Mademoiselle Plastique

Marilou Addison · Chapitre 6 sur 25

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Mademoiselle Plastique

Chapitre 6 Florence

CHAPITRE 6

 

 

Florence

 

Pour ne pas laisser voir mon malaise, je sors mes plats de leur sac, je vérifie leur état et je les empile autour de moi.

Je me suis assise directement par terre pour avoir plus de place. Dans mon dos, j’entends le ventre de Christophe qui gronde. Le mien vient justement de produire un son plutôt gênant, alors on peut dire que je le comprends. Il est passé midi depuis longtemps, je n’ai rien mangé encore et l’aprèsmidi tire à sa fin.

Dehors, l’orage fait toujours des siennes. Oui, on est désormais à l’abri, mais le temps s’étire à l’infini…

Surtout que je ne dois pas laisser mes pensées vagabonder. Je dois m’empêcher d’imaginer mon compagnon sans serviette, le visage désormais parfaitement lisse.

Il a des fossettes…

Je les ai découvertes en retirant ses poils, tout à l’heure. Et quand il m’a souri pour me remercier, j’ai senti mes genoux faiblir. Ça ne devrait pas être permis d’être aussi attirant. Ni de sentir aussi bon.

D’ailleurs, on ne se fera pas de cachette, c’est aussi pour cette raison que je ne me suis pas installée sur le lit près de lui. Plus je suis loin, mieux je me porte. Je tourne tout de même la tête vers Christophe pour lui demander quelle heure il est. Mon cellulaire est toujours en train de charger sur une des tables de chevet.

— Presque dix-sept heures. T’as faim?

— Je commence. Mais c’est pas comme si on pouvait commander du resto…

— Hum… je pourrais aller voir s’il y a de quoi de potable au dépanneur et ramener des sandwichs, au pire.

Je jette un œil à la fenêtre, où un éclair zèbre le ciel avant de faire trembler les murs de la chambre. Et c’est sans oublier le déluge qui tombe toujours. Un chat est venu se coller à notre fenêtre en espérant qu’on le laisserait entrer. Je souris, sans me lever pour le caresser. Je me tourne vers Christophe et réponds, sans trop d’enthousiasme: — Tu ferais mieux d’attendre encore un peu…

J’ai soudain une idée! Je m’écrie alors:

— Oh! je sais ce qu’on pourrait manger! Tu peux m’aider?

Il se rassoit dans le lit et me dévisage. Je tends le bras vers un sac de plats que je n’ai pas encore ouvert et lui fais signe de le rapprocher de moi. Il étire ses grandes jambes et le pose au sol. D’un coup de pied agile, il propulse le sac près de moi.

— Hé! C’est pas un ballon! Ça vaut super cher, ces plats!

Il hausse un sourcil, peu impressionné. J’insiste: — Pour vrai!

Visiblement, il n’a aucune idée que le sac qu’il vient de kicker contient pour au moins deux cents dollars de produits!

Comme il conserve un regard de glace, je me remets sur pied difficilement et me dirige vers lui. Je grimpe ensuite sur le lit, mon sac dans les mains. Il me regarde faire, les bras derrière la tête, sans bouger. Je m’assois près de lui, les jambes étendues, et déballe mes affaires.

Victorieuse, je sors d’abord un Intelli-fraîcheur rempli de crudités encore délicieuses. Je lui explique:

— Tu vois ça? Ça garde les aliments en bon état durant des heures! Le truc, c’est de déplacer la petite languette, sur le dessus, selon ce que tu auras mis dedans. Comme tu vois, j’avais coupé des carottes, et elles sont super belles. Goûte!

Je lui mets un légume sous le nez. Il ouvre simplement la bouche, sans la prendre. Hésitante, je finis par lui mettre la carotte entre les dents, qu’il referme doucement.

Je reviens au reste de mes plats. Dans le second, il y a des biscuits, pour mes petites envies sucrées. Cette fois, il manifeste un peu plus d’intérêt, car il attrape le contenant pour piger dedans sans retenue. — Hé! Laisse-moi-z’en!

