Oiseau de proie
Chapitre - 19
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Ça ne sert à rien de ruminer. Pourtant c’est ce que je fais, assise dans le noir sur le canapé.
Je suis en colère. D’après le docteur Holland, il est important que j’admette ce que j’éprouve, donc voilà : un vilain déversement d’émotions. J’en veux à la fleuriste de m’avoir donné l’impression que je ne valais rien. J’en veux à Bill d’être au cinéma avec sa saleté de fille alors qu’il devrait être en train de me réconforter. Et, bien sûr, j’en veux à Amber. Ses manigances. Sa façon de me suivre sournoisement. Sa volonté de me briser, sa possible connivence avec Henry.
Je m’en veux à moi, aussi. En prison, je me répétais toutes les nuits que je ne baisserais jamais plus la garde, que je ne revivrais plus la même situation qu’avec Henry. Et regardez-moi, je me transforme en lycéenne écervelée alors même que je ne voulais rien faire avec Bill. Je n’ai pas aimé sentir ses doigts sur mon corps, dans mon corps, ni ses lèvres humides qui écrasaient les miennes. Je n’ai pas aimé cette langue mouillée et inquisitrice. Son avidité qui violait tout ce qui me constitue : j’ai détesté, je l’ai fait uniquement parce que c’était nécessaire. J’aurais dû me rendre compte que, comme n’importe quel autre homme, Bill allait prendre ce qui l’intéressait et jeter le reste.
Tout à l’heure, je suis allée chercher le couteau que j’avais caché dans le salon et je l’ai posé sur mes genoux. La sensation n’a pas été aussi plaisante que je l’espérais. J’ai appuyé la pointe contre mon bras, pour essayer. Du sang est apparu, mais seulement après que j’ai appliqué une pression considérable. Je sens l’entaille palpiter, et c’est ce qu’il me faut actuellement. Quelque chose sur quoi me concentrer. Non, un couteau n’est pas une arme fiable. Il faut être proche pour blesser. Il faut aussi de la force, bien sûr, et on risque d’en mettre partout. Le couteau est l’instrument de la passion, de ceux qui se laissent guider par leur cœur et non par leur tête. Papa disait que le couteau de cuisine était le meilleur ami du boucher. Boucher. Oiseau boucher. Il a massacré beaucoup d’oiseaux avec ce couteau, principalement des poulets que nous mangions ensuite. Quand je pense à ce couteau, je revois sa lame fendre une peau marbrée et plumée. En dessous, la chair d’un rose nacré et les muscles étirés, tendus.
Des dindes, aussi, pour Noël. Comme j’ai pu détester ces Noëls avec Jane Marshall. J’en ai seulement enduré trois, je ne m’en sors pas trop mal. Le troisième a eu lieu peu de temps après qu’ils m’ont annoncé qu’ils allaient se marier. Elle voulait informer l’organisme pour lequel travaillait Papa, mais lui était inquiet. Ils n’avaient pas encore rendu leur relation publique ; ils avaient trop peur qu’elle compromette leur carrière.
Elle refusait systématiquement que nous mettions des guirlandes. Elle trouvait que c’était du consumérisme de mauvais goût. Nous avions donc du houx. Des branches de pin au-dessus des cheminées, au-dessus des portes. L’odeur puissante du bois humide envahissait le cottage. Certes, il n’y avait rien à reprocher à ses décorations. Mais elle en tirait une fierté insupportable, elle insistait pour que Papa la photographie sous le gui comme une adolescente aguicheuse.
Ce troisième Noël a été mémorable. Le lendemain, en tout cas. C’est ce jour-là que la santé de Jane Marshall s’est irrémédiablement dégradée.
Je lève le couteau pour que les lumières de la rue fassent briller le fil de la lame. Si je tue quelqu’un avec, ce sera sans conteste un meurtre. Une agression volontaire, violente et soudaine. Glisser quelques comprimés dans un verre de vin chaud, je trouve que ce n’est pas la même chose. Et puis il faut tenir compte de l’intention. Quand on n’a pas forcément l’intention de tuer mais que la personne meurt néanmoins, l’acte ne peut pas être qualifié de meurtre. La même chose vaut pour les expériences, qui relèvent davantage de la recherche que de l’émotion.
Je voulais voir ce qui se passerait si elle prenait trop de ses foutus médicaments. Je voulais la voir s’éteindre, perdre connaissance sur le canapé et s’en aller sans bruit. J’étais jeune ; je ne comprenais pas réellement que cette quantité de comprimés pouvait causer un arrêt cardiaque.
J’ai eu quelques remords par la suite. Toutefois je suis pratiquement certaine qu’elle aurait fini par m’avoir si je n’avais pas agi la première. En pensant à ces quelques jours, je me remémore des moments troublants. Je suis près d’elle sur le bord de la falaise, et soudain je sens sa main qui appuie dans mon dos. Qui s’apprête à pousser un grand coup, peut-être ; je n’en aurais pas été surprise. Elle voulait m’écarter, et elle était certainement prête à tout pour y parvenir.
