Mademoiselle Plastique
Chapitre 23 Florence
CHAPITRE 23
Florence
VENDREDI, QUELQUES JOURS PLUS TARD
Je referme la porte sur les déménageurs après les avoir grandement remerciés pour leur efficacité. Il faut dire que je les ai talonnés durant tout le déménagement. Ils ont dû me trouver agaçante à toujours les suivre et leur dire quoi faire. Mais j’avais si peur qu’ils endommagent un meuble ou fassent des traces sur les murs que je me suis immiscée dans leur travail.
D’un autre côté, je ne suis pas une ingrate. Je les ai payés en conséquence. Ils sont repartis avec le sourire et les poches bien garnies. Je remonte à l’étage de mon condo pour aller m’écraser sur mon canapé. N’ayant jamais été utilisé, il est moelleux à souhait et me fait vite penser à un autre sofa, installé dans une suite luxueuse, à des kilomètres d’où je me trouve.
Je me secoue bien vite. Pas question de penser à Christophe maintenant. Louise avait raison, l’autre jour: j’ai assez pleuré pour cette histoire. Ça suffit, désormais, je dois passer à autre chose. Et faire mon deuil.
Mon regard tombe sur la table basse qui a été recouverte de tissu pour ne pas être brisée lors du transport. Une couche de journal a même été collée sur chacune des pattes afin de ne pas les abîmer. Je me penche pour retirer le bout de papier, puis je me rassois. Le journal toujours dans la main, je fronce les sourcils.
Et je frissonne.
Ma main se met à trembler, tandis que je rapproche le papier de mon visage.
Devant mes yeux, un article à demi déchiré me montre le visage sérieux d’un homme que je reconnaîtrais entre mille. Un homme qui m’a tenue dans ses bras et qui m’a dit, l’espace d’une nuit, qu’il m’aimait…
Les larmes me montent aux yeux rapidement. J’essaie de les contenir, sans succès. Finalement, j’abandonne et je laisse ma peine m’envahir. À quoi bon? Après tout, elle ne m’a jamais vraiment quittée. Mon nez coule et je cherche des mouchoirs pour m’essuyer. Frustrée de ne pas en trouver, je me relève et me rends à la salle de bain pour utiliser un peu de papier de toilette.
Après m’être mouchée, j’abaisse le siège de la cuvette et je m’assois dessus. J’ai l’impression d’être pathétique, alors que je me mets à lire les bribes de l’article concernant Christophe. Il ne reste plus grand-chose, en fait. Que la moitié du titre, où je peux lire:
«Christophe Hilson, le riche héritier de la fortune des Hilson, a décidé d…»
Or, en observant mieux, je me rends compte que j’ai aussi accès à une partie du texte. Une information me saute au visage. Il est indiqué qu’il a repris son travail au sein de l’entreprise qu’il a fondée, la Robot inc., et qu’il…
Ah non… le reste a été déchiré.
Beaucoup plus curieuse que je ne le devrais, je sors mon nouveau téléphone – puisqu’il a bien fallu que j’en rachète un – et pianote dessus afin de trouver l’entreprise en question. Je comprends vite qu’elle se spécialise en génie robotique et que son bureau principal est basé à… Montréal. Au centreville.
À deux pas de chez moi, donc…
Je ferme les yeux un instant pour réfléchir. J’essaie de remettre mes idées en place. De comprendre ce que je ressens. Et ce que je désire faire. Je les rouvre brusquement, tellement ça me paraît clair. Je dois lui parler.
Je dois aller voir Christophe.
La suggestion de Louise était la bonne. Depuis le début. J’ai besoin de lui dire, au moins une fois, pourquoi je suis partie comme une voleuse. Oui… il faut absolument que je lui expose les faits. Et tout de suite. Apercevoir sa photo dans le journal a été le déclencheur. Maintenant, mon cœur ne peut plus battre normalement. Je le sens cogner à tout rompre dans ma poitrine. Comme si… comme s’il avait perdu le rythme.
Je file vers le salon, où je ramasse mon sac à main et mes clefs. Puis, je redescends l’escalier pour mettre le pied dehors quelques secondes plus tard. Avec le GPS de mon nouveau cellulaire, je parviens à me guider jusqu’au bâtiment où Christophe se trouve sûrement en ce moment. On est en plein milieu de la journée. Je ne peux pas croire qu’il n’est pas à son bureau.