— C’est pas bon pour la ligne, réplique-t-il, pince-sans-rire.

Je fronce les sourcils, pas certaine de la qualité de son humour. Il se reprend aussitôt pour dire:

— Je blague. T’es parfaite comme… comme t’es. Tiens.

Il me tend le plat, dans lequel je prends deux biscuits avec un petit air de défi. Christophe m’observe ensuite, tandis que je sors les autres plats dans lesquels j’avais déposé des collations avant de demander: — Pis les autres, ceux qui sont sur le plancher, tu fais quoi avec ça? — Avec mes autres plats?

— Hum, hum… t’en as des tonnes.

Je pousse un soupir en y jetant un coup d’œil à mon tour, puis explique: — Au congrès, on est supposé avoir un espace pour en vendre aux visiteurs de l’hôtel. Normalement, les congrès sont destinés seulement aux représentantes, mais là, les proprios de l’hôtel nous ont offert cette opportunité. C’est pour ça que… que j’en ai apporté autant. — Les proprios de l’hôtel, hein? marmonne-t-il, le regard vague. — Oui. Vois-tu, moi, je débute à peine dans la vente. Je suis nouvelle. J’ai pas encore beaucoup de contacts ni de clients. Mais je monte mon affaire tranquillement et je suis pas mal certaine qu’à la fin de l’année, je vais pouvoir en vivre.

— C’est ton seul travail? demande-t-il, surpris.

J’acquiesce. Comment lui dire que je ne peux pas vraiment faire quoi que ce soit d’autre? De toute manière, ça me plaît d’être à mon compte, et c’est d’ailleurs ce que je lui réponds:

— J’aime être ma propre patronne. Je fais les heures que je veux. Je travaille où et quand je le veux. Je… je suis libre, en quelque sorte. — Les patrons sont jamais libres, réplique-t-il, l’air sombre. — En quoi tu y connais quelque chose? dis-je, un peu vexée. Tu travailles où, d’ailleurs? Tu fais quoi dans la vie?

Un autre coup de tonnerre me fait sursauter. Christophe profite de mon inattention pour ne pas répondre à ma question. S’il croit que je ne m’en suis pas rendu compte…

— Je vais me dépêcher, mentionne-t-il en se redressant. Je serai revenu vite, t’auras même pas eu le temps de t’ennuyer.

Sans réfléchir, je lui assène une petite claque sur l’épaule, pour blaguer, mais il bloque mon geste en attrapant mon poignet. On se fixe quelques instants, avant qu’il ne me lâche et se remette debout. Il attrape sa veste de cuir, que j’ai fait sécher sur le bureau près de la fenêtre, et demande: — T’as des préférences pour les chips? J’ai ben peur que c’est tout ce que je vais trouver là-bas…

— Prends ce qu’il y a. Ça me dérange pas, je suis pas difficile.

Il hoche la tête et sort en refermant doucement la porte derrière lui. Je me permets de souffler tout l’air de mes poumons. Ouf… l’atmosphère est chargée, quand il est près de moi. Je ne sais pas s’il le remarque, mais j’ai de la difficulté à être naturelle.

Après m’être tourné les pouces durant une éternité, je tente de me brancher sur le site de la conférence Suppercare, sans succès. Internet est vraiment mauvais, ici. Ça ne va pas du tout.

En soupirant, je me dis que je vais en profiter pour terminer de faire l’inventaire du stock que j’ai réussi à traîner dans la chambre.

Puisqu’il y a très peu de meubles dans la chambre, je fais une belle pile sur ma table de chevet. J’y mets toutes les énormes cloches à gâteau. Elles prennent de la place, mais elles sont tellement pratiques! Finalement, je termine en tentant de poser les derniers contenants sur le meuble du côté du lit de Christophe. Il y a un drôle de récipient avec un couvercle en bois, que je tasse légèrement afin que tout puisse tenir sur le meuble. Je ne vois pas trop ce que je fabrique, car j’ai les mains pleines, et je fais soudain basculer le pot par terre.

