Oiseau de proie
Chapitre - 2
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Ça ne devrait pas être aussi dur de sortir. Je le faisais tout le temps, avant. Mais ça me fait mal de repenser à l’aisance avec laquelle je franchissais la porte de l’appartement pour me joindre à la foule matinale qui montait dans le bus, me serrer contre des hommes en costume, des femmes avec des poussettes. Comment est-ce que je faisais pour être aussi courageuse au milieu des autres ?
Mon problème, c’est que j’aspire à des espaces déserts. J’ai besoin de prairies immenses et de falaises abruptes qui empêchent le reste du monde de venir me percuter. Cette ville est moins grande que Bristol, mais elle est tout de même trop peuplée pour que je m’y sente à l’aise. Hélas, je ne suis pas autorisée à aller dans des endroits plus naturels. Les termes de ma libération conditionnelle me tiennent en laisse.
Je procrastine, je repousse l’inévitable. J’en suis consciente, même pendant que j’arrose mes herbes aromatiques pour la deuxième fois et que je me mouche dans une feuille de Sopalin. Ces rendez-vous chez le psy ne sont pas facultatifs, ils font partie de mes obligations. Je dois y aller, et tout de suite. J’ouvre la porte et je sors. Ce n’est pas si terrible, maintenant que c’est fait. Le ciel est d’un bleu engageant, la rue est calme. Heureusement, il est encore tôt, il n’y a personne à l’horizon. Ça va. Je peux y arriver.
La marche à travers la ville n’est pas déplaisante. Je réussis presque à m’oublier l’espace d’un moment. Ma démarche est tranquille et confiante, mes yeux sont braqués droit devant moi. Je touche mes cheveux. Ils ont bien changé depuis la prison. Autrefois, j’avais de longues boucles soyeuses. Il ne me reste qu’une tignasse rêche, mais pour ce que ça change. Qui poserait sur moi un regard plein de désir, aujourd’hui ? Certainement pas Henry, s’il me voyait. Le plus probable est qu’il se délecterait de ma déchéance, me dirait que je l’ai méritée. Non, je me fais des illusions ; il préférerait me voir morte. Seule ma destruction pourrait étancher sa soif de vengeance.
Le cabinet du docteur Holland est situé dans un pavillon de banlieue, uniquement indiqué par une petite plaque en cuivre. La même surprise chaque fois que je viens : rien dans l’aspect de cette maison ne fait professionnel. Je sonne et j’attends.
Il ouvre rapidement, comme toujours. Il a une tache jaune sur sa chemise. Peut-être le jaune de l’œuf qu’il a mangé au petit déjeuner, ou bien une goutte de jus d’orange. Dans les deux cas, ça ne donne pas une bonne image de lui.
« Ah, Robin. » Il se met de profil pour me céder le passage. « Entrez, je vous en prie. »
Il me conduit à son bureau. Un fauteuil pour moi, semi-inclinable et recouvert de polycoton, tourné vers la fenêtre. Pour lui un fauteuil de cadre, en cuir, près de la table. Je suis obligée d’admettre qu’il a efficacement agencé le mobilier de façon à établir une hiérarchie.
Je m’assieds et le regarde s’asseoir à son tour. La pièce est envahie par une odeur de vanille étouffante. On a dû lui enseigner que ça calme les nerfs, ou une autre connerie du même genre. Pour ma part, c’est une odeur que je trouve artificielle et écœurante. Par conséquent l’odeur parfaite pour accompagner ces rendez-vous, qui se révèlent systématiquement inutiles.
« Comment allez-vous depuis la semaine dernière ? me demande-t-il en parcourant ses notes.
— Bien, merci.
— Excellente nouvelle. » Nos regards se croisent, puis il baisse les yeux. « Comment se passe votre réadaptation ? La semaine dernière, vous m’avez dit que vous aviez des difficultés à vous rendre à l’épicerie.
— Ça va mieux. Je suis venue à pied ce matin, c’était agréable.
— Magnifique, magnifique. La vie est douce à Exeter. C’est une ville active mais tranquille. Êtes-vous déjà allée dans le centre ?
