Retour de flamme: La Famille Sullivan, New York, tome 6 (French Edition)

Chapitre Huit

 

Amélia sortit son téléphone.

— Maman, Harry…

Elle souriait comme le Chat du Cheshire.

— Je veux dire, papa, venez sur la photo avec moi.

Amélia prit la photo et il put l’entrapercevoir avant qu’elle éloigne le téléphone. L’image d’une adolescente de quinze ans rayonnant de bonheur entre son père, qui semblait avoir vu tous ses rêves devenir réalité, et sa mère, semblant toujours abasourdie et ne sachant pas exactement comment les choses avaient pu tourner de cette manière.

Les doigts d’Amélia volèrent sur l’écran.

— Les gens vont devenir fous en voyant cette photo.

— Tu ne l’as pas mise sur Instagram, hein ? demanda Molly, même si elle venait de sortir son téléphone pour regarder.

Elle lut le sous-titre à voix haute. « Première photo avec ma mère ET mon père ! #famille » Molly leva des yeux écarquillés vers sa fille.

— Tu viens de dire à toutes les personnes qui te suivent pour Harry et tu m’as identifiée, donc toutes les personnes qui me suivent aussi vont la voir ! Je pensais qu’on allait s’asseoir pour savoir comment on allait l’annoncer à tout le monde.

— Jamais de la vie. J’ai attendu quinze ans pour ça… Je vais le dire à tout le monde le plus vite possible. Pour marquer son point, elle se tourna vers les personnes derrière eux dans la file d’attente.

— C’est mon père. Il est beau, hein ?

Même si la femme semblait un peu perplexe, elle sourit et répondit :

— Il semble très gentil.

— Papa, c’est quoi ton pseudo sur Instagram ? demanda Amélia. Je veux te taguer aussi.

Harry avait du mal à parler avec la boule dans sa gorge en l’entendant l’appeler papa. C’était un mot qu’il ne se fatiguait pas d’entendre.

— @HarrisonJackSullivan.

— Jack c’est pour une personne en particulier ? demanda-t-elle en ajoutant son identification à sa publication.

— Mon père était très proche de son frère Jack.

— Super. J’ai hâte de rencontrer mon grand-oncle Jack.

— Il est malheureusement décédé quand j’étais enfant. Mais sa femme, Mary, est la femme dont te parlait ta mère ce matin, c’est une des meilleures personnes que tu rencontreras. Ses huit enfants sont aussi géniaux. Ils vivent tous dans le nord de la Californie.

— Je ne suis jamais allée en Californie, répliqua Amélia. Je ne suis jamais montée dans un avion en fait. Mais nous sommes allées dans le Vermont, le Massachusetts, le Connecticut, le Rhode Island en voiture, et bien sûr au Canada parce qu’on coupe le trajet par Kingston. Sans prendre la peine de reprendre son souffle, elle enchaîna :

— Pendant les prochaines vacances, est-ce qu’on pourrait aller en Californie pour voir tante Mary et tes cousins avec leur famille ?

Harry avait envie de dire oui à toutes les demandes d’Amélia. Toutefois, Molly semblait toujours sous le choc. Mais à la manière dont elle l’avait serré dans ses bras après avoir entendu les résultats du médecin, il savait qu’elle était heureuse qu’il soit réellement son père. Mais cela impliquait beaucoup de changements d’un coup pour eux trois. Peu importe combien lui et Molly voulaient garder les choses stables pour Amélia, rien ne serait jamais plus comme avant.

— Nous avons largement le temps de regarder ça, répondit-il à Amélia.

Elle semblait paniquée à nouveau.

— Tu es sûr ? Je ne veux pas partir ce soir et retourner à l’école demain pour te voir seulement les week-ends et pendant les vacances. Comment on pourra se voir alors que tu vis et travailles ici ?

Soudain, cela lui sembla évident.

— Je vais prendre un congé exceptionnel.

— Vraiment ?

Molly semblait encore plus choquée.

Il acquiesça. C’était précisément la bonne solution.

