L'incendie
Mardi
« C’ est étonnant », dit Peter quand Rahel entre dans la cuisine vers huit
heures, « la lucidité qu’avait Pasolini.
– Bonjour », répond-elle, et elle met de l’eau dans la bouilloire, du café moulu dans la cafetière à piston.
« Il y a cinquante-cinq ans », poursuit-il impassible, « il écrivait déjà que la société de consommation détruit les cultures. »
Pendant quelques secondes, le sifflement de la bouilloire couvre son exposé et il se tait. Quand Rahel s’assied en face de lui avec une tranche de pain grillé sur son assiette, il reprend. Elle connaît le sujet, ils en ont souvent parlé. C’est une des opinions qu’ils partagent sans réserve : l’universalisme et l’égalité dans tous les domaines sont de nobles objectifs aux conséquences désastreuses. La diversité et la richesse culturelle du monde sont nivelées peu à peu, l’originalité est anéantie, toute particularité disparaît. Ne reste plus qu’une chose : la consommation.
Ils ont passé des soirées entières à en discuter, Peter et elle, mais comme pour tout ce que Rahel considère comme perdu, un beau jour elle a cessé de s’y intéresser. Elle ne se rebelle pas contre l’irrévocable. Elle garde son énergie pour les combats utiles.
Pourtant, tout en buvant son café, elle l’écoute. Il a les yeux qui brillent. Peter n’a rien perdu de son inextinguible curiosité intellectuelle.
« Pasolini qualifie la société de consommation de nouveau fascisme. » Il feuillette le livre mince, pose un doigt sur le passage en question et le lui lit. Il se donne sans compter à son amour passionné pour la réflexion, et Rahel doit avouer qu’elle a beaucoup appris de lui à cet égard.
Au début de leur relation ils lisaient souvent les mêmes livres et les commentaient après lecture. Ils organisaient des soirées thématiques où ils creusaient un sujet à deux ou avec des amis. Peter l’incitait toujours à prendre d’abord du recul, puis à examiner le problème selon des perspectives multiples. C’était un entraînement intellectuel auquel elle participait avec joie et qui lui sert aujourd’hui encore.
Peter s’efforce toujours d’inculquer à ses poulains de l’université cette liberté de pensée, cette capacité de questionner ses propres opinions – avec de moins en moins de succès et une frustration croissante. Le virus et les restrictions qui l’ont accompagné sont arrivés à point nommé. Sa présence dans les locaux de l’université n’était plus requise pendant le semestre d’été. Il a assuré le service minimum par vidéoconférences, le reste lui est devenu indifférent.
« Tu aurais été plus à ton aise en Philosophie qu’en Lettres, lui fait-elle remarquer avec un sourire. Je crois que tu en demandes toujours trop à tes étudiants. »
Il lève les yeux, surpris. Enlève ses lunettes et plisse le front. « Quand on entame des études de sciences humaines, on devrait s’intéresser à la réflexion en elle-même, tu ne trouves pas ?
– Si, bien sûr ! approuve-t-elle, mais ton image idéale de l’étudiant érudit appartient à une époque depuis longtemps révolue, où étudier était non pas la règle, mais l’exception.
– Là tu as raison », dit-il en souriant. Il rechausse ses lunettes et à la surprise de Rahel il demande : « Je peux aussi avoir un café ? »
Elle se lève et va lui chercher une tasse dans le placard. Sur la tasse est écrit Mouais… Elle le sert et son petit rire la réjouit.
Elle sent flotter un léger parfum des jours anciens, et repense à la première chose qu’elle dit toujours aux couples qui se détachent l’un de l’autre : Rappelez-vous le temps où vous étiez amoureux. Qu’aimiez-vous chez votre mari/votre femme ?
Rahel peut répondre sans peine à cette question : l’intelligence de Peter, son charme, sa fiabilité, son humour.
Il n’a rien perdu de tout cela, et c’est la raison pour laquelle elle ne veut pas le perdre.