— Non, pas encore.
— Nous pourrions l’inscrire dans notre plan d’action, ça vous donnerait un objectif. Il faut à tout prix éviter que vous redoutiez de sortir. Pour ça, le mieux à faire, c’est de combattre cette peur avant qu’elle s’enracine.
— Peut-être. »
Il attend un instant, puis il hoche la tête. « Comment dormez-vous ?
— Bien. » Je mens.
« Vous n’avez pas de mal à vous endormir ?
— Aucun.
— Pas de cauchemars ? Les notes du docteur Resner disaient que vous faisiez des cauchemars en prison.
— La prison est un endroit cauchemardesque.
— Moins ici que dans d’autres pays, croyez-moi, répond-il avec un tressaillement des lèvres. Donc, vous dormez bien, vous ne faites pas de cauchemars et vous sortez de chez vous. C’est un bon début. N’oubliez pas, Robin, si vous avez des problèmes, nous pouvons réfléchir à un traitement. C’est une possibilité.
— Est-ce que vous pouvez m’appeler Ava ? Au moins ici ?
— Non, ce n’est pas une bonne idée. Vous avez reçu un nouveau prénom dans le cadre des mesures de protection, nous devons continuer à l’utiliser. Les démarches d’anonymisation sont exceptionnelles et coûteuses ; tout le monde aimerait éviter de devoir tout recommencer.
— Mais Robin est un prénom minuscule. »
Ça le fait rire. « Il est plus long qu’Ava.
— Il m’étouffe.
— Parlons-en, alors. Dans quel sens est-ce qu’il vous étouffe ? »
Je sens que je m’effondre en moi-même. Ces conversations sont épuisantes. Je n’ai rien envie de lui communiquer, et je sais qu’il s’intéresse très peu à moi. Cette épreuve n’est qu’un cerceau de plus dans lequel on attend que je saute.
« Je n’ai pas l’impression d’être moi.
— D’accord. Vous préféreriez avoir l’impression d’être autre chose ?
— Je voudrais redevenir moi. Et je préférerais vivre ailleurs qu’ici.
— Vraiment ? Et où est-ce que vous iriez si vous aviez le choix ? »
Dans un endroit reculé. Sans personne. Où je pourrais être moi et vivre sans la peur des autres. Je ne dis rien de tout ça, évidemment. Je me contente de hausser les épaules d’un air vague. De toute façon, le docteur Holland s’en fiche ; tant qu’il est payé pour cette demi-heure de séance, il veut bien parler de n’importe quoi.
Prudemment, je réponds, « J’aimerais être libre d’aller où je veux. »
Il se penche vers moi. « Mais vous comprenez que ce n’est pas possible, n’est-ce pas ?
— Je comprends que la loi l’interdit aux criminels.
— Ce n’est pas tout à fait la même chose. Est-ce que vous vous considérez comme une criminelle, Robin ? »
Ava. Je n’en peux plus de ce faux prénom, sa sonorité suffit à me mettre hors de moi. Je lui rappelle que j’ai tiré ma peine jusqu’au bout.
« C’est vrai. Mais votre réponse est intéressante. Nous avons déjà parlé de la culpabilité ; lors de notre séance précédente, d’ailleurs. Il est capital d’accepter que nous ayons pu commettre des fautes, d’assumer nos actes. C’est quelque chose qui nous aide à nous en libérer. Assumez-vous d’avoir commis un crime ?
— J’ai été en prison.
— Oui, mais ce n’est pas tout à fait la même chose. Acceptez-vous votre crime ? »
Mon crime. On y revient toujours. Ça remonte à plus de vingt ans, mais ils ne me lâcheront pas avec ça.
« J’ai dit que oui, pendant mon audience de mise en liberté. »
Il scrute mon visage. Je suis un insecte sous un microscope.
Il me demande, « Est-ce que vous pensez souvent à ce qui s’est passé ?
— Avant la prison, vous voulez dire ?