L’endroit me semble propre et chic, mais sans flafla. Ça lui ressemble pas mal plus que cet hôtel appartenant à sa famille. Je pousse les portes vitrées et me dirige vers l’accueil, où un homme me salue poliment. Je demande:
— Désolée… j’ai pas de rendez-vous, mais… mais j’aimerais voir Christophe. Croyez-vous que vous pourriez lui dire que… que Florence Guilbault est là?
L’employé secoue la tête et rétorque, d’un air désolé, que monsieur Hilson s’est absenté pour la journée et qu’il ne sera de retour que le lundi suivant. Découragée, je sens mes épaules s’affaisser. J’étais crinquée. Prête à l’affronter. J’ai bien peur que mon courage fiche le camp, d’ici à lundi.
Je m’apprête à tourner les talons quand le téléphone de l’accueil sonne et que l’employé répond sans plus se soucier de moi. Un autre homme sort alors d’une pièce et fronce les sourcils en m’apercevant. Il ralentit et me dévisage avant de s’avancer vers moi. Ne sachant comment réagir, je lui souris timidement. Il plisse les yeux et se présente: — Bonjour, moi, c’est Marc-André Bérubé. On se connaît? J’ai l’impression que… que je vous ai déjà vue quelque part… Vous êtes une cliente?
— Oh non… en fait, je venais voir Christophe, mais… On m’a dit qu’il serait pas là avant la semaine prochaine, alors… alors je vais y aller, je crois.
— Un instant, s’écrie-t-il en tentant de me retenir. Vous m’avez pas dit votre nom…
J’hésite, pour finalement répondre:
— Florence. Je suis… C’est-à-dire que j’étais…
Je n’ai pas le temps de terminer. Le collègue de Christophe s’exclame avec un enthousiasme qu’il peine à cacher:
— Mais oui! C’est vous! Je vous reconnais, maintenant! Vous êtes la femme qu’il a rencontrée à l’enterrement de son père. Mademoiselle Plastique!
Je fronce les sourcils:
— Il m’appelle comme ça?
— Non! Désolé! C’est moi qui… Oubliez ça. Écoutez, reprend-il en posant sa main sur mon épaule pour me raccompagner vers la porte, ça vous dirait de lui faire une surprise, à Chris? J’ai bien l’impression qu’il va adorer vous revoir…
— Vous croyez?
— Hum… j’en suis plus que certain. Suivez-moi, c’est pas trop loin d’ici.
Il n’avise même pas le réceptionniste de son départ et m’invite à le suivre jusque dans la rue. De là, il presse le pas légèrement et bifurque à la première intersection avant de s’arrêter devant un immeuble de trois condos. Il me pointe le dernier étage et mentionne: — C’est là-haut. Vous aurez juste à sonner. Chris devrait vous répondre. — Vous venez pas avec moi?
— Nah… C’est pas que je veux pas assister à vos retrouvailles, mais… disons que vous serez mieux sans témoin pour régler vos histoires.
Je hoche la tête, le remercie, puis je m’avance vers la bâtisse. Avant que je me glisse à l’intérieur, l’ami de Christophe me souhaite bonne chance, un grand sourire sur le visage. Il me fait penser à un gamin qui vient de faire un mauvais coup.
Je finis par lui tourner le dos, je prends une bonne inspiration, puis je grimpe au troisième étage. Une fois là-haut, des voix me proviennent de l’intérieur de l’appartement. Christophe ne semble pas être seul. Quelqu’un se met à rire. Une femme. La main levée, le poing fermé dans le but de cogner, je reste sur place de longues secondes, comme paralysée. J’ai peur de ce que je vais découvrir.
Mais je n’ai pas à frapper. La porte s’ouvre brusquement, dévoilant le visage enjoué d’une superbe femme qui fige en m’apercevant. J’abaisse le bras en vitesse, comme prise en défaut. Je voudrais reculer, retourner sur mes pas. Disparaître.
J’aurais dû me douter, aussi, qu’il allait continuer sa vie, rencontrer une autre femme et m’oublier. Je me mords les lèvres. L’autre me dévisage avant de demander:
— Oui? Je peux vous aider?
