Mademoiselle Plastique
Chapitre 20 Florence
CHAPITRE 20
Florence
J’ai la tête remplie des images que je viens de voir. Lorsque les portes de l’ascenseur s’ouvrent, j’y entre la première, suivie de peu par Christophe. Il n’y a personne dans la cabine avec nous. Il faut dire qu’il est tard et que la plupart des gens doivent déjà être couchés, à cette heure. Nous avons beaucoup tardé, à l’extérieur.
Savoir qu’il me fait assez confiance pour me montrer sa ville, l’endroit où il a vécu, et pour me raconter ses souvenirs d’enfance me fait chaud au cœur. Je suis plus émue que je veux bien le montrer. Pour ne pas que ça paraisse, je m’adosse au mur, derrière moi, et je lève les yeux vers les chiffres qui défilent à toute vitesse.
Christophe, qui vient me rejoindre pour appuyer son épaule près de la mienne, m’observe. Je le vois du coin de l’œil. Je souris. Mine de rien. Il ne peut résister bien longtemps et glisse sa main sur ma joue… dans mes cheveux.
— T’es belle… murmure-t-il.
Je me hisse sur la pointe des pieds, attendant un baiser de sa part. Mais il ne fait que caresser mon visage, comme pour mieux l’imprégner dans sa mémoire. Et là, ça me revient. C’est notre dernière nuit ensemble. Après… après, nous partirons chacun de notre côté. Je frémis à cette pensée. Je repose les talons au sol, tandis que le sang quitte progressivement mon visage.
Inquiet, Chris demande:
— Hé… ça va pas? T’es toute pâle.
— Oui, non, je… je suis juste un peu fatiguée. — On arrive, tu vas pouvoir te reposer. On aurait peut-être pas dû aller se promener à cette heure. C’était pas une bonne idée.
Je pose ma main sur la sienne et rétorque:
— Non. C’était génial. J’ai adoré.
Les portes s’ouvrent avant qu’il ait pu répondre. Avec précaution, il se penche et me soulève facilement. Ça me rappelle la première fois qu’on s’est vus. Le jour de l’orage. Quand il a dû me transporter ainsi sur une longue distance. Je ne le remercierai jamais assez de ce qu’il a fait ce jour-là.
Doucement, il me dépose sur le sofa, puis s’éloigne en me demandant si je veux boire quelque chose.
— Juste un verre d’eau, ce sera parfait.
Pendant qu’il sort un verre de l’armoire et qu’il fait couler l’eau, je me relève. Il s’empresse de s’écrier:
— Bouge pas, j’arrive.
— C’est que je voudrais faire un tour à la salle de bain. Je… je peux prendre une douche?
— Évidemment, me souffle-t-il en venant glisser son bras sous le mien. — Je peux encore marcher, tu sais. Je suis pas handicapée. — Pour être honnête, ça fait bien mon affaire de t’aider, murmuret-il à mon oreille en se collant à moi pour embrasser mon cou.
Je rigole, puis je le repousse quand nous atteignons la salle de bain. — C’est beau, à partir d’ici, je vais me débrouiller. — T’es certaine? Parce que si t’as besoin que je vienne te savonner le dos… je suis à ton service, blague-t-il à demi.
— Hum… peut-être bien. Je te ferai signe si c’est le cas.
Je referme ensuite la porte, sans que nous nous quittions des yeux. Je l’entends qui pousse un long soupir, de l’autre côté, avant que ses pas s’éloignent en direction de la cuisine. Moi, je me tourne vers le miroir, duquel je m’approche lentement.
Mon visage a retrouvé son air sérieux. Mes yeux sont brillants. Je retiens mes larmes depuis mon arrivée dans la suite. En fermant les paupières, je les laisse couler, car je ne peux plus rien faire contre la peine qui m’envahit. La douleur est si vive.
Impossible de me mentir à moi-même. Je suis en train de tomber amoureuse de cet homme. Le hic, c’est qu’il m’a dit, pas plus tard que ce matin, qu’il ne voulait rien de sérieux. Et j’étais d’accord! Voilà le pire!
J’étais d’accord…
J’en ai même rajouté en disant qu’après la fin de semaine, il valait mieux qu’on reprenne chacun notre chemin, sans rien attendre de l’autre en retour. Mais c’est plus fort que moi. Mon cœur en a décidé autrement. Comment la chose a-t-elle pu se produire sans que je réussisse à l’empêcher? C’est à croire que je n’ai aucun contrôle sur mes sentiments!
Moi qui me targuais pourtant d’être si bien, célibataire. De n’avoir pas besoin d’un homme dans ma vie! Je me suis bien trompée. Quelle idiote je suis!
