Passe temps T2 : L'avenir au passé

Jean-Pierre Charland · Chapitre 8 sur 25

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Passe temps T2 : L'avenir au passé

Chapitre 8

 

En revenant à l’université, Iris expérimenta l’achalandage de fin d’après-midi dans le métro. Et une fois dans le wagon, ce fut la surprise: la plupart des sièges étaient occupés par des hommes, le plus souvent jeunes. Ils se précipitaient, au risque de bousculer quelqu’un, pour y prendre place.

En 1924, tout le monde les aurait qualifiés de goujats. Posséder des «téléphones qui font tout» paraissait incompatible avec le plus élémentaire savoir-vivre, parce qu’une fois assis, ils contemplaient leur petit écran en faisant abstraction de tous les êtres vivants.

La jeune femme descendit à la station Édouard-Montpetit pour suivre le boulevard du même nom. Au cours des deux années précédentes, elle avait rencontré Montpetit à quelques reprises, tout comme d’autres professeurs de l’Université de Montréal, dont Lionel Groulx. Voir ainsi leur nom attribués à des équipements publics lui tirait un sourire.

Dans l’ascenseur de l’Annexe, Iris salua d’un mouvement de la tête quelques-uns des autres locataires. En arrivant devant la porte de la chambre, elle glissa sa clé dans la serrure et se retrouva face à Samuel. En l’entendant, il s’était précipité pour l’accueillir.

— Je suis content de te voir, l’accueillit-il en la prenant dans ses bras.

Ainsi, bien qu’il ait insisté un peu pour la faire sortir de cette chambre, il s’était réellement inquiété pour elle.

— Moi aussi. Tu as reçu mes messages?

— Oui. Et toi, as-tu reçu le mien?

— Non…

— Tu n’as pas entendu un petit “bip”?

— Enfin, oui, mais je n’ai pas pensé que ça m’était destiné.

Après avoir récupéré son téléphone dans son sac, elle l’embrassa avec fougue et lui susurra: «Moi aussi.» C’était l’effet de son texto: «Je t’aime, ma chérie.»

— J’espère que pendant ta promenade, tu n’as pas pris de rendez-vous pour samedi soir prochain, parce que je nous ai acheté des billets pour l’Orchestre symphonique de Montréal.

— Mon charme n’a opéré auprès de personne, parce que je n’ai ni tatouages ni déchirures à mon pantalon.

— Toi et moi, nous sommes démodés.

Ils se retrouvèrent assis sur le lit pour parler de la magnificence de la basilique. Samuel regrettait maintenant de ne pas avoir choisi la suite de catégorie supérieure, celle qui était équipée d’un canapé. Si leur séjour devait se prolonger, il demanderait de changer.

Après un court silence, Iris aborda un autre sujet:

— Je n’ai pas de vêtements pour assister à un concert de l’Orchestre symphonique.

— Je suis certain que bien des femmes ne seront pas plus élégantes que tu l’es présentement.

Une très mauvaise réponse: cela revenait à dire qu’elle ne l’était pas non plus. Tout de suite il tenta de se corriger:

— Tu as amplement le temps d’aller t’acheter quelque chose de plus chic.

 

Le lendemain, ce fut ensemble qu’ils montèrent dans la voiture pour aller faire des achats. Par curiosité, Iris avait demandé d’aller dans un commerce qu’elle avait déjà fréquenté à son époque.

— Il y a bien Ogilvy, mais mis à part l’édifice, tout est différent. Même l’entreprise. Ça s’appelle Holt Renfrew Ogilvy.

— C’est très cher… Je pensais plus à Dupuis.

— C’est fermé depuis longtemps. En plus, je suis prêt à faire des folies.

Le couple se rendit rue Sainte-Catherine, à l’ouest. Dès qu’elle vit l’édifice, Iris commenta:

— Je reconnais l’endroit, mais tu as raison, cela a beaucoup changé.

— Attends de voir l’intérieur.

Même avertie, Iris demeura immobile quelques minutes après avoir franchi les grandes portes. Les murs blancs, les escaliers automatiques, l’éclairage qui faisait penser au grand soleil, tout la laissait bouche bée. Et partout, il y avait des sapins lourdement décorés, des guirlandes, des étoiles et des pères Noël barbus et obèses.