Rien n’avait plus d’importance que sa fille nouvellement trouvée. Et même avant que sa fille ne sonne à sa porte, il pensait à Molly. Il voulait la chercher, la retrouver et voir s’ils avaient la possibilité de se donner une seconde chance.

On y était, comprit-il soudain clairement. Non seulement il aurait la chance d’être père, mais aussi d’aimer Molly comme elle le méritait. De tout son cœur plutôt qu’en lui laissant les restes.

Dans tous les cas, il se promit de faire les choses bien à partir de cet instant.

Avec Amélia et Molly.

— Je vais appeler le doyen tout de suite et lui faire part de mes projets, ensuite je pourrai partir avec vous à Alexandria Bay dès ce soir, dit-il.

— Youpi !

Amélia lui sauta au cou et le serra fort.

Mais Molly ne sauta pas pour se joindre à eux cette fois.

— Harry, on devrait vraiment parler avant que tu fasses quoi que ce soit.

— Bien sûr, répondit-il même si c’était seulement pour Amélia. Si tu atteins le bout de la file pendant qu’on parle, je veux ma boule dans un cornet gaufré, précisa-t-il en lui donnant un billet de vingt dollars.

Molly et lui s’éloignèrent assez pour qu’Amélia ne puisse pas les entendre, tout en restant assez près pour garder un œil sur elle.

— Tu es sûr que c’est une bonne idée ? lui demanda Molly.

— Je ne vois pas comment passer du temps avec elle pourrait être une mauvaise idée.

Et avec toi aussi, pensa-t-il. Je veux passer du temps avec toi. Tout le temps que j’ai perdu quand j’étais jeune et stupide au point de te prendre pour acquise. Tout le temps que nous aurions dû avoir ensemble pour voir si ça aurait pu marcher, pas seulement comme une amourette, mais sur le long terme.

Mais il savait qu’il ne devait rien dire de tout ça, c’était trop tôt, quelques minutes seulement étaient passées depuis les seconds résultats de test ADN.

Ils devaient affronter un gros changement à la fois. Premièrement, le fait qu’Amélia l’ait retrouvé, ensuite, apprendre qu’il était son père. Puis, son déménagement à Alexandria Bay. Quelle serait la suite ?

Il n’avait jamais autant espéré, n’avait jamais autant désiré quelque chose que de partager son cœur avec sa fille, et avec Molly.

— Bien sûr que je veux que tu passes du temps avec Amélia, répondit Molly, mais que vas-tu faire dans notre petite ville pendant les heures où elle sera en cours, ira à ses répétitions pour sa comédie musicale et traînera avec ses amis ?

— Je suis certain de trouver des choses pour m’occuper.

La peau de Molly rougit, comme si elle pensait à toutes les manières dont ils pourraient s’occuper mutuellement.

— J’en suis certaine, répliqua-t-elle d’un ton rauque. Alors si tu penses que l’université sera d’accord pour te laisser partir avec si peu de préavis, alors tu as raison. Amélia adorerait que tu sois à proximité pour pouvoir vivre sa vie habituelle à l’école et avec ses amis.

En allant téléphoner au doyen, Harry espéra que Molly adorerait aussi l’avoir à proximité.

* * *

Molly aurait peut-être dû trouver difficile d’imaginer Harry à Alexandria Bay.

Mais c’était beaucoup trop facile.

Un autre homme renommé et riche aurait certainement porté tout cela comme s’il avait une couronne partout où il allait. Mais Harry s’adaptait facilement à toutes les situations, à tous les groupes, à toutes les pièces. Médiateur né, enfant en milieu de fratrie, il savait quoi dire et quand, non seulement pour éviter d’énerver les gens, mais aussi pour les rendre heureux.

La manière dont il l’avait regardée quand il soutenait sa décision de venir à Alexandria Bay – avec de la chaleur dans ses yeux, comme par le passé, avant de l’embrasser et de lui arracher ses vêtements – lui avait coupé le souffle.

Elle imaginait certainement la chaleur. Après tout, les dernières vingt-quatre heures les avaient tous fait vaciller.