Elle sait ce qui se passe au-dehors. Le marché ultra-compétitif des partenaires exige beaucoup de celui qui cherche. La « marchandise » est usagée et endommagée. Elle a des lubies et des tics, des maladies et des angoisses, et en règle générale elle manque de flexibilité. Quand on repart de zéro à cinquante ans, on trouve des gens qui se sont développés avec d’autres, ont été façonnés – pliés, rognés par d’autres et ne sont plus disposés à se plier ou se laisser rogner une fois encore. Peter et elle voudraient eux aussi qu’on les prenne comme ils sont. Ils ont derrière eux des décennies passées à équilibrer la balance. Ils ont fait beaucoup de chemin ensemble.
Quand on lui demande depuis combien de temps ils sont mariés, elle énonce le chiffre avec une certaine fierté. Presque aucun des couples qu’ils ont rencontrés au cours de leur vie maritale n’a atteint les noces d’argent, Selma et Simon eux-mêmes ont fini par reconnaître la valeur du couple parental stable. Hélas, comprendre ne veut pas dire imiter, Selma en apporte aujourd’hui la preuve. Quant à Simon : tant que sa copine ne perturbe pas son programme d’entraînement, elle peut rester. Si elle en veut davantage, qu’elle s’en aille.
Peter fait claquer ses doigts. « À quoi penses-tu ?
– À nos enfants, répond Rahel avec un profond soupir.
– On dirait que c’est douloureux.
– Eh bien oui…, entre Selma, avec sa personnalité histrionique, et Simon qui oublie de vivre à force d’ambition et de discipline… »
Le visage de Peter prend cette expression qui signifie : Tu exagères.
« Qu’est-ce qui te fait dire ça aujourd’hui ? demande-t-il.
– Je ne peux pas t’expliquer », dit-elle avec un geste découragé.
Il repousse sa tasse et lui prend la main par-dessus la table.
« Ne fais pas de nos enfants tes patients. Simon se débrouille très bien, et Selma…
– Selma, nous n’aurions pas dû la confier à tes parents quand elle était bébé », l’interrompt-elle en retirant brusquement sa main. « Son comportement trahit des symptômes indubitables de troubles de l’attachement dans la petite enfance.
– C’est possible. Mais qui ne souffre pas de troubles de l’attachement ? Tu n’y échappes pas, quant à moi… », un rire amer lui échappe. « J’aurais bien aimé que ma mère me traite avec autant d’affection qu’elle en a eu pour Selma à l’époque. »
Il se penche un peu au-dessus de la table et cherche son regard.
« Selma n’a pas besoin que tu l’analyses, Rahel. Elle a besoin de toi en tant que mère. »
Comme si elle ne le savait pas. Mais entre savoir et agir, il y a un obstacle qu’elle n’a pas toujours la force de surmonter.
*
« Nous ne sommes pas seuls à venir nous baigner ici », dit Peter et il désigne du pied un masque chirurgical usagé dans le sable. Puis il s’avance tout nu dans l’eau. Elle remarque pour la première fois les petits bourrelets de graisse dans le bas de son dos. Depuis combien de temps ne l’avait-elle pas vu nu ? Mais avant qu’elle ait pu l’observer davantage, il plonge.
Rahel s’assied sur sa serviette de bain et aperçoit sur la gauche des mégots de cigarette fichés dans le sable en forme de cœur. Dans le meilleur des mondes – un jeu mental qu’elle pratique souvent avec Peter –, personne ne laisserait traîner ses détritus. Elle ramasse les mégots dans un mouchoir et pense à la cigarette dans l’atelier. Ce soir, avec son verre de vin, elle ira la fumer, sans se cacher. Peter pensera ce qu’il voudra.
Elle le voit au loin qui s’enfonce dans le lac et refait surface à intervalles réguliers. Il aura cinquante-cinq ans dimanche. Elle n’a toujours pas de cadeau.
