Retour de flamme: La Famille Sullivan, New York, tome 6 (French Edition)

Chapitre Un

 

C’était la double fête de fiançailles parfaite pour le frère d’Harry, Drake, et sa fiancée Rosa, et la sœur d’Harry, Suzanne, et son fiancé Roman. Les adultes bavardaient joyeusement. Les enfants couraient partout et jouaient. Le chien d’Harry, Aldwin, gardait un œil attentif sur l’assiette de tout le monde au cas où quelque chose en tomberait.

Pendant ce temps, Harry ne pouvait s’empêcher de penser à Molly Connal.

Ils s’étaient rencontrés en première année à l’Université de Columbia et il avait tout de suite été éperdument amoureux d’elle. Pas seulement pour sa beauté, mais aussi pour son esprit le surprenant toujours. Il avait eu du mal à croire en sa chance quand elle avait ressenti la même chose.

Molly avait été un puits de lumière vive constante – elle était drôle, brillante et incroyablement sexy. Même quand la vie de sa famille était devenue des montagnes russes sans fin, Molly avait toujours été douce et facile à vivre. Tellement, qu’il avait fini par la prendre complètement pour acquise, la reléguant régulièrement au second plan.

La famille d’Harry avait traversé une de ses pires années quand Molly et lui sortaient ensemble, ce qui n’avait pas aidé non plus. Harry, ses frères et sa sœur – Alec étant l’aîné, Harry venait en second, ensuite Suzanne et enfin Drake – formaient un groupe très lié. La mort de leur mère, quand Drake était seulement un bambin, les avait rapprochés, surtout quand leur père avait presque quitté leur vie de chagrin.

Au cours de sa première année d’université, Drake et Suzanne étaient au lycée et avaient besoin de ses conseils sur tout, que ce soit pour leurs devoirs ou les demandes d’admission à l’université. Alec avait bien trop souvent besoin d’un acolyte sobre pour éviter les ennuis dans les bars. Mais c’était leur père, toujours à la dérive après avoir perdu leur mère et sa femme, qui avait le plus besoin de lui.

Il n’oublierait jamais la nuit où il s’était évanoui sur le sol de sa maison du lac, portant les mêmes vêtements depuis des jours, en manque de nourriture et de sommeil et empestant la bière. Ce n’était pas seulement l’anniversaire de la mort de la mère d’Harry – c’était aussi celui de la naissance de Molly.

Cette nuit-là, Harry avait su devoir libérer Molly, même si cela lui donnait l’impression de s’amputer de la partie la plus douce, la plus brillante et la plus chaleureuse de son cœur. Mais elle méritait mieux qu’un petit ami pouvant à peine être présent pour elle, même s’il faisait tout pour se rattraper quand il était dans les parages. Après l’avoir quitté, il s’était assuré de rester loin, peu importe à quel point il avait été tenté de la retrouver pour lui demander de lui accorder une seconde chance.

Mais aujourd’hui, enfin, sa famille semblait être sur le bon chemin. Alec était heureux en ménage et avait récemment fait la transition en passant de magnat de l’aviation à chef dans le centre de jardinage de sa femme Cordélia. Suzanne était tombée amoureuse de son ancien garde du corps, Roman. Drake et Rosa avaient aussi trouvé l’amour dans des circonstances inhabituelles. Et le plus beau, son père ayant été anéanti pendant trente ans par la perte de leur mère, semblait enfin prêt à vivre pleinement – et à jouer son rôle de père.

Maintenant que la vie de sa fratrie était stable personnellement et professionnellement, il avait l’impression de pouvoir enfin prendre une grande inspiration. Et pouvoir regarder sa propre vie avec un œil neuf.

Depuis l’obtention de son doctorat en histoire médiévale, il déversait sa passion dans l’enseignement, la recherche et l’écriture en tant que professeur à l’Université de Columbia. À côté de cela, la joute lui donnait un exutoire physique pour se défouler quand les livres ne suffisaient pas. Et il avait une vie de moine aussi, bien sûr.

Il n’était jamais retombé amoureux.

Aucune autre femme n’avait été aussi intelligente, aussi amusante ou aussi sexy que Molly. Leur lien avait été si naturel, si passionné et si bon.

Et elle n’avait jamais cessé de lui manquer.

Après leur rupture à la fin de leur première année, Molly n’était pas revenue à Columbia. Un nombre incalculable de fois, Harry avait voulu aller la chercher, lui demander de revenir et lui demander de se remettre avec lui. Il ne s’était jamais autorisé à le faire, pas tant que les problèmes de sa famille n’étaient pas réglés.

Maintenant que les choses s’étaient arrangées, et s’il partait à sa recherche ? Et s’il se présentait à sa porte, venant de nulle part, pour lui dire que son plus grand regret lui brisait le cœur ? Et s’il lui demandait de lui donner une seconde chance ?

