Retour de flamme: La Famille Sullivan, New York, tome 6 (French Edition)

Chapitre Six

 

 

À partir du moment où Harry avait ouvert la porte à Molly – et surtout maintenant qu’il avait entendu sa version de l’histoire et savait qu’elle ne voulait pas lui faire avaler des couleuvres – il avait l’impression d’avoir un feu lui dévorant tout le corps. Chacune de ses veines, toutes ses cellules étaient en surchauffe. Parce que, malgré les émotions le troublant après ses révélations, il ne pouvait s’empêcher de remarquer comme elle était encore plus belle aujourd’hui qu’à ses dix-huit ans, ses courbes étaient plus prononcées, ses traits plus pleins, ses yeux d’un bleu plus profond. Et il se surprit à respirer son odeur, ce parfum alléchant qu’il n’avait jamais oublié.

Si seulement il ne l’avait pas repoussée à l’université, si seulement il n’avait pas été si convaincu de ne pas lui suffire quand sa famille le tirait dans différentes directions, rien de tout cela ne serait arrivé. Pas seulement perdre Molly, mais aussi rater les quinze premières années de la vie de sa fille.

Sa poitrine lui faisait mal en réalisant ce qu’il avait perdu. Ce qu’ils avaient tous perdu. Dieu merci, Amélia avait fait le test ADN, puis avait été assez courageuse pour venir le trouver. Tout comme sa mère avait eu le courage de quitter l’Université de Columbia quand elle était tombée enceinte avant qu’un riche voyou et sa famille puissent faire pression sur elle pour abandonner son bébé.

— Molly.

Il ne pouvait s’empêcher de poser les mains sur elle à nouveau, surtout quand il sentait combien elle en avait besoin. Autant qu’à l’époque quand il avait été persuadé qu’elle était celle faite pour lui. Quand il avait cru que Molly et lui pourraient avoir leur conte de fées. Qu’il n’y aurait jamais entre eux la noirceur, la tristesse ou la colère comme dans le mariage de ses parents. Jamais ils ne pourraient se faire du mal de la plus profonde des manières.

— S’il te plaît. Ne pleure pas. On va trouver une solution. Pour tout.

Ses sanglots lui avaient déjà déchiré le cœur.

Quand elle fit un effort pour arrêter, sa poitrine fit quelques soubresauts supplémentaires. Enfin, elle s’essuya le visage avec la serviette et le tissu se froissa dans sa main.

— Je n’ai pas voulu faire ça, m’effondrer dans ta cuisine. Je continue de penser à toutes les choses qui auraient pu arriver à Amélia aujourd’hui sans moi pour veiller sur elle, sans même savoir où elle était.

Drake avait été la voix de la raison pour Harry au cours de l’après-midi. C’était maintenant à son tour.

— Tu ne peux pas te laisser aller à penser à tous les pires scénarios. Elle va bien.

— C’est réellement le cas ? Elle est arrivée ici indemne, Dieu merci, mais elle a grandi sans père. Tout ça parce qu’il ne m’est pas venu à l’esprit que tu puisses l’être. Je te jure, si j’avais pensé qu’il y avait la moindre chance, je serais venue vers toi pour te le dire.

— Si seulement j’avais été là pour toi plutôt que de rompre…

— Tu brûlais la chandelle par les deux bouts, répondit-elle en coupant sa tentative verbale de remonter le temps. Tu travaillais jusqu’à l’aube la plupart des nuits pour essayer de rester à flot pour les cours. La dernière chose dont tu avais besoin était d’avoir une petite amie dans tes jambes. Pas quand tu en avais déjà plein les bras. Pas quand tu arrivais à peine à t’en sortir. Ta famille se serait écroulée sans toi, Harry. Si tu n’avais pas été là, je ne pense pas qu’ils auraient été ici dans ta maison pour faire la fête. Et je ne me le serais jamais pardonné si ta famille s’était écroulée parce que j’étais dans ta vie. Je savais à quel point tu aurais été brisé en les perdant.

— Tu ne sais pas que j’ai été brisé en te perdant, Molly ?

Il n’avait pas prévu de dire tout ça, mais il ne parvenait pas à endiguer les mots.

— Tout ça pour découvrir que non seulement j’avais perdu l’amour de ma vie et presque raté la chance de connaître ma fille. Tout ça parce que j’avais mis mes priorités au mauvais endroit.

— Je trouvais ça beau que tu aimes ta famille à ce point.

Il était émerveillé, même maintenant, elle ne pouvait pas le blâmer ni le laisser s’accuser.