Samuel entraîna la jeune femme vers un escalier mécanique en lui prenant le bras, car ce genre d’équipement la rendait hésitante. En entrant dans le magasin de chaussures Gucci, Samuel se donna la peine de préciser:

— Ici, tu peux regarder, mais pas acheter.

Puis ce fut Dior, Louis Vuitton, Fendi et Saint Laurent de Paris.

— Ce n’était pas une bonne idée, ce n’est pas pour nous, ici.

— Passons quand même chez Holt Renfrew. Tu verras du très, très cher, et du très cher.

Dont une petite robe bleu nuit Theory coûtant plusieurs centaines de dollars. La jeune vendeuse connaissait son métier, car en voyant Iris avec le vêtement dans les mains, elle s’exclama:

— Avec votre silhouette, elle vous ira très bien. Il faut absolument l’essayer.

Iris jeta un regard à Samuel, qui hocha la tête. L’idée de la voir dans un vêtement moderne lui plaisait, aussi il les suivit. Elle sortit de la cabine d’essayage pour venir se planter devant un grand miroir. La vendeuse formula des compliments justifiés. Effectivement, la robe très cintrée la découpait joliment. Elle s’approcha de lui:

— Qu’en penses-tu?

— Je trouve ça ravissant.

Sauf qu’elle attirerait certainement l’attention, ne serait-ce qu’à cause de la longue fermeture éclair allant du bas du dos jusqu’à l’encolure.

— Un vêtement de ce prix, porté une seule fois, c’est déraisonnable.

Lorsqu’ils redonnèrent la robe à la vendeuse, celle-ci se désintéressa d’eux aussitôt. Quand Iris revint vers son compagnon, elle présentait un visage un peu gêné.

— Rien ne dit que tu porterais cette robe une seule fois, lui fit-il remarquer. Nous sortirons certainement à quelques reprises pendant ce séjour-ci, et je suppose que nous reviendrons. Qui sait, dans vingt ans, tu pourrais la porter encore. Puisque nous serons toujours à la même époque, elle ne se démodera pas.

— Tout de même, allons dans un endroit où il n’y a pas que des robes à cinq cents dollars.

 

— Jamais je n’ai mis un pantalon pour aller au concert, déclara Iris.

En réalité, jamais elle n’avait enfilé un pantalon sauf pour marcher dans la nature. Les confesseurs insistaient même pour que les femmes ne se livrent à aucune activité sportive dans une tenue aussi suggestive. C’était avec de longues jupes qu’elles devaient pratiquer le tennis, le ski et la raquette.

— On voit tout, précisa-t-elle en se plaçant de profil avec une main sur une fesse, pour mieux exprimer sa pensée.

— On ne voit rien qui offense l’œil, je t’assure.

Le pantalon noir, en laine mêlée à une fibre synthétique, n’était pas exagérément serré, tout en l’étant trop pour une personne née en 1893. Il en allait de même du chandail et de la courte veste qui complétaient l’ensemble. Samuel portait son uniforme universitaire habituel: un pantalon de toile, un chandail et un veston tweed.

— Nous pouvons y aller?

Le concert commencerait à dix-neuf heures trente, mais ils avaient prévu de manger juste avant, à la Place des Arts. Le trajet en voiture ne durait pas très longtemps, et comme il avait eu la sagesse de réserver une place de stationnement, inutile de compter une heure pour trouver où se garer.

En descendant du véhicule, Samuel suggéra:

— Nous allons laisser nos manteaux dans le coffre.

— Tu sais que je suis frileuse.

— Rassure-toi, nous ne sortirons pas dehors.

Ils empruntèrent un escalier automatique pour déboucher près d’une librairie, puis parcoururent encore quelques pas jusqu’au restaurant Seingalt. Iris consulta la montre à son poignet:

— Nous avons jusqu’à quelle heure?

— Comme il y a toujours un embouteillage à l’entrée au moment de montrer les billets, mieux vaut partir d’ici un peu avant sept heures. Le service est toujours rapide, parce que le soir, tous les clients sont ici pour aller voir un spectacle.