— L’incident à cause duquel vous êtes allée en prison, Robin. »
Assez avec ce prénom ! La colère monte, épaisse et soudaine. Je pourrais attraper le presse-papiers sur son bureau et l’expédier dans son sourire plein de dents toutes droites. Les tailler en pointe et lui donner l’air du requin qu’il est. Là au moins il aurait quelque chose d’authentique, quelque chose de vrai.
Sans le regarder, je dis, « Vous parlez du meurtre.
— C’est bien que vous réussissiez à lui donner ce nom. C’est un progrès.
— C’est le nom que tout le monde lui donne.
— Les mots ont un pouvoir, n’est-ce pas ? Parfois, nous avons du mal à utiliser un mot précis parce qu’il est chargé de sens et parce qu’il provoque une certaine émotion en nous. »
Je me referme. Cette séance est plus pénible que la dernière. Je choisis de me concentrer sur les tableaux derrière lui. Un cottage blanchi à la chaux au milieu d’une prairie vallonnée. Des vagues qui déferlent dans une crique. Ce pourraient être des photos de mon enfance, disposées devant moi pour que je m’y coule.
Ce serait tellement plus facile d’être à nouveau là-bas.
Sur le chemin du retour, je me remets à penser à la prison. C’est une sensation étrange de porter une jupe au lieu du pantalon réglementaire. D’inspirer de grandes goulées d’air frais. De fouler un trottoir et pas un lino gris constellé de trous. Je devrais y prendre davantage de plaisir. Mais je ne fais que penser aux femmes que j’ai laissées derrière moi. Ce n’étaient pas des amies. La plupart étaient même objectivement mauvaises. Mais des êtres humains ne méritent-ils pas une vie meilleure que celle-là ? Apparemment pas, à en croire l’avis général. Il est plus facile de cacher les problèmes que d’essayer de les résoudre.
Je ferme les yeux et j’imagine que Ditz marche derrière moi, avec ses chaussures qui crissent sur le sol. Elle ressemblait à une petite souris. Sa voix stridente, ses gestes menus. Dès le premier jour, lorsqu’elle est entrée dans la cour de promenade, j’ai remarqué sa terreur, son regard qui voletait d’un mur à l’autre. Il faut dire que la prison n’est pas un endroit franchement accueillant : un espace large et où tout résonne, avec des chaises en plastique froid et des tables branlantes ici et là. Sans compter le brouhaha incessant des femmes qui marmonnaient, grommelaient, éclataient de rire de temps à autre.
Elle y a identifié un environnement hostile, à craindre, et elle ne s’est pas trompée. Au fond, cette prison n’était qu’une cage. Une grande cage dangereuse, sans nulle part où se cacher, peuplée d’une foule de créatures sauvages, mortelles et prêtes à bondir. Elle était désarmée. La première fois que je lui ai parlé, c’était dans la cour et nous regardions à travers le grillage la route qui passait au loin. Je lui ai demandé son prénom, même si je le connaissais déjà. J’ai presque cru, l’espace d’un instant, qu’elle allait s’évaporer quand je lui parlerais, qu’elle était toi, que tu étais revenu me hanter sous une forme différente.
J’ai eu peur d’elle, au tout début. Une bonne intuition, lorsqu’on sait comment les choses ont tourné. Sa mort, les détenues qui me harcèlent, le surnom d’Oiseau boucher qui résonne dans les couloirs après l’extinction des feux. Si j’avais su ce qui arriverait, je ne me serais pas approchée de Ditz. Mais je suis venue à elle, je lui ai dit que nous étions voisines de cellule. Elle a cligné de ses yeux bovins et m’a adressé un sourire de soulagement. Le mur qu’il y avait en elle s’est effondré sans plus de résistance, vaincu par son besoin d’avoir quelqu’un qui prenne soin d’elle. Je pense que c’est ce qu’elle désirait le plus au monde. Être protégée contre la tempête de la vie.
Cette confiance, cet espoir borné, me faisait tellement penser à toi. Tu croyais que j’étais ton amie, que tu pouvais m’avouer que ta mère ne te voyait même pas, que ton père était tout le temps pris par son travail. Tu avais raison de te fier à moi, malgré tout. J’avais de l’affection pour toi, c’est la vérité.