Pendant qu’Harry appelait le doyen du département d’Histoire, Molly rejoignit Amélia dans la file d’attente.

— Il va réellement venir à Alexandria Bay, hein ? demanda Amélia.

— Je crois que rien au monde ne l’empêcherait de venir.

— Quand je suis arrivée chez lui la nuit dernière, je ne savais pas s’il allait croire que je suis sa fille ou s’il voudrait me parler. Mais non seulement il a été génial en tout point, mais en plus maintenant, il va être juste au bout du couloir.

— Au bout du couloir ?

Molly devait avoir mal entendu.

— Harry ne va pas vivre avec nous.

— Pourquoi pas ? On a une chambre en plus.

Il y avait tellement de raisons à donner à ce pourquoi pas, Molly ne savait pas par où commencer. La plupart d’entre elles commençaient ou se terminaient par le fait que chaque fois qu’elle le regardait, Molly en avait l’eau à la bouche ou sentait une vague de chaleur l’envahir. Et maintenant, elle imaginait même du désir dans son regard.

Merde, elle était supposée avoir surmonté tout ça avant de descendre à la cuisine ce matin-là. Franchement, elle avait encore du boulot pour empêcher ses hormones de s’emballer quand Harry était dans les parages. Cela avait été déjà assez difficile de se retrouver tous les deux la nuit dernière et ce matin dans sa grande maison. Dans la sienne, toute petite, ils ne pourraient pas être à une distance sécuritaire l’un de l’autre.

— Je suis certaine qu’on pourra lui trouver une location assez près, suggéra Molly.

— Mais je veux prendre le petit-déjeuner avec mon père tous les matins, protesta Amélia. Quand je vais rentrer de l’école, je veux qu’il soit là, pas de l’autre côté de la ville. Et si j’ai des questions pour mes devoirs, je veux pouvoir les lui poser directement sans avoir à lui téléphoner. Ou si je regarde une émission, je veux qu’il puisse le faire avec moi.

Amélia riva ses yeux dans ceux de Molly.

— Je n’ai pas pu être avec mon père pendant quinze ans. Maintenant que je l’ai trouvé, je ne devrais pas passer autant de temps que possible avec lui ?

— Allez-vous commander ou pas ?

Elles se retournèrent toutes les deux pour regarder le serveur irrité, mais Molly était trop secouée par le regard d’Amélia quand elle avait dit : je n’ai pas pu être avec mon père pendant quinze ans, pour répondre.

Amélia s’occupa de la commande.

— Deux cônes gaufrés avec une boule de chocolat-noisette avec des chamallows et une boule de glace à la fraise dans un bol.

Molly était toujours sous le choc – après le test ADN et le déménagement d’Harry pour se rapprocher d’elles – lorsqu’elles sortirent avec les glaces.

— Tu crois qu’il t’aime toujours ? Et toi ? Tu l’aimes ?

Molly en fit presque tomber sa glace, elle put à peine bredouiller.

— On ne s’est pas vus depuis presque seize ans.

— Oui, mais vous vous aimiez assez à l’université pour m’avoir. Il ne semble pas avoir quelqu’un. Et tu n’es sorti avec aucun mec que tu appréciais réellement.

Avant que Molly puisse trouver une réponse, Harry s’approcha pour récupérer son cône des mains d’Amélia.

— Tout est réglé. Mes cours vont être couverts par mon principal assistant. Je dois seulement passer à mon bureau récupérer quelques affaires quand on aura terminé nos glaces. J’ai vraiment hâte de voir ta maison, ton école et de rencontrer tes amis.

Il sourit à Amélia.

— Ça va être génial, acquiesça Amélia. Surtout que tu vivras avec nous.

Les sourcils d’Harry se relevèrent.

— Molly ?

Il se retourna pour la regarder avec surprise.

— Amélia et toi voulez que je vive avec vous ?

Malgré sa réserve, Molly voulait faire tout ce qui était en son pouvoir pour aider Amélia à connaître son père. Et elle voulait aussi se racheter pour son erreur monumentale envers lui.

