Retour de flamme: La Famille Sullivan, New York, tome 6 (French Edition)

Chapitre Deux

 

 

— Ta fille ?

William parut réellement abasourdi en se tournant vers Amélia avant de réellement la regarder.

— Mon Dieu.

Sa voix n’était qu’un murmure.

— J’aurais dû voir la ressemblance avant. Tu as les yeux et la bouche d’Harry.

Il se saisit de la rampe et descendit lentement les marches vers elle, encourageant le chien à se presser encore plus contre la jeune fille. William la fixa les yeux pleins d’émerveillement.

— Tu es ma petite-fille.

Il semblait submergé, mais absolument ravi.

— Je suis ton grand-père.

Pour la première fois depuis qu’Harry avait ouvert sa porte, Amélia sourit. C’était le plus beau rayon de soleil et il ressemblait tellement à celui de sa mère, Henry en eut les jambes coupées.

Peu importe la manière dont il retournait les choses dans sa tête, il n’arrivait pas à croire que Molly lui avait délibérément caché son enfant, même s’il avait été le pire des petits amis.

Mais quelle autre raison pouvait-il y avoir ?

Après avoir regardé à nouveau Harry et confirmé qu’il était toujours sous le choc, William tendit son bras à Amélia.

— Pourquoi ne viens-tu pas à l’intérieur ? Je suis persuadé que le reste de la famille sera enchanté de faire ta connaissance et d’apprendre à te connaître.

Amélia regarda Harry.

— Est-ce que ça te va ?

Mais il ne pouvait cesser de la fixer ni de penser : c’est la mienne. Ma fille. J’ai une fille.

— Harry ?

La voix de son père était juste assez acérée pour percer le cours de ses pensées et les questions tourbillonnant dans sa tête à une vitesse folle. Rester coincer dans sa tête était une de ses pires habitudes, selon sa sœur.

Harry savait qu’il devait aller au-delà de sa confusion et donner toute sa compassion, son amour et son soutien à sa fille venant d’accomplir un acte courageux sans avoir la certitude d’obtenir une issue positive. Pour Amélia, il aurait pu tout à fait nier sa paternité et la jeter à la rue.

Il voyait toujours la peur sur son visage, même maintenant. Celle d’être rejetée. D’être renvoyée.

Non. Il ne la repousserait jamais.

— C’est moi qui devrais t’emmener à l’intérieur.

Il lui sourit, du moins, il essaya. En cet instant, il n’était pas certain d’être capable de quoi que ce soit, même de remonter les commissures de ses lèvres dans le bon sens.

— Je veux t’emmener à l’intérieur pour que tu rencontres ta famille. Si ça te va.

Les épaules d’Amélia s’affaissèrent, comme si elle relâchait enfin la respiration qu’elle retenait depuis le début. Puis, elle sourit. Le premier lui étant adressé à lui seul.

— Ça me va très bien.

Comme si la famille et les amis d’Harry avaient un sixième sens quand quelque chose d’important avait lieu, toutes les conversations cessèrent quand il entra dans le salon avec Amélia entre lui et son père. S’interposant instinctivement pour la cacher de la vue de tous, il demanda à son père à voix basse :

— Papa, peux-tu demander à Alec, Suzanne et Drake de venir dans mon bureau ?

Son père hocha la tête et se dirigea dans la foule pendant qu’Harry indiquait à Amélia de venir avec lui le long du couloir, loin de la fête.

— Je pense que ce serait mieux que tu rencontres ta tante et tes oncles en plus petit comité.

— D’accord. Merci.

Sa voix semblait petite, mal assurée.

Pendant tout ce temps, Aldwin était resté à ses côtés, sa sentinelle à fourrure. C’était comme si à l’instant où elle lui avait caressé la tête, elle était devenue sa responsabilité.

Un chien intelligent.

Harry avait tellement de choses à lui dire, à lui demander tandis qu’ils marchaient ensemble le long du couloir. Il voulait connaître tellement d’éléments à propos de son enfance, où elle avait grandi, ce qu’elle étudiait. Il ne savait rien d’elle, pas même les bases, comme sa couleur préférée, son plat favori, le livre et le film dont elle ne se lassait pas.

