Mademoiselle Plastique

Marilou Addison · Chapitre 2 sur 25

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Mademoiselle Plastique

Chapitre 2 Florence

CHAPITRE 2

 

Florence

 

VENDREDI MATIN

 

Le vent souffle violemment contre les fenêtres du salon. Je prends une petite gorgée de mon café, mais il est trop chaud, alors je le dépose sur le comptoir. De toute façon, je suis pressée, je dois aller remplir le coffre arrière de la voiture de Lou. Je croise les doigts pour que tous mes démos y entrent…

Quelques minutes plus tard, c’est un brin dépeignée, mais tout de même plutôt fière de moi, que je referme la portière arrière. J’ai dû mettre du stock sur la banquette, finalement, mais au moins, tout est là. Je remonte vite fait l’escalier menant à l’appart de ma coloc pour lui annoncer que je suis prête à partir.

En robe de chambre, le visage encore plein de plis et le cerveau à moitié réveillé, elle bâille longuement avant de me souhaiter un bon voyage. Mais tandis que je rouvre la porte pour sortir, une bourrasque s’engouffre à l’intérieur, ce qui fait réagir mon amie.

— Ouf… il vente en ta… Tu veux vraiment partir dans ces conditions? On annonçait pas des orages, tantôt?

— Bah, c’est que de la pluie. T’en fais pas, je vais la conduire prudemment, ton auto.

— C’est plus pour toi que pour elle que je m’inquiète, tsé.

Et je la comprends. La bagnole en question n’est pas une première jeunesse. La rouille s’est attaquée à la carrosserie, certaines portes ne se verrouillent plus et les essuie-glaces fonctionnent à peine. N’empêche… le moteur est bon et la batterie vient d’être changée. Ça devrait aller, je ne suis même pas stressée!

De bonne humeur en songeant au week-end qui m’attend, je m’installe derrière le volant, j’insère la clef dans le contact et je fais vrombir le moteur. Ish… il émet vraiment beaucoup de bruit. Le hic, c’est qu’il est vraiment tôt. Pour ne pas qu’un des voisins de Louise sorte la tête par la fenêtre et me crie des bêtises, je me dépêche de m’engager dans la rue pour m’éloigner au plus vite.

Je rejoins l’autoroute après quelques détours dans les rues, puis j’appuie sur l’accélérateur. Ce n’est pas long que le vent pousse la voiture d’un côté comme de l’autre. Je tiens solidement le volant, sans oser prendre une seule gorgée de mon café, que j’ai versé dans ma tasse réutilisable. Tant pis. Je m’en achèterai un autre lorsque j’arriverai à destination. Ce qui devrait me prendre…

Je jette un œil au GPS intégré à l’auto. Ouf… ce n’est pas la porte à côté. J’en ai pour quasiment cinq heures. Pas grave. Il est tôt, ce qui fait que je devrais être sur place avant le dîner.

Je me laisse guider par les indications que me dicte la voix robotique et, lorsque j’emprunte une seconde autoroute, je sursaute. Une moto vient de me couper le chemin à toute allure. Je freine et ralentis, le cœur battant, mais le conducteur ne semble même pas se préoccuper de moi. Les sourcils froncés, je grogne pour moi-même. Je réussis malgré tout à me calmer en montant le son de la radio.

Mine de rien, les cinq heures passent plus vite que je l’aurais cru. Je parviens à destination à onze heures, et je prends le temps de m’arrêter dans un petit resto pour me commander un latte. Je le mérite bien, après cette longue route. Puis, je conduis jusqu’à l’immense hôtel où doit se tenir le congrès pour tout le week-end. Une fois sur place, je sors, m’étire et attrape mon cellulaire afin de téléphoner à Manon. Elle doit déjà être arrivée.

Elle répond à la première sonnerie et sa voix me paraît étrange, dans le combiné. Elle me donne tout de même rendezvous dans le hall de l’hôtel. J’y pénètre, impressionnée malgré moi. C’est vraiment beau, ici. Et chic. Mes yeux parcourent tout ce qu’il y a à voir, de l’escalier en colimaçon à la salle de restaurant, à ma droite. Je reviens vers l’accueil, situé dans un énorme hall, où j’aperçois un visage connu.