— La famille est tout pour toi. Je n’ai connu personne d’autre comme toi, faisant passer sa famille en premier, peu importe ce qu’il t’en coûte. Mes parents sont tout l’opposé. Quand je suis devenue mère, je me suis rendu compte de tout ce que j’avais appris avec toi. Je me suis sentie tellement de fois confuse et submergée, je me demandais alors que ferait Harry ? Tu aimes ta famille sans condition, sans frontière, sans ego. Exactement comme mon amour pour Amélia. Et jamais je ne m’excuserai pour ça.

Il aurait aimé que ce soit aussi facile de s’absoudre de la culpabilité des conséquences significatives de ses actes. Des conséquences qu’il n’aurait jamais imaginées, même dans ses rêves les plus fous.

— On doit faire un second test ADN. À la première heure demain, pour être complètement certains que je suis le père d’Amélia.

— Je suis d’accord, répondit Molly avant de froncer les sourcils. Pendant des années, j’ai essayé de découvrir quand j’aurais dû lui dire à propos de son père, du moins, à propos de l’homme que je croyais l’être. Mais je n’ai jamais voulu dire quoi que ce soit qui l’aurait fait douter de combien je la désirais, combien je l’aimais.

— Elle ne doutera jamais de ça, Molly. Même après une seule soirée avec elle, je peux l’affirmer avec certitude. Tu es le centre de son monde et elle sait qu’elle est le centre du tien. Rien de ce que tu pourras dire sur le passé ne pourra changer ça.

— Mais… Et si elle me regardait différemment après lui avoir dit que j’ai eu une relation non protégée en étant saoule avec un étranger, alors que j’étais à peine plus âgée qu’elle ne l’est aujourd’hui ?

La poitrine d’Harry se serra, pas seulement quand il pensait à Molly dans une position aussi vulnérable avec une personne ne se souciant pas d’elle, mais aussi d’imaginer sa fille dans la même position.

— Si quelqu’un ose la traiter comme ça, je le détruirai.

Harry dut se forcer à desserrer les poings.

— Mais tu la sous-estimes si tu penses qu’entendre ton histoire la poussera à te regarder différemment.

— Je l’espère, dit-elle d’une voix douce. Et toi ?

— Tout est différent maintenant.

Ce ne serait pas chose facile de déballer ses sentiments sur son rôle ou celui de Molly dans ce qui s’était passé. Il savait une chose avec une certitude absolue toutefois.

— Peu importe ce qu’il s’est passé à l’université, tu as fait un travail incroyable en élevant Amélia.

La dernière chose à laquelle il s’attendait était à une grimace sur le visage de Molly.

— Quand on aura le test ADN demain, quand on sera certains qu’elle est de toi, dit-elle, je vais absolument tout faire pour m’assurer que toi et Amélia puissiez apprendre à vous connaître et créer vos propres moments spéciaux, vos propres souvenirs. Elle pourra avoir le père qu’elle a désiré toute sa vie. Et pour toi…

Elle tendit la main pour prendre la sienne, sans sembler réaliser qu’elle l’avait fait.

— Tu pourras connaître la fille la plus merveilleuse au monde. Même si je dois quitter mon travail et déménager ici pour que vous soyez ensemble.

Il aurait dû sauter sur sa proposition, il le savait, même lui demander de tout mettre par écrit pour demander à son avocat de l’apporter devant les affaires familiales afin d’avoir une preuve de ses intentions, juste au cas où. Mais cela avait été une longue journée pour tous les deux, si longue, qu’il n’était pas certain de pouvoir réellement réfléchir. Parce que même s’il souhaitait réellement garder Amélia à New York à partir de maintenant, il savait aussi que la dernière chose que sa fille voudrait serait d’être déracinée de ses amis, de son école et de sa vie.

Retrouver son père venu de nulle part était un changement suffisant.

— On verra tout ça demain, promit-il en récupérant leurs tasses et les mettant dans l’évier. Allons au lit.

Il comprit comment ça sonnait quand il vit la rougeur sur les joues de Molly.

— Je ne savais pas si tu voudrais de moi ici.

— Bien sûr que je le veux. Tu es la mère d’Amélia. Où pourrais-tu aller ?

Ce n’était pas facile pour aucun des deux, mais ils devaient trouver un moyen de faire fonctionner les choses. Peu importe le temps que ça prendrait.

— J’ai préparé la chambre en face de celle d’Amélia pour toi.

— Je pense que je pourrais seulement poser ma tête sur cet îlot et m’écrouler, dit-elle en essayant de toute évidence de masquer sa réaction. Mais le lit dans la chambre d’ami sera sûrement beaucoup plus confortable.

