire exaspérant, et nous le quittâmes. Avant d’arriver chez moi, je laissai Leïla dans un taxi, et nous rentrâmes, chacune de notre côté.

Le lendemain, à la nuit tombée, elle était de nouveau à la porte de mon bureau, sous le simple prétexte qu’elle désirait encore me parler. Gilles était là, et je le priai de rester. Cette fois, je sentais que nous ne pourrions pas nous contenter de mots.

— Je voulais vous demander, commença-t-elle, pourquoi votre Lilith avait un os pénien dans la bouche ?

— C’est la meilleure question possible. Peut-on déduire de cette mise en scène mortuaire qu’elle aimait prendre le sexe de l’homme dans sa bouche ? Je pense que oui. Pourquoi n’aurait-elle pas eu cet appétit typiquement humain ? Sans doute était-elle capable de jouir du monde et de l’interroger par des voies détournées de la contrainte biologique, naturelle. Contrairement à celle que j’appellerai Ève, la femme dite moderne, doublement enchaînée – à la nature, et à sa culture. Et pourtant, d’un point de vue mythologique, Ève est le premier humain non naturel : une bouture, le produit d’une sorte de manipulation génétique. Ève, c’est le clone – à un chromosome près – d’Adam.

— Est-ce qu’on ne peut pas interpréter ça comme un signe de fraternité entre l’homme et la femme ? Une façon de dire qu’ils sont de la même essence, que rien ne les différencie, en dehors de leur sexe ?

— En effet. Et c’est bien ce à quoi tend notre société, et le courant féministe en général : l’indifférenciation de l’homme et de la femme, la confusion des sexes… C’est sans doute une première étape pour libérer la femme de son esclavage immémorial. Mais il faudra aller plus loin… Ne pas perdre de vue que ce clone féminisé d’Adam a été fabriqué spécialement pour le service de l’original. Alors que Lilith comme Adam sont nés de la terre : des plantes sauvages.

— Si Lilith, comme il est dit dans la Kabbale, était la première femme, de quand dateriez-vous l’apparition d’Ève ?

— À coup sûr, Ève est apparue au néolithique, il y a dix mille ans, à l’ère de l’invention de l’agriculture, de la sédentarisation des hommes et de l’embourgeoisement de leurs sociétés. C’est à ce moment où l’humain se lança dans sa grande entreprise de domination de la nature qu’il eut besoin de remplacer Lilith, la femme sauvage, par Ève, la femme docile, capable d’assurer l’ordre et de rassurer le pouvoir de la nouvelle organisation humaine, vendue au confort. Jusqu’à ce troisième millénaire…

— Pourquoi troisième ? intervint Gilles, qui était resté jusque-là silencieux – mais je connaissais son aversion pour une religion qui l’avait bafoué dans sa chair, et qu’il rejetait désormais violemment. Pourquoi dater notre histoire d’après Jésus-Christ ? N’avons-nous pas tout inventé avant ? L’écriture, les mathématiques, la philosophie, les arts, l’astronomie, l’histoire, la géographie, la démocratie, la religion, la médecine, le théâtre, la littérature, etc. ? Que s’est-il passé d’aussi remarquable dans les mille ans qui ont suivi la naissance du Christ ?

— Rien, en effet. Deux mille ans après cet insignifiant Jésus-Christ donc, neuf mille ans après l’invention de l’agriculture, sept mille après celle de l’écriture, notre planète devenant un seul territoire parcouru de réseaux informatiques ressemblera à ce qu’elle fut au paléolithique : un univers foisonnant qu’il s’agira de parcourir en tous sens et où l’homme, contraint d’abandonner l’égocentrisme d’espèce et l’orgueil monstrueux qu’il acquit et développa tout au long du néolithique (lequel jusqu’à nos jours perdure), contraint d’abandonner la vanité insensée qui le poussa jusqu’à l’anéantissement programmé de l’humain (comment oublier qu’on s’écria dans le ghetto de Varsovie : Dieu, ôte-moi le nom d’homme !), dominé désormais par un univers technologique comme pendant des centaines de milliers d’années il fut dominé par le milieu naturel, l’homme retrouvera les voies mentales de son ancêtre du paléolithique, impuissant mais libre dans une société délestée du poids du travail, du pouvoir politique et des systèmes de classes, l’homme, animal virtuel dans un univers virtuel, tel le chasseur des temps les plus reculés, vivra de signes et d’empreintes, et percevra le monde comme une entité merveilleuse (fantastique), magique, incontrôlable, au sein de laquelle, minuscule être vivant, il trouvera sa grandeur en s’adonnant à l’art et à la spiritualité, en dehors de toute ambition de suprématie. Et, de même, dépendant des technologies comme il le fut de la toute-puissante nature, le corps humain ne sera plus qu’un instrument démuni, face à la jungle médicale comme jadis face aux grands fauves sauvages…

« Ce millénaire sera celui du temps du rêve, où l’esprit humain et le monde ne feront plus qu’un même et vaste espace mental, peuplé de rêves et de visions…

— Ou bien celui du temps de la guerre…, dit Leïla.

— La guerre généralisée…, reprit Gilles. Nous y sommes presque, d’ailleurs…

— À commencer par la guerre à nos propres corps… Que nous tyrannisons un peu plus chaque jour… Je comprends dans ma chair ce qui nous arrive.

