Mademoiselle Plastique

Marilou Addison · Chapitre 14 sur 25

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Mademoiselle Plastique

Chapitre 14 Florence

CHAPITRE 14

 

Florence

 

Pour terminer la conférence sur une note positive, Amanda Martin nous invite à faire connaissance entre nous. Manon vient rapidement me rejoindre et elle se confond en excuses:

— Désolée! Je savais pas quoi faire. On m’a dit d’aller m’asseoir, que ça allait commencer. Je pouvais pas rester sur place à t’attendre, tu comprends?

— Mais oui, t’en fais pas.

— Comment t’as réussi à entrer quand même? Les portes étaient fermées, non?

— Ben… l’employé m’attendait. Il avait l’air de me connaître. J’ai pas trop compris. Mais comme je te dis, c’est pas grave. Je suis là, et c’est le principal.

Elle m’attrape les mains et s’écrie, enthousiaste: — Si tu savais à quel point c’était génial, hier! J’aurais tellement aimé que tu sois parmi nous! On nous a donné des tas des trucs sur la vente et on a aussi gagné des prix de présence. J’ai été nommée la meilleure représentante de ma région! C’est fou, hein?

— Wow… C’est génial! dis-je, même si je ressens une pointe de jalousie.

Manon et moi, nous avons commencé ce travail à peu près en même temps. C’est certain que de la voir percer et réussir mieux que moi me fait un petit quelque chose. D’un autre côté, je suis contente pour elle. Drôle d’émotion. Je la félicite de nouveau pour ne pas qu’elle se doute de ce que je pense vraiment, puis je demande:

— C’était quoi, les prix?

— Une fille a reçu le dernier téléphone intelligent. — Oh, cool!

— Sinon, il y avait des cafetières à espresso, des tablettes et… Ah! J’allais l’oublier! Le grand prix sera remis seulement à la fin du week-end, et c’est un voyage dans le Sud. J’ai sûrement pas beaucoup de chances de le remporter, mais on sait jamais…

— Ouin… ce serait génial. Et pour les ventes? Il y a eu quelques clients, hier soir?

— Pas tant. Il faut dire qu’avec le mauvais temps. Ben… moi, j’ai presque tout vendu, mais certaines filles ont dû ramener leur stock à leur chambre. J’imagine qu’elles vont se réinstaller dans le hall d’entrée après le souper tout à l’heure, comme elles l’ont fait hier.

— Tu comptes pas y retourner?

— Bof… j’ai plus grand-chose à montrer, alors sûrement pas. Je verrai. Et puis, mon chum est là, alors on veut en profiter un peu, tous les deux.

Je hoche la tête, comprenant ses raisons. Pour ma part, il est hors de question que je rate cette occasion. De plus, même si je me suis fait voler la moitié de mes plats, je compte sur la vente de ce qui reste pour ne pas tomber dans le négatif.

Manon vérifie l’heure sur son cellulaire, puis elle m’indique que son chum l’attend pour dîner au resto. Ils vont se trouver un endroit sympa en ville, car le resto de l’hôtel est vraiment trop dispendieux pour leurs moyens. Je n’ose pas lui proposer de me joindre à eux. N’empêche que je suis un peu déçue. Moi qui me faisais une joie de passer cette fin de semaine avec ma collègue, disons que nos plans sont tombés à l’eau. Pourquoi a-t-elle amené son chum, aussi? Il me semble qu’il n’a pas sa place ici, même si son excuse est de vouloir faire un article sur notre travail. — Non, absolument pas. Continue, je t’écoute.

En retenant un soupir, je la salue, puis je tourne la tête vers la salle qui se vide progressivement. Puisque je suis là seulement depuis aujourd’hui, je ne me suis pas liée d’amitié avec les autres représentantes. Celles-ci sont toutes en train de jacasser en sortant de la pièce. Moi, je reste là, désappointée, puis je décide soudain d’aller échanger un mot ou deux avec la conférencière, qui range ses documents. Elle m’impressionne vraiment beaucoup, alors je tiens à lui dire à quel point je la trouve géniale. Elle s’est lancée en affaires avec presque rien et elle est devenue la meilleure vendeuse du pays en un rien de temps! Je ne connais pas tout son parcours, mais j’aimerais en apprendre plus sur sa vie…

Je m’approche d’elle en me raclant la gorge. Je suis étonnée de voir que je suis la seule qui ose aller lui parler. Elle relève la tête à mon approche et me sourit gentiment.