Papa a été anéanti, bien entendu. Mais il savait qu’elle avait des problèmes de cœur, et le médecin a confirmé ce qu’il savait déjà : ça aurait pu arriver n’importe quand.
Médicaments ou non. Il existe une possibilité pour que sa mort n’ait eu aucun rapport avec eux.
La nuit a été mauvaise, je ne vais pas prétendre le contraire. J’en ai passé une bonne partie dans la salle de bains, assise sur le carrelage, la tête appuyée contre le mur. C’est le seul endroit frais que j’aie trouvé ; j’avais l’impression qu’un incendie avait éclaté dans la maison au milieu de la nuit, je ruisselais de sueur. D’ailleurs je me sens toujours un peu fébrile, j’ai peut-être attrapé froid.
Je commence à m’attacher à mon ordinateur. C’est une petite fenêtre sur le monde qui m’épargne de devoir m’y aventurer physiquement. Je commence aussi à prendre mes marques sur Internet, j’essaie de nouvelles recherches. Les chaînes d’information sont tellement sensationnalistes que j’en viens à m’interroger quant à ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. Ça n’a peut-être plus d’importance ; tout est une question de point de vue, de toute façon.
Je devrais peut-être candidater pour d’autres postes, montrer à l’agence pour l’emploi que je ne ménage pas mes efforts, alors que je suis clairement inemployable. J’ai quand même des réticences à me soumettre à tous ces examens successifs. Plus il y aura de personnes à savoir pourquoi je suis allée en prison, plus le risque sera grand que l’une d’elles fasse le rapprochement.
Une lettre atterrit sur le paillasson un peu après le déjeuner. Le bruit qu’elle fait en tombant me suffit pour deviner la taille de l’enveloppe. D’ordinaire le facteur ne passe pas à cette heure, ce qui me tend immédiatement. Une nouvelle lettre venimeuse ; je n’ai pas besoin de ça. C’est encore elle. Je devrais y aller tout de suite, lui ouvrir la bouche de force et lui faire avaler son torchon.
Pas d’adresse au recto, mais un nom : Robin, pas Ava. Écrit à la main. Rien de menaçant en apparence. Je me force à inspirer, à reprendre le contrôle. Ces réactions démesurées ne m’aident pas. Je déchire l’enveloppe et j’en sors une carte : un chiot à longues oreilles qui tient un bouquet de marguerites. Elle est de mauvaise qualité et le dessin est franchement immonde. Je l’ouvre quand même.
Est-ce que tu veux faire quelque chose tout à l’heure ? Un verre au pub ? Bisous, Bill
Pourquoi est-ce qu’il n’a pas frappé, tout simplement ? C’est davantage son style : direct et spontané. Cette carte pue les flirts idiots de cour d’école. Mais s’il a envie de jouer… Je repars dans la cuisine et j’attrape mon bloc-notes.
Ça dépend si tu m’invites. Bisous, Robin
Je me faufile à l’extérieur, passe discrètement le portail et glisse la feuille pliée en deux dans sa boîte aux lettres. J’entends un mouvement, quelque part dans le couloir. Je me carapate chez moi, un sourire narquois aux lèvres.
Quelques minutes plus tard, on sonne à la porte. Je le laisse poireauter. Je ne lui ai pas encore pardonné pour hier soir, ça va lui faire les pieds de se rendre compte qu’il n’est pas indispensable. Je finis tout de même par lui ouvrir.
« Quelle joie de te voir. » Ma voix est plutôt glaciale.
Il exécute une révérence, puis il se penche vers moi et m’embrasse sur la joue. « Bien sûr que je t’invite. Tant que tu ne commandes pas du champagne.
— Mais c’est ce que j’aime boire.
— Alors tu vas devoir être très gentille si tu veux que je te fasse ce genre de faveur. »
J’ai du mal à retenir une grimace. Nous ressemblons à deux personnages d’un roman à l’eau de rose mal écrit. Je lui demande, « Il était bien ce film, hier soir ? » et je m’appuie au chambranle de la porte pour l’empêcher d’entrer.
« Je me suis endormi vers la moitié. Amber n’a pas adoré.
— À ce point ? Tu aurais dû me proposer de venir avec vous. »
Il lève un sourcil. « J’ai pensé qu’il valait mieux laisser passer un moment avant que vous vous revoyiez, toutes les deux. Vous n’avez pas l’air de très bien vous entendre, et elle m’a dit que…
— Qu’est-ce qu’elle a dit ?
