Lilith

Alina Reyes · Chapitre 20 sur 29

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Lilith

La fête

 

 

En sortant de chez moi pour me rendre à la fête, j’ai revu Sammaël. Immobile debout sur le trottoir de l’autre côté de la rue, comme s’il m’attendait. Nous nous sommes longuement regardés l’un l’autre, avec des yeux à se manger le visage. C’est un ange. J’ai absorbé sa lumière, et il est parti.

L’Homme est mort. Si nous voulons, avant de plonger dans la noire fournaise du futur, savoir qui nous sommes, étudions les caractères humains de ce Singe nommé homme.

Je ne crois pas en l’Homme, je crois en l’humain, qui qualifie à la fois l’animal que nous sommes et celui que nous estimerions digne d’être. Contrairement à ce qui est toujours dit, ce n’est pas la bête que nous devons combattre en nous mais l’inhumain, c’est-à-dire tous les aspects négatifs de l’humain qui s’éloigne de l’animalité. Nul animal autre que l’humain n’a inventé le génocide, l’exclusion systématique et massive de ses semblables, l’exploitation de l’espèce par l’espèce. Savoir combattre notre ennemi en nous, c’est savoir le désigner. L’animal en nous n’est pas notre ennemi. Il est.

Notre corps, notre sexe, nos sens sont l’animal en nous. L’animal est notre essence. L’humain et l’inhumain, eux, participent de notre vision et de notre volonté.

Au bout de plus d’une heure de route, la voiture envoyée par J. R. m’a déposée au cœur de ce qui semblait être, dans la nuit, une campagne déserte. De part et d’autre d’un haut portail blindé, des murs élevés, hérissés de tessons de bouteille, s’enfonçaient dans les ténèbres. L’un des huissiers m’accompagna le long d’une allée modestement éclairée jusqu’au manoir qui peu à peu apparaissait entre les arbres, toutes fenêtres éclairées.

Je retirai mon manteau de cuir. Moulée dans une longue robe en voile rouge qui laissait voir par transparence tous les détails de mon corps nu, je me sentais plus rayonnante que jamais, encore tout habitée par la lumière de l’ange de la rue. La jeune fille du vestiaire me contempla, interdite, et finit par prononcer :

— Vous avez de beaux cheveux.

J’en avais fait une longue tresse noire, qui me frôlait les fesses. On m’annonça, et les maîtres des lieux vinrent m’accueillir. Deux grands bourgeois d’une cinquantaine d’années – lui quelconque, elle belle. Eux aussi pâlirent en me voyant et restèrent un instant muets. Puis leur éducation reprit rapidement le dessus, et tout en me tenant des discours que je n’écoutais pas, ils me firent pénétrer dans un vaste salon maintenu dans une semi-obscurité par différentes sources d’éclairage savamment calculées pour nimber les nombreux divans et profonds tapis.

Sans me présenter à personne, ils m’accompagnèrent entre les petits groupes d’hommes et de femmes en tenue de soirée qui buvaient du champagne dans un murmure de conversations chuchotées. Sur mon passage tous s’arrêtaient un instant de parler et de boire. J’avançais, parfaitement sûre, altière. Je ne boitais plus, me sachant extraordinairement belle et rayonnante.

Dès qu’il m’aperçut, du fond de la pièce, J. R. vint à ma rencontre. Pour la première fois je le voyais intimidé. Pâle et défait, il me salua d’un baisemain.

Sans doute n’attendait-on plus que moi, car les portes du salon se refermèrent, et une légère tension, nettement perceptible, s’empara des corps. Dans les lueurs chaudes et discrètes qui préservaient l’atmosphère très intime de l’immense salon, on distinguait beaucoup de très belles femmes et quelques jeunes et jolis garçons, probablement invités pour leur seul physique, qui égayait un peu le tout-venant d’un ramassis de riches en mal d’émotions. L’argent se lisait sur leurs visages comme la misère se lit sur d’autres.

— Il y avait un enfant errant dans ma rue, dis-je à voix haute à J. R. (Ce qui fit son effet, car personne ne parlait qu’à voix basse.) Il est mort de froid.

J. R. me tendit une coupe de champagne, sans répondre. Puis, brusquement inspiré, il dit, levant sa propre coupe :

— À votre petit errant !

Je ne bus pas.

— Trouvez-vous naturel de laisser mourir de froid des gens qui vivent parmi nous ? repris je.

— En tant que maire de Lone, je peux vous dire qu’on a déjà fait beaucoup pour eux, dit J. R., ne cachant pas son profond agacement. Le SUE, Service Urgence Errants, fonctionne tout l’hiver. On ne peut pas faire plus, vous le savez comme moi.