Elle regarda autour d’elle afin de comparer sa tenue à celle des autres femmes.

— Elles sont plus élégantes que moi, murmura-t-elle.

— Tout comme les hommes le sont plus que moi. Mais nous, nous avons la jeunesse et la beauté.

La plaisanterie lui tira un sourire amusé.

— Que vas-tu prendre? voulut-elle savoir.

— Quelque chose avec des frites. Et toi?

— Ces coquillages, c’est vraiment bon?

Du regard, elle désigna l’assiette placée sur une table voisine.

— Je n’aime pas les moules, mais c’est très populaire. Tu veux essayer?

La jeune femme secoua la tête de droite à gauche. Finalement, ce serait du poisson avec un verre de vin blanc pour elle, de la viande et de la bière pour lui. Bientôt, Samuel présenta son téléphone à l’une des employées postées à l’entrée de la Maison symphonique, puis ils entrèrent.

— Tu n’as pas les billets? s’étonna Iris.

Il lui montra son écran.

— Ça remplace tout. Nous serons assis dans les corbeilles, au niveau de la mezzanine. Ce sont de bonnes places compte tenu du fait que j’ai fait les réservations à la dernière minute.

Ils montèrent les escaliers jusqu’au bon niveau. Au passage, il lui demanda si elle voulait quelque chose à boire. Iris déclina.

Plus tard, elle s’extasiait sur toutes les surfaces recouvertes de bois de hêtre.

— Venais-tu souvent ici?

— Quelques fois. Mais j’ai écouté infiniment plus de concerts sur mon téléviseur ou encore sur mon téléphone.

Essentiellement parce que sortir seul le déprimait, et que les personnes susceptibles de l’accompagner avaient été rares dans sa vie.

 

La veille, Samuel avait déposé le petit contenant de plastique reçu à la clinique sur sa table de chevet en disant:

— J’espère que tu voudras bien m’aider demain matin.

— Ça signifie que…

— Tu sais, un spermogramme, c’est pour mesurer la quantité et la qualité des spermatozoïdes. Ça ne peut pas être péché, c’est ultimement dans le but de concevoir.

En même temps, il lui adressait un sourire un peu moqueur, s’amusant de son malaise.

— Bon, ça me laisse toute la nuit pour soupeser le pour et le contre, répondit-elle, sceptique.

Finalement, comme Iris se leva anxieuse à cause des examens à venir, Samuel n’aborda plus le sujet. C’est dans la salle de bains exiguë, en se remémorant les étreintes récentes, qu’il s’occupa de la petite offrande à l’infirmière.

En entrant dans la clinique, il présenta un sac à la réceptionniste:

— J’ai compris qu’il fallait disposer de ceci rapidement.

— Oui, bien sûr, venez avec moi.

Samuel remit lui-même le sac et son contenu à l’infirmière.

— Je m’en occupe tout de suite. Attendez-moi dans la salle, j’irai vous chercher dans quelques minutes.

Bientôt, Samuel et Iris entraient chacun dans un local où se dévêtir. Plutôt que d’endosser l’une de ces absurdes jaquettes d’hôpital, Samuel mit un peignoir devenu très doux à force d’avoir été lavé. Puis il attendit qu’une technicienne vienne le chercher.

 

Iris était dans un endroit où s’alignait une demi-douzaine de casiers métalliques. La feuille reçue la semaine précédente contenait des informations détaillées. Elle devait enlever son pantalon et ses dessous, mettre ses vêtements sous clé, et aller attendre dans la pièce attenante avec les pieds couverts de curieux chaussons de papier.

Toutefois, puisqu’elle avait ses règles, elle garda sa culotte et, collée au fond, une serviette hygiénique.

— Madame Duval? Venez avec moi, fit une infirmière qui venait d’entrer.

Dans une pièce minuscule, elle jugea l’équipement étrange et aperçut un objet trop familier: l’une de ces tables d’examen avec des étriers métalliques.

— Vous pouvez accrocher votre peignoir et vous installer.

La patiente s’exécuta. Devant le visage surpris de la technicienne, elle se justifia d’une voix désolée:

— Mes règles ne sont pas tout à fait terminées.

— Mais vous devez quand même l’enlever pour cet examen.