Je m’approche rapidement de ma collègue, un large sourire aux lèvres. Bizarrement, elle n’y répond pas. Son expression est même plutôt neutre. Voyons, il doit y avoir un truc qui cloche, parce qu’elle m’a toujours paru très enthousiaste, lors de nos rencontres sur Zoom. Lorsque je la rejoins, je comprends que quelque chose ne va pas, car elle se met aussitôt à s’excuser:

— Florence! D’abord, je suis vraiment contente de te rencontrer enfin en personne. Le hic, c’est que… j’ai une mauvaise nouvelle pour toi: l’hôtel est complet!

— Ah… mais tu avais réservé nos deux chambres, non? C’est ce que tu m’avais dit, l’autre jour, il me semble.

Ses épaules s’affaissent, quand elle explique:

— Oui, c’est ce que je croyais! Mais il doit y avoir eu une erreur. En tout cas, quand je suis arrivée tout à l’heure, on m’a dit qu’il ne restait qu’une seule chambre. Je vais pouvoir y avoir accès vers quinze heures seulement. Donc… voilà… tu… tu devras trouver un autre endroit pour dormir.

J’écarquille les yeux, sous le choc. Comment ça, me trouver un autre endroit? Je participe à ce congrès, moi! Je ne peux pas aller ailleurs! Énervée, je suggère:

— On pourrait peut-être partager ta chambre, alors? Ce serait pas l’idéal, mais au moins, je serais pas obligée de…

Elle m’interrompt sans m’écouter:

— Désolée, mais mon chum est là, donc… Je t’ai parlé de lui, non? Il est blogueur-influenceur et il voulait capter l’événement pour en parler dans son prochain article. Il se cherche toujours des sujets, alors c’est le moment parfait.

— Ah oui… Carl, c’est ça? Du blogue La vraie vie avec Carl, il me semble.

Elle hoche la tête avec un sourire fier, puis elle continue, reprenant son air désolé:

— Eh puis, il y a juste un lit queen. Tu peux quand même pas dormir avec nous. Non, désolée, ça marchera pas. Faudra que tu cherches un hôtel à l’extérieur de la ville, vu que celui-ci est le seul en plein centre-ville. Mais t’en fais pas, je suis certaine que tu vas te revirer de bord assez vite. T’as l’air d’une fille ben débrouillarde.

— Mais je…

— Oh! mon chum m’écrit, attends une minute, m’indique-t-elle en sortant son cellulaire de sa poche. Il est parti réserver une table pour le dîner. Là aussi, c’est plein, plein, plein, t’as pas idée.

Elle fronce les sourcils en lisant le message, puis marmonne: — Argh… il paraît que les prix sont exorbitants. On va être obligés d’aller manger ailleurs.

Elle relève la tête en soupirant et s’écrie en me congédiant: — Bon, ben… On se rejase plus tard, quand tu seras installée? — Euh…

— Fais quand même attention sur la route. Il vient de commencer à pleuvoir et il paraît qu’il y a un énorme orage qui se prépare. Bye, là!

Sur ces mots, elle m’abandonne à mon triste sort. Trop choquée pour réagir, je reste figée un instant, jusqu’à ce que le bruit d’un coup de tonnerre me fasse sursauter. Je tourne rapidement les talons et vais me réfugier dans ma voiture en courant. Manon avait raison: la pluie vient de se mettre de la partie. Jumelée au vent, disons que ce n’est pas un temps pour rester dehors. Mais parce que je n’ai pas trop le choix, je fouille dans mon téléphone à la recherche d’un lieu où loger, pas trop loin d’ici.

Je déniche ce qui me semble être un motel miteux aux abords de la ville. Bon… Je relève les yeux en examinant le ciel sombre. Il va surtout falloir que je m’y rende en un morceau, ce qui n’est pas gagné.