— Argh! Mais qu’est-ce que c’est que cette poussière?!

Je me débarrasse de ce que je tiens toujours dans les mains afin d’examiner le dégât qui vient de se produire.

Et là… je comprends.

J’ai gaffé, et pas qu’un peu!

Tout ce dégât, à mes pieds, ce sont sûrement les cendres de son père! Et ce réceptacle qui les contenait, c’était l’urne!

Mais quelle maladroite je fais! Christophe va m’en vouloir à mort!

Mauvais jeu de mots…

 

Je m’agenouille pour constater l’état de l’urne. Elle est fêlée et il manque même un morceau sur le côté. Impossible de ramasser les cendres, ni vu ni connu, pour les remettre dedans. Ça va ressortir dans le temps de le dire!

Bon, d’abord, tout ramener en un petit tas. Je m’exécute avec les mains en grimaçant, pour me rendre compte que de la cendre, ce n’est pas du tout comme de la simple poussière. C’est tellement plus volatile. Et quand je prends le temps d’y songer, je frissonne: je suis en train de respirer le père de Christophe, moi!

Je parviens je ne sais comment à créer une montagne de cendres. Ouin, je ne suis pas tellement plus avancée. Je fais quoi, maintenant? Ce qu’il faudrait, c’est trouver un contenant pour mettre les cendres. Mais ce n’est pas dans une chambre d’hôtel que je vais trouver une urne intacte!

Mon regard tombe alors sur un Intelli-fraîcheur.

Non… quand même pas.

Mais d’un autre côté…

Est-ce que j’ai vraiment le choix?

Christophe

 

 

J’ai à peine poussé la porte extérieure que je reçois une énorme bourrasque en plein visage. Je me protège avec mon bras et je m’enfonce dans la pluie, le brouillard et les éclairs.

J’aurais peut-être dû attendre… me dis-je en arrivant au coin de la rue, détrempé comme si je venais de prendre une deuxième douche. Surtout que le dépanneur ne me semble pas très éclairé. Il ne doit pas y avoir plus d’électricité là qu’à l’hôtel. En grognant, je décide de ne pas rebrousser chemin pour autant.

Le fait de marcher contre les éléments me permet de réfléchir, ce qui m’est impossible dans la chambre, en compagnie de Florence. Sa présence ne m’est pas désagréable, loin de là. Disons seulement qu’elle m’empêche de penser à ce qui s’en vient. À l’enterrement et à l’affrontement qui ne tardera pas à avoir lieu avec le reste de ma famille.

J’imagine le visage de mon oncle, quand il me verra avancer vers l’endroit où doit se dérouler la mise en terre. Quand j’oserai prendre la parole devant tout le monde, pour dire ce que je pense de celui qui m’a élevé. Quand je ferai enfin un homme de moi.

J’ai la rage au cœur. Je me sens blessé, repoussé une fois de plus. Pourtant, j’ai tout fait comme mon père le voulait. Je suis allé étudier dans les plus grandes écoles. J’ai eu des résultats plus qu’acceptables. J’ai décroché tout un tas de diplômes. Mais… je n’ai jamais fait ce qu’il espérait de moi. Je ne me suis pas aplati devant lui. Je suis parti quand il voulait que je reste.

Et j’ai démarré ma propre entreprise, il y a cinq ans.

Ça, il ne me l’a jamais pardonné. D’un autre côté, qu’est-ce que j’aurais pu faire de plus? Aucun poste ne m’était offert dans le commerce familial. Il aurait fallu que j’attende mon heure et que je me plie à ses quatre volontés. Je suis un homme d’action, moi, pas une carpette, et encore moins un bibelot. De toute façon, avec mes études en génie robotique, je n’allais pas me tourner les pouces durant des années!

C’est Jay – le fils de mon oncle – qui a pris le relais et qui est devenu le lèche-bottes de service. Il a cru amadouer mon paternel et se tailler une belle place. Mais il a été tout aussi surpris que moi, à la lecture du testament. Rien pour lui. Même pas la plus petite mention de son nom. En fait, tout le monde est sorti de là complètement désenchanté. À croire que mon père espérait apporter ses richesses avec lui dans sa tombe.

