L'incendie

Daniela Krien · Chapitre 7 sur 25

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L'incendie

Samedi

 

 

I l s’est remis à pleuvoir pendant la nuit et quand Rahel ouvre la fenêtre de sa chambre au matin, la forêt lui envoie un souffle d’air pur et frais.

Elle a dormi avec des bouchons d’oreilles à cause des enfants. Peter lui a recommandé ce moyen de s’isoler du monde. Lui-même ne peut plus s’en passer depuis des années. Désormais, elle sait elle aussi apprécier le calme. Se sentir comme enveloppée dans du coton et diriger son écoute vers l’intérieur, ne plus devoir être prête à se lever la nuit, ça fait du bien après vingt ans ou presque passés à élever des enfants. C’est à Selma d’assumer les humeurs nocturnes de Theo et Max.

La journée d’hier s’est déroulée dans une telle harmonie que Rahel accueille avec joie celle qui s’annonce. Elle déroule son tapis de yoga et s’étire. On entend dehors le cri d’une buse et un claquement de sabots sur les pavés de la cour. Peter emmène Baila au pâturage. Sa compassion pour la jument croît de jour en jour.

« Un animal grégaire sans troupeau », a-t-il dit hier en secouant la tête. « S’il y avait au moins un deuxième cheval.

– Mais elle t’a, toi », a répliqué Rahel avec un petit sourire, et elle a écopé d’un regard lourd de sous-entendus.

Le bruit des sabots se perd dans le lointain et la buse se tait à son tour. Mais les voix des enfants résonnent dans la cour.

« Venez, on va voir si les poules ont pondu des œufs ! », crie gaiement Selma, et ils accourent aussitôt en hurlant.

Rahel est seule dans la maison. Debout sur le tapis, les jambes écartées à largeur de hanches, elle étire les bras vers le haut, inspire et commence le cycle de mouvements familiers. Elle répète dix fois l’enchaînement de la salutation au soleil et se sent regonflée et armée pour la journée.

Dans la cuisine elle trouve Peter qui lui caresse brièvement le bras en passant devant elle. La sensation de ce contact se prolonge plusieurs minutes et, quand elle s’assied à table en face de lui, l’espace entre eux semble avoir diminué. La porte s’ouvre et Selma et les garçons font irruption dans la douceur de ce matin.

*

Après le petit déjeuner, Rahel s’attaque à une autre des plates-bandes laissées à l’abandon tandis que le reste de la famille se met en route vers le lac.

« J’irai peut-être faire un tour au centre commercial », crie Rahel dans leur dos, et Selma se retourne : « Arrête de dire centre commercial, clame-t-elle. Ça s’appelle un su-per-mar-ché ! »

Rahel s’affaire une bonne heure sur sa plate-bande. À la fin elle s’agenouille devant et contemple le résultat ; elle pose ses mains sur la terre humide et souple, y enfonce les doigts et reste un moment immobile. Elle s’imagine tirant son énergie de la terre comme une plante. Elle sourit du tableau qu’elle offre, mais personne ne la voit, personne ne s’en offusque. Puis – obéissant à une inspiration soudaine – elle se lève, se lave les mains dans un des réservoirs d’eau de pluie et va dans l’atelier.

Rahel examine les dessins, l’un après l’autre. Elle s’attend à ce qu’ils lui parlent. Ceux où on la voit enfant provoquent en elle une douleur cuisante. Le visage de la petite fille exprime une maturité précoce. Viktor a rendu visible un désarroi dont elle se souvient très bien.

Sa mère aurait pu l’en préserver. Elle-même n’aurait pas dû la laisser partir comme ça. Si Ruth n’avait pas été là tout le temps, n’était pas restée scotchée au chevet de la mourante, Rahel aurait peut-être eu le courage d’insister une dernière fois. Edith n’a jamais vraiment réussi à lui faire gober l’histoire selon laquelle toutes les recherches pour retrouver son père ont été vaines.

