Retour de flamme: La Famille Sullivan, New York, tome 6 (French Edition)
Chapitre Douze
Le lundi matin, Molly se réveilla avec l’odeur de bacon. L’humiliation lui fit rougir les joues en se souvenant du baiser de la veille.
Avec la plus petite des provocations, elle s’était jetée dans les bras d’Harry. Si les albums photo ne s’étaient pas écroulés par terre, qui savait comment les choses auraient pu finir ? L’aurait-elle chevauché sur le fauteuil et l’aurait-elle pris comme elle l’avait fait tellement de fois à l’université sans prendre la peine ni le temps de retirer leurs vêtements avant de se faire l’amour ?
Comment agirait-il ce matin ? Allait-il vouloir parler du baiser ?
Ou serait-il d’accord pour seulement l’oublier ?
Bien qu’elle ne pourrait jamais l’oublier, simplement y penser lui donnait la chair de poule et la réchauffait.
Son estomac, toutefois, se souciait seulement de pouvoir prendre une part de la nourriture embaumant l’air. Habituellement, les matins d’école étaient trop mouvementés pour préparer autre chose que des céréales avec du lait avant de courir à l’extérieur.
Alors était-ce cela d’avoir un homme à la maison ? Quelqu’un lui permettant de souffler et de prendre le relais ?
Elle ne devrait pas s’habituer à cela, pas alors qu’elle n’avait aucune idée de la longueur de son séjour. Surtout s’il s’inquiétait qu’elle se jette dans ses bras chaque fois qu’il se serait endormi. Mais son estomac gargouillant ne voulait pas écouter la voix de la raison. Pas quand l’odeur de la friture était dans la balance – et qu’elle n’en avait pas eu depuis une éternité. Même embarrassée au plus profond d’elle-même, elle ne pouvait résister à cet attrait.
Elle prit la douche la plus rapide du monde, essaya de se sécher les cheveux et de se maquiller en même temps, revêtit un haut bleu, un jean noir ajusté et des ballerines et se força à aller à la cuisine d’un pas posé alors qu’elle avait envie de courir.
Seulement pour le petit-déjeuner, bien sûr.
Pas parce qu’Harry était là. Pas parce que quelques heures de séparation lui avaient paru aussi longues.
— Maman, tu arrives à croire que papa a préparé ça pour nous ?
Amélia se servait déjà. Aldwin était couché à ses pieds, faisant sa prière silencieuse pour que du bacon lui tombe dans la bouche.
— Ça a l’air excellent, dit Molly.
Elle se tourna vers Harry, essayant de ne pas rougir d’une douzaine de teintes différentes après le baiser qui n’aurait jamais dû avoir lieu.
— C’est très gentil de ta part de nous avoir préparé le petit-déjeuner. Mais tu n’avais pas à le faire.
Surtout qu’elle savait qu’il avait veillé tard pour regarder les photos. Il avait rangé tous les albums dans la bibliothèque, remarqua-t-elle.
— Je suis heureux de mettre la main à la pâte de toutes les manières possibles. Même si ses mots lui venaient facilement et que le ton était léger, son regard brûlant disait tout autre chose.
De la chaleur l’envahit et elle baissa la tête pour cacher sa réaction, d’Harry et sa fille.
— Merci.
Molly attrapa une assiette et prit une grande quantité de tout. Pas seulement des œufs et du bacon, mais des pancakes et du pain grillé aussi. Elle n’avait peut-être pas pu avaler grand-chose la veille, mais malgré son humiliation après le baiser de la nuit, son bon appétit était revenu avec force.
— J’ai hâte de te présenter mes amis, papa.
Amélia rayonnait de bonheur.
— J’ai eu un million de commentaires de tout le monde depuis que j’ai posté cette photo au glacier hier.
Tout comme Molly. Son téléphone n’arrêtait pas de s’allumer depuis avec des messages, des mails et des commentaires de ses amis et de personnes qu’elle connaissait à peine, elle les avait tous ignorés. Quand tout le monde aura rencontré le superbe Harry en chair et en os, leur curiosité allait seulement s’accroître.
Elle posa sa fourchette, son appétit la lâchait à nouveau en songeant à combien la prochaine heure serait difficile. C’était un moment pour leur fille, et Molly ne voulait rien faire pour lui gâcher ça. Elle aurait seulement besoin de s’assurer de cacher son inconfort devant cette situation à Amélia.