Mais il devait avoir une information pour commencer.

— Ta mère sait que tu es ici ?

Plutôt que de lui répondre, elle s’arrêta à l’entrée de son bureau, une grande salle avec une voûte dont tous les murs étaient recouverts de livres.

— Waouh. Cette pièce semble être tout droit sortie d’un château.

Des livres reliés en cuir avaient élu domicile dans sa bibliothèque personnelle tout comme des grands formats et des livres de poche, de la fiction et d’autres titres plus sérieux, des livres académiques et des atlas. Totalement captivée, elle se tourna vers la bibliothèque la plus près en laissant ses doigts courir sur la reliure de reproductions de plans de bataille médiévaux.

Cela l’émut de voir sa fille aussi intéressée par les livres, de savoir qu’ils avaient ça en commun. Il espérait découvrir des douzaines d’autres choses similaires – tout comme des différences entre eux. Toutes les manières la rendant unique, brillante, spéciale.

Suzanne, Alec, Drake et leur père entrèrent bientôt dans la pièce. Alec lança un regard interrogateur à Harry en voyant Amélia, mais Harry savait que son frère n’était pas prêt pour la suite.

Amélia se rapprocha d’Harry et il eut envie de poser un bras autour de son épaule pour la rassurer. Mais il ne savait pas si ça lui conviendrait, s’il y avait un laps de temps à respecter avant qu’elle sente qu’il était réellement son père et non pas un étranger qu’elle venait de rencontrer.

— Ça va aller, lui murmura-t-il. Ils sont tous de ta famille.

— Harry, qu’est-ce qui se passe ? demanda Alec en verbalisant la question les taraudant tous.

Harry ne put s’empêcher de mettre un bras autour d’Amélia à ce moment-là. Heureusement, elle s’appuya contre lui plutôt que de le repousser.

— Amélia est ma fille.

Il laissa l’énorme nouvelle s’installer avant de poursuivre.

— Molly Connal, ma petite amie à l’université, est sa mère et Amélia a découvert notre lien de parenté en utilisant une des compagnies de test ADN en ligne où je me suis inscrit plus tôt cette année.

Les yeux de ses frères et de sa sœur étaient grands comme des soucoupes. Suzanne reprit ses esprits la première, se précipitant pour serrer Amélia dans ses bras.

— Je suis tellement heureuse de te rencontrer ! Je suis Suzanne et je te jure que pouvoir rencontrer ma nièce est une des plus belles journées de ma vie.

Alec s’avança ensuite pour lui serrer la main, essayant de ne pas submerger Amélia avec une autre accolade. Même s’il la garda dans la sienne un long moment.

— Je suis ravi de faire ta connaissance, Amélia. Je suis Alec.

— Et moi, c’est Drake.

Le plus jeune frère d’Harry s’approcha pour la serrer aussi contre lui. Même s’il n’était pas aussi exubérant que Suzanne, il n’était pas moins chaleureux et accueillant.

— J’ai vu ta photo sur le net, lâcha Amélia quand il se recula. Tu es en couple avec Rosalind Bouchard.

Bien sûr qu’Amélia connaissait Rosa – une ado de quinze ans aurait été complètement hors circuit si elle ne connaissait pas la plus célèbre ancienne vedette de télé-réalité de la planète.

— Rosa est ma fiancée, confirma Drake avec un sourire. Elle est dans le salon. Tu la rencontreras bientôt.

Voyant sa famille accueillir Amélia chacun leur tour, sans panique ni cynisme aida Harry à dénouer certains nœuds de ses tripes. Avant qu’elle rencontre qui que ce soit d’autre, il devait toutefois s’assurer de certains détails.

— Pourquoi ne pas tous nous asseoir ? dit-il en refermant les portes de son bureau. Comme ça, on pourra parler un peu.

Il apprécia que Suzanne guide Amélia vers la causeuse en cuir, avec le chien toujours sur les talons. Suzanne laissa son bras autour des épaules d’Amélia, reconnaissant de toute évidence qu’un peu de solidarité féminine ne ferait pas de mal. Mais même si sa sœur semblait piaffer d’impatience de le marteler de questions, elle réussit à se contenir quand ils regardèrent tous dans sa direction.