Je pose les paumes sur le rebord de l’évier et me penche pour mieux m’examiner. Mes joues ont repris des couleurs. Elles sont rouges. Mes yeux sont boursouflés. Je ne peux pas sortir dans cet état. Énervée, j’ouvre le robinet et asperge mon visage comme je le peux. Je me redresse ensuite, la peau dégoulinante. Ce n’est guère mieux. Je dirais même que c’est encore pire.
En gémissant, je saisis une serviette afin de m’essuyer. Mais je ne fais que pleurer davantage. Je me fais pitié à moimême. Tout bas, je m’ordonne: — Calme-toi, Flo! Tu peux rien changer à la situation, alors accepte au moins ce qu’il va te donner. Cette nuit, prends-la comme un cadeau. C’est mieux que rien, tu crois pas?
Mes propres paroles font jaillir de nouvelles larmes. Je serre les poings. J’essaie de me sermonner, mais il n’y a rien à faire. Je suis pathétique.
Des coups cognés contre la porte, derrière moi, me font sursauter. La voix de Christophe me parvient:
— Ça va, Florence? J’ai l’impression de t’avoir entendue parler… — Ou… oui, ça va. S’cuse, c’est… c’est rien.
Un silence, puis il reprend:
— Tu sais, ma proposition pour le savonnage tient toujours… Je glousse, entre mes larmes. Je prends ensuite une longue inspiration pour me calmer. Je m’essuie une dernière fois les joues, puis je pivote sur moi-même et saisis la poignée. Après une brève hésitation, je la fais tourner.
Le visage de Christophe m’apparaît alors de l’autre côté de la porte. Il fronce les sourcils dès qu’il m’aperçoit. Sans attendre, il dépose le verre qu’il tient dans ses mains pour venir mettre ses paumes contre mes joues. Avec ses pouces, il récolte mes larmes qui continuent de couler malgré moi.
En chuchotant, il me dit:
— Pleure pas. Je… je sais pas ce qui se passe, mais je t’en prie, pleure pas. J’aime pas ça, te voir comme ça.
— Oh, excuse-moi! dis-je en me détachant de lui pour passer mon bras sur mon visage. Je vais me laver et ça ira mieux. J’aurais pas dû t’ouvrir et te montrer que…
Il revient à la charge et passe sa main dans mes cheveux en douceur. — Mais non, voyons. Tu peux m’en parler. Il se passe quoi? Ça allait si bien avant qu’on arrive à ma chambre. C’est parce que tu trouves qu’on a déjà été assez loin? On est pas obligés de faire quoi que ce soit, tu sais. Je te force à rien. Et même si on a… on a vécu ce moment, un peu plus tôt dans la cabane, près de l’église, on peut en rester là. Oui, évidemment, j’ai envie de toi et j’adorerais prendre ma douche en ta compagnie, mais si tu veux pas, c’est correct.
Je secoue la tête. Il n’y est pas du tout. Ça n’a rien à voir avec le sexe et l’intimité. Ou plutôt, ça a tout à voir avec ça, dans le fond. Je le veux, lui, mais pas juste pour une nuit. Le voilà, le problème. Je le veux pour… pour des semaines, des mois, des années! Je le veux pour toujours!
Et plus encore…
Lorsque je comprends ce que cette révélation signifie, je me dis qu’il ne reste plus beaucoup d’options qui s’offrent à moi. Soit je me tais et j’essaie de cacher mes sentiments, soit je lui avoue tout. Au risque de me faire rejeter. Ce qui pourrait être tout aussi douloureux.
Mais le regard de Christophe me donne un infime espoir que ce ne serait pas le cas. Alors j’inspire longuement. J’expulse l’air de mes poumons avant de me lancer dans le vide:
— Je sais qu’on avait dit que ce serait fini, après le week-end, mais… mais je… j’ai pas envie que ce soit la fin, moi. De savoir que je te reverrai plus après ça, on dirait que… que ça me donne envie de crier.
Ses yeux s’écarquillent, tandis que ses bras retombent le long de son corps. Je m’en veux de lui avoir balancé ça sans avertissement. Je tente de rattraper le coup comme je peux en m’écriant: — Oublie ce que je viens de dire. C’était ridicule. JE SUIS ridicule.
Je le contourne et m’apprête à sortir de la salle de bain, quand un bras s’enroule autour de ma taille. Christophe me ramène près de lui et enfouit son visage dans mes cheveux. Et là, collé contre moi, il murmure…
Christophe
— … Je pense que je suis en train de tomber amoureux, moi aussi…
Elle relève brusquement la tête et plante ses yeux dans les miens. Aussitôt, je me sens idiot d’avoir lâché une telle bombe. Surtout que je n’ai même pas pris la peine d’y réfléchir. C’est venu tout seul. Sans que je puisse le retenir.