— J’attrape mon sac à dos, et ensuite on pourra y aller, dit Amélia avant d’aller dans sa chambre avec Aldwin sur les talons.
Molly savait qu’elle et Harry allaient devoir parler du baiser à la lumière du jour à un moment donné, pour éviter qu’il devienne un éléphant dans un magasin de porcelaine quand ils seraient tous les trois ensemble. Mais ça devrait attendre qu’Amélia soit en classe. Premièrement, elle avait besoin de le préparer pour tout ce qui l’attendrait durant la matinée.
— Quand on arrivera à l’école d’Amélia, on va sûrement être submergés.
Elle porta son assiette au lave-vaisselle.
— Après tout, ajouta-t-elle avec ce qu’elle pensait être un sourire naturel, ce n’est pas tous les jours qu’un père perdu débarque de nulle part.
— Peu importe ce qu’il se passe, je ne suis pas inquiet.
Il apporta sa propre assiette.
— Et toi ?
Elle secoua la tête.
— Non.
Il se rapprocha.
— Molly. Tu n’as pas à dire ce que tu penses être la « chose appropriée ». Pas avec moi.
Tout ce qu’il lui fallut fut de le regarder dans les yeux pour ne plus pouvoir cacher la vérité.
— Oui, je suis complètement paniquée.
Il retira une mèche de ses cheveux de sa joue, lui coupant le souffle.
— Ne t’en fais pas, je ne laisserai rien de mal arriver. À Amélia ou à toi.
Elle déglutit péniblement, elle aurait aimé pouvoir le croire.
Aurait aimé pouvoir retomber amoureuse de lui.
Aurait aimé se souvenir comme ça avait été difficile quand il n’avait plus voulu d’elle la première fois.
Aurait aimé savoir combien ça serait encore plus douloureux la seconde fois d’éviter d’avoir envie de se jeter dans ses bras et de l’embrasser à en perdre la tête.
— Maman, papa, vous êtes prêts ?
Molly fit un bond en arrière et se cogna la hanche sur la porte ouverte du lave-vaisselle.
— Je dois aller récupérer mon pull dans la chambre.
Ce dont elle avait réellement besoin était d’une douche froide. Même si ça ne la calmerait pas très longtemps en sa présence.
Quelques instants plus tard, ils sortirent tous les trois accompagnés d’Aldwin sur le trottoir. Amélia jouait les guides touristiques en se dirigeant vers la pension pour chiens locale.
— Les rampes de mises à l’eau et la plupart des restaurants sont derrière nous. Et ce bâtiment…
Amélia montrait un point sur leur gauche.
— … c’est le centre culturel où on peut suivre des cours d’arts.
L’amie de Molly, Janet, sortit de la pension pour accueillir Aldwin en le grattant derrière les oreilles.
— Oh, comme tu es mignon.
— Janet, je te présente Harry. Harry, Janet va s’occuper d’Aldwin pendant notre absence.
— Merci beaucoup.
Harry lui serra la main.
— Il est assez facile, même s’il faut surveiller sa queue quand il la secoue, surtout s’il y a des chiots ou des petits chiens dans les parages. Il ne connaît pas sa propre force.
Le cœur de Molly fondit un peu plus en voyant comme Harry était adorablement inquiet pour son chien.
— Ne vous inquiétez pas.
Janet fit signe à Aldwin de s’asseoir, puis quand il l’eut fait, elle lui donna une récompense.
— Il va s’entendre à merveille avec les autres.
Ils lui firent au revoir de la main et reprirent leur route. Aldwin regarda Amélia s’éloigner avec de grands yeux tristes, mais il fut rapidement distrait par un terrier tout juste arrivé.
— Mon école est juste devant, dit Amélia en continuant sa visite guidée, et la bibliothèque de la ville est juste derrière. Quand j’étais petite, on passait beaucoup de temps là-bas, surtout quand il pleuvait. C’est toujours un de mes endroits préférés.
— Je ne suis jamais allé dans une bibliothèque que je n’ai pas aimée, acquiesça Harry.
— À quoi ressemble la bibliothèque de New York ?
— Elle est énorme. Mais aussi petite quand on sait où aller. Je t’y emmènerai la prochaine fois.
— Génial.
Ils tournèrent au coin de la rue pour arriver devant le lycée où les amis d’Amélia et beaucoup de leurs parents attendaient.
— Vous devez venir rencontrer mon père !