Maintenant il est trop tard. Edith a emporté la vérité dans la tombe.

Et si c’était Viktor ? Edith en aurait bien été capable.

Elle remet les feuilles dans le tiroir, prend une cigarette dans sa main, la tourne et la retourne indécise, la repose. L’idée est monstrueuse. Un mensonge de cette taille, et de toute une vie. Elle s’appuie des deux mains contre le meuble à dessin. Puis retraverse la cour en trombe, entre dans la maison et monte dans sa chambre. Elle cherche fébrilement son téléphone et compose le numéro de Tamara.

« Allô Tamara », et elle va droit au but : « Je vais te poser une question et j’aimerais que tu me dises absolument la vérité. C’est vraiment…

– Merci de me demander, Rahel, l’interrompt Tamara. Je vais bien, vu les circonstances. Bernd, tu pourrais vérifier que le riz ne brûle pas ? Je suis au téléphone avec ma sœur. Voilà, je suis à toi.

– Tamara, s’il te plaît !

– Bon. Qu’est-ce que tu veux savoir ?

– Sais-tu qui est mon père ? Notre mère t’en a-t-elle parlé ?

– Enfin ! Crois-tu que je te l’aurais caché ? »

Rahel inspire une goulée d’air. « Je ne sais pas. C’est pourquoi je te le demande.

– C’est typique. Tu me soupçonnes toujours du pire. Autrefois j’étais soi-disant toujours jalouse de toi et de ton mari et de tes enfants géniaux, maintenant je suis une menteuse par-dessus le marché.

– Je n’ai pas dit ça.

– Mais ça revient au même, Rahel. »

Elle fait une pause et ajoute d’une voix lasse : « Je n’ai pas la moindre idée de qui est ton père, Rahel. Notre mère ne m’en a jamais parlé. Et pour le moment j’ai d’autres soucis beaucoup plus graves. Bernd a la vue qui baisse. Son champ visuel se réduit de plus en plus. Dans un ou deux ans il sera aveugle. Notre fils arrive à peine à payer son loyer, constructeur de stands quand il n’y a pas d’expositions… Ouais, la pandémie en touche certains plus durement que d’autres. Voilà où nous en sommes, Rahel. Je suis bientôt la seule ici à gagner de l’argent.

– Je suis désolée, Tamara. Sincèrement, ça me désole.

– Enfin bon, c’est comme ça. Maintenant il faut que je retourne à la cuisine. »

En reposant le téléphone, Rahel sent une vague de chaleur lui traverser le corps. Ce qui tombe sous le sens ne lui est pas venu à l’esprit : elle aurait dû proposer à Tamara de l’aider. Elle commence aussitôt à taper un message, mais avant qu’elle ait pu l’envoyer Selma entre.

« Je peux te parler, maman ? »

Elle passe devant Rahel sans attendre sa réponse, et s’assied sur le lit.

« Je vais peut-être quitter Vince. » Elle lève la tête et croise les bras. Puis éclate en sanglots. Des sanglots à fendre l’âme. Tout son corps est secoué, ses mains tremblent, et Rahel va vite s’asseoir près d’elle et l’attire dans ses bras.

*

Quand Selma monte à l’étage avec les enfants après le repas de midi, Peter et Rahel restent dans la cuisine. Il met les assiettes dans le lave-vaisselle, elle prépare du café. Ils vont s’installer dehors, sur un banc derrière la grange.

« Il faut que tu la dissuades, dit Peter d’un ton suppliant, elle n’a pas une seule raison valable… Ses sentiments auraient soi-disant changé. » Il agite les mains dans le vide. « Ses sentiments ! Changé ! S’il te plaît, explique-lui que c’est normal. Les sentiments changent. Nos sentiments aussi ont changé. »

Rahel lui lance un regard méfiant qu’il semble ne pas remarquer.