Les routes ont déjà l’air détrempées. La voiture se met d’ailleurs à glisser lorsque j’appuie sur l’accélérateur. De plus, les forts vents la font ballotter. J’agrippe le volant et je fais bouger mes essuie-glaces à la vitesse la plus élevée. Ça n’aide pas vraiment, surtout qu’ils fonctionnent mal. De larges coulisses d’eau me bloquent la vue.

Mon cœur bat de plus en plus vite. Dire que j’étais arrivée, en plus! J’aurais pu m’éviter ça, si j’avais fait moi-même la réservation! De plus en plus frustrée et nerveuse, je décide de me ranger dans la voie de droite, sur l’autoroute, car j’imagine que j’approche de la sortie que je dois emprunter. Ce faisant, je ne prends pas la peine de vérifier mon angle mort. Quelle idiote! Je donne un coup de volant en prenant conscience que j’étais sur le point d’emboutir une moto. Encore une!

Qu’est-ce qu’elle fait sur l’autoroute en plein déluge, elle?!

 

Je tente maladroitement de revenir dans ma voie. Malheur m’en prend. La voiture se met à faire de l’aquaplanage. Elle fait un tour sur elle-même, tandis que je crie à tue-tête, paniquée. Je termine ma course sur l’accotement, où je heurte un poteau. Sonnée, je reste immobile quelques secondes, quand des pas retentissent à l’extérieur. Je lève les yeux et aperçois le motocycliste qui s’est arrêté juste devant moi. Il est descendu de sa monture, a retiré son casque et accourt dans ma direction.

Les mains tremblantes, je tente de détacher ma ceinture de sécurité, mais je n’y parviens pas. Mes gestes sont brusques. Ma portière s’ouvre d’un coup sec et un large bras se tend au-dessus de moi. L’homme détache la ceinture sans le moindre problème, puis s’apprête à me soulever pour me sortir de l’auto.

La dernière fois qu’un homme a été si près de moi,

il s’agissait d’un médecin…

 

Effrayée, je le repousse pour qu’il me lâche, ce qu’il fait aussitôt. Je ne le connais pas, après tout, et je ne suis pas en danger de mort! De plus, sa carrure, sa barbe longue et les cernes sous ses yeux ne me disent rien qui vaille. Non, j’aime autant me débrouiller toute seule.

D’une voix rauque, il souffle:

— T’as frappé un poteau électrique. Allez, descends, ça presse!

Ce n’est qu’à ce moment que je prends conscience de la précarité de ma situation…

Christophe

 

QUELQUES MINUTES PLUS TÔT

 

Lorsque je suis parti de chez moi, le soleil n’était pas encore levé. J’ai assisté à son réveil et j’ai dû plisser les yeux pour tenir la route sans être ébloui, malgré ma visière. C’était beau, il faut bien l’avouer. Ça avait un effet apaisant qui faisait mon affaire, étant donné que mon cœur battait déjà à tout rompre. En faisant un arrêt pour prendre une bouchée alors que j’étais seulement à mi-chemin, j’ai posé la main sur mon cœur.

Rien à faire… Pas moyen de le calmer.

Plus je me rapproche de la ville où j’ai vu le jour, plus mes mains deviennent moites. Par chance, mes gants les empêchent de glisser sur les poignées de ma moto. J’ai fait quelques manœuvres un peu risquées – mes excuses aux automobilistes que j’ai peut-être effrayés –, mais j’avais besoin de me défouler. De donner une raison à mon cœur de cogner aussi fort dans ma cage thoracique. Pas seulement parce que je reviens dans ce coin de pays qui m’a vu naître, grandir… et partir.

Le ciel devient lentement de plus en plus noir. Les nuages s’accumulent au-dessus de ma tête, mais la première goutte de pluie ne tombe qu’à mon arrivée sur place. Comme un mauvais présage?