— Bonjour, me dit-elle. J’espère que la conférence t’a plu? — Oh oui! Oui, beaucoup!

Même si, pour être honnête, je n’ai pas retenu grandchose… Je reprends: — En fait, je me demandais… ça fait combien de temps que vous faites ça?

La dame réfléchit un instant sans se départir de son sourire, puis répond: — Hum… au moins vingt ans, je crois. Et j’adore ça. J’ai commencé quand mon mari a perdu son emploi. Il était sur le chômage et on se demandait comment on allait y arriver. J’avais déjà l’habitude de recevoir un tas d’amies et de voisines, alors… alors ça s’est fait naturellement. J’ai débuté avec elles, pour ensuite étendre mes contacts progressivement. Chose certaine, je ne regrette rien de tout ça. Mais je parle trop. Tu voulais me demander quelque chose?

— Oui et non. Je… je voulais juste venir vous saluer. Savoir comment vous aviez réussi à percer et tout. Mais je veux pas vous déranger. — Au contraire, ça me fait plaisir de discuter avec toi. D’ailleurs… tu as faim? J’irais bien dîner, mais je déteste aller au resto toute seule. Est-ce que tu m’accompagnes? Les autres représentantes sont toutes parties. Il ne reste que nous deux.

Mon large sourire est ma seule réponse. La femme me le rend et me suggère d’aller à la salle de restauration de l’hôtel, car la table d’hôte est délicieuse.

— Un peu cher, c’est vrai, mais je reçois un cachet pour ma conférence, alors… je te paie le repas, si ça te dit. Tu es partante? — Tellement! En passant, je m’appelle Florence. Florence Guilbault. — Moi, c’est Amanda Martin, mais j’imagine que tu le savais déjà, ajoute-t-elle en riant.

Je ris tout bas, moi aussi, avant de l’accompagner hors de la salle. Elle réussit à obtenir une table près des larges fenêtres donnant accès aux jardins extérieurs. À cette période de l’année, ils ne sont pas encore en fleurs, mais j’imagine déjà à quel point ça doit être beau en plein été.

Le serveur vient nous offrir de l’eau, puis il dépose les menus sur la table, entre Amanda et moi. Cette dernière repousse le feuillet en déclarant qu’elle sait déjà ce qu’elle veut.

— Ah… euh… je vais prendre la même chose, je pense, dis-je, ne sachant quoi choisir.

— Alors ce sera deux tartares de saumon, indique la conférencière au serveur, qui repart après avoir hoché la tête.

Je prends une gorgée de mon verre d’eau, afin de mouiller ma gorge asséchée par le stress. Amanda se penche au-dessus de la table et me questionne:

— Donc… parle-moi un peu de toi. Pourquoi vouloir être représentante? Quelles sont tes motivations?

Je la fixe un instant, hésitant à tout lui dire. Son regard est franc et son attitude, ouverte, alors je décide que c’est le moment de m’épancher. Qu’est-ce que j’ai à perdre, de toute manière?

— J’ai eu des problèmes de santé, l’année passée, dis-je sans ambages. — Oh… répond-elle simplement.

— On a dû me retirer l’utérus. J’avais… désolée, je sais pas, c’est peut-être trop intime, comme discussion?

Je reprends, un peu rassurée:

— Ben… en gros, j’avais d’énormes kystes qui devaient être enlevés, mais lors de l’opération, ça s’est très mal passé. Bref, les médecins ont pas eu le choix. J’ai même failli y rester. Heureusement, je me suis bien rétablie malgré tout. N’empêche que par la suite, retourner au travail et tout… C’était pas évident. J’avais de grosses douleurs au ventre et je pouvais à peine marcher.

