Retour de flamme: La Famille Sullivan, New York, tome 6 (French Edition)

Chapitre Onze

 

Des larmes piquèrent les yeux de Molly en regardant Amélia et Harry dans le jardin. Ils allaient si bien ensemble, ils étaient déjà si à l’aise.

Dès qu’il était entré chez elle, elle n’avait pu voir rien d’autre que lui. Il était grand et fort, mais ce n’était pas la raison pour laquelle il envahissait tous ses sens. Son parfum, les vibrations sourdes de sa voix, la manière dont il remarquait tout autour de lui – tout chez lui plaisait à Molly, éveillait son désir, lui donnait envie de choses qu’elle s’était efforcée d’oublier depuis des années.

Maintenant, elle était encore moins certaine que leurs arrangements de vie puissent fonctionner. Pas d’un point de vue logistique – même s’il y avait la question de savoir ce qu’il allait faire toute la journée pendant qu’elle était au travail et Amélia à l’école. Non, maintenant il était surtout question de savoir comment elle allait pouvoir cacher ses émotions et garder ses hormones sous contrôle près de lui.

Parce que si elle se sentait sous tension après seulement vingt-quatre heures à ses côtés, comment allait-elle gérer le désir sulfureux, tremblant et désespéré en elle après une nouvelle journée complète ?

Amélia et Harry avaient les bras pleins de produits du jardin quand ils entrèrent dans la cuisine, discutant et riant.

— Maman se coupe toujours quand elle fait les préparatifs.

Amélia revêtit un tablier.

— Alors, papa, comment manies-tu le couteau ?

Les yeux d’Harry s’illuminèrent, comme ils le faisaient toujours quand elle l’appelait papa.

— Même si je suis meilleur avec une épée, je sais aussi très bien me servir d’un couteau.

— Il a déjà gagné un concours de lancer, dit Molly à sa fille, sachant qu’elle aimerait connaître des anecdotes comme cela.

— C’est vrai ?

— Oui.

Mais ensuite, Molly essaya de prendre une expression sérieuse.

— Tu ne dois jamais lancer de couteaux.

— Évidemment.

Amélia leva les yeux au ciel. Elle se tourna vers Harry.

— Alors comment en es-tu arrivé à en lancer ?

— J’avais l’habitude de participer à des compétitions sur le thème médiéval.

— Encore une fois, ton père est trop modeste, dit Molly. Harry ne participait pas seulement aux compétitions. Il les gagnait. À la joute, au tir à l’arc, la soule, qui est l’ancêtre du golf. Même au lancer de fer à cheval.

— Lancer de fer à cheval ? gloussa Amélia. Tu as de nombreuses cordes à ton arc, papa.

En souriant devant son compliment, il répliqua :

— Ta mère a négligé de mentionner qu’elle était la reine des quilles.

— Ce n’est probablement pas un concours d’engloutissement de bonbons, hein ?

— Non.

Molly rit, heureuse de se sentir enfin détendue avec Harry dans sa cuisine quand elle avait eu peur de ressentir tout le contraire.

— C’est un très vieil ancêtre du bowling.

— C’est logique, dit Amélia à Harry, parce que maman est un monstre au bowling. Ils essaient toujours de la faire rejoindre la ligue. Je pense qu’elle devrait porter un de ces polos rétro avec son nom brodé dessus.

Harry se tourna pour la regarder.

— Tu serais mignonne dans un de ces ensembles de bowling avec Molly écrit dessus.

En se sentant rougir, Molly dit :

— Pendant que tu cuisines, je vais vous laisser tranquille.

Elle voulait vérifier comment ajouter son nom au certificat de naissance d’Amélia. De plus, Amélia et