— Euh… je… je pense que, finalement, je me suis peut-être trompée d’adresse. Oui, voilà. Je ferais mieux de partir. Désolée de vous avoir déran…
Je me tais soudainement. La haute silhouette de Christophe vient d’apparaître, derrière celle de sa nouvelle conjointe. Il ne sourit pas. Il a posé les yeux sur moi, l’air stupéfait. Ma gorge s’assèche.
Il est toujours aussi beau.
Mais il n’est plus à moi.
Je suis partie. Je dois assumer mon choix…
Je secoue donc la tête et, dans un murmure, je dis: — Je dois y aller.
Puis, je pivote et fais un pas vers l’escalier. Mais un «Non!» retentit dans mon dos. Il est suivi de ces mots:
— Cette fois, tu vas pas te sauver sans t’expliquer, Florence. Oh que non!
Il vient me rejoindre pour se poster devant les marches et ainsi m’empêcher de fuir de nouveau…
Christophe
Je ne peux pas croire que c’est elle. Qu’elle est là, devant ma porte.
Elle est…
Elle est revenue.
C’est Amélie, la blonde de Vincent, qui a répondu. Tous les deux, ils avaient besoin de quelqu’un pour garder leur petite tornade blonde, le temps d’un week-end romantique à New York. J’ai accepté de les dépanner. J’ai toujours aimé les enfants, malgré ce qu’on pourrait penser. Et l’inverse est aussi vrai. J’imagine que ma grande taille et ma façon de les faire sauter dans les airs les amusent…
Mais s’il y a une chose à laquelle je ne m’attendais pas, c’est de voir apparaître Florence sur le pas de ma porte aujourd’hui. Lorsqu’elle murmure qu’elle doit partir une fois de plus, je panique. Je m’écrie, la voix rauque:
— Non!
Elle fige, déjà presque rendue sur la première marche. Je me précipite vers elle et lui bloque le chemin. Pas question qu’elle déguerpisse sans m’avoir expliqué ce qui s’est passé, il y a quelques mois.
Mais pour être honnête, même si elle ne m’expliquait rien du tout et m’annonçait simplement qu’elle est de retour, je l’accepterais. Je passerais l’éponge sur son départ et regarderais vers l’avant. Tant qu’elle ne s’en va pas une fois de plus…
Elle lève lentement les yeux vers moi et je constate qu’ils sont remplis de larmes. Je voudrais faire quelque chose, mais je ne sais pas quoi. La consoler? Comment? J’ignore si j’ai encore le droit de la toucher. Ça me tue à l’intérieur, alors je demande doucement:
— Qu’est-ce que t’es venue faire ici? Et où t’as trouvé mon adresse, au fait? Pourquoi tu…
Amélie, demeurée dans le portique, m’interpelle: — Hé! Laisse-la parler un peu.
La blonde de mon ami secoue la tête en soupirant avant de nous rejoindre pour proposer gentiment:
— Je sais pas t’es qui, mais on dirait bien que t’es importante pour notre cher Chris. Tu entres à l’intérieur un instant?
Je vois bien à l’air catastrophé de Florence qu’elle s’apprête à refuser. Vincent, tenant sa petite dans ses bras, sort alors lui aussi sur le palier et demande, sans comprendre:
— Qu’est-ce qui se passe ici, au juste? Je veux pas te presser, ma chérie, mais il va falloir y aller si on veut pas rater notre avion.
Florence fronce les sourcils en apercevant la petite. Puis, elle revient à moi, l’air confus. Elle effectue ce manège à plusieurs reprises, ce qui m’incite à lui souffler:
— Je t’expliquerai. Allez, viens… je t’en prie.
Son regard redevient plus clair, tandis qu’elle essuie subtilement le coin de ses yeux. Elle emboîte ensuite le pas à Amélie, qui est retournée prendre sa puce des bras de son père. Je guide Florence vers la cuisine, pendant que mon ami et sa blonde font une dernière caresse à leur fille. — T’as soif? Tu veux quelque chose à boire? dis-je à la nouvelle venue.
Elle hoche distraitement la tête en jetant de fréquents coups d’œil à la jeune famille, demeurée dans le portique. Quand je dépose son verre sur le comptoir devant elle, Florence se penche vers moi et chuchote:
— Donc… c’est pas ta blonde?
Je souris, puis je réponds en m’asseyant sur le tabouret près d’elle: — Même si je la trouve plutôt mignonne, je les préfère un peu plus vieilles, si tu vois ce que je veux dire.