— Je comprends très bien…

— Bref, j’ai dû lâcher mon emploi. Je me suis retrouvée sans rien devant moi. Je voulais pas avoir un boulot où je devrais bosser de neuf à cinq, avec seulement deux semaines de vacances en été. C’est que… je me suis rendu compte que la vie, elle pouvait nous filer entre les doigts comme ça. Je veux faire quelque chose que j’aime. Je veux… je veux rencontrer des gens, être passionnée par mon travail, et surtout… surtout… je veux voyager. Voir le monde, quoi.

Amanda hoche la tête doucement. Mais lorsque je me tais, elle murmure:

— Et la famille? Les enfants? Le conjoint?

— Pour les enfants, c’est impossible, on s’entend… Sans utérus, disons que ça complique pas mal les choses.

— Pas si tu adoptes. Il y a des tonnes d’enfants qui ont besoin de parents aimants.

Je m’adosse sur ma chaise pour réfléchir à cette option. Peut-être… Je ne sais pas. Je n’y avais pas songé. Mais je finis par répondre: — De toute façon, quel homme voudra d’une femme qui peut pas en avoir, hein? Qui… qui est déjà ménopausée à même pas trente ans? Y’a pas beaucoup de gars qui seraient partants, selon moi. — Hum… tu serais surprise, réplique-t-elle simplement.

Elle hésite avant d’avouer:

— Moi non plus, je n’ai pas eu d’enfant. Et ce n’était pas par choix.

Je fronce les sourcils sans l’interrompre.

— Mon cher mari, que j’avais fait vivre quelques années avec mes revenus de représentante, a décidé de me quitter pour… pour une autre. J’ai préféré ne pas refaire ma vie, après ça. J’étais très bien toute seule, finalement.

Le serveur revient à ce moment avec nos plats, et j’attrape ma fourchette, sans rien ajouter. La confiance que m’accorde Amanda en se confiant de la sorte me touche. Il faut dire que j’ai fait pareil, en lui parlant de ma vie sentimentale qui ne va nulle part. En secouant la tête, j’essaie de ne pas songer à Christophe et au week-end qui va inévitablement se terminer. Je relève plutôt les yeux et conclus:

— Alors voilà pourquoi je me suis lancée dans ce travail que j’adore! — C’est une très bonne raison, je trouve, m’accorde Amanda.

Elle laisse passer quelques secondes pour ensuite suggérer: — On lève nos verres aux femmes fortes?

— Avec plaisir. Et encore merci pour cette invitation à dîner! dis-je en souriant.

— Je t’aime bien, tu sais. Et… pour te le prouver, je vais te donner mes coordonnées. On restera en contact. D’ailleurs… je pourrais même devenir ta marraine, si tu veux.

— C’est vrai? Ma collègue Manon va être morte de jalousie! — Tant pis pour elle, s’esclaffe Amanda, avant de porter sa fourchette à sa bouche.

Décidément, ce week-end est rempli de surprises.

Christophe

 

 

Amy conduit exactement comme je le pensais: sans se soucier des dangers. Elle rigole, les deux mains sur le volant, et j’ai l’impression qu’elle ne s’est pas amusée comme ça depuis longtemps. Elle me le confirme, d’ailleurs, lorsqu’elle ralentit à une lumière rouge:

— My God, Chris! T’as pas idée comme tu me fais plaisir aujourd’hui! — Hum… j’aimerais en dire autant.

— Décrispe-toi un peu, je vais pas nous tuer, c’est promis. Ton père me le pardonnerait ja…

Elle se tait sans finir sa phrase, réalisant ce qu’elle vient de dire. Quand le feu passe au vert, elle appuie sur l’accélérateur, mais plus lentement, cette fois. Comme si elle réfléchissait. Quelques secondes passent avant qu’elle se racle la gorge pour demander:

— Tu prends ça comment?

— Quoi?

— La… la mort de Claude.

Je garde le silence, ce qui la pousse à reprendre: — Je sais que t’étais pas très proche de lui, mais n’empêche. Ça doit te faire bizarre. En plus… t’hérites de tout, maintenant. C’est pas mal de responsabilités.