« Mais ils ne font plus l’amour », fait-elle observer, « et elle est tombée amoureuse…

– Bon, eh bien ils ne vont plus faire l’amour pendant un temps. Quant à tomber amoureuse…

– Peter ! Elle est jeune. Ce genre de chose a encore son importance. »

Il secoue la tête.

« On nous reproche toujours, à nous les hommes, d’être menés par nos pulsions, mais je commence à me demander si les femmes ne nous dépassent pas également dans ce domaine. »

Elle est sur le point d’éclater de rire mais la hargne inhabituelle de Peter la retient.

« Bien sûr vous le dites avec d’autres mots, poursuit-il. Chez vous ça s’appelle émancipation !

– Qu’est-ce qui te prend tout à coup ? » Rahel s’écarte un peu de lui.

« Rien. Je ne vais pas rester les bras croisés à regarder notre fille détruire sa famille sur un coup de tête. D’ailleurs notre appartement n’est plus adapté pour accueillir autant de monde.

– Qu’est-ce que tu veux dire ?

– Ah ! Elle ne t’a pas dit ? Elle voudrait s’installer chez nous avec les enfants dans un premier temps. En fin de compte elle n’a ni boulot ni argent. »

Le « Non ! » de Rahel est catégorique. Elle entend à peine ce que Peter dit ensuite. Tandis qu’il épilogue sur la versatilité de Selma qu’elle doit tenir en partie d’Edith, une image s’impose à l’esprit de Rahel : son appartement plongé dans le chaos, Theo et Max la bouche et les mains barbouillées de chocolat, elle-même debout aux fourneaux et Peter allant se réfugier dans sa chambre. Selma est la seule qui manque au tableau. « Non, c’est impossible », s’entend-elle dire d’une voix qu’elle ne reconnaît pas.

« Ce serait possible en cas d’urgence, rétorque Peter. Mais ce n’est pas un cas d’urgence. Elle s’est entichée d’un fumiste, un soi-disant artiste qui fait je ne sais quoi.

– Des installations électro-acoustiques, explique Rahel.

– Des installations électro-acoustiques ! » répète-t-il agacé et il ajoute : « Le boulot idéal pour nourrir une famille. La stabilité garantie. »

Rahel pose la main sur son bras, il la repousse.

« Je vais marcher un peu », marmonne-t-il et il se lève, traverse en diagonale la prairie voisine, direction la forêt.

Rahel revient vers la maison dans une humeur automnale. Elle prend un détour et voit de loin Selma debout sur le rocher. Le téléphone contre l’oreille, elle oscille dangereusement, fait de grands moulinets avec son bras libre et rejette sans arrêt la tête en arrière. Prise d’une paresse subite, Rahel passe son chemin. Un spectacle étrange et inopiné s’offre à elle : la cigogne se pavane dans la cour, flanquée de quatre chats. Elle semble avoir gagné en assurance ces derniers jours. Elle met le cap sur la porte d’entrée avec un culot incroyable et arrivée sur le seuil bat furieusement des ailes. Les chats s’égaillent en feulant, on entend Baila hennir au loin. Qu’est-ce qui se passe ? Une conjuration, les prémices d’une révolte ? Rahel s’approche à pas de loup en faisant « Pschtt ! Pschtt ! » pour chasser Maître Adebar. La chaleur est telle à présent qu’elle n’a plus qu’une envie : rentrer dans la maison. Cet obstacle inattendu la contrarie. « Pschtt ! Pschtt ! » répète-t-elle mais la cigogne ne s’écarte pas. Rahel attrape un balai posé contre le mur et l’agite dans sa direction pour la chasser. La cigogne finit par s’éloigner sans hâte sur ses échasses, pas impressionnée pour deux sous, mais la voie est libre.