Elle enlève sa robe, ses sous-vêtements et regarde autour d’elle. Personne en vue. Elle entre dans l’eau peu à peu. L’onde est si claire qu’on voit le fond. Des bancs de petits poissons la frôlent. Elle aimerait nager à la rencontre de Peter, au moins quelques mètres. Dans le meilleur des mondes, il poserait les mains sur son corps et l’embrasserait, jusqu’à ce qu’ils coulent ensemble.
Peter ne semble pas l’avoir vue ; il nage sur le dos en soulevant des gerbes d’eau. Elle l’appelle mais il n’entend pas. Arrivée à sa hauteur seulement elle capte son regard.
« Tu te risques loin aujourd’hui », lui crie-t-il. Il nage sur place quelques secondes, jouit de la pureté de l’eau et de la superbe vue panoramique sur la forêt, puis fait la dernière partie du trajet de retour en nage crawlée. Elle le voit sortir de l’eau et se sécher. Il s’étire et expose son visage au soleil un moment.
Le meilleur des mondes est un jeu pour les songe-creux.
Au déjeuner il lui sert une salade mixte avec de la feta émiettée. Dans le saladier règne une folle anarchie : de minuscules cubes de poivron mêlés à des tranches de concombre épaisses comme le pouce.
« Tu t’es lâché ! » lui dit-elle avec un soupçon d’agressivité.
Il rit et lui remplit son assiette.
« Tu as l’intention de passer la totalité des trois semaines à la ferme ? »
Il hausse les épaules. « Je ne vois aucune raison de bouger.
– On pourrait aller faire un tour.
– Où donc ? » Il mâche et secoue la tête. « C’est sympa ici. »
Ils ont encore douze jours devant eux. Pour structurer un peu son après-midi, Rahel projette d’appeler d’abord Ruth, puis d’aller se promener et de réfléchir à la situation de Selma afin d’en discuter ensuite avec Peter.
« Rahel, dit Ruth d’une voix lasse.
– Oui, c’est moi », répond inutilement Rahel, puis elle demande des nouvelles de Viktor et écoute Ruth lui brosser un tableau objectif du drame qui se joue à Ahrenshoop sous un ciel magnifique.
Viktor a du mal à supporter l’idée de ce qui l’attend. Il a toujours dit que pour lui une telle vie ne valait pas la peine d’être vécue, et maintenant elle doit l’aider à y mettre fin. Oui, Rahel a bien entendu. Y mettre fin. Elle en est évidemment incapable. Et n’en a pas non plus la volonté. À vrai dire elle le lui a promis il y a de nombreuses années dans un moment de faiblesse, et aujourd’hui il ne cesse de le lui rappeler.
La voix de Ruth tremble et Rahel comprend que ses propres questions pour Viktor attendront. Une fois encore elle va devoir patienter.
Face à Ruth, elle se comporte toujours comme une enfant. Elle n’a rien à opposer à l’autorité de cette femme. En tant que psychologue elle serait pourtant tout à fait en mesure de réagir de manière adéquate au problème de Viktor, mais à part quelques Aha, Ah bon et Oh la la, elle ne trouve rien à dire.
Elle soutire tout de même à Ruth la promesse de la tenir au courant.
« Ça va aller », conclut Ruth et son Au revoir ma chérie ! est comme d’habitude.
Rahel s’attarde un moment à côté du téléphone.
D’après son programme, c’est maintenant au tour de la promenade.
« Allons ! » se dit-elle à voix haute. « Secoue-toi », et elle a tout à coup l’impression que le regard sévère de Ruth l’atteint jusqu’ici. Elle quitte la maison illico et s’éloigne à grands pas.
Elle s’arrête au pâturage. Baila paraît savoir qu’elle n’a rien à attendre de Rahel. Elle ne daigne pas lui accorder un regard.
« Dis à Peter qu’il arrête de faire sa chochotte ! » crie Rahel au cheval qui mange. Elle repart d’un pas lourd, se retourne et ajoute : « Et qu’il ne croie pas que je vais l’attendre indéfiniment ! »
Baila lève un peu la tête et s’immobilise dans cette nouvelle posture, somnolente.