Qu’il aille en enfer, ce vieux fou!

 

Pour le moment, c’est encore mon oncle qui dirige tout, et je compte lui céder ma place, puisque c’est ce qu’il désire. Parce que des enfants, une famille, je ne suis pas prêt à en avoir. Encore moins si c’est pour faire plaisir à mon défunt père.

Un éclair brille dans le ciel au moment où je longe une vieille grange. Dans un réflexe, je m’en rapproche pour me protéger, le temps que le coup de tonnerre se fasse entendre. Quelques secondes plus tard, ça pète si fort que je plisse les yeux. Je recule encore un peu et la porte en bois, dans mon dos, grince en s’ouvrant.

Mon regard tombe sur ce qui pourrait ne sembler que des vieilleries aux yeux d’un autre, mais pas pour moi. Je souris et vérifie si le propriétaire des lieux habite tout près. Il y a bel et bien une petite maison, au bout du terrain, sauf qu’elle paraît tout aussi abandonnée. Il faudrait que je revienne y jeter un coup d’œil demain, lorsque la tempête se sera calmée. Du moins, si la voiture de Florence est toujours en panne et qu’aucune dépanneuse n’est venue la remorquer.

Si je pouvais discuter avec les gens qui vivent là, je saurais les convaincre de me vendre certaines pièces. Avec un nom de famille tel que le mien, disons que je me fais rarement dire non lorsque je passe dans le coin. Ce qui, à proprement parler, n’arrive jamais…

Mais j’ai des souvenirs de mon père agissant ainsi. Des rares moments où je pouvais rester près de lui pour le regarder travailler et sortir en sa compagnie. Dire que j’ai déjà été fier d’être son fils… C’est que je ne comprenais pas qui il était vraiment, à ce moment. Ni les privilèges qu’il utilisait dès qu’il en avait l’occasion.

Le pouvoir de la richesse… du prestige, de la notoriété.

Je n’en veux pas. La seule chose que je souhaite, c’est…

Je ne sais pas ce que je souhaite, en fait. Je n’en sais rien.

Mes pensées dévient vers la femme qui m’attend, dans la chambre d’hôtel que nous avons louée pour la nuit. Étrangement, ça me remet sur le droit chemin. Ça me donne l’énergie pour atteindre le dépanneur. Je pousse la porte, priant intérieurement pour ne pas avoir fait tout ce chemin pour rien. Je croise les doigts pour qu’elle ne soit pas verrouillée…

Heureusement, elle s’ouvre sans problème, ce qui me permet de pénétrer dans le commerce. J’avance jusqu’au plein centre de la place, puis je baisse les yeux vers l’énorme flaque d’eau qui se répand à mes pieds. — Yo, vous pourriez faire attention! s’écrie le jeune employé qui me voit débouler. Va falloir que je passe la moppe, moi!

Je marmonne à peine des excuses en me dirigeant vers les rangées de nourriture. Je fais des provisions de ce qui se conserve sans réfrigérateur, puis je vais déposer mon butin sur le comptoir. Le jeune soupire, car après m’avoir fait des reproches, il est retourné à l’écran de son cellulaire. — Vous avez de l’électricité, ici? dis-je sans me soucier de son humeur. — On a une génératrice. Mais pour Internet, ça vaut pas de la marde. Je pogne rien depuis tantôt.

— Hum… Tsé, la grange, pas loin d’ici…?

— Ché pas de quoi tu parles.

— Mais oui, la vieille bâtisse qui est sur le point de tomber par terre… — Celle du vieux Lessard?

— J’imagine. Il habite dans la maison en arrière? — Ben… je sais pas trop. J’pense qu’il a reçu une offre pour vendre. Aucune idée s’il a accepté ou pas. C’était un gros montant, me semble. Paraît que les acheteurs veulent construire un autre hôtel, par ici. Y’a de la place en masse, en tout cas.

Je renifle un petit coup en devinant qui est derrière ce rachat, puis demande:

— Donc, il est plus là?