Rapidement, la femme la couvrit partiellement avec une serviette et prit un appareil pour l’enduire de gel.

— Ce sera un peu froid.

Iris ferma les yeux et serra les mâchoires quand l’objet toucha son ventre. Pareille anxiété la rendait pitoyable.

— Vous savez, beaucoup de clientes aiment regarder l’écran.

Iris ouvrit les yeux et balbutia:

— Je ne distingue pas grand-chose.

— C’est une question d’habitude. Je vous assure toutefois que tout semble normal.

La technicienne lui présenta un état des lieux. Ensuite, elle rangea son appareil pour en prendre un autre de forme cylindrique. Elle lui demanda d’avancer son bassin et de mettre ses pieds dans les étriers.

— Dans un instant, ce sera terminé. Encore une fois, ce sera froid.

L’examen parut terriblement intimidant et inconfortable à Iris. Cette fois, l’écran ne put la distraire de son embarras.

— J’ai terminé, vous pouvez remettre vos vêtements et retourner dans la salle d’attente.

Iris descendit de la table et endossa le peignoir. La main sur la poignée de la porte, elle murmura:

— Merci, madame. Je suis désolée… Je n’ai pas l’habitude.

— Et personne ne souhaite s’habituer à ce genre d’examen, répondit la technicienne avec un sourire.

Deux ou trois minutes plus tard, Samuel vint la rejoindre.

— Alors? la questionna-t-il tout bas.

— Pour une enfant de Marie, ce n’était pas évident. Et toi?

— Il n’y a rien à dire.

— Pouvons-nous partir?

— L’infirmière doit nous donner les résultats des tests de la semaine dernière.

Il s’écoula plus d’une demi-heure avant que celle-ci se manifeste. Dans la même petite pièce que la semaine précédente, ils reçurent chacun leurs résultats:

— Il n’y a absolument rien à signaler, commença-t-elle. Tout est négatif.

— … Négatif? demanda Iris.

— Dans un bureau de médecin, le mot “négatif” veut dire que c’est une bonne nouvelle, et positif, une mauvaise. Nous n’avons trouvé aucune trace de syphilis, de chlamydia, de gonorrhée ou de sida, précisa l’infirmière avec un sourire.

— J’ai eu la syphilis.

— Elle a été traitée avec de la pénicilline?

Iris fit oui de la tête.

— Il n’en reste plus de trace.

— Et quels sont les résultats de l’examen d’aujourd’hui?

— Il est trop tôt pour le savoir. Normalement, vous pourriez en prendre connaissance dès ce soir sur le site de la clinique, mais comme beaucoup de personnes ont pris congé pour les Fêtes…

Évidemment, puisque les voyageurs du temps étaient condamnés à revenir quelques secondes après leur départ, il était impossible de choisir une meilleure date pour les consultations.

Dans le stationnement, Iris demanda:

— Je connaissais la plupart des maladies dont l’infirmière a parlé, pas le sida par exemple.

— C’est une maladie transmissible sexuellement qui est apparue dans les années 1980. Pendant une quinzaine d’années, le diagnostic signifiait une mort annoncée. Puis des thérapies ont été développées, permettant de vivre longtemps, sans toutefois obtenir une véritable guérison. Tu sais, quand Gustave me parlait de Stovarsol, cela me faisait penser aux traitements pour le sida, qui allongent la vie sans que l’on soit certain de s’en être débarrassé tout à fait.

Comme ils arrivaient à la voiture, la jeune femme posa ses lèvres sur sa joue et dit:

— Je ne te remercierai jamais assez.

— Ta présence est un remerciement à lui seul.

Une fois derrière le volant, Samuel demanda:

— Ça te dit de faire un tour dans la grande roue dans le port? Nous pourrions aussi manger dans le coin.

— Avec plaisir!

 

Le musée Pointe-à-Callière avait été établi sur le site de la fondation de Montréal en 1992, lors des célébrations du 350 e anniversaire de la ville. La forme triangulaire de l’édifice, nommé l’Éperon, rappelait l’allure d’un édifice autrefois établi sur le même site. Si ce musée d’archéologie et d’histoire ressemblait à une bâtisse du dix-neuvième siècle, le béton, le métal et la pierre lui conféraient une allure résolument moderne.