La dernière chose à laquelle il devrait penser était de partager le même lit. Il s’avéra qu’il ne pouvait s’empêcher d’y songer quand il monta son sac et la suivit en haut de l’escalier.

— Bonne nuit, Molly.

Même épuisée et lessivée par sa journée encore plus folle qu’aucune autre journée, Molly restait la femme la plus radieuse qu’il lui ait été donné de voir.

— Bonne nuit, Harry.

* * *

Harry était trop remonté pour dormir. Alors tout comme il l’avait fait toute sa vie quand il avait besoin d’échapper à ses pensées et à ses émotions, il décida de travailler. Il aurait dû finir le brouillon de son livre sur les chevaliers médiévaux six mois plus tôt, mais il avait rencontré un mur à la moitié et n’avait pas trouvé le moyen d’avancer depuis. Même s’il n’aimait pas avoir des soucis avec son travail, peut-être que se concentrer sur des stratégies de batailles l’aiderait à retrouver un peu de sa rationalité.

Comme ça, il pourrait réfléchir clairement à propos de Molly et Amélia et ce à quoi ressemblerait l’avenir à partir de maintenant.

Dès qu’il alluma son ordinateur portable, un message instantané s’afficha sur l’écran en provenance d’Alec. Harry aurait dû le savoir, sa famille attendait de ses nouvelles. Et c’était peut-être sa véritable raison de se connecter. Pas pour échapper au travail, mais pour pouvoir se tourner vers quelqu’un qu’il aimait comme ils le faisaient toujours quand leurs vies partaient à la dérive.

Alec : Molly est arrivée ?

Harry : Il y a environ une heure. Elle ne savait réellement pas

qu’Amélia était ma fille.

Mais elle avait dû admettre qu’elle aurait aimé qu’Amélia le soit. Entendre ça l’avait tellement touché. Cela ne rattrapait pas toutes les années perdues, mais au moins, il était heureux de savoir que Molly pensait qu’il aurait été un bon père.

Alec : Comment pouvait-elle ne pas le penser ?

Harry : C’est compliqué, mais je la crois. Tout comme tu le feras

quand je t’aurai expliqué. Il est trop tard pour te faire un topo

complet, alors tu vas devoir me croire pour le moment.

Harry n’allait pas donner tous les détails croustillants à sa famille, mais il leur en dirait assez pour comprendre pourquoi on ne pouvait pas reprocher à Molly l’apparition tardive d’Amélia dans leurs vies.

Alec : D’après mes souvenirs de Molly, c’était difficile de croire

qu’elle vous aurait séparés Amélia et toi. Étrangement, ça semble

plus sensé comme ça.

De toute évidence, perdre son partenaire en affaires, tomber amoureux de Cordélia et abandonner sa carrière de magnat de l’aviation pour devenir chef avait profondément changé Alec. Assez pour que son frère veuille voir plus dans une situation que ce qu’il y avait en surface.

Harry : On va refaire un test ADN demain pour nous assurer qu’elle

est réellement de moi.

Alec : Elle l’est. J’ai un ami dans le domaine médical qui peut

t’aider.

Harry sourit. Alec voulait d’Amélia dans la famille autant qu’eux tous. S’il y avait la moindre chance qu’elle ne le soit pas…

Non, il ne pouvait pas se laisser aller à avoir de telles pensées. Il ne pouvait pas découvrir sa fille un soir et la perdre le lendemain.

Harry : Merci d’avoir pris des nouvelles.

Alec : Tu as veillé sur moi plus de fois que je pourrais les compter.

C’est mon tour. Si tu as besoin de quoi que ce soit, je suis là.

Harry n’avait pas besoin des remerciements de son frère pour ce qu’il avait fait. Ils étaient une famille. Aucune autre raison n’était nécessaire. Et pourtant, après avoir soulevé le couvercle d’une aussi grande boîte à souvenirs cette nuit avec Molly, ça aidait de l’entendre.

Surtout quand Harry avait fait un grand aveu aussi de son côté. Non seulement elle avait été l’amour de sa vie, mais la perdre l’avait brisé.

Alec : Va dormir pour être en forme pour ta première journée

complète avec ta fille. C’est une enfant géniale, au fait.

Son frère se déconnecta, puis Harry suivit ses conseils en refermant son ordinateur portable et se glissant sous les couvertures.

Et malgré la quantité presque inconcevable de stress de sa journée, penser à Amélia le fit sourire quand il s’endormit.

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