Mais le plus surprenant, dans tout ça, c’est que… ce n’est que la stricte vérité.
Tandis que je la regarde me dévisager pour s’assurer que je suis sincère, je ne peux que me rendre à l’évidence: je ne sais pas comment elle s’y est prise, je ne sais pas si c’était voulu ou non, mais… elle a réussi à me faire flancher. À traverser mes défenses. À se tracer un chemin jusqu’à mon cœur.
Et maintenant, je ne me vois plus sans elle. Je ne sais pas comment je pourrais la laisser partir, demain, à la fin du week-end. D’ailleurs, il n’en est tout simplement pas question. D’un ton ferme, je déclare: — On va se revoir, c’est forcé.
Un magnifique sourire s’étire sur son visage, tandis qu’elle se redresse légèrement pour se trouver à ma hauteur.
— T’es… t’es certain? me demande-t-elle, hésitante.
Je hoche la tête en lui rendant son sourire. Oh que oui. — T’habites dans quelle région?
— Montréal. Mais je peux déménager, ajoute-t-elle rapidement. En fait, je vis chez une amie en attendant de… de trouver le condo de mes rêves, quoi. Et toi?
Je me penche pour l’embrasser rapidement, de plus en plus enthousiaste. — Montréal aussi, dis-je, fébrile. J’ai bien l’impression qu’on va se revoir souvent… Et pour le déménagement, attends un peu. On sait jamais.
Elle écarquille les yeux, pas trop certaine de ce que je viens de lui dire. J’explique, le cœur battant:
— Je veux dire… on sait jamais. Si… si ça fonctionne, nous deux, on pourrait…
Je renverse la tête vers l’arrière, me trouvant décidément trop rapide en affaires. Je ne peux quand même pas l’inviter à venir vivre chez moi dès maintenant! En tout et pour tout, on a passé moins de quarante-huit heures ensemble. Elle murmure, la voix tremblante:
— Si t’es en train de dire ce que je crois que t’es en train de dire… Tu… tu es…
— Complètement fou, ouais.
Je baisse les yeux et renchéris:
— N’empêche que d’ici cet été, si t’as toujours rien trouvé, ça pourrait devenir une option envisageable, il me semble. Ça nous laisserait quelques mois pour nous préparer à faire le grand saut.
— T’as déjà vécu avec une fille, auparavant?
Je secoue la tête.
— Jamais. Ça me tentait pas, avant… avant toi. Mon intimité, ç’a toujours été ben important.
— C’est quoi la différence avec moi?
— Je sais même pas. Je le ressens ici, dis-je en pointant ma poitrine et mon cœur, plus précisément. Ça me fait pas peur du tout. Au contraire. J’ai la conviction que c’est exactement ce qu’il faut qu’on fasse. Ben… si t’es d’accord, évidemment. Je veux pas prendre la décision sans te consulter.
Elle hésite avant de mentionner:
— Le seul problème que je vois, c’est…
Je sens mes espoirs fondre comme neige au soleil. J’essaie de ne pas le montrer, mais elle ajoute sans attendre:
— En fait, c’est pas vraiment un gros problème. C’est juste un détail, mais… un pas pire détail pareil.
— Qu’est-ce qu’il y a?
Elle se mord les lèvres avant de souffler:
— Ben… ta fortune…
— Ah… ça…
— Écoute, je sais que tu vas hériter d’un énorme montant. En plus, il va sûrement falloir que tu gères toutes… toutes ces choses. Je sais même pas ce que ça représente, en fait.
— Bah… c’est un réseau d’hôtels, de bars et de restaurants, c’est tout, dis-je, sans prendre la peine de lui mentionner que j’ai déjà tout balayé ça de la main un peu plus tôt aujourd’hui.
— C’est tout? Christophe! Il y en a pour des milliards de dollars! — Pas tout à fait, dis-je en grimaçant.
— En tout cas, peu importe le montant dont tu vas hériter, ce que je veux dire, c’est que je veux pas me faire entretenir par un homme. Je veux continuer de travailler. J’adore ça, être représentante Suppercare. Mais ça signifie aussi que je pourrai pas nécessairement payer la moitié de nos dépenses. C’est plate, penser à tout ça, je trouve. D’un autre côté, on a pas le choix, quand on décide de faire vie commune.
