Mademoiselle Plastique

Marilou Addison · Chapitre 24 sur 25

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Mademoiselle Plastique

Épilogue Florence

ÉPILOGUE

 

Florence

 

UN AN ET DEMI PLUS TARD

 

Christophe se penche vers moi et pose un baiser sur la tête du poupon que je tiens dans mes bras. Il se redresse, plonge ses yeux dans les miens, puis s’incline de nouveau. Mais c’est sur mes lèvres qu’il pose les siennes, cette fois. Je lui murmure avant qu’il se décolle:

— Je t’aime tellement…

— Moi aussi.

— Vraiment?

— Fais-moi confiance là-dessus, Flo, répond-il avec un clin d’œil.

Je ne peux m’empêcher de sourire. Je le regarde ensuite s’éloigner vers son collègue Marc-André, maître du barbecue en cette belle journée de juin. C’est la journée parfaite pour célébrer la naissance de Camille. Le visage radieux, je tourne la tête vers Louise, assise à ma droite sur une autre chaise de patio. Elle hausse les sourcils avec un air complice, auquel je réponds en lui assenant un coup de pied, tout en tentant de ne pas réveiller le bébé. — Hé! Je suis contente pour toi. Me frappe pas! se plaint-elle aussitôt. — Hum… vraiment? J’avais plutôt l’impression que tu chuchotais dans ta tête: «Prenez-vous donc une chambre…»

— Ah, ça aussi, rigole-t-elle, tandis que je lui donne un nouveau coup de pied.

Amélie vient interrompre nos chamailleries afin de récupérer son poupon, né la semaine dernière seulement. Je le lui remets à regret.

Être mère… donner la vie… je ne pourrai jamais savoir réellement ce que ça fait. Du moins, pas tant que notre demande d’adoption, à Christophe et moi, ne sera pas acceptée. En attendant, on profite de la présence des enfants des autres. Et ça tombe bien, parce qu’il y a eu un boom de naissances parmi nos amis dans la dernière année.

Amélie et Vincent ont eu leur deuxième enfant et ils viennent à peine de sortir de l’hôpital. C’est la première fois qu’ils le présentent aux autres. J’ai tout de suite accaparé le bébé afin de le minoucher tout mon saoul. Chris n’est pas bien mieux. Lui aussi, il est venu le cajoler à la moindre occasion.

À moins que ce soit une excuse pour m’embrasser devant

notre groupe d’amis sans que ça devienne agaçant?

 

Je rougis à cette idée. Et aussi à celles qui suivent, alors que je me remémore notre dernière nuit. Disons que si je n’étais pas infertile, au rythme où se déroulent nos ébats, ça fait longtemps que mon ventre se serait arrondi…

Je soupire avant de baisser les yeux vers le petit garçon, posé dans un couffin, près de Louise. Eh oui… elle aussi a donné naissance il y a quelques mois. Un beau gros bébé joufflu qui adore les becs sur les joues. Il ressemble à son père, celui-là. À part peut-être pour les yeux, qu’il a hérités de mon amie.

Je profite de l’inattention de Louise, tandis qu’elle se penche pour s’assurer que son enfant n’a pas trop chaud, pour observer les couples qui nous entourent. Je me surprends à rêver que dans plusieurs mois… deux ans, tout au plus, ce sera notre tour, à Christophe et moi, de célébrer l’arrivée de notre bébé, d’adoption dans notre cas. Que nous aussi, nous aurons le plaisir de tenir dans nos bras cet enfant tant désiré.

Et je souris.

Parce que j’y crois.

De toute manière, en attendant que ça se produise, on ne peut pas dire que ma vie soit malheureuse. Au contraire. J’ai monté les échelons en tant que représentante pour devenir directrice il y a un an. Depuis, je cumule les ventes facilement. Côté amour, j’ai trouvé un homme que j’aime.

Que dis-je, que j’adore!

Le plus important, c’est qu’il me le rend bien.

Mon regard se pose justement sur Christophe, qui discute avec son père biologique. Celui qui n’a pas pu être présent dans sa jeunesse, à cause de la fourberie de son père adoptif. Christophe et Jocelyn prennent le temps de se connaître. À leur rythme. Dire que mon amoureux aurait pu ne jamais le découvrir. Et il aurait continué de traîner cette rancœur, sans trop savoir pour quelle raison il se sentait ainsi. Mais plus il en découvre sur son vrai père, plus il comprend que celui qui l’a éloigné de lui, c’est ce Claude Hilson. Il était tellement aveuglé par l’amour qu’il portait à la mère de Christophe qu’il a fait tomber une fausse accusation sur les épaules de Jocelyn, qui a dû faire de la prison. Une histoire complexe, qui a déchiré le couple de ses parents.

Et qui a forcé Suzanne à épouser Claude pour ne pas se retrouver

seule à élever Christophe…

 

J’accroche le regard de mon chum. Il m’envoie un baiser. Je le lui rends et fais mine de le lui souffler. Il reçoit aussitôt un coup de coude de Benoît, son autre ami, que je connais un peu moins. Évidemment, les gars s’empressent de se moquer de Christophe, qui leur déclare la guerre. Les hostilités sont officiellement ouvertes. Ça se bouscule en riant, et Vincent est le premier à tomber dans la piscine, tout habillé. Il ressort sa tête de l’eau pour s’écrier qu’il avait son cellulaire sur lui et que ce n’est pas du jeu.

Christophe s’apprête à lui répondre quand il reçoit une poussée dans le dos et bascule à son tour. Ça produit une bombe qui éclabousse tout le monde. Je me relève pour assister à la scène.

Il est tellement beau, mon homme, ainsi trempé de la tête aux pieds. Mais lorsque je me rends compte qu’après sa sortie de la piscine il se dirige droit sur moi, je pousse un petit cri de frayeur.

Non, non, non! Je n’ai rien fait, moi!

 

Je me mets à courir, mais je suis vite rattrapée par deux bras de fer qui m’encerclent la taille. Je connais le sort qui m’attend. Question de ne pas lui rendre la tâche facile, je me tortille pour me coller à mon amoureux.

À mon oreille, Christophe susurre:

— Eh… je vais pas te lancer dans l’eau, fais-moi conf… — Ah non! Je suis pas naïve à ce point! C’est bien beau la confiance, mais faut pas charrier, Christophe Hilson!

Il éclate de rire, me soulève comme une simple poche de patates, puis m’entraîne vers l’eau limpide. Tout près du bord, il me fait redescendre de son épaule pour que je me retrouve à sa hauteur. Ses yeux dans les miens, il déclare:

— Tu vois? J’allais pas te…

Mais je ne le laisse pas finir. Je m’agrippe à lui et me laisse tomber vers l’arrière en riant à mon tour. Il écarquille les yeux, stupéfait, puis me fait tourner dans les airs afin que je ne sois pas la première à frapper l’eau. Une fois que nous sommes tous les deux immergés, il m’agrippe les hanches, m’enlace, puis m’embrasse passionnément.

Nous revenons à la surface quelques secondes plus tard, essoufflés non pas d’être demeurés sous l’eau trop longtemps, mais plutôt à cause de notre baiser qui n’en finit plus. On se fait chahuter par les autres, mais on s’en fiche bien. Collés l’un à l’autre, on ne se lâche plus.

Cette histoire que nous avons écrite ensemble n’en est qu’à ses débuts…

 

Fin

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