Un groupe d’adolescentes vinrent vers eux en gloussant, jouant avec leurs cheveux et les yeux écarquillés.
— Papa, je te présente Jenny, Samantha, Lana et Clara.
Pendant qu’il serrait la main de tout le monde, Molly pouvait voir que les amies d’Amélia étaient impressionnées, mais aussi que nombre d’entre elles étaient en pâmoison devant sa fière allure. Quant aux mères, elles entourèrent Molly pendant que leurs filles discutaient avec Harry.
— Quelle énorme surprise, dit Janna, la mère de Clara. Je n’arrivais pas à le croire quand j’ai vu la publication d’Amélia sur mon téléphone, qu’elle avait enfin trouvé son père. Comment tu te sens ? Si c’était moi, je serais complètement paniquée.
Bien sûr que je suis paniquée ! Regarde-le. J’ai tellement perdu tous mes moyens, tu arriverais à peine à le croire.
— Je suis réellement heureuse qu’Amélia et Harry se soient trouvés, affirma plutôt Molly.
— Oh, oui, acquiesça Janna. Harry donne déjà l’impression d’être un père merveilleux.
Les autres femmes hochèrent toutes la tête. La mère de Jenny, Candice, murmura aux autres femmes :
— J’ai regardé sur le net, c’est un brillant professeur d’université. Et célibataire.
Molly fit de son mieux pour combattre la pointe de jalousie à l’idée de voir Harry sortir avec quelqu’un en ville.
La mère de Lana, Stacy, qui semblait avoir passé plus de temps que d’habitude à se coiffer et se maquiller, demanda :
— Il reste combien de temps en ville ?
Avant que Molly puisse répondre, la voix de Samantha porta par-dessus le groupe d’amis d’Amélia.
— Je suis confuse. Comment ça se fait que tu ne savais pas qu’Harry était ton père avant maintenant ? Ta mère ne te l’avait pas dit ?
— Elle l’aurait fait, répondit Amélia, mais elle n’avait aucune idée que ça pourrait être le cas avant que mon père et moi fassions les tests ADN. Nous avons tous été surpris.
Tout le monde se tourna vers Molly, pensant tous la même chose. Le seul moyen pour qu’elle soit surprise de la paternité d’Harry était qu’elle couchait avec plus d’un partenaire à l’époque.
En cet instant, toute la bonne réputation qu’elle s’était construite dans la communauté de l’école sembla réduite à néant. Même si elle n’allait pas justifier ses actes d’adolescente de dix-huit ans à quiconque ici, elle avait tout de même envie de se laisser engloutir dans un trou dans le sol.
Comme s’il pouvait lire dans son cœur, Harry vint mettre un bras autour de la taille d’Amélia et de Molly.
— Je ne pourrais pas être plus heureux de découvrir qu’Amélia est ma fille… et aussi d’être de retour dans la vie de Molly après toutes ces années.
— C’est vraiment la chose la plus géniale qui soit jamais arrivée ! acquiesça Amélia.
Molly admirait comme Amélia était terre à terre, résiliente et positive. Plutôt que de se concentrer sur ce qu’elle avait raté, elle pensait seulement à ce qu’elle avait gagné. C’est à dire, un nouveau père qui voulait être près d’elle de toutes les manières possibles.
Molly voulait terriblement suivre l’exemple de sa fille, et celui d’Harry, et seulement regarder du bon côté. Se laisser aller à prendre un nouveau départ. Mais elle ne savait pas comment oublier le passé.
Ni même si elle le devrait.
Elle ne pourrait pas passer sous silence leur passé dans un avenir proche, car tout le monde en ville allait lui poser des questions jusqu’à connaître toute l’histoire.
Le bras d’Harry se resserra autour de sa taille et quand il lui sourit, pendant un instant tout sembla aller beaucoup mieux.
— S’il reste du temps avant le début des cours, Amélia, j’aimerais rencontrer tes professeurs.
Molly retint à peine un soupir de soulagement. Ils verraient les autres parents de nouveau pour La Mélodie du Bonheur ce week-end, mais entre temps, elle espérait qu’une partie de l’hystérie face à leur situation familiale serait calmée.
Elle pensait qu’Harry la laisserait tandis qu’Amélia le guidait vers sa classe d’anglais, mais il garda son bras autour d’elle, puis en se penchant, il lui murmura quelque chose à l’oreille.
— Tu es géniale.