Je pousse un soupir désabusé. C’est là qu’elle se trompe. Pour l’instant, je n’hérite de rien du tout. Pas tant que je n’aurai pas rempli les conditions ridicules du paternel. Amy me jette un coup d’œil, attendant ma réponse. Je finis par marmonner:

— Je suis pas revenu pour rester. Je fais que passer. — Mais… tu vas travailler à distance? Ce sera pas évident. — C’est mon oncle qui s’occupe de tout, présentement. Et c’est pas près de changer, dis-je durement.

— Ben voyons! Qu’est-ce qu’il vient faire là-dedans, lui? C’est ta business, pas la sienne!

— Ouais, ben, t’iras dire ça au notaire. Le testament de mon père disait tout autre chose, tu vois…

— Euh… non, je vois pas. Explique, me presse-t-elle en se garant sur le bord de la route.

Elle retire même les clefs du contact pour se tourner vers moi. Puisque je n’ai visiblement pas le choix, je lui fais face à mon tour et lui lance: — Selon les dernières volontés de ton ex adoré, je peux pas toucher à mon héritage tant que j’ai pas mis en route un petit Christophe… Bref, un bébé. Avec la femme, le chien et tout le tralala. Pendant ce temps, c’est mon oncle qui gère tout. Et comme je suis pas prêt pantoute à me marier pis à faire des p’tits… mettons que c’est mal parti pour moi.

Amy écarquille les yeux au fur et à mesure que je parle. Quand je me tais, elle proteste:

— Non, impossible! Il aurait pas fait ça…

Je hoche la tête pour lui confirmer que oui.

— Bon, peut-être qu’il l’aurait fait, enchaîne-t-elle. T’as raison, ton père était juste un bel enfoiré. N’empêche… il a pas le droit de t’empêcher d’avoir accès à toute cette fortune. Ta mère était aussi actionnaire, que je sache. Et elle a dû te léguer ses parts il y a longtemps. Pourquoi tu peux pas y toucher?

— Ah… ça. Je vais y avoir accès seulement à mes trente ans. Ridicule. Mon père a dû convaincre ma mère de signer ce genre de testament, à l’époque. Elle pouvait pas se douter qu’elle allait mourir aussi jeune. Bref, toujours est-il que je me retrouve devant rien du tout. Mais tu veux mon opinion? Mon père a fait ça justement pour que je sois exclu de la famille. Pour de bon, cette fois…

Amy secoue la tête en soupirant, sans rien ajouter. Elle redémarre le moteur et reprend la route, mais elle roule plus lentement, à présent. Je lui indique par où passer pour éviter le pont fermé à la circulation, ce qui fait que nous arrivons sur place une bonne trentaine de minutes plus tard. — Où je vais? demande-t-elle.

— Gare-toi là, près de cette grange. Ma moto est en arrière. Je suis revenu la cacher là pour pas qu’on la trouve. Il me reste juste à changer un pneu et on pourra repartir. J’ai pris soin d’en mettre un dans le coffre arrière.

Juste avant de descendre, je mentionne:

— En fait, t’es pas obligée de m’attendre, toi. Tu peux t’en aller dès que j’aurai pris le pneu.

— Franchement! Comme si j’allais partir comme ça sans m’assurer que t’es correct. Je suis ta belle-mère, je te ferai remarquer. J’ai des responsabilités, conclut-elle avec un clin d’œil.

Je n’ose pas lui dire que ce temps est révolu depuis bien longtemps. C’est fou ce que j’ai pu apprécier son passage dans ma vie, quand j’étais gamin! Elle était la seule à me couvrir de cadeaux. Et d’affection…

Sa rupture avec mon père a été doublement difficile. Je perdais un autre repère. Et une mère d’adoption. Surtout que mon paternel m’a rapidement interdit de garder le contact avec elle. Il considérait qu’Amy n’avait plus rien à faire avec nous et que je devais passer à autre chose.

Je secoue la tête pour évacuer tous ces mauvais souvenirs. Je me concentre plutôt sur le pneu, que je retire du coffre. Puis, je m’installe près de la moto, que j’ai sortie du buisson pour la ramener près de la voiture. Avec agilité, j’enlève le pneu crevé et je m’apprête à installer le bon quand une voix nous parvient. Je tourne la tête et vois apparaître un vieil homme qui marche vers nous. Il doit avoir dans la soixantaine, sinon plus.