En soupirant, je pose le pied au sol, j’installe le trépied et je retire mon casque, qui me protège des regards. Personne ne semble m’avoir reconnu. Il faut dire que j’ai foutu le camp il y a bien longtemps, et le nombre de fois où je suis revenu se compte sur les doigts d’une main.

J’ignore la devanture arrogante de l’hôtel, installé tel un monstre en plein centre-ville, pour me diriger vers l’église, à plusieurs rues de là. J’ai cette envie d’y aller à pied, tout simplement. Je marche donc, mes pensées partant dans toutes les directions. Une fois sur place, je grimpe les marches deux par deux et je pousse la porte de la bâtisse. Le calme des lieux me détend presque aussitôt. Mon casque calé sous le bras, je ralentis le pas et je longe les bancs en faisant glisser mes doigts sur les dossiers des sièges. Je songe à la cérémonie qui a eu lieu un mois plus tôt.

Celle où je ne suis pas allé…

Lorsque j’arrive tout au bout de l’allée, une silhouette sortie de je ne sais où s’avance vers moi. Le prêtre ne me replace pas. Il faut dire que ma barbe et mon look n’aident pas vraiment. Mes cours de catéchèse de l’époque, suivis de force pour faire plaisir à ma famille et à tout ce qu’elle représentait, me semblent si loin. L’homme qui s’approche a toutefois toujours senti ma solitude, mon abandon et ma tristesse. Il a été une des seules personnes à se préoccuper vraiment de moi. Parce que même mes professeurs grassement payés ne semblaient parfaire mon éducation que pour plaire à mon père. Et pour le chèque qui suivait…

Les sourcils froncés, le prêtre me laisse avancer vers lui. Ce n’est qu’à ce moment qu’il change d’air. Ses yeux se remplissent de… de cette pitié dont je n’ai jamais eu besoin. Qui m’a toujours tant écœuré. Du haut de mon mètre quatre-vingtdix, je baisse la tête pour ne plus la voir.

La voix de l’homme me parvient néanmoins, douce et empathique: — Christophe… Tu es donc venu. Ton père aurait été…

Je relève le menton, curieux d’entendre ce qu’il va dire sur mon père. Mais il se tait, remarquant sûrement la fureur dans mes yeux. Alors il soupire, secoue la tête, puis finit par demander:

— Tu vas bien? Ça fait un bail qu’on ne t’a pas vu par ici. Il y a du monde qui risque de… d’être surpris.

— Vous parlez de mon oncle? J’ai pas prévu de le voir, de toute façon. — Hum… j’ai bien l’impression que tu n’auras pas le choix, Christophe. C’est lui qui a organisé l’enterrement et… et il semblerait qu’on va avoir un petit pépin, aujourd’hui.

Je fronce les sourcils.

— La météo… ajoute-t-il. On dirait qu’elle a décidé de se déchaîner. J’ai bien peur que ce soit reporté à demain. On ne pourra pas faire ça en plein déluge. Ton oncle le permettra pas.

— Pis de déplacer la cérémonie et de repousser les autres enterrements, ça, c’est tout ce qu’il y a de plus normal pour Pierre Hilson, hein? — Christophe… soupire le prêtre.

Je détourne les yeux, frustré. Puis, je demande, sans le regarder: — À quelle heure, demain?

— Je n’ai pas les détails. Ça va dépendre de ton… — … de mon oncle, ouais, dis-je à sa place.

Je passe une main dans mes cheveux pour essayer de me calmer, puis je hoche la tête et murmure:

— OK, tenez-moi au courant. Je vais aller dormir au motel, à la sortie de l’autoroute.

Stupéfait, le prêtre s’écrie:

— Pourquoi tu ne vas pas à l’hôtel de ta…

Je réplique rapidement:

— Pas envie.

Là-dessus, je le salue et tourne les talons. Mon pas est beaucoup plus rapide qu’à mon arrivée. Je suis pressé de m’éloigner de cet endroit. De sortir de la ville. Je manque d’air, ici. Autant dégager au plus vite.

Me revoilà donc, à vouloir fuir. Comme je l’ai fait tant de fois.