Même si elle appréciait le soutien, ils savaient tous les deux qu’elle tenait à peine debout. Là où elle pensait être celle qui faciliterait les présentations d’Harry en ville, elle se retrouvait à être celle dont il s’occupait. Comme il avait toujours pris soin des personnes qui l’entouraient.
Rapidement, Harry fut de nouveau encerclé, cette fois par les professeurs d’Amélia. La plupart d’entre eux cachèrent mieux leur surprise devant cette apparition venant de nulle part.
Les professeurs, supposa Molly, voyaient un peu de tout à un moment ou à un autre. D’un autre côté, qu’un de leur étudiant retrouve son père par le biais d’un test ADN en ligne, ce qu’Amélia expliquait à l’instant à son professeur de sciences, pourrait très bien être la cerise sur le gâteau.
* * *
— Je suis vraiment désolée pour tout ça, dit Molly en quittant le lycée et en se dirigeant vers le bureau du greffe. À un moment, j’ai cru que certaines des mères allaient te remplir les poches avec leurs numéros de téléphone. Tout le monde est très gentil. Ils ont dû être surpris par la nouvelle.
— Elles étaient seulement amicales.
Elle rit. C’était un des sons préférés d’Harry.
— On dirait que tu as une définition d’amicale différente de la mienne. En tout cas, maintenant qu’on a fini avec la cour d’école, il ne me reste plus qu’à gérer les milliers de questions sur toi au travail.
— Je pourrais les rencontrer personnellement aujourd’hui. Comme ça, je pourrai aussi voir où tu travailles.
Elle se lécha les lèvres.
— Aujourd’hui ? Tu n’as pas des choses à faire pour ton propre travail ?
— J’ai regardé mes mails avant le petit-déjeuner. Kelsin a dit qu’il avait tout sous contrôle pour mes cours. Et jusqu’à ce que toi ou Amélia regardiez mon livre et me donniez votre point de vue, la dernière chose dont j’ai envie est d’ouvrir le dossier et regarder un curseur clignoter pendant des heures. Ce qui veut dire que je suis libre d’aller à Boldt Castle avec toi après avoir rempli la paperasse pour le certificat de naissance. Tu pourras même me mettre au travail pour éviter que je flâne et sois dans tes jambes.
— C’est le jour de l’inventaire aujourd’hui. Habituellement, j’aime mon travail, mais l’inventaire est littéralement la chose la plus ennuyante qu’un être humain puisse faire. Huit heures sans interruption.
Chacune de ses phrases était un coup, chacun cherchant à le dissuader de venir avec elle.
— Tu vas détester.
Il haussa les épaules.
— Peut-être, mais j’aimerais quand même voir où tu travailles et t’aider si je le peux.
— J’avais oublié comme tu pouvais être entêté.
Il sourit de toutes ses dents.
— Tu as besoin que je te rappelle autre chose ?
Elle secoua la tête et s’éloigna de lui si vite qu’elle trébucha presque.
— Non.
Elle reprit le rythme de marche.
— On devrait se dépêcher sinon la file d’attente au bureau du greffe va être très longue.
Alors qu’elle faisait pratiquement de la marche rapide à côté de lui, il se fit la remarque qu’elle n’avait pas abordée le sujet du baiser de la nuit précédente. Il avait réellement été à moitié endormi quand cela s’était produit. Juste assez déconnecté de la réalité pour croire qu’il rêvait toujours… Et se laisser aller à l’attirer vers lui comme il en avait envie depuis qu’il avait reposé les yeux sur elle.
Elle avait été plus douce que dans ses souvenirs – et elle semblait aussi affamée que lui de le toucher et de l’être en retour, de se serrer contre lui et de se laisser aller à leur faim et chaleur indéniable.
Malheureusement, compte tenu de la manière dont elle avait sauté hors de ses bras, elle espérait certainement qu’il aurait oublié ce qu’il s’était passé.
Aucune chance.
Harry savait qu’on pensait de lui qu’il avait été béni par une intelligence au-dessus de la moyenne. Mais ils avaient tort. Ce qu’il possédait était une capacité à se fixer sur quelque chose, de se concentrer jusqu’à ce qu’il l’ait examinée sous tous les angles.
Pour le moment, il ne se préoccupait pas de ses cours délégués à son assistant ni du livre qu’il était supposé écrire. À la place, chaque once de sa conversation était destinée à créer un lien fort avec sa fille.
Et découvrir si le baiser partagé avec Molly pourrait être un commencement parfait pour une seconde chance d’aimer.
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