— Je ne sais rien, sinon qu’ils n’ont pas de toit, qu’ils sont exclus de notre bien-être, qu’on les laisse mourir dans la misère, et que c’est inhumain.

— Mais, ma chère, s’exclama-t-il en riant, une société sans misère, ça n’existe pas ! Vous voudriez retrouver le paradis perdu ! Vous devriez sortir un peu plus souvent de vos grottes préhistoriques et fréquenter davantage les salons civilisés, comme celui-ci… Croyez que tout le monde en serait ravi…

Des rires polis et des applaudissements feutrés saluèrent sa réplique et mirent fin à notre discussion. Je posai mon verre, m’approchai de J. R. et l’embrassai longuement sur la bouche. Plaquée contre lui, je le sentis rapidement bander.

Ce fut comme le signal du départ. Hommes et femmes se rapprochèrent, par couples ou par trios. Les vêtements commencèrent à tomber, tandis que partout on s’affalait sur les divans. Depuis le début, la maison était plongée dans un tel silence qu’on entendait maintenant tous les souffles, soupirs, gémissements et bruits de langues qui envahissaient le salon d’un bout à l’autre et se répercutaient de corps en corps. Je continuais à embrasser J. R., tout en lui massant la bite et les couilles à travers le pantalon.

Quand je le poussai sur un divan, à côté d’un autre couple déjà très déshabillé, et descendis son pantalon sur ses chevilles, il était déjà extrêmement raide, prêt à éjaculer.

Enivrée par l’odeur du sperme qui montait, je le pompai ardemment. En quelques secondes, il gicla au fond de ma gorge en râlant, comme sous le coup d’un effort violent. Puis il se mit à rire, comme beaucoup le font après un orgasme particulièrement satisfaisant.

Quand il voulut se retirer de ma bouche, je l’en empêchai fermement. D’abord surpris, il décida finalement de se laisser faire, et s’étendit pour cela un peu plus confortablement sur le divan. Son visage se retrouva juste sous le torse de la femme qui maintenant se faisait prendre à côté de nous, à genoux sur le bord du canapé, et appuyée des deux mains au dossier. En soutien-gorge, bas et porte-jarretelles, elle enfouissait sa tête dans un coussin tandis que son partenaire, mince et âgé, debout derrière elle, allait et venait entre ses chairs déjà molles mais agrémentées de soie luxueuse.

Sans doute la proximité de cette lourde poitrine pendant au-dessus de son visage contribua-t-elle à rendre à J. R. quelque vigueur. Soudain il leva les bras, sortit les seins du soutien-gorge et garda dans ses mains tendues ces deux grosses masses ballottantes. Sa bite déjà gonflée se raidit dans ma bouche, moins que la première fois mais encore honorablement, et je la suçai de plus belle.

Au bout d’un moment, le couple qui officiait à nos côtés se défit. L’homme n’avait pas encore joui. La femme le fit agenouiller au niveau du visage de J. R… se plaça derrière lui et, prenant sa queue en main, se mit à le branler vigoureusement, en l’amenant à approcher de plus en plus son gland des lèvres de J. R., qui haletait en marmonnant des grossièretés. Enfin le vieil homme gicla sur le menton, la bouche et le costume du maire, qui aussitôt jouit à nouveau dans ma bouche.

Le couple se sépara et s’éloigna, en quête de nouvelles aventures. J. R., épuisé et souillé, gisait sur le divan, les yeux fermés. Sans bouger, je gardai sa petite chose au chaud dans ma bouche.

Il allait s’endormir quand je recommençai à la sucer. Il tenta de se relever et de me chasser, d’abord gentiment, puis fermement. Mais je ne le lâchai pas. Aussitôt qu’il faisait mine de vouloir protester, je laissai mes dents s’enfoncer doucement mais sans équivoque dans sa bite molle – et ma main qui enserrait ses couilles n’était pas moins menaçante. Il se laissa retomber sur le divan et s’abandonna, en me traitant de sacrée putain de salope.

J’y mis alors toute mon énergie, tout mon instinct. De la bouche pompant, du bout de la langue agaçant le gland, d’une main enserrant la base de la bite pour faciliter la congestion, de l’autre griffant les couilles, puis pénétrant le cul pour le masser de l’intérieur. Je l’entendais maintenant gémir et haleter comme une jeune fille qu’on lèche et qu’on tourmente. Il finit par cracher sur mon palais un jus liquide et peu abondant, qui s’écoula aussi lentement que son orgasme.

Il ne réagit même plus quand je continuai à le sucer, avec une fureur décuplée. Avant que son membre n’eût le temps de ramollir, je l’aspirai à grands coups, de toutes mes forces. Je ne m’étais jamais sentie aussi lumineuse, aussi puissante. En quelques minutes, un liquide jaillit de nouveau dans ma bouche, d’abord doucement, puis à flots continus. À grandes goulées je bus son sang, à n’en plus finir, jusqu’à la dernière goutte.

