L'incendie

Daniela Krien · Chapitre 22 sur 25

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L'incendie

Dimanche

 

« A dieu, ma chérie », dit Ruth quand ils montent dans la voiture.

Ils sortent de la cour au pas. Ruth les accompagne à pied jusqu’au

rocher. Maître Adebar la suit à bonne distance.

C’est la première fois qu’elle se tient là sans Viktor, elle lève la main pour dire au revoir, fait un petit signe. Derrière elle la cigogne bat des ailes avec tant de vigueur qu’elle se soulève de quelques centimètres au-dessus du sol. Elle vole presque.

Penchée par-dessus le dossier de son siège, Rahel ne cesse de crier : « Au revoir ! Au revoir ! »

Les larmes coulent sur son visage. Elle agite la main comme une possédée et se met à sangloter.

Ruth est droite comme un i. Elle n’a pas la force de sourire une dernière fois.

Le paysage défile comme un tableau impressionniste devant les yeux voilés de larmes de Rahel, et le village est déjà derrière eux quand Peter accélère. Vitres baissées ils filent entre les deux rangées d’arbres, le vent dans les cheveux et le parfum poussiéreux de cette fin d’été dans les narines, et Rahel sort la cigarette de son sac. Le tabac est tellement sec à présent qu’il s’effrite. Peter sourit quand elle l’allume.

Il met le CD de Gundermann, cherche la chanson qu’elle préfère, et quand arrive le refrain elle tourne le bouton pour monter le son.

…immer wieder wächst das Gras

wild und hoch und grün,

bis die Sensen ohne Hass

ihre Kreise ziehn 1.

Note

1. …toujours l’herbe repousse, /haute et verte et foisonnante,/ jusqu’à ce que les faux sans

haine/tracent leurs cercles.

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