Le laisserait-elle entrer pour au moins l’écouter ?

Ou bien était-elle déjà mariée à un homme merveilleux avec d’adorables enfants après avoir tourné la page pour continuer sa vie même si lui n’avait jamais pu ?

Aldwin se leva et s’approcha de lui pour glisser sa large tête sous sa paume d’Harryavec un grognement sourd – c’était la manière de son chien de lui signifier qu’il avait besoin de sortir pour faire ses besoins.

Harry avait adopté Aldwin après l’avoir vu sur un des bus du refuge pour animaux venant au marché près de chez lui. Tout le monde se rassemblait près des chiots, alors qu’Aldwin dormait dans le coin de sa cage. Personne au marché ne semblait vouloir ramener un chien d’une taille surdimensionnée, d’une race indéterminée avec un museau grisonnant, mais Harry pensait adopter un chien depuis un moment. Quelqu’un pour lui tenir compagnie maintenant que toutes les personnes qu’il connaissait étaient occupées à être parfaitement heureuses et amoureuses. De plus, lui aussi commençait à avoir des poils grisonnants dans la barbe, alors ils feraient la paire, s’était-il dit.

Harry venait tout juste d’attraper la laisse d’Aldwin pour l’emmener dans le jardin quand on sonna à la porte.

Tout le monde connaissant Harry ou sa famille aurait suivi les instructions de la note collée sur la porte disant d’entrer sans frapper. C’était peut-être une livraison. Ou un enfant faisant du porte-à-porte pour vendre du chocolat pour une œuvre de charité.

Mais en attachant la laisse d’Aldwin et en se dirigeant vers l’entrée, quelque chose lui disait que ce serait plus que cela. Il espérait qu’aucun membre de sa famille ne serait frappé par une mauvaise surprise. Drake et Rosa avaient traversé assez de choses après la fuite dans la presse de photos de nues prises illégalement de Rosa. Suzanne et Roman avaient aussi eu un moment difficile ensemble en se battant contre une grande menace contre l’entreprise de sécurité numérique de Suzanne. Alec et Cordélia avaient seulement consolidé leur fin heureuse. Et leur père avait besoin de lever le pied après sa récente crise cardiaque.

La dernière chose qu’Harry s’attendait à trouver sur le pas de sa porte était une adolescente.

Elle lui semblait étonnamment familière. Son cœur s’arrêta presque en comprenant qu’il pourrait être en train de regarder Molly à l’époque où ils étaient étudiants. La seule différence significative était la teinte plus claire de ses cheveux.

Aldwin fut le premier à la saluer, glissant son museau contre sa main.

— Oh, bonjour toi !

Elle le tapota sur le cou, répondant exactement à sa demande.

— Comme tu es mignon !

La ressemblance de la fille avec sa petite amie de l’université était déjà étrange. Mais sa voix le renversa presque. Il ne pouvait le nier : c’était forcément la fille de Molly.

Il commença tout de suite ses calculs. Après tout, n’avaient-ils pas rompu près de seize ans auparavant ? Cette adolescente semblait avoir environ quinze ans.

Se pouvait-il… ?

— Êtes-vous Harrison Jack Sullivan ? demanda-t-elle.

Aldwin s’appuya contre la jambe de la jeune fille, comme s’il sentait le besoin de la protéger et elle laissa sa main se poser sur sa nuque.

— Oui, répondit-il en ayant toujours du mal à croire à cette ressemblance et toutes les possibilités. Je suis Harry.

Un sourire vacilla sur le visage de la jeune femme avant de disparaître devant son incertitude.

— Harry, dit-elle comme si elle essayait le diminutif. Je préfère ça à Harrison. Ce n’est pas aussi vieux.

Il aurait bien ri – les adolescents avaient un don pour vous déstabiliser sans même essayer. Mais comment rire alors qu’il ne cessait de se demander… ?

Il dut s’éclaircir la gorge.

— Et vous, qui êtes-vous ?

— Amélia.

Elle se mordit la lèvre, semblant un peu plus nerveuse en complétant son nom, Amélia Connal. Molly Connal est ma mère. J’ai quinze ans. Je sais que tu es sorti avec ma mère quand elle était à l’université.

Elle releva le menton pour le regarder droit dans les yeux.

— Et je pense que tu pourrais être mon père.

En pratiquant les arts martiaux, Harry avait régulièrement eu le souffle coupé et avait reçu des douzaines de coups de poing dans le ventre au cours des ans en faisant l’imbécile avec ses frères et ses cousins. Mais il n’avait jamais ressenti quelque chose comme ça. Comme s’il essayait en vain de prendre de l’oxygène. Comme si son monde venait de basculer.

Comme si rien ne serait plus jamais pareil.

— J’ai ça.

Elle récupéra une feuille pliée dans la poche de son jean.

— C’est le résultat d’un test ADN que je me suis procuré en ligne. Vous voyez ?