Appuyant sa hanche contre son bureau – il ne pouvait pas s’asseoir, pas quand il était si rempli d’adrénaline – Harry demanda à nouveau :

— Amélia, ta mère sait que tu es ici ?

Elle fit une grimace, la culpabilité pouvait se lire partout sur son visage.

— Elle pense que je dors chez une copine.

Une ribambelle de jurons traversa la tête d’Harry. Bien sûr, Molly ne lui avait pas envoyé Amélia après toutes ces années, surtout sans prévenir.

— Tu dois l’appeler et lui dire où tu es réellement.

— Tant que je suis rentrée pour demain midi, elle n’a pas à savoir.

— C’est ta mère et nous n’allons pas lui cacher le résultat du test et où tu te trouves réellement.

Il était père seulement depuis cinq minutes et il faisait déjà la morale à sa fille.

— Je peux l’appeler si c’est plus facile, proposa-t-il d’un ton plus doux.

Amélia y réfléchit quelques secondes.

— Je ne sais pas – ça pourrait être pire. Puisqu’elle n’a jamais voulu me parler de toi, je pense qu’elle ne serait pas très contente de t’avoir au téléphone.

Ses paroles lui donnaient l’impression de recevoir des coups de masse dans le ventre. Bien sûr, Molly ne voudrait pas lui parler. Dommage pour son ex, il ne se souciait pas de ce qu’elle voulait. Oui, il l’avait blessée à l’époque. Mais il n’avait rien fait méritant de lui retirer sa fille.

— Maintenant qu’on en a parlé, mentionna Harry, j’ai besoin de l’appeler.

— Maintenant ?

Amélia semblait réellement paniquée. Elle s’était enfuie pour retrouver son père, mais il avait le sentiment que c’était une des rares fois qu’elle désobéissait.

— Bientôt.

Il s’éloigna de son bureau et s’avança pour s’asseoir sur le siège ottoman en face d’elle, lui touchant doucement les mains.

— Elle sait pour le test ADN ?

Elle secoua la tête.

— Mais après avoir lu son journal, j’ai dû le faire.

— Molly écrit sur moi dans son journal ?

Après toutes ces années, pensait-elle toujours à lui de la même manière qu’il pensait à elle ?

— Non. J’ai trouvé une boîte remplie de ses vieux journaux dans le grenier.

Suzanne ne put rester silencieuse plus longtemps.

— Ta mère gardait ses vieux journaux dans le grenier là où tu pouvais facilement les trouver ?

— Ils n’étaient pas exactement à ma disposition, admit Amélia. J’ai dû fouiller, en quelque sorte.

Elle regarda les personnes autour d’elle pour plaider sa cause.

— J’avais besoin de savoir qui était mon père. Et puisqu’elle refusait de me le dire, j’ai dû prendre les choses en main.

Elle se lécha les lèvres et semblait nerveuse à nouveau.

— C’est pourquoi dès que j’ai lu qu’elle et Harry étaient sortis ensemble, j’ai décidé d’esquiver son consentement pour faire le test ADN.

Sa bouche avait une inclinaison bornée quand elle se tourna vers Harry.

— Après ma lecture, je devais être certaine que tu étais mon père.

— Je n’arrive pas à croire que Molly ait gardé le secret sur toi.

Harry entendit sa voix de loin. Malgré ses mots, son ton était dangereusement froid. Là où tout le monde aurait été délirant, aurait juré, son instinct le poussait à être rationnel, pas moins. Se perdre dans les émotions n’avait jamais aidé qui que ce soit, et il ne pouvait pas se permettre de se perdre maintenant, même si c’était la voie évidente.

— Toute ma vie, j’ai présumé que mon père n’était pas un homme bon, dit Amélia. Sinon, pourquoi nous aurait-elle séparés ? Mais j’avais quand même besoin de savoir qui je suis, d’où je viens. Et maintenant que je t’ai rencontré…

Amélia semblait aussi confuse et blessée qu’Harry.

— J’ai toujours pensé avoir la meilleure mère du monde. Mais toutes ces années, j’aurais pu t’avoir comme père.