— On pense toutes les deux que ce serait mieux plutôt que de prendre une location.

— Comme ça, on pourra être proche l’un de l’autre tout le temps, dit Amélia. Et Aldwin aussi.

Molly ravala à peine un grognement. Comment avait-elle pu oublier le chien d’Harry ? Oui, il était adorable, mais il était aussi énorme. Et sa maison était petite.

— Alors ? demanda Amélia à Harry. Aldwin et toi allez-vous vivre avec nous ?

Il sourit de toutes ses dents à Amélia.

— Aldwin et moi sommes très heureux d’accepter votre invitation.

* * *

Molly n’était pas revenue sur le campus de l’Université de Columbia depuis sa première année.

— Les choses semblent comme avant et en même temps, ce n’est pas la même chose.

Elle regarda une jeune femme d’une vingtaine d’années descendre l’escalier.

— Peut-être parce que j’ai l’impression d’avoir cent ans de plus.

Harry rit et le son vibra en elle. Surtout au niveau de son cœur. Il devrait pourtant savoir à quoi s’en tenir.

— Je comprends ce que tu veux dire. Quand j’ai commencé à enseigner, même si j’étais à peine plus âgé que les étudiants, je ressentais déjà une énorme différence entre nous.

Ils entrèrent dans le bâtiment et se dirigèrent vers son bureau. Perdue dans le passé, Molly se surprit à dire :

— J’aimerais entendre un de tes cours. J’ai lu une partie de ton travail en ligne, mais je suis certaine que l’histoire médiévale doit prendre vie dans ta classe.

Il venait de déverrouiller la porte et était sur le point d’entrer quand il se retourna vers elle.

— Tu as lu mon travail ?

Elle ne se rendit pas compte qu’il s’était arrêté avant de presque le percuter. Amélia ne s’arrêta pas à temps par contre et se cogna contre Molly, ce qui la fit trébucher contre le torse d’Harry. Ses bras se refermèrent automatiquement autour d’elles pour les redresser. Molly se retrouva en sandwich au milieu.

En un instant, elle enregistra une demi-douzaine de choses sur Harry : ses muscles fermes, la chaleur brûlante de son corps, la manière dont ses pupilles se dilatèrent quand il la regarda dans les yeux et son délicieux parfum masculin qui n’avait pas changé.

Mais plus que tout… Combien elle le désirait.

Plus que par le passé.

Et cela voulait tout dire puisqu’elle était insatiable à l’époque.

— Ça va ?

La voix d’Harry était légèrement rauque, comme s’il ressentait la même chose.

Non, elle ne pouvait se laisser aller à avoir de telles pensées. Elle ne pouvait rêver d’être avec lui à nouveau. Pas quand tellement de choses avaient changé dans leurs vies.

De plus, d’après ce qu’elle savait, il avait quelqu’un. Une femme brillante et charismatique aussi bien connectée que lui. Une personne à qui il pouvait confier tout son cœur et pas seulement quelques morceaux. Quelqu’un à qui il pouvait demander de l’aider quand il en avait besoin. Une personne qu’il voudrait à ses côtés plutôt que de toujours avoir le sentiment de devoir faire cavalier seul.

Molly se força à s’éloigner de lui, poussant Amélia avec ses hanches pour retrouver un espace plus sûr. Là où Harry ne la touchait plus. Il les conduisit dans son bureau.

— Je vais bien, dit-elle enfin même si elle se sentait aussi loin possible de bien. Comme je le disais ce matin, même si je n’ai pas pu finir mon diplôme, j’ai voulu continuer mes études de toutes les manières possibles. Puisque tu es un des plus brillants dans le domaine, ça tombait sous le sens de lire ton travail.

— Je n’arrive pas à croire que tu as dû quitter l’école quand tu es tombée enceinte de moi, dit Amélia. Ce n’est pas comme si on était au Moyen Âge ou quelque chose du genre.

— On ne m’a pas mise dehors.