Elle le lui tendit.

— Il dit que la moitié de notre ADN correspond.

Harry avait les mains tremblantes en récupérant la feuille. En tant que professeur d’histoire médiévale avec un intérêt particulier pour la généalogie, on lui avait récemment demandé d’écrire un article sur l’explosion des services ADN proposés en ligne pour essayer de retrouver son histoire génétique, mais ils proposaient aussi de donner une chance de découvrir le passé et l’héritage familial. Au cours de ses recherches pour le projet, il avait souscrit au service le plus populaire et avait aussi coché la case pour autoriser des parents potentiels à le contacter en leur communiquant ses coordonnées. Il avait aimé se lier avec des cousins au quatrième ou cinquième degré dont il ne connaissait pas l’existence, mais il n’avait jamais cru pouvoir découvrir une fille.

Ou plutôt, qu’elle le trouverait, lui.

Les informations sur la page ne pouvaient pas être plus claires.

Force de la Relation entre Amélia Connal et Harrison Jack Sullivan.

50 % de similitude.

Puis un mot sur la ligne juste en dessous :

Père.

Harry ne cessait de regarder ce mot, n’arrivant toujours pas à concevoir ce qu’une partie de lui avait su à l’instant où il avait posé les yeux sur Amélia.

Aldwin émit un son grave venant du fond de sa gorge, ressemblant étrangement à un avertissement et ce n’est qu’à ce moment qu’Harry se rendit compte qu’il était toujours figé, bouche bée, regardant alternativement le bout de papier et Amélia.

Sa fille.

Comment Molly avait-elle pu garder le secret pendant quinze ans ? Jamais il ne l’aurait cru capable de cacher un enfant à son père. Elle savait comme la famille était importante pour lui, il pourrait descendre aux enfers et en revenir pour les protéger. Elle le savait mieux que quiconque.

— Je dois emmener Aldwin faire ses besoins, dit-il surprit par la normalité de sa voix, même s’il avait l’impression d’avoir les poumons serrés dans un étau. Ensuite, on pourra rentrer et discuter.

Elle hocha la tête, mais c’est à ce moment-là qu’un éclat de rire résonna à l’intérieur et elle fronça les sourcils.

— J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de monde à l’intérieur.

Il avait oublié les fêtes de fiançailles. Il maudissait maintenant toutes les personnes chez lui. Tout ce qu’il voulait était un endroit privé et sécuritaire pour qu’Amélia et lui puissent parler.

Sa vie lui semblait parfois être une ribambelle d’évènements importants – perdre sa mère, l’abandon de leur père torturé par le deuil et la culpabilité, lui devant prendre en charge ses frères et sa sœur pour maintenir la famille soudée pendant tellement d’années.

Mais rien n’aurait pu le préparer à ça. Pour cet instant où il regarderait une autre personne pour la première fois et l’aimerait. Complètement, totalement et inconditionnellement, sans avoir plus d’information que le fait que l’adolescente en face de lui était la sienne. À partir de maintenant, il la protègerait de tout son être.

Il commencerait par la garder loin des regards indiscrets des gens venus pour la fête.

Mais il ne pouvait pas demander à Amélia d’aller au café au coin de la rue pour discuter. Elle méritait bien mieux que ça du père ayant été absent toute sa vie, le père qu’elle venait à peine de trouver. Et ils ne pouvaient pas non plus rentrer, pas quand il y avait au moins une vingtaine de personnes sur la terrasse et la pelouse.

— Je reçois pour les fêtes de fiançailles de ma sœur Suzanne et son fiancé et mon frère Drake et sa fiancée.

Les mots non prononcés ta tante et ton oncle restèrent en suspens entre eux, avec toutes les choses et les questions qui le démangeaient. Son esprit en était encombré et s’emmêlait au point de ne pas pouvoir réfléchir correctement.

— Je devrais peut-être revenir plus tard.

Amélia quittait déjà le jardin avec Aldwin tirant sur sa laisse pour rester près d’elle, quand une voix familière l’appela.

— Te voilà.

Son père se tenait sur le porche.

— J’ai vu ta porte ouverte et je voulais m’assurer qu’Aldwin ne s’était pas échappé.

C’est à ce moment que William remarqua Amélia.

— Bonsoir.

— Bonsoir.

Elle se figea, une main sur le loquet du portail.

— C’est mon père, William, dit Harry sans quitter sa fille des yeux.

Pourrait-il un jour se lasser de la regarder ? Aurait-il un jour le sentiment d’avoir assez de temps à passer avec elle après avoir raté quinze ans de sa vie ?

— Papa…

Harry se tourna enfin pour croiser le regard curieux de son père. Il avait besoin que celui-ci soit le premier au courant. D’un parent à un autre.

— Je viens d’apprendre qu’Amélia est ma fille.

OceanofPDF.com