Mais je ne vais pas penser à toi maintenant. Je vais plutôt diriger mes pensées vers Ditz ; c’est un peu moins douloureux de me souvenir d’elle. Ça ne date que de quelques mois. Curieux, ces souvenirs paraissent beaucoup plus anciens. L’existence était différente et je montrais à Ditz qui était la patronne, exactement ce que Papa aurait voulu. Sa précieuse sœur Babs n’était plus là pour veiller sur elle, il fallait donc que ce soit moi, car elle avait besoin qu’on lui apprenne la vie. C’est toi qui commandes, aurait dit Papa. Leur survie repose sur toi. Ne l’oublie jamais, et arrête de faire du sentiment.
Je crois qu’il parlait des oiseaux, mais ça s’applique tout autant aux humains.
Drôle de chose que l’amour. Aucun être humain ne semble pouvoir y résister, alors que c’est une idée en apparence tout à fait irrationnelle.
Henry m’a aimée, j’en suis convaincue. Non, ce n’est pas le bon terme. Trop ardent, trop propre. Il m’a désirée, il a voulu prendre possession de moi. J’étais une chose qui pouvait lui procurer du plaisir pendant un certain temps.
Il trouvait toujours un prétexte pour passer une tête dans notre bureau. Pour traîner autour de moi, lire mes notes par-dessus mon épaule. Il n’a pas fallu longtemps pour que ses mains frôlent mon cou, que ses doigts secs et râpeux caressent ma peau. Vu de l’extérieur, c’étaient des démonstrations de camaraderie ; de légères pressions visant simplement à manifester son soutien ou sa compassion. Mais je suis convaincue qu’il savait parfaitement ce qu’il faisait. La première fois qu’Henry m’a demandé si j’étais libre après le travail, j’ai réellement cru qu’il voulait que nous ayons une conversation amicale, rien de plus. Quelle naïveté. Ce que les gens et la presse ont dit de moi par la suite… ils se fourvoyaient tous. Ce n’était pas lui la victime, c’était moi.
J’ai accepté la proposition d’Henry. Mais ma réponse n’était pas une invitation à la drague, absolument pas. J’ai sûrement été flattée. Quand j’étais enfant, Papa ne prenait jamais le temps de me dire plus de dix mots par jour. Et voilà que cet homme beau et charismatique, aux épaules larges et à la taille étroite, écoutait ce que j’avais à dire au lieu de regarder ailleurs.
J’étais une proie facile.
En prison, le médecin m’a conseillé de grappiller tout ce que le passé recelait de positif. Voici donc ce que je conserve de ma rencontre avec Henry. Sa méthode de séduction, qui a prouvé son efficacité à long terme. Son attention dévouée, sa manière de me mettre en valeur ; tout cela, je l’ai reproduit sur Ditz des années plus tard. Même si ma relation avec elle était purement platonique, j’avais les outils pour l’accrocher à moi. Et ça m’a fait du bien, après toutes ces années de solitude.
Elle voyait en moi un substitut à sa sœur, la fameuse Babs avec son nom ridicule. Un diminutif de babillage, certainement, si elle ressemblait à Ditz. Du babillage vide et idiot. Les mères rendent un fier service à leurs enfants quand elles leur disent la vérité à propos du monde. C’est ce que je me suis efforcée d’inculquer à Ditz. Moins de babillages et davantage de conversations franches et directes. Je ne vois pas où est le crime.
Cet ordinateur est à la fois une merveille et une menace. Comme Margot me l’a recommandé, j’ai investi dans un appareil d’occasion, un modèle portable qui est resté toute une semaine sur la table de ma cuisine avant que je ne trouve le courage de m’en servir. Les ordinateurs existaient déjà avant mon incarcération, et nous en avions en prison, mais rien qui arrive à la cheville de celui-ci. Cet engin moderne est très différent.