Molly se sentait horriblement sous les projecteurs. Elle aurait dû être habituée à cette sensation après les dernières vingt-quatre heures. Elle apprenait de toute évidence assez lentement.

— Mais comme je le disais, l’homme que je pensais être ton père n’était pas super. Je devais m’assurer qu’il n’essaie pas de t’enlever à moi. C’est pour ça que je suis partie.

Amélia se tourna vers Harry.

— Si maman avait pensé que tu étais mon père et t’avait dit pour moi, l’aurais-tu aidée ?

— Bien sûr que oui.

— J’aurais aimé te connaître avant, mentionna Amélia d’une voix tremblante. J’aurais aimé grandir avec toi comme père. Plutôt que de toujours me poser des questions. Et que maman pense que j’avais un tordu pour père.

— Moi aussi, dit Harry dont les émotions épaississaient la voix.

Amélia se laissa tomber sur le canapé.

— Tu sais ce qui est étrange ? Ton bureau est presque la copie conforme du bureau des archives de Boldt Castle. Rempli de tonnes de livres, de cartes, avec un grand bureau et un siège en cuir.

Harry sembla un instant déstabilisé par son illogisme. Si Molly n’avait pas eu le cœur au bord des lèvres, elle aurait pu en rire. Il apprendrait rapidement comment l’esprit d’une ado de quinze ans fonctionnait, sautant d’un sujet à l’autre sans lien entre les deux, sans marquer la moindre pause. Au moment où il pensait avoir une conversation à cœur ouvert avec elle, il se retrouvait à parler de lisser une bosse dans une queue de cheval.

— En parlant de château, enchaîna Harry en allant vers son bureau, quel genre de travail tu as à Boldt Castle ?

Molly dut faire de réels efforts pour ne pas remarquer à quel point il était un professeur sexy. Elle pouvait seulement imaginer ses étudiantes sous son charme devant lui. Surtout s’il mettait ses lunettes posées sur son bureau. En pâmoison. Bien sûr, elle doutait qu’il remarque les réactions de ses étudiantes. Harry ne pourrait jamais considérer avoir une relation avec l’une d’entre elles.

— Je travaille dans la boutique.

Depuis le début, le patron de Molly avait été très gentil. Quand sa baby-sitter ne pouvait pas venir, elle était même autorisée à emmener Amélia au travail.

— Elle ne fait pas qu’y travailler, mentionna Amélia. Elle la dirige. Elle a refait le système d’inventaire et elle a mis en place un nouveau système de ticket en ligne. Mais elle aime les archives historiques plus que tout, hein, maman ?

— Oui.

Molly sourit à sa fille. Amélia avait toujours été sa plus grande défenderesse.

— Chaque fois que j’y vais, j’apprends quelque chose.

— Vous deviez être de vrais intellos tous les deux quand vous étiez ensemble, commenta Amélia en attrapant un livre relié en cuir sur une table et commençant à le feuilleter.

— Je ne sais pas si nous l’étions tout le temps.

Les mots d’Harry contenaient assez de chaleur pour pousser Molly à avoir de vifs souvenirs de toutes les choses délicieuses et non intellectuelles qu’ils avaient faites tous les deux.

— Même si on s’est rencontrés à la bibliothèque.

Amélia les regarda tour à tour. Puis elle sourit.

Molly n’était pas stupide. Elle pouvait supposer la direction que prenait l’esprit d’Amélia. Surtout après ses questions sur la possibilité qu’Harry puisse toujours l’aimer et qu’elle puisse l’aimer en retour. Elle trouvait certainement génial d’avoir enfin son père dans sa vie, et pensait certainement que ce serait encore mieux si ses parents se remettaient ensemble.

Si la situation était claire comme de l’eau de roche pour une ado de quinze ans, la relation entre Molly et Harry était loin de l’être. Même quand ils sortaient ensemble, elle ne savait pas exactement où elle en était. Et maintenant ?

Elle avait tellement de choses à se faire pardonner d’eux deux. Ils ne pourraient jamais rattraper le temps perdu. Des souvenirs qu’ils n’auraient jamais.