Mon corps, né dans l’ancien monde, résiste encore et tente de démontrer son appétit et sa puissance. Mais déjà l’autre monde l’emploie, et mes errances nocturnes à travers Lone, semblables à des chasses mystiques, des repérages extralucides, prennent le pas sur mes fonctions de la journée dans une société hiérarchisée. La nuit tous les hommes sont égaux, pourvu qu’ils veuillent bien me confier leur sexe.

« Et je vois les faits et gestes des habitants de Lone qui se débattent avec leurs corps d’animaux dénaturés dans leurs nœuds de souffrances et de désirs.

« Et je sais que rien désormais ne m’évitera d’éprouver dans mes propres chairs les fulgurances et les folies de tous les autres êtres de mon espèce, qui elle-même transporte dans son sang les sensations et les états de toutes les autres espèces vivantes. Rien de ce qui est humain, animal ou végétal ne m’étant étranger… Aimez-vous les hommes, Leïla ?

— Non, je ne crois pas.

— Aimez-vous votre corps ?

— Je ne sais pas… J’ai essayé de coucher avec des garçons, mais mon corps est resté fermé. Ils n’ont pas pu me pénétrer. Ma mère dit que ça passera, quand je n’aurai plus peur. Mais je n’ai plus envie d’essayer. Peut-être que j’aime les femmes. Je voudrais être vous.

— Si vous étiez moi, vous aimeriez les hommes…

— Peut-être que je les aime… J’y pense beaucoup… Et j’ai peur de ce à quoi je pense.

— Essayez la bouche, alors. Si vous ne voulez pas qu’ils vous prennent, prenez-les, vous. Bouffez-les. Et bouffez votre peur avec.

La petite me regardait fixement, comme si elle voyait autre chose à travers moi – une bite, sans doute.

— Voulez-vous que je vous montre ? ai-je dit.

Je me suis levée pour aller m’agenouiller devant Gilles assis à côté d’elle, contre mon bureau, et j’ai commencé la démonstration. Avant d’oublier notre élève et spectatrice, j’ai sorti la bite ronde et dure de ma bouche, pour lui dire :

— Venez, si vous voulez.

Et je me suis remise à sucer sans plus m’occuper d’elle, toute au plaisir de mes muscles, de ma peau, de mes papilles, de mes dents.

Un moment après, elle était là, debout auprès de nous. J’ai déposé la bite dans sa paume, pour la mettre en confiance. Elle m’a regardée, s’est agenouillée, a regardé Gilles. Elle s’est passé la langue sur les lèvres, ses joues étaient rouges, ses narines frémissaient tandis qu’elle s’approchait du membre.

— Ça va ? ai-je demandé doucement.

D’un élan elle m’a baisé la bouche, passionnément.

— C’est bien, c’est très bien… Fais ce que tu as envie de faire… Juste ce que tu as envie de faire… N’est-ce pas, Gilles ? Avec lui, avec moi, c’est comme tu veux…

— J’ai chaud, a-t-elle dit en retirant son pull.

Sa poitrine était enfermée dans un grand soutien-gorge en dentelle blanche. Sans le dégrafer, elle en a fait glisser les bretelles, sortir deux jeunes seins aux aréoles roses.

Le sexe de Gilles, toujours tendu, commençait à perler.

— J’aimerais que vous m’embrassiez les seins, a-t-elle dit, pendant que moi je suce ça. C’est ça que je veux essayer. La bouche.

Nous avons commencé ainsi, agenouillées devant Gilles, moi derrière elle, lui massant les seins tandis qu’elle s’appliquait à sucer. Puis nous l’avons engagée à se coucher sur ma table, la tête en arrière, pendant dans le vide. Gilles, debout, s’est placé au-dessus d’elle, ses parties génitales sur son visage. Debout aussi, je me suis penchée sur sa poitrine, que j’ai commencé à sucer et malaxer.

Elle a englouti la bite et s’est mise à la dévorer en cadence, à grands coups de tête. Quand Gilles l’a prévenue qu’il allait jouir, elle s’est enfin détendue, a enfoncé l’engin plus profondément encore dans sa gorge et s’est immobilisée, un instant suspendue par la grâce.

Gilles a râlé avec force, le sperme s’est écoulé dans la bouche de notre apprentie et j’ai senti, en posant ma main sur son bas-ventre agité de saccades, qu’elle jouissait. Ardemment j’ai aspiré son sein, frustrée cependant de n’en rien faire sortir. J’ai fini par partager avec elle les dernières gouttes sur la queue de Gilles.

Ensuite, sans l’avoir reculotté, nous l’avons fait asseoir dans mon fauteuil, en lui recommandant de se reposer et de ne s’occuper de rien. Nous nous sommes déshabillées pour faire l’amour tranquillement toutes les deux, et quand nous nous sommes aperçues qu’il avait récupéré toute sa vigueur, nous nous sommes empressées autour de lui, le traitant comme un roi, maniant son corps aux petits soins, comme s’il s’agissait de démonter un moteur puis de le remonter, avec application, amour et reconnaissance.

— Te souviens-tu de ton cours sur Lilith la voyante ? lui ai-je demandé au moment de nous quitter. Est-ce que tu vois mieux, maintenant ?

— Je sens le sperme comme une lanterne dans mon bas-ventre. Je sens mon sexe entre mes jambes qui prend beaucoup de place. Je le sens largement fendu, sensible, lourd et globuleux comme un gros œil grand ouvert.

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