Florence se renfrogne. J’ajoute, sourire aux lèvres: — Moi, les fillettes de deux ans, c’est pas mon genre…
La femme de mes rêves me donne une tape sur l’épaule, à demi vexée. Mais je vois à son sourire qui s’étire sur son visage qu’elle ne me tient pas rigueur de mon humour douteux. Au contraire, elle paraît soulagée. Je m’appuie sur le comptoir et demande:
— Tu croyais que j’avais rencontré quelqu’un d’autre?
Elle acquiesce après une seconde d’hésitation. Je secoue la tête et rétorque:
— C’est pas le cas. J’avais… j’avais déjà une fille en tête. Le hic, c’est que… qu’elle avait fichu le camp je sais pas où.
Je l’observe du coin de l’œil, espérant qu’elle attrapera la balle au bond. Je la vois qui se mord les lèvres, puis ouvre la bouche pour dire quelque chose. Mais elle est interrompue par Amélie, qui revient avec sa gamine dans les bras. Elle me la tend en s’excusant:
— Désolée, on doit vraiment y aller. Vincent m’attend en bas. Chris, tu as mon numéro, si jamais… Elle est due pour faire la sieste, alors faudra penser à la coucher bientôt. Je t’ai mis son horaire dans son sac à couches. D’ailleurs, elle en porte juste la nuit, mais ça se peut qu’elle s’échappe aussi pendant la journée. J’espère que ça te dérange pas… — Mais non, tout va être correct. C’est pas la première fois que je la garde, Amé. Fais-moi…
Je tourne les yeux vers Florence, par réflexe, avant de terminer: — … confiance.
Amélie hoche la tête, donne un dernier baiser sur la tête de la petite, puis la dépose par terre près de nous, là où se trouvent déjà plusieurs jouets. Sur la pointe des pieds, la mère s’éloigne lentement de reculons, avant de tourner les talons, une fois rendue à la porte. Ouf, ça s’est bien passé. Et si ça continue comme ça, je devrais pouvoir continuer cette discussion avec Flo…
Mais les pleurs de la fillette retentissent une seconde plus tard. Évidemment… Je descends du tabouret pour me pencher et la prendre. Je la fais sauter dans mes bras, le temps qu’elle se calme. Lorsque je reviens m’asseoir près de mon invitée, l’enfant toujours sur moi, je constate que Florence me fixe avec une certaine tristesse dans le regard. — Ça va? dis-je. On dirait que…?
Elle soupire avant de reprendre la parole:
— S’cuse, c’est que… te voir comme ça avec cette enfant, c’est… Je me dis que j’ai bien fait de partir, l’autre jour.
— Flo… c’est n’importe quoi.
Elle pince les lèvres avant de continuer, alors que ses yeux se sont de nouveau remplis de larmes:
— Tu pouvais pas savoir, à ce moment-là, mais… si j’étais restée, j’aurais gâché ta vie!
— Voyons, qu’est-ce que tu racontes? C’est tout le contraire. On était bien, ensemble. Si c’est le fait d’habiter avec moi qui te faisait peur, t’avais qu’à me le dire. J’aurais compris.
L’enfant s’agite sur moi à mesure que je monte le ton. Je me lève de nouveau pour la faire sauter, tout en gardant mon attention sur Florence, qui s’écrie:
— Je t’aurais fait perdre ton héritage!
— Hein? Mais de quoi tu parles?
— C’était inscrit dans le testament de ton père: pour hériter de toute sa fortune, tu dois fonder une famille… avoir des enfants… — Comment tu peux être au courant de…? Ah! l’article de cet imbécile. Écoute, je… Reste ici une minute, je reviens.
Je fonce vers la chambre d’ami, où un parc a été installé par Vincent un peu plus tôt. Je berce doucement l’enfant, qui ne tarde pas à fermer les yeux. Elle rechigne un peu quand je la dépose sur le matelas, mais à peine. Elle est vraiment épuisée, la pauvre. Je tire la couverture sur son corps, puis je lui promets tout bas:
— Après ta sieste, je t’amène jouer au parc, c’est promis. Mais maintenant, tu dois faire un beau dodo.
Je me redresse et l’observe un instant. Puis, sur la pointe des pieds, je sors de la pièce et referme la porte sans faire de bruit. Quelques pleurs me parviennent, mais je suis habitué. J’ai déjà gardé la petite et je sais qu’elle va s’endormir sous peu si je la laisse se calmer.