Rahel s’enfonce à grandes enjambées dans la forêt ; une colère impuissante l’aiguillonne. Elle a envie de hurler et, avant de se raviser, elle hurle. Elle prend son souffle et crie de toutes ses forces, plusieurs fois de suite.
*
« Te voilà enfin ! » s’exclame Peter soulagé.
Il est devant la porte de l’écurie, le licou de Baila et une corde sur l’épaule.
« Je m’inquiétais. Quelqu’un a crié dans la forêt.
– Des gens qui se disputaient, marmonne-t-elle.
– C’était horrible.
– Mouais. » Elle hausse les épaules et dit en s’éloignant : « Je vais téléphoner à Selma.
– Bonne idée, répond-il. Moi je fais mon petit tour avec le cheval. »
Dans la cuisine, Rahel ouvre la porte du garde-manger. Son regard tombe sur les confitures maison. Elle prend un petit pot de gelée de coings, l’ouvre et le hume. Beurre une tranche de pain qu’elle tartine avec des cuillerées de gelée. Elle liquide le pot ; la douceur âpre lui fait mal aux dents. Elle n’a pas une seule dent saine dans la bouche, il lui en manque déjà trois. C’est à Edith qu’elle doit ça. Chez elle il y avait toujours du thé à la menthe sucré avec du citron, de la brioche au sucre, à volonté, et parfois des demi-pamplemousses saupoudrés de sucre. L’acide a dissous l’émail, le sucre a pénétré dans ses dents encore jeunes et belles et les a abîmées l’une après l’autre.
Selma ne répond pas. Rahel a essayé de l’appeler à trois reprises. Elle envoie un SMS lui demandant de la rappeler. Plus le téléphone reste silencieux, plus sa colère augmente.
Contrairement à Edith, Rahel s’est toujours assurée que sa fille aille régulièrement chez le dentiste, renforce son émail dentaire avec du gel au fluor, fasse plomber ses molaires cariées. Le moins qu’elle puisse attendre après tant de de sollicitude, c’est qu’on la rappelle.
Elle s’allonge sur le lit, ferme les yeux, ravale sa fureur.
Quand elle attend un appel de Simon, aucune colère ne se mêle à son inquiétude. Ce qu’elle éprouve pour lui est différent. Peter le sait, Selma le sent, seul Simon ne se doute de rien.
L’aime-t-elle davantage ? Elle se pose la question tout haut, avec franchise, comme si sa voix était une seconde personne dans la pièce. La vérité est qu’elle l’aime différemment. Il n’éveille rien en elle dont elle puisse avoir honte. Son amour ruisselle vers cet enfant, pur et inentamé.
Enfin le téléphone sonne.
« Allô, dit Vincent, Selma m’a demandé de t’appeler. Elle est allée s’allonger un peu.
– Tout va bien ?
– Si on veut. »
Rahel entend en bruit de fond des grincements de tramway. Vincent devance sa question.
« Je suis en route vers le terrain de jeux avec les enfants.
– Est-ce que vous avez… parlé ? demande-t-elle prudemment.
– Toute la matinée. » Il baisse la voix. « Les enfants écoutent et je ne voudrais pas…
– Bien sûr ! Je peux rappeler plus tard.
– Non, attends ! Je lui ai dit que ce qu’elle ressent aujourd’hui ne va peut-être pas durer, et qu’elle ne peut pas embarquer les enfants à Leipzig comme ça. Ce sont aussi mes enfants, Rahel.
– Oui, bien sûr ! approuve-t-elle.
– Je crois qu’on va arranger ça. Je… »
Il lui raconte alors comment il compte s’y prendre pour convaincre Selma, et Rahel est épatée par sa maturité affective.
Vivre avec sa fille, c’est comme nager en permanence contre le courant. Rahel a fini par ne plus se débattre. Mais Vincent est jeune et fort ; peut-être ne sombrera-t-il pas dans ses eaux tumultueuses.