Samuel stationna sa voiture sur le Grand Quai, puis ils marchèrent une centaine de mètres pour se rendre à destination.

— Peux-tu imaginer Maisonneuve et son petit groupe de colons à cet endroit il y a 382 ans, mangés par les mouches noires?

— À l’école, les religieuses insistaient surtout sur la première messe célébrée sur place, avec des bouteilles remplies de lucioles pour faire office de cierges.

— Tu viens d’une époque plus poétique que la mienne. Nous pourrions visiter le musée après le repas, si tu veux. Et tu vois la grande roue, là-bas?

À moins d’un kilomètre, elle était bien visible.

— Nous pourrons y aller à pied, avança Iris.

Depuis le bistro L’Arrivage, ils avaient une vue parfaite sur le parc de Dieppe. L’endroit offrait un bel exemple de style industriel, avec ses poutres et ses colonnes de béton et ses conduits de ventilation en métal près du plafond. Les mets du jour étaient affichés sur un tableau noir. Aussi, tous les deux indiquèrent leur choix à la serveuse venue prendre la commande. Quand ils furent seuls, Iris l’interrogea:

— Avant de me rencontrer, tu mangeais toujours de cette manière? Je veux dire, copieusement et au restaurant?

— Je ne me privais pas de ces petits plaisirs, même si je préparais la plupart de mes repas. Et c’était souvent très sommaire et mauvais.

Comme elle lui adressait un sourire en coin, il ajouta:

— Je me nourris mieux maintenant. Cela dit, en vacances, je fais toujours des excès. Alors je pensais t’inviter à un souper festif au restaurant le 24. Ou si tu préfères, nous pouvons acheter du poulet à emporter très gras et manger couchés dans le lit en écoutant de la jolie musique de Noël. Pourquoi pas le Christmas Album d’Elvis Presley?

— Si tu penses que ma tenue conviendra, je t’accompagnerai avec plaisir au restaurant.

Toujours ce souci de ne pas jurer dans ce monde étrange. Aucun de ses apprentissages sur la bienséance ne s’y appliquait. Les règles étaient d’autant moins compréhensibles qu’on ne les trouvait colligées nulle part. Lui-même, en 1921, s’était beaucoup interrogé sur sa tenue, l’attitude à adopter et la façon de s’exprimer.

— Aucune autre compagnie ne me plairait plus que la tienne.

Comme la serveuse arrivait avec les plats, il ajouta:

— Quand nous aurons mangé, nous choisirons un endroit.

Le repas se révéla très satisfaisant, assez pour que tous les deux conviennent de répéter l’expérience. Ensuite, Samuel sortit son téléphone afin d’effectuer une recherche rapide. De très nombreux bistros offraient des repas de Noël.

Il montra son cellulaire à son épouse:

— Le restaurant Henri se trouve dans le même immeuble que la maison Birks, mais heureusement, celle-ci sera fermée. Ce qui préviendra toutes les tentations.

Il fit défiler les photographies.

— C’est magnifique. Mais le prix…

— J’étais prêt à t’offrir la petite robe Theory. Pourquoi ne pas mettre le même montant sur notre réveillon? Quitte à payer ma carte de crédit dans cinq ans, lors de notre prochaine visite. À ce moment, je devrais avoir amassé un gros bas de laine.

— Je suis certaine que ce sera inoubliable, apprécia Iris avec un sourire.

— Alors je réserve sur-le-champ.

Heureusement, il leur restait une table pour deux.

— Maintenant, tu es prête à visiter le musée et à faire un tour de grande roue ensuite?

— Je ne sais pas. La matinée a été riche en émotions et aujourd’hui…

Iris posa sa main sur son ventre pour évoquer sa condition. C’était un parfait prétexte pour aller se réfugier sous les couvertures.

— Mais si tu y tiens… ajouta-t-elle.

— Je tiens surtout à ce que tu te sentes suffisamment bien pour en profiter. Nous aurons le temps de revenir.

La pensée que leur séjour en 2021 pouvait durer un certain temps déprimait Iris. Aussi, elle dut fournir un effort pour lui sourire.

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