Je reviens donc sur mes pas et trouve Florence debout dans le salon. Elle tourne en rond, comme si elle cherchait ce qu’elle va me dire. Ou comment elle va me le dire. Dès qu’elle m’aperçoit, elle vient vers moi, m’attrape les mains et, en plantant son regard dans le mien, elle déclare: — Je suis infertile. Je peux pas avoir de bébé. Je peux rien y changer. Alors il fallait que je te laisse vivre ta vie sans moi. Je pouvais pas t’imposer ma présence. Ça t’aurait privé de ta fortune et de ton héritage. C’était mal et je le savais.
— Flo, attends, dis-je pour qu’elle m’écoute.
Mais c’est peine perdue. Elle a ouvert les digues et elle doit laisser sortir ce qu’elle a sur le cœur. Je l’entraîne vers le canapé où elle s’assoit, sans cesser de s’épancher:
— J’ai dû subir une hystérectomie, il y a un an, parce que… parce que j’avais des kystes. C’est compliqué, mais peu importe. Depuis, j’essaie de me reconstruire. Tu es le premier homme que je rencontre. Au début, je me suis pas méfiée, mais plus je tombais amoureuse de toi, plus je comprenais que ce serait difficile de revenir en arrière. On s’est fait des promesses, et ensuite… ensuite, j’ai compris que tu pouvais pas être avec moi. Je pouvais pas te faire ça. Alors je suis partie. D’accord, c’était égoïste. J’aurais dû au moins m’expliquer. Ma coloc m’a dit que c’était à toi de prendre ta décision, une fois que je t’aurais exposé les faits, mais j’avais peur que tu fasses le mauvais choix et qu’ensuite tu m’en veuilles. Ça aurait été trop difficile de te voir me détester…
Elle finit par se taire, le souffle court. Un peu comme si elle avait couru un marathon. J’en profite pour lui demander:
— Et là? Pourquoi t’es revenue?
Elle lève les yeux au plafond, réfléchit, puis les baisse vers moi pour me souffler:
— J’ai pas arrêté de penser à toi une seule seconde, après mon départ. Pas une seule… Tous les jours, je me suis demandé si j’avais bien agi. Si, au contraire, c’était pas une erreur de t’avoir quitté ainsi. Je t’aime encore, Christophe, et… et je sais pas. J’ai vu ta photo dans un article de journal, tout à l’heure. Ç’a été plus fort que moi. Je me suis rendue à ton travail, où ton collègue m’a guidée jusqu’ici. Et me voilà…
Je suis tout aussi chamboulé que Florence, après ce témoignage. Je ne savais rien de tout ça. Mais si je l’avais su, j’aurais pu la rassurer. Lui faire comprendre à quel point elle se trompait. Que de temps perdu…
Sans pouvoir résister plus longtemps, je pose mes paumes sur ses joues et je murmure:
— Moi non plus, j’ai pas cessé de penser à toi. Si tu savais comme je t’ai cherchée. Mais t’étais impossible à trouver. Tu m’as tellement manqué.
Elle écarquille les yeux, stupéfaite de ma réaction. À voix basse, elle me dit:
— Et ton héritage?
Je secoue la tête.
— On s’en fiche.
Elle me repousse, subitement sérieuse:
— Non, pour vrai. Tu peux pas le refuser. Il provient de ta famille. Il est à toi. Tu peux pas lever le nez dessus pour moi.
— Sans vouloir t’offenser, c’est pas pour toi que je l’ai refusé… — Tu l’as…? Quoi? Qu’est-ce que tu viens de dire? — Si tu avais lu l’article de ce blogue en entier, tu y aurais vu que j’ai refusé mon héritage. J’en voulais plus. De toute façon… j’ai découvert certaines choses concernant mon vrai père et… et je veux prendre mes distances avec cette famille qui m’a élevé. Je te raconterai. Mais pour le moment…
Je me rapproche d’elle, la forçant à se caler dans les coussins. Le visage tout près du sien, je chuchote:
— Je t’aime toujours, Florence. Et je compte bien rattraper le temps perdu immédiatement.
Sur ce, je pose mes lèvres sur les siennes.
Et c’est comme revenir à la maison.
Elle est ce que j’attendais depuis toujours.
Elle est mon foyer, mon futur, mon bonheur.
Elle est la femme de ma vie, quoi…
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