Heureusement, Harry ne semblait pas remarquer la lueur d’entremetteuse dans le regard d’Amélia quand il débrancha son ordinateur portable et le glissa dans son sac en cuir. Ensuite, il récupéra plusieurs piles de papiers et les rangea avec son ordinateur et ses lunettes.

Molly pria pour qu’il ne les mette jamais en sa présence. Sinon, ça marquerait sa perte.

Harry examina une dernière fois son bureau et ses étagères.

— Ça devrait être bon.

On frappa à la porte ouverte et un homme entra. Portant l’inévitable petite brioche, la barbe et un jean, Molly supposa qu’il devait être dans la fin de la vingtaine.

— Professeur Sullivan, je suis désolé de mon intrusion. J’ai cru entendre votre voix et je me suis dit que j’allais passer voir si vous étiez là.

— Amélia, Molly, voici mon assistant, Kelsin, présenta Harry.

Il sembla si fier en enchaînant :

— Amélia est ma fille.

Kelsin lui serra la main.

— Je suis ravi de faire votre connaissance, Amélia. Votre père est une superstar.

— Je sais.

Amélia semblait sur le point d’exploser de joie d’être parente avec Harry.

Kelsin serra la main de Molly ensuite, la tenant un peu trop longtemps, tout en la fixant du regard avec assez d’intensité, elle se demanda si elle lui rappelait quelqu’un. Sa mère peut-être.

— Êtes-vous nouvelle dans le département, Molly ? demanda Kelsin. Je suis certain que je m’en serais souvenu si on s’était rencontrés.

— Non. J’ai été étudiante ici, même si c’était il y a un millier d’années.

Kelsin lui fit un sourire charmeur.

— Ça ne peut pas faire aussi longtemps, répondit-il d’une voix douce.

— De quoi as-tu besoin, Kelsin ?

La voix d’Harry explosa dans leur conversation. Ce fut à ce moment-là qu’elle remarqua qu’il était venu juste à côté d’elle. Très près. Et qu’il fulminait.

C’était un regard que peu de gens voyaient chez Harry Sullivan.

Kelsin les regarda tous les deux, puis Amélia. Enfin, il dut additionner maman + papa = adolescente.

Il leva légèrement les mains et fit un pas en arrière.

— Je viens de recevoir un message de Dean McIntyre disant que vous preniez un congé. Êtes-vous certain d’être d’accord pour que je reprenne vos cours ?

— Ça va, grogna Harry plutôt que de remercier son assistant pour son aide.

Kelsin fit un autre pas vers la porte.

— Super. Alors je vais vous laisser et je vous enverrais un mail si j’ai des questions.

— Bien, répondit Harry à nouveau avant de refermer la porte derrière lui en la claquant.

La porte était à peine fermée quand Amélia dit :

— Maman, il flirtait avec toi !

— Mais non.

— C’était le cas.

Harry ne semblait pas ravi non plus.

— Les mecs flirtent tout le temps avec elle, lui dit Amélia.

Molly grogna presque devant le manque total de subtilité d’Amélia. Elle allait devoir couper cette envie de les mettre ensemble, et vite.

Harry jeta son sac sur son épaule, puis ouvrit la porte si fort qu’elle sortit presque de ses gonds.

— J’ai fini ici. On peut retourner chez moi pour faire nos bagages.

D’accord, alors Harry semblait un tantinet jaloux. Ça venait certainement du fait qu’ils avaient été ensemble par le passé. La jalousie n’était certainement qu’un instinct inconscient.

Il avait toujours été un peu possessif, pensa-t-elle avec un léger frisson. De la meilleure des manières…

Mon Dieu, elle devait réellement arrêter de penser à ces nuits, tandis que, franchissant à peine la porte de la chambre de son dortoir, il lui arrachait ses vêtements. Mais c’était si difficile de repousser ces doux souvenirs coquins. Et ça l’était encore plus à chaque seconde passée près de lui.

Comment allait-elle faire avec Harry sous le même toit qu’elle ?

Molly n’en avait réellement aucune idée.

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