— Rien, je n’aurais même pas dû en parler. Alors, on va au White Horse ce soir ? Ils ont un bon choix de bières. »
Qu’est-ce qu’elle a dit ? Je scrute le visage de Bill, ça m’obsède. Je veux savoir. Si elle m’a cassé du sucre sur le dos, ou pire, si elle a commencé à semer les graines du doute en sous-entendant des choses à propos de mon passé, il faut que je sois au courant.
« Amber est vraiment une gentille fille. » Chaque mot dégouline de sarcasme et je vois qu’il s’en rend compte.
« Ne commençons pas, dit Bill en croisant les bras. Je préfère rester sur la nuit que nous avons passée ensemble.
— Ah bon ?
— Pas toi ? Ça a pas eu l’air de te déplaire, pourtant. »
J’ai miaulé comme un chat qu’on torture parce que c’est ce que les hommes attendent. S’il est tombé dans le panneau, c’est qu’il n’est pas très observateur. Probablement trop concentré sur son propre orgasme.
N’oublie pas de sourire. Bill est quelqu’un de bien, il le mérite. Je me fabrique une expression pleine de fausse pudeur qui me donne l’impression d’être une traînée. Je suis trop vieille pour jouer à ce jeu ; je n’ai même jamais été très douée.
« Je passe te prendre à 19 heures ? fait Bill. On pourra y aller ensemble.
— Disons 18. J’aimerais être rentrée de bonne heure. »
Un clin d’œil. « J’aime ta manière de penser. »
Oh, Seigneur. Ce n’est pas ce que je voulais dire. Sans m’en rendre compte, je viens de signer pour une nouvelle nuit de sexe. Je préférerais largement pouvoir dormir ; j’ai déjà du mal à garder les yeux ouverts.
Je réponds, « À tout à l’heure, donc », et c’est alors que quelque chose se brise derrière moi. Un fracas assourdissant, anormal, violent, qui me fait sursauter.
Des pensées décousues envahissent mon esprit et je m’efforce de donner un sens à ce qui vient d’arriver. Objet cassé. Menace. Oiseau boucher. C’est elle, ils m’ont trouvée, ils viennent me tuer. Bill me regarde bouche bée, et je m’aperçois que nos deux visages se répondent.
« C’était quoi, ça ? » demande-t-il, puis il se secoue et s’engouffre dans le couloir.
Je reste à cligner des yeux bêtement comme une chouette étonnée. C’était un bruit de verre. Beaucoup de verre. Mais c’est impossible – je n’ai pas beaucoup d’objets en verre. À moins que ce soit la fenêtre.
Quelqu’un a lancé quelque chose dans ma fenêtre, peut-être pour essayer de m’atteindre. Un engin explosif ? Une pierre qui m’aurait fendu le crâne ? Je refuse d’imaginer des crânes brisés, ça va déclencher les hallucinations, je vais te voir et… Stop.
Quand je rejoins Bill dans la cuisine, je m’attends à tout. Mais c’est encore pire que je ne l’imaginais. Le sol, l’évier, le plan de travail sont couverts de débris de verre scintillants. La fenêtre n’est plus qu’un trou béant qui laisse entrer le vent. Et au milieu de tout ça, il y a une brique. Une brique, bon sang, avec un mot attaché.
Bill se baisse pour la ramasser. Moi aussi. Nos mains se percutent.
Je feule, « Laisse. Elle est à moi.
— Robin, j’essayais seulement de…
— Ne la regarde pas. »
Il s’accroupit et il pousse un sifflement. « Eva ? C’est qui ? Ou Ava, j’ai pas eu le temps de lire. »
Je suis consternée. Je suis une pelote qui se défait, qui se dévide au milieu des morceaux de verre. J’ai du sang sur moi : j’ai dû me couper le doigt. Je l’étale vivement sur le papier, il faut à tout prix que j’efface ce prénom. Il ne doit pas le voir, c’est hors de question.
Je réponds, « Ève. C’est un surnom.
— Un surnom ? Tu veux dire que tu sais qui a fait ça ? »
Réfléchis vite – plus vite. Il faut que les réponses jaillissent comme un torrent, surtout pas qu’elles stagnent dans ce silence, ou sinon il va avoir des doutes. Il a déjà des doutes, je le vois sur son visage.
« C’est mon ex. Il veut me récupérer, il n’arrête pas de m’attaquer. »
Bill fronce les sourcils. « Mais, l’autre jour, tu m’as dit que…
— Je sais, j’ai menti. Je suis désolée, je ne voulais pas te mêler à ça. »
Il fait un geste en direction de la fenêtre. « On peut pas le laisser faire. J’appelle la police.
— Non ! » Je lui attrape le bras. Il pousse un cri ; j’ai dû serrer un peu fort.