Elle regarda tout le monde dans la pièce.

— J’aurais tous pu vous avoir comme famille.

Suzanne attira Amélia contre elle.

— Tu nous as maintenant. Et nous n’allons partir nulle part, je te le promets.

Amélia renifla et recula.

— J’ai toujours voulu avoir une tante.

Elle se tourna vers Alec et Drake.

— Des oncles.

Elle regarda William.

— Un grand-père.

Et enfin, elle revint vers Harry.

— Et plus que tout, un papa.

Mais avant de pouvoir lui dire que d’apprendre qu’avoir une fille était la meilleure chose qui lui soit arrivée, elle ajouta :

— Tu es sûr de vouloir appeler ma mère maintenant ? Je pourrais simplement prendre le bus et on pourrait trouver un plan plus tard. Par exemple, tu pourrais peut-être venir à Alexandria Bay et nous croiser par hasard dans les rues. Quand elle te verra, elle devra admettre que tu es mon père. Nous pourrions faire semblant de nous rencontrer et feindre la surprise.

— Alexandria Bay ?

Il avait à peine entendu le plan de maître d’Amélia, restant bloqué sur l’endroit d’où elle venait.

— Tu as pris un bus et tu as fait tout le chemin depuis Alexandria Bay aujourd’hui ?

Ses tripes se serrèrent encore plus.

— Toute seule ?

Une pointe de peur germa dans la tempête émotionnelle faisant rage en lui.

— Ça n’a coûté que quarante-deux dollars et cinq heures de mon temps. Elle dit cela comme si des adolescentes voyageaient aussi loin avec une bande d’étrangers tout le temps sans avoir personne pour les protéger.

— Ce n’était pas grand-chose.

Si Drake n’était pas venu derrière lui pour poser une main sur son épaule, il n’aurait, cette fois-ci, pas pu contrôler sa réponse.

— Elle va bien, Harry.

Drake se mettait parfaitement à sa place – prenant le rôle de la personne l’empêchant de perdre les pédales comme il les avait tous aidés tellement de fois auparavant.

— Même si on pourrait se mettre d’accord pour que ce soit la fin de tes voyages en bus en solo pour un petit moment ?

Toujours éblouie par Drake et sa relation avec Rosa, Amélia hocha la tête automatiquement.

— D’accord. Mais je ne sais pas comment rentrer à la maison si je ne prends pas le bus. Je ne peux pas me permettre d’acheter un billet d’avion.

— Je peux te ramener à la maison sur un des miens, proposa Alec.

— Tu as tes propres avions ?

Les yeux d’Amélia s’écarquillèrent.

— Je vais ramener Amélia à la maison moi-même, gronda Harry entre ses dents.

Ou encore mieux, elle resterait avec lui plutôt que de la ramener à Alexandria Bay. Après tout, Molly l’avait eue pendant les quinze premières années de sa vie. Il méritait d’avoir au moins les quinze prochaines.

— Si ça ne t’ennuie pas de rester avec Suzanne, Drake, Alec et mon père pendant quelques minutes, commença-t-il avec une voix aussi normale que possible, je crois qu’il est temps pour moi d’appeler ta mère. Tu veux bien me donner son numéro ?

— D’accord, dit Amélia en se mordant la lèvre. Elle a dû aller au travail aujourd’hui, par contre. À Boldt Castle. Je ne sais pas si elle répondra, sauf si c’est moi qui appelle.

— Alors je vais le faire depuis ton téléphone pour m’assurer qu’elle décroche.

La main d’Amélia tremblait un peu quand elle lui tendit son téléphone et Aldwin se blottit un peu plus contre elle et posa sa grosse tête sur ses genoux.

Harry avait presque passé la porte quand elle l’appela :

— Harry ?

Il se retourna. Il aurait aimé qu’elle l’appelle papa, même s’il ne l’avait pas encore mérité encore.

— Tu peux lui dire que je suis désolée d’avoir fait ça dans son dos ?

Il sentit ses tripes faire des nœuds en entendant les regrets – et l’amour – dans sa voix.

— Ne t’inquiète pas, Amélia. Tout va bien se passer.

Il remuerait ciel et terre pour s’en assurer.

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