En quelques minutes à peine, je rejoins ma moto. La pluie a bel et bien débuté. Le vent, qui m’a fouetté durant presque tout mon trajet, est de plus en plus fort. Rien, toutefois, pour me faire peur. J’ai connu pire. Mon casque de nouveau sur la tête, j’enfourche mon engin et je démarre le moteur, ce qui m’attire plusieurs coups d’œil des passants qui courent dans la rue pour aller se réfugier là où ils le peuvent.

Je m’engage sur la route, où j’accélère sans me soucier des flaques d’eau qui commencent à s’accumuler un peu partout. Mon casque me protège seulement le visage, tandis que ma veste de cuir me permet de rester un peu au sec. Un peu…

Tout à coup, alors que je sors enfin de la ville, une voiture tente une manœuvre vers la droite. Sans même se rendre compte de ma présence…

Ça arrive souvent, quand on est sur une moto, de se faire couper par des abrutis. La différence, c’est qu’eux se rendent vite compte de leur erreur et reviennent dans leur voie. Le tout en me faisant un magnifique doigt d’honneur – pour les plus sympathiques, car les autres descendent carrément leur fenêtre pour m’envoyer promener.

Malheureusement, cette fois, le conducteur n’a pas le temps de réagir adéquatement. Et avec le sol détrempé, les flaques d’eau et le vent, il se met aussitôt à faire de l’aquaplanage. Je décélère afin d’éviter le véhicule qui s’est mis à tourner sur lui-même.

Je pousse un juron. Quelle journée de merde!

N’empêche que mes réflexes se manifestent aussitôt. L’adrénaline me pousse comme j’aime qu’elle le fasse.

Pendant que l’automobile termine sa course directement dans un poteau électrique, je la dépasse et vais immobiliser ma bécane à une dizaine de mètres. Je bondis sur mes pieds, retire mon casque et le balance au loin, puis je cours vers la voiture. Il faut que l’occupant sorte de là au plus vite. On ne niaise pas avec un accident de ce genre.

Voyant que le conducteur ne bouge toujours pas, j’ouvre la portière dès que j’arrive sur place. Je me penche et réalise mon erreur. Ce n’est pas un homme, mais une femme.

Elle semble perdue, sonnée, et me fixe de ses grands yeux bleus. Il faut dire que de prime abord, il arrive que je fasse peur, avec mon look de Cro-Magnon. Marc-André avait raison, j’aurais au moins pu me raser, finalement…

Je tends la main au-dessus de la conductrice. Mon subconscient remarque son odeur. Elle sent bon. Ça me trouble beaucoup trop. C’est peut-être l’adrénaline qui affine ainsi mes sens. Je n’en fais pas de cas et détache sa ceinture de sécurité sans perdre une seconde, puis je glisse mes bras sous elle. Ce n’est qu’à ce moment que je sens une résistance de sa part.

Elle me repousse, l’air apeuré. Elle ne semble pas saisir la précarité de sa situation. D’une voix beaucoup trop rauque à mon goût, je m’écrie: — T’as frappé un poteau électrique. Allez, descends, ça presse!

Ses jolis yeux s’écarquillent. Elle tourne la tête vers l’extérieur, ce qui me force à insister davantage:

— Faut pas rester là. Viens!

— Attendez, je… j’ai mes choses que je dois… — Pas le temps!

Je dois la tirer par le bras pour qu’elle obéisse enfin. Elle descend de la voiture, la démarche peu assurée, et doit poser sa main sur moi pour retrouver son équilibre. Je plonge mes yeux dans les siens afin de m’assurer qu’elle va bien. Après un accident, il faut toujours être prudent. Cette femme pourrait avoir des contusions internes impossibles à déceler.

Mais alors que je l’imagine déjà tomber dans les pommes, elle m’écarte une fois de plus pour dire d’un ton ferme:

— Merci, mais je vais me débrouiller.

Sur ce, elle pivote et retourne à son auto pour en ouvrir la portière arrière.

 

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