Je soupire et expulse l’air de mes poumons. J’avoue que je n’avais pas réfléchi à la question. Le sujet de ma famille et de mon héritage ne m’a jamais tellement intéressé. De toute façon, je gagne déjà très bien ma vie en tant qu’ingénieur en robotique avec mon entreprise. Et puisque l’héritage n’est plus d’actualité… Sauf que je ne me sens pas encore prêt à le dire à Florence. On aura encore bien du temps pour en discuter. On verra comment on affrontera les difficultés lorsqu’elles se présenteront à nous.
C’est ce que j’ai envie de lui répondre, mais au lieu de ça, je décide de faire une trêve de sujets délicats.
— Si t’es d’accord, on en parlera demain… ou cette semaine, quand on sera revenus dans notre quotidien. En attendant… qu’est-ce que tu dirais de la prendre pour vrai, cette fameuse douche?
J’accompagne ma proposition de petites caresses sur ses fesses. Elle réagit en se tortillant et en riant tout bas. Je cesse mon manège et fais remonter mes mains au niveau de sa taille, que j’attire vers moi. — Je te l’ai dit, je savonne vraiment très, très bien… — T’es un peu un expert, donc, répond-elle, taquine. — Absolument. T’as vu ces mains? dis-je en les relevant dans les airs. Elles sont trèèès douées pour faire à peu près n’importe quoi sur ton corps. — Je pense que je vais avoir besoin d’exemples… C’est pas assez concret, pour le moment.
Je mets aussitôt sa demande à exécution et je parcours ses épaules de mes paumes avant de les faire descendre. Lorsque je parviens à son ventre, je soulève son chandail, afin de le faire passer par-dessus sa tête. Elle se redresse et s’installe sur les genoux, face à moi. Ça me permet de la déshabiller sans problème. Je lui retire son soutien-gorge dans la seconde suivante, puis je l’incite à se remettre debout.
Bonne joueuse, elle obéit sans se rebiffer. Je fais glisser sa jupe sur ses hanches en même temps que sa culotte. Bientôt, elle se retrouve complètement nue. Je me penche vers la douche, située derrière elle, et tourne le robinet. Je vérifie la température de l’eau et je la guide pour qu’elle y pénètre afin de s’y réchauffer.
Ça tombe bien, car son corps commençait à frissonner. Sans la lâcher des yeux, j’enlève mes vêtements à mon tour et je vais la rejoindre sous le jet. Elle attrape le savon la première et, en me lançant un clin d’œil, elle se met à me le passer sur le torse, le ventre et les épaules.
Je la laisse faire sans rien dire. Je ferme simplement les yeux pour mieux apprécier son contact. Mais je ne peux retenir un gémissement quand elle me contourne pour continuer avec mon dos et mes fesses. Je sens ensuite ses mains encercler ma taille pour caresser mes abdominaux… mon ventre… le début de ma toison pubienne. J’incline la tête vers l’arrière en marmonnant:
— C’est moi qui devais te laver… pas l’inverse. — Tout à l’heure… ce sera ton tour après moi.
Mais quand elle agrippe mon sexe de sa main, je grogne et j’oublie bien vite mes belles promesses. Je la laisse me toucher, mais je la repousse quand je me sens sur le point d’exploser. Je pivote rapidement et pose mes paumes sur son visage pour l’attirer à moi et l’embrasser passionnément. Elle recule d’un pas devant la force de mon baiser et s’appuie au mur, derrière elle. Une de mes mains lâche sa joue et agrippe sa cuisse pour la soulever et la poser sur la mienne.
Elle colle son sexe au mien pour effectuer un mouvement de va-et-vient qui me rend vite fou. Je tente de reculer afin d’aller chercher un préservatif, mais elle murmure à mon oreille:
— Ce sera pas nécessaire. Je… je suis OK. Toi? — Moi aussi, mais… tu prends la pilule?
Elle me confirme qu’il n’y a aucune chance qu’elle tombe enceinte. Ne pouvant lui résister plus longtemps, je la saisis par les hanches et installe mon membre à l’entrée de son sexe avant de donner une solide poussée. Son cri et le mien se mélangent, tandis que nous nous laissons aller dans une valse endiablée que seuls les amants connaissent.
Au bout de trop peu de temps, elle émet un hurlement aigu, alors que je m’effondre sur elle, le corps lourd, le souffle court et les jambes chancelantes. Après plusieurs secondes, je relève la tête pour plonger mes yeux dans les siens. Une fois de plus, je ne peux me contenir et je lui souffle, totalement sincère:
— Je t’aime… C’est fou comme je t’aime.
Ce à quoi elle répond tout aussi passionnément:
— Moi aussi… Je t’aime tellement.
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