Ivre de joie, je me relevai et lui fermai les yeux. Il était plus blanc que blanc, pâle et tiré comme le sperme séché sur son visage. Je léchai mes lèvres pour en effacer toute trace de sang, et me retournai vers les autres.

Partout sur les tapis et les divans on baisait, à deux, à trois, à plusieurs, entre hommes et femmes, entre hommes, entre femmes. Une odeur de rut et de mouillures imprégnait le salon où l’on n’entendait que plaintes, geignements, mots orduriers, ahanements et cris. Les hommes étaient presque tous nus, les femmes pour la plupart avaient gardé leurs chaussures, leurs bijoux, et d’affriolants dessous.

En me promenant au milieu des groupes, je vis que quelques hommes cependant portaient des accessoires en cuir, des slips fendus ou même des dessous féminins. Beaucoup me faisaient signe de me joindre à eux, mais je pris le temps pour choisir ma prochaine victime. Il fallait que nous fussions seule à seul, et que mon partenaire ne fût pas trop jeune. Je craignais qu’un jeune, pourvu de réserves plus importantes, ne me retînt trop longtemps avec son sperme avant de me donner son sang. Et je préférais sacrifier un de ces vieux cons qui leur vie durant s’étaient enrichis sur le dos des autres.

Le sang de J. R. remplissait encore agréablement mon estomac et commençait à peser sur mon bas-ventre. Relevant ma robe sur mes hanches, j’écartai les jambes et, debout, me mis à pisser sur le tapis, près d’un amas informe de corps qui tentaient de prendre leur plaisir les uns avec les autres, ce qui par cause de surencombrement donnait en fait lieu à beaucoup de branlettes. Dans cette confuse assemblée, où se donnait en spectacle un nombre assez écœurant de culs relâchés ou boutonneux, je distinguai Jim Pig, le roi de l’informatique, multimilliardaire surpuissant et redouté pour avoir, par des pratiques déloyales, éliminé la concurrence et phagocyté tout le marché. Ce grand échalas très moyennement pourvu s’intéressait mollement à l’action, mais mon jet de pisse attira son attention. Je me sentis très excitée d’avoir repéré une pareille proie. Son corps dégingandé devait contenir une belle quantité de sang. Laissant ma robe relevée sur mes hanches, je m’éloignai du groupe.

Je savais qu’il ne m’avait pas quittée des yeux. Je me retournai et, d’un regard, l’invitai à me suivre. Au fond de la pièce, des tentures fermaient l’entrée d’un petit boudoir attenant au salon. J’écartai un rideau : il était vide. Personne ici ne recherchant l’intimité, nul n’avait pensé à l’investir. Engagée dans l’embrasure, j’attendis mon homme, qui me rejoignait, les bras ballants, mi-intrigué, mi-inquiet. Nous pénétrâmes ensemble derrière les tentures.

Comme il ne semblait pas très dégourdi, je le pris en charge. Je voyais très bien ce qui lui plairait. Je le fis coucher par terre et, m’accroupissant au-dessus de son visage, pissai sur lui. Il se mit à pousser des « oh, oh ! » émerveillés comme un enfant devant un sapin de Noël, et sa bite palpita et gonfla. Sans plus de cérémonie je me couchai sur lui et, tout en me frottant sur sa langue et son nez, le suçai. Très rapidement il m’envoya une grosse quantité de sperme au fond de la gorge. Redoublant aussitôt d’ardeur je sentis sous mes efforts céder l’artère pénienne. Il me fallut un temps infini pour le vider de tout son sang, moins parfumé que celui du maire, lequel était vraisemblablement habitué à une meilleure chère. Et tout en le buvant je continuai à me frotter sur son visage sans réaction, qui tout aussi bien que vivant me procurait orgasme sur orgasme.

Comme nous étions tranquilles, je mis un peu de temps à le quitter. Je lui fermai la bouche et les yeux, car il avait l’air beaucoup plus idiot que de son vivant. Son sexe était bien endommagé, le pauvre. Je croisai ses mains dessus, pour dissimuler les dégâts. Puis, toute debout, je pissai encore une fois sur lui, pensant lui faire un dernier plaisir, au cas où son âme flotterait au-dessus de son corps et pourrait assister à la scène. Jim Pig avait toujours été tellement gourmand ! N’avait-il pas bouffé tout le monde ? J’étais sûre qu’il pouvait très bien comprendre ma gloutonnerie.