Assise sur un banc dans le jardin, elle essaie en vain de se plonger dans le petit livre du pèlerin de Viktor. Ça l’ennuie. Elle le lit uniquement parce qu’elle espère apprendre quelque chose sur lui.
Un des nombreux chats s’est couché à côté d’elle sur le banc. Son ronronnement sourd la conforte dans son envie de fermer les yeux et ne plus penser à rien.
Mais elle aperçoit Peter et son sourire radieux.
« Maintenant Baila accourt quand je l’appelle de loin, explique-t-il enthousiaste. Et elle marche à côté de moi sans longe ni licou.
– Ah… super », dit-elle en dissimulant un bâillement.
Il s’éloigne d’un pas rapide et la laisse avec l’impression d’être parfaitement inutile. Elle reprend son livre.
Autrefois elle lisait la Bible – il y en avait une dans chaque foyer, y compris chez Edith – comme si c’était un livre de contes : avec intérêt, mais aussi la certitude que tout n’était qu’invention. Son unique expérience religieuse date d’il y a quelques années, lors d’un voyage aux États-Unis, quand elle a assisté à un service dans une église évangélique. Dès le hall elle a entendu le flot des arrivants, presque tous noirs, répéter God is good !, et la réponse était chaque fois All the time ! Pendant le sermon les gens se levaient à chaque phrase qui leur plaisait, criaient Amen ! et Hallelujah !, ils levaient les mains et dansaient. Et puis ces chants. Rahel avait le visage baigné de larmes. Peter a ironisé et qualifié la cérémonie de show très au point, de nouba sympathique. Mais il y avait quelque chose d’authentique dans tout ça, et Rahel a pris conscience d’un manque en elle qui l’a poursuivie tout le reste du voyage.
Elle pose les récits du pèlerin et passe le doigt sur les cals de ses paumes. Le jardinage a laissé des traces. Soigner un peu ses mains ne leur ferait pas de mal. Les taches de vieillesse se multiplient. Lors du dernier contrôle, le dermatologue lui a demandé si elle était autrefois une fana du bronzage. Sa peau portait les stigmates caractéristiques d’une exposition excessive au soleil. Elle a haussé les épaules et attendu avec impatience qu’il range sa loupe et la laisse partir. L’examen de ses défauts lui était désagréable et ce type lui faisait pitié. Scruter jour après jour la peau des gens à la recherche d’altérations pathologiques, elle trouvait ça horrible.
Elle évite Peter jusqu’au dîner.
« Au fait, tu as parlé avec Selma ? » lui demande-t-il en s’asseyant à côté d’elle à la table de la cuisine.
Elle secoue la tête. « Non, mais avec Vincent. Il est optimiste comme toujours. »
Peter sourit. « C’est un type super.
– Peut-être… », murmure-t-elle, mais elle lui fait remarquer que Selma n’agit pas sans motifs.
« La question est de savoir ce que valent ses motifs », réplique-t-il.
Rahel se tait. De son point de vue aussi, les motifs de Selma ne sont ni impératifs ni sérieux, mais qu’importe. Depuis des années, elle voit arriver dans son cabinet de plus en plus de jeunes gens qui ont de l’instruction, de l’argent et des parents aimants, mais qui n’arrivent pas à assumer leur vie. Qui pour des raisons difficiles à comprendre rompent avec leur partenaire, envoient dinguer leur métier, interrompent leurs études peu avant le diplôme et se sentent malheureux. Comme si avoir la belle vie était lourd à porter. Car lorsqu’on reçoit tout et qu’on n’en fait rien, il ne faut pas s’attendre à être compris.
« Le fardeau de la belle vie », dit-elle en espérant que Peter la comprendra sans plus d’explications.
Et il comprend.
« Aujourd’hui les jeunes ont d’autres difficultés », dit-il.
Leurs regards se rencontrent et ne se lâchent plus, et pendant une seconde Rahel croit que tout va s’arranger.
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