Arrivée dans sa chambre, Rahel s’allonge sur son lit. Peter est dans le vrai – il faut faire entendre raison à Selma. Elle ferme les yeux et concocte quelques phrases judicieuses, truffées de tout ce que lui a enseigné son expérience professionnelle : louange et valorisation, et acceptation de toutes les incohérences. Elle se prépare aussi mentalement aux accusations et se jure d’encaisser avec calme même les griefs les plus exagérés.

Elle vit ça au quotidien dans son cabinet. De quoi n’accuse-t-on pas les parents ! Selon les critères d’aujourd’hui, on aurait dû retirer son droit de garde à Edith. Et à la moitié des autres parents aussi. Une louange mesurée suscite déjà l’indignation. Une jeune patiente s’est plainte récemment que ses parents ne la complimentaient jamais que pour des réussites exceptionnelles. Mais pour quoi d’autre ? a failli répondre Rahel, elle s’est ravisée à temps et a formulé la chose différemment.

« Je suppose que les compliments avaient donc pour vous une valeur tout à fait exceptionnelle. »

Ne recueillant qu’un haussement d’épaules, elle a questionné plus avant.

« Auriez-vous pris vos parents au sérieux s’ils vous avaient complimentée sans arrêt pour des choses allant de soi ? Leurs compliments auraient-ils encore compté pour vous ? »

La jeune femme a commencé par se mordre la lèvre inférieure, a haussé de nouveau les épaules. Rahel lui a suggéré de creuser la question à la maison. Comme beaucoup, cette jeune patiente évaluait tout à l’aune de l’idéal et non du réel. Avec pour conséquence inévitable : l’échec.

Chez Selma aussi elle découvre ce genre de propension. Rahel répète à voix basse le discours qu’elle va lui tenir. Avec des phrases courtes, limpides, gentilles, elle construit à sa fille une passerelle de communication. Elle ferme les yeux, son murmure se transforme peu à peu en bredouillement, puis ses pensées se brouillent et elle tombe dans un sommeil superficiel.

Quand elle se réveille en sursaut, elle a l’impression d’être couchée depuis des heures, mais trente minutes seulement se sont écoulées. Elle relève ses cheveux devant le miroir et s’applique une compresse de crème sous les yeux en tapotant du bout des doigts.

Selma est assise à la table de la cuisine, le regard fixe. « Il veut les enfants, lance-t-elle sans laisser à Rahel le temps de s’asseoir.

– Qui veut les enfants ?

– Vincent !

– Reprends lentement, du début.

– Vince et moi nous sommes disputés au téléphone et je lui ai dit que je ne savais pas si nous allions pouvoir continuer comme ça, alors il a dit, tu peux t’en aller mais les enfants restent avec moi.

– Attends. Vous ne pouvez pas discuter de ça au téléphone. Tu ne vas quand même pas quitter ton mari par téléphone. » Elle imagine Selma debout sur le rocher, la robe volant au vent et le téléphone contre l’oreille. Elle secoue la tête malgré elle.

« Il m’a provoquée et…

– Comment ça, provoquée ?

– Il voulait savoir si Theo et Max ne se couchaient pas trop tard. S’ils ne marchaient pas pieds nus, parce qu’ils ne sont pas encore vaccinés contre le tétanos, oh – rien que des trucs comme ça. Il sait toujours tout mieux que les autres ! »

Rahel se tait.

« Oui je sais », ajoute Selma virulente, « papa et toi mettez Vince sur un piédestal.

– Nous l’apprécions, ce qui veut dire aussi que nous t’estimons. Après tout c’est toi qui l’as choisi.

– Je me suis trompée, maman !

– Vous avez deux enfants, on ne peut pas vraiment parler d’erreur. »

Rahel n’a pas entendu Peter arriver. Son visage est rouge, sa chemise par ailleurs impeccable est tachée de sueur sous les aisselles. Il prend un verre, le remplit au robinet et le vide d’un trait. Puis vient s’asseoir avec elles.

« Les enfants ne sont pas une erreur, évidemment, reconnaît Selma.