— Je sais pas. Faudrait aller voir. Y’est peut-être même mort, le vieux. Les promoteurs, ils étaient ben achalants avec leur offre. Ils l’ont peut-être achevé!

Ça se pourrait bien…

 

— Et ses héritiers, ils…?

— Ben non, y’a jamais eu d’enfants, Lessard.

Je hoche la tête. Je n’ai pas envie de voler les choses d’un vieillard ni de ceux à qui il les a léguées, mais s’il n’y a personne dans l’histoire… j’imagine que ça ne dérangera pas que je prenne certaines pièces du moteur. Elles me seront beaucoup plus utiles qu’à d’autres. Et si je me fie aux paroles de cet employé, il y a des chances pour que ce soit ma propre famille qui ait racheté l’endroit.

Au pire, je laisserai quelques billets sous le capot pour compenser.

Je paie mes achats, puis je repars sous la pluie, deux sacs dans les mains. Ils sont plutôt lourds, ce qui ne me cause pas vraiment de problème, mais les poignées me font vite mal aux paumes. Je me mets à jogger, mais les flaques d’eau me font glisser. En rageant, je ralentis et je jure de rester bien au sec à l’hôtel pour le reste de la soirée.

Quand j’arrive enfin devant la porte de la chambre, je donne un coup de coude, espérant que Florence viendra m’ouvrir assez rapidement. Je suis frigorifié et c’est avec un look de canard mouillé qu’elle me découvre, sur le seuil. Elle pose la main sur sa bouche pour retenir un fou rire nerveux avant de se tasser, voyant mon empressement à venir me réchauffer.

Si seulement il y avait du chauffage! Mais non, l’air est glacial, à l’intérieur. Dire que je ne pourrai même pas profiter d’une douche bien chaude. En grognant, je lâche les sacs et retire ma veste sans attendre pour la balancer sur…

Je parcours la pièce des yeux, à la recherche d’un endroit qui n’est pas enseveli sous les pots de plastique. En secouant la tête, je m’apprête à en faire la remarque à ma compagne quand je me fige.

L’urne n’est plus sur ma table de chevet. Je lève aussitôt le bras pour pointer le meuble et rugir:

— Où elle est?

Silence. Je tourne la tête vers Florence, qui se mord les lèvres. Un frisson me parcourt la colonne vertébrale. Je répète, lentement cette fois, en essayant vraiment de ne pas me mettre en colère: — Où. Elle. Est???

— Écoute… j’ai pas fait exprès. Je voulais pas, mais… j’avais les mains pleines et…

Je passe ma langue sur mes lèvres et j’expire bruyamment l’air par mon nez. Florence recule d’un pas, nerveuse. Je ne vais pas lui faire de mal, mais je dois clairement en donner l’impression. Essayant de ne pas crier, je reprends:

— L’urne contenant les cendres de mon père, tu en as fait quoi? Je te promets de pas… de pas paniquer.

Elle semble piteuse, mais ce n’est pas suffisant pour m’amadouer, surtout quand elle avoue:

— Elle s’est brisée en heurtant le sol. Pas de panique, j’ai tout ramassé en vitesse et je te jure, j’ai réglé le problème comme j’ai pu. Non, attends! Reviens… reviens ici! Christophe, écoutemoi, s’te plaît!

Je m’éloigne déjà d’elle en me tirant les cheveux. Sans l’urne, pas d’enterrement. Sans enterrement… je vais me faire étriper. Pas que les autres me fassent particulièrement peur, mais… tout de même un peu.

Les poings sur les hanches, je m’arrête, dos à elle, et lui demande: — Dans quoi tu les as mises?

Mais je n’ai pas besoin d’entendre sa réponse. J’ai déjà saisi ce qu’il en était, alors que je vois les piles de plats sur les tables de chevet.

Je ne peux pas croire…

Je ne peux pas croire que mon père va se faire enterrer

dans un plat Suppercare!

 

Et là, sans pouvoir me retenir, j’éclate de rire.

 

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