J’avais parfaitement joui, et je décidai de partir. Je me faufilai parmi les corps sans répondre à aucune invite, rejoignis le vestiaire et récupérai mon manteau. Je sortis sans le mettre, car tout le sang que j’avais avalé m’avait considérablement réchauffée. Arrivée près du portail, je m’arrêtai pour pisser encore. En se libérant, le liquide qui pesait sur ma vessie propageait un long et profond plaisir dans mon bas-ventre. Accroupie jambes écartées, je laissai l’air froid de la nuit caresser mes chaudes parties intimes.

J’étais en train de me relever quand j’entendis arriver une voiture. Le portail s’ouvrit sur une silhouette sombre. L’homme indiqua à l’huissier qu’il connaissait les lieux et n’avait pas besoin d’être accompagné. Puis il marcha sur moi. Intriguée, j’allai à sa rencontre. Enveloppé dans un manteau noir, il était grand et athlétique. Son visage était dissimulé par une épaisse barbe et un chapeau enfoncé bas sur son front. Il s’arrêta en me voyant, nue et lumineuse sous ma robe rouge. Il hésita un moment, puis me salua d’un petit mouvement de tête et continua son chemin.

Je décelais en lui quelque chose d’anormal qui excitait ma curiosité. Pourquoi arrivait-il si tard, et pourquoi se montrait-il si discret ? En deux pas je le rejoignis et lui proposai de l’accompagner jusqu’à l’entrée. Encore une fois il hésita, puis je vis son regard descendre le long de mon corps et revenir, chaviré, vers mon visage. Le scrutant dans la pénombre, je ressentais une étrange impression de familiarité. D’un ton faussement précieux, il m’adressa un compliment ordinaire. Une soudaine envie de sang me monta jusqu’aux dents. Je voulus l’entraîner sur la pelouse, mais il s’y refusa.

— Je veux vous voir avec un autre, dit-il. Je suis venu seulement pour voir.

Il finit par accepter de me voir d’abord seule. Puisqu’il aimait regarder, je me branlerais pour lui. Je relevai ma robe, m’assis par terre contre un arbre, sous la lumière d’un lampadaire, et, cuisses grandes ouvertes, commençai à me masturber de tout mon cœur, ne voulant surtout pas le laisser tiède. Au bout d’un moment, il se laissa tomber à genoux entre mes jambes. Sortit sa verge du pantalon et se mit à la travailler consciencieusement, sans se départir du sérieux et de la dignité qui le pénétraient tout entier, et sans doute lui suffisaient comme partenaires. Je ne voyais que le bout de ce bout de chair qui dépassait du manteau, et la perspective de le prendre bientôt dans ma bouche m’entraîna dans un orgasme irrésistible. Quand je revins à moi, il était en train de finir de se faire jouir, son sperme tombant lourdement dans l’herbe comme de jolies gouttes de lune. Avant qu’il eût le temps de reprendre ses esprits, je me jetai sur sa bite et l’engloutis.

— Lâchez-moi, dit-il en essayant de me chasser.

Sa bite désenflait, et je m’appliquais à serrer suffisamment les dents pour ne pas risquer de la laisser s’échapper. Ma résistance le mit dans une rage folle. Il se débattait, préférant se laisser mordre plutôt que de me la prêter. Je ne voulais pas trop la lui abîmer, aussi commençai-je lentement mais fermement à lui tordre les couilles. Il finit par renoncer et, se laissant tomber par terre sur le dos, pleurnicha pendant que je le suçais qu’il n’était venu que pour voir.

Ce connard aurait eu en effet de quoi mater et se branler encore toute la nuit. Je dus lui prendre cinq rations de foutre en supportant ses protestations, ses grossièretés et ses injures, avant de parvenir à faire éclater l’artère pénienne. Sa bite était courte mais large, et je sentais avec un désir redoublé cette grosse veine contre ma langue, qui semblait me narguer. Quand de toutes mes forces je donnai l’assaut final, contrairement aux deux autres qui s’étaient laissé emporter, il se débattit horriblement. Dans la bagarre je lui arrachai sa barbe, qui était fausse. Je ne m’en rendis pas compte sur le coup mais j’en ris beaucoup, après. Quand tout fut fini, son visage enfin immobile, son postiche arraché et son chapeau tombé, je reconnus T. T., Thomas Tuvu, un ami de Rudolf, et le plus célèbre présentateur du journal télévisé.

Avant que j’eusse atteint le bout de l’allée, tout le sang absorbé remonta vers ma gorge et sortit par jets monstrueux de ma bouche ouverte, comme d’une gargouille par pluie diluvienne. Je me laissai emporter par le reflux, qui dura longtemps et resta indolore. Puis je rejoignis la voiture qui m’attendait. J’étais légère dans la nuit comme une baleine dans l’océan file, après avoir fini de souffler.

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