L’Internet est un univers de savoir illimité. Je suis ébahie de pouvoir taper n’importe quel mot et de découvrir au bout de mes doigts une infinité de sites qui ne demandent qu’à être lus. Je cherche des images de Lundy, de Rum, de Sark, de toutes les îles sur lesquelles j’ai vécu. Elles n’ont pas changé. En les voyant j’ai un pincement au cœur et je touche instinctivement l’écran, je tends le doigt vers ces falaises verticales et ces vagues d’un bleu si profond.
Je trouve une photo d’un groupe de puffins des Anglais, nichés dans la terre meuble d’un rebord de falaise. Leurs yeux noirs m’attirent, attentifs et indéchiffrables. Je me remémore la sensation de leurs ailes entre mes mains, la fragilité de leur cou sous les plumes. Le battement de leurs pattes palmées contre ma main pendant que je posais la bague.
On les bague pour les comprendre, disait Papa. Pour les reconnaître quand ils reviendront.
Et s’ils ne reviennent pas ?
Ça voudra dire qu’ils nous ont abandonnés. Ou bien qu’ils sont morts.
Comme Maman ?
Non. Rien à voir. Il y a des créatures importantes, et d’autres qui ne le sont pas.
Je me demandais ce qui était le plus important. Ma mère ou les oiseaux.
Nous ne restions jamais très longtemps au même endroit, nous menions une vie nomade. La carrière de Papa l’imposait. Il était la planète qui me tirait, moi, la petite lune à sa traîne. Les rares personnes dont nous faisions la connaissance, des collègues ornithologues, le traitaient toujours avec le respect qu’il inspirait. Quant à moi, j’avais à peine droit à un bref regard. Ces fous d’oiseaux étaient dans leur monde à eux.
Passer inaperçue n’a pas que des inconvénients. J’étais libre de me promener à ma guise, d’explorer sans qu’on me retienne ou qu’on me pose des questions. J’avais les genoux incrustés de boue à force de ramper dans les grottes et les marais. Les ongles noirs et fendillés. J’étais un animal enveloppé et entouré par la nature sauvage, en liberté. Papa me demandait seulement de me laver de temps à autre, en général quand il recevait un éminent confrère dans un des cottages que nous louions. Ou une consœur, bien sûr. La professeure Jane Marshall, célèbre chercheuse et bientôt tellement plus. Rien ne comptait autant pour lui que le regard des autres. Il fallait donc que les apparences soient préservées.
La nuit commence à tomber. Derrière la fenêtre de ma cuisine, le jardin est une étendue grise, lavée de ses couleurs. Minuscule et insipide, comparé à ce que j’ai connu.
Petite fille, je me baladais seule sur ces falaises, je m’agrippais à la terre et fouillais les recoins pour y trouver des nids. J’entends presque Papa crier mon nom dans l’obscurité. Le bruit d’une claque sur mon oreille quand je faisais trop de bruit.
Une drôle d’enfance, certainement.
Je ne l’ai pas tué. Papa, je veux dire. Après ce qui est arrivé, on m’a accusée de tout un tas de choses. Les théories tarabiscotées abondaient sur la quantité d’autres morts qui pouvaient émailler mon passé. Des meurtres déguisés en accidents. Naturellement, aucun de mes accusateurs n’a jamais trouvé la moindre preuve étayant sa haine. Je n’ai rien à voir avec la mort de Papa. C’est la vérité. S’il y avait bien une personne au monde à qui je n’aurais jamais pu faire de mal, c’était lui, même si l’envie ne m’en manquait pas. Au bout du compte, la vie ou la mort, ça se résume à celui qui est le plus important, mais je crois que personne à part lui ne l’a jamais compris.
Toi non plus, je n’aurais jamais pu te faire du mal sciemment. J’avais une telle tendresse pour ton visage franc et ton nez retroussé, ta gaucherie d’adolescent. Mais je t’ai fait du mal. Tout a déraillé, mais c’est Henry le responsable.
Personne ne m’a crue. Comme le disait Papa, certaines personnes comptent plus que d’autres. La catégorie dans laquelle ils voulaient me placer n’a jamais fait le moindre doute.
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