Grand, mais le corps plié vers l’avant, il porte une longue barbe poivre et sel, ce qui lui dissimule le visage. Je me redresse afin de lui faire face et me positionne entre lui et Amy. Pas question qu’il vienne nous crier dessus sans que je réagisse.

Il a beau en imposer, il n’a aucune chance contre moi.

Il s’arrête donc à quelques mètres de nous et s’écrie: — Qu’est-ce que vous foutez sur mon terrain?

Il plisse des yeux et me pointe du doigt:

— Toi, ça fait deux fois que tu viens. Hier, t’as volé des affaires dans mon garage! Je t’ai vu!

Je lève les mains devant moi, comprenant à qui j’ai affaire, et m’empresse de me justifier:

— Oui, vous avez raison. J’étais mal pris et, quand j’ai vu votre cabane abandonnée, j’ai pensé que je pouvais…

— Que tu pouvais me voler? me coupe l’homme en faisant un pas vers moi.

Je secoue la tête, sans toutefois reculer. Nous sommes presque de la même grandeur. Ça ne m’arrive pas très souvent d’affronter un adversaire de ma taille. Et celui-ci a beau avoir une trentaine d’années de plus que moi, il n’en demeure pas moins impressionnant.

Je reprends tout de même mes explications:

— Je vous ai laissé un mot, pour vous dire que je pouvais vous payer. — Et tu penses que tout peut toujours s’acheter avec du cash? — C’est-à-dire que…

— T’es ben le fils de ta mère, toi…

Je recule d’un pas, ébranlé. Dans mon dos, Amy s’approche. Je demande:

— Vous êtes qui, vous, d’abord?

Les épaules du vieil homme s’affaissent.

— Personne, murmure-t-il, je suis personne…

Sur ces mots, il fait demi-tour et s’éloigne. Je jette un coup d’œil troublé à mon ancienne belle-mère, qui secoue la tête. Intrigué, je me mets à suivre le vieux. Je me tiens à bonne distance de lui, tout en osant le questionner: — Pourquoi vous parlez de ma mère? Vous la connaissiez? — Évidemment… tout le monde a connu ta mère, répond-il sans me regarder.

Je trébuche sur une roche, je reprends mon équilibre et j’accélère. — Mais… comment vous savez qui je suis?

L’inconnu s’immobilise. Il attend que je m’approche pour m’examiner de la tête aux pieds. Puis, après un long silence, il chuchote: — L’enterrement de ton père devait avoir lieu ce week-end. Je savais que tu traînerais dans le coin.

— Ça me dit toujours pas comment…

— Pose pas de questions auxquelles tu veux pas de réponse, mon petit. — Je suis pas votre…

— Pour moi, oui.

Ayant atteint sa maison, il monte les marches et me ferme la porte au nez. Je n’ai d’autre choix que de revenir sur mes pas. Amy, qui ne nous a pas suivis aussi loin, m’interpelle:

— Qu’est-ce qu’il t’a dit?

— Je sais pas trop… Que je ressemblais à ma mère… — T’en fais pas avec lui. Il a toujours été bizarre. — Tu le connais?

— Bah oui, c’est le vieux Lessard. Avant, il était ami avec ton père. Même que si je me souviens bien, il était associé avec Claude. — Pourquoi je me souviens pas de lui, d’abord? — Parce qu’il est parti avant ta naissance. Une chicane. C’est ce que ton père m’a raconté. J’en sais pas plus. Bon… tu te dépêches? On restera pas ici des heures, quand même. Clairement, le vieux veut pas de nous sur son terrain.

J’acquiesce, puis je me remets à l’œuvre, sans cesser de réfléchir à ce que je viens d’apprendre. Une trentaine de minutes plus tard, le pneu est installé et ma monture peut reprendre la route.

Je monte en selle et je démarre, après avoir lancé un dernier regard en direction de la maison décrépite. Le visage du vieillard apparaît à la fenêtre, signe qu’il ne nous a pas lâchés des yeux une seule minute.

Ouais… Étrange, celui-là.

 

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