– Eh bien, voilà un bon point de départ. » Peter caresse les cheveux de Selma et dans la demi-heure qui suit elle ne repousse au moins pas de manière directe les suggestions de ses parents pour résoudre le conflit. Peu avant qu’un vacarme soudain dans la cage d’escalier ne les fasse sursauter tous les trois, Rahel lui a même fait accepter une thérapie de couple.

À la vue des enfants le visage de Selma s’éclaire. Max n’a rien d’autre sur lui qu’une couche qui pendouille de façon suspecte et une botte en caoutchouc nettement trop grande au pied droit, Theo porte la botte gauche correspondante, à part ça il est nu. Il escalade prestement les genoux de Selma. De cette position sûre il repousse d’un air sévère les tentatives maladroites de Max pour grimper à son tour. Chaque fois que les petites mains de Max se cramponnent à la robe de Selma, Theo écarte son frère avec vigueur.

« Non, Theo », dit Selma d’une voix douce en l’embrassant. Rahel inspire une goulée d’air, attrape Max et le soulève.

Ne me fais pas grand-mère trop vite. J’ai besoin d’une pause de dix ans minimum, c’est une des dernières phrases qu’elle a dites à sa fille le jour où Selma a quitté la maison parentale. Elle ne croyait pas vraiment que Selma s’y tiendrait, mais elle voulait l’avoir dit.

Max n’est pas du tout satisfait de ce dénouement.

« Mamaaaan ! » pleurniche-t-il, les bras tendus vers Selma. Que de force dans ce petit corps ! Rahel a beau le tenir serré contre elle, il s’arrache presque à son étreinte.

« Mamaaaan ! » Theo se colle encore plus contre sa mère et regarde son frère avec une curiosité glaciale. Aucune trace d’empathie. Selma soupire, puis dépose Theo par terre.

« Je retourne au rocher », dit-elle, elle attrape son téléphone et disparaît.

Avant que les enfants aient pu lui courir après, Peter ferme la porte et se poste devant tel un gardien. Rahel leur promet de leur faire des crêpes. Ce qui les calme pour un temps.

« Qui appelle-t-elle ? Vincent ou l’installateur ? demande Peter.

– Vincent c’est mon papa ! » explique Theo.

Rahel lance à Peter un regard acéré et pose l’index sur ses lèvres. Le petit garçon est plus attentif qu’elle ne le pensait.

« Monte donc t’habiller », lui dit-elle. Puis elle sort les ingrédients pour les crêpes et envoie Peter et Max à la salle de bains changer la couche.

Theo revient dans la cuisine d’un pas titubant, il n’a sur lui qu’un tee-shirt.

« Tu sais, Mamie ? » Il crie pour couvrir le bruit du batteur.

« Quoi donc ? répond Rahel.

– Mon papa il pleurait. »

Elle éteint le batteur et se tourne vers lui. Theo se frotte les yeux et imite des sanglots bruyants.

« Et ma maman elle faisait comme ça. »

Il attrape une tasse sur la table et la jette par terre avant que Rahel ait pu l’en empêcher. La tête penchée sur le côté, il considère les débris.

« Cassée », constate-t-il puis il grimpe sur une chaise et s’assied le dos bien droit.

« Les adultes aussi se disputent, exactement comme Max et toi. Mais ils se réconcilient aussi », dit Rahel sans grande conviction. Elle balaie les débris.

Quand la première crêpe dorée disparaît peu à peu dans la bouche de Theo, elle respire. Tout le monde le dit : petits enfants, petits soucis. Grands enfants, grands soucis. Que Selma ne se maîtrise pas même devant ses enfants n’est pas bon signe.

Elle met la question de côté pour le restant de la journée. Peter semble aussi peu désireux qu’elle de poursuivre la conversation. L’harmonie se maintient jusqu’au soir, dure au-delà du repas et jusqu’à l’heure du coucher. On verra demain, pense Rahel avant d’éteindre la lumière.

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