« Robin, on peut pas en rester là. Il est taré, ce mec. Tu es peut-être en danger. »
Je me demande qui a lancé cette brique. Certainement Amber, depuis le fond de leur jardin. Elle savait que son père serait là et qu’il lirait le nom sur le papier. Je vais la tuer. Je le jure devant Dieu, elle va le payer de sa vie. Cette sale vicieuse…
« Robin ? » Bill me tapote l’épaule, pas très sûr de lui. « Je n’aime pas du tout ça. Je m’inquiète. Est-ce que je peux lire ?
— Non, absolument pas.
— Montre-moi. Je peux t’aider.
— Non. »
Il faudrait que je fonde en larmes. Ça l’amadouerait, il prêterait moins d’attention aux incohérences de mon histoire. Mais les larmes de crocodile n’ont jamais été mon fort, et en plus ma colère m’empêche d’en verser. Je veux serrer le cou maigrichon de cette imbécile d’Amber entre mes mains, pas me mettre à pleurnicher comme une enfant.
« Il vaut mieux que tu y ailles, Bill. » Je tiens la brique dans mon dos. Je veux voir ce qu’il y a sur le papier, je veux lire ce que ces lâches d’Henry et Amber ont à me dire. Mais je ne peux pas tant qu’il est là.
« Je peux pas te laisser comme ça ; regarde l’état de ta cuisine. Il faut que tu appelles…
— J’appellerai tout à l’heure, c’est promis. » Je mens. « J’ai seulement besoin d’un peu de temps pour digérer. Je te demande de me comprendre.
— Tu ne veux pas au moins que je t’aide à ramasser…
— Non, franchement. Viens à 18 heures. Ça ira mieux. »
Je n’aime pas du tout son regard. J’y aperçois du trouble, et autre chose de plus dangereux. Il sent qu’il y a un problème, et son esprit est déjà en train d’essayer d’identifier ce qui le fait tiquer.
Il se relève, secoue sa chaussure pour en faire tomber quelques morceaux de verre. « Tu es sûre que c’est ce que tu veux ? demande-t-il avec circonspection.
— Certaine. Mais je te remercie de t’inquiéter pour moi, vraiment. »
Il laisse encore passer un moment et puis il s’en va. J’entends la porte se fermer et je recommence enfin à respirer. Cette situation ne l’enchante pas, mais il fallait s’y attendre. Je m’en occuperai plus tard, une fois que j’aurai pris le temps de digérer.
Le mot est attaché sans soin par un élastique. Jaune et épais, comme ceux de notre facteur. Encore un indice qui accable Amber. Des capitales d’imprimerie. Rien à tirer de l’écriture.
AVA
TON SECRET VA SORTIR SALE MEUTRIÈRE JE VAIS TOUT DIRE AUX JOURNAUX. TOUT LE MONDE VA SAVOIR QUI TU ES. JE SAIS CE QUE TU FAIS PARCE QUE JE T’OBSERVE.
Aussi succinct que délicieux. Je bute sur la faute à meurtrière ; je ne pensais pas Amber aussi ignorante. Mais l’allusion aux journaux : c’est elle, aucun doute. Elle a dû attendre que son père lui annonce qu’il passait me voir, elle est sortie sans bruit dans le jardin, elle a poussé le portail de derrière et elle a lancé la brique. Mon jardin est minuscule, il n’y avait pas besoin de beaucoup de force. Je suis sûre qu’elle a jubilé lorsque la vitre s’est brisée. Et qu’elle avait encore un grand sourire en rentrant se planquer, que son cœur battait d’excitation. Je me demande si elle a ri en imaginant mon visage terrifié et mes tentatives désespérées pour cacher la brique à son père.
Sans m’en rendre compte, je me suis laissée tomber sur le carrelage. Mes jambes baignent dans les éclats de verre, ma main libre aussi. L’autre tient toujours le mot. C’est curieux, je n’avais même pas conscience des entailles dans ma peau ni de la douleur. Je suis lacérée par la cruauté d’Amber.
Je ne vais rien dire à Margot. Pas tout de suite. J’ai d’abord besoin de rassembler mes idées et de réfléchir aux conséquences de mes actes. C’est ce que me recommande toujours le docteur Holland.
Mais ça ne va pas m’empêcher de m’occuper d’Amber et d’Henry. C’est une certitude. J’en ai marre de ce harcèlement, de cette torture psychologique. J’ai tiré ma peine, j’ai expié ma faute. J’ai passé des années à moisir en cellule, obligée d’écouter des cruches comme Ditz pleurnicher sur leur sort. Il est temps que j’arrête de jouer à l’oisillon fragile et que je devienne un prédateur. Je me lève et je passe une main sur mes jambes. Les morceaux de verre tintent en tombant, des sonorités flûtées, des notes de clavecin. J’ai du sang sur la peau, des mouchetures brillantes. Assez jolies à leur manière étrange et morbide.
La douleur m’aide à me concentrer et je pense, Merci. C’est un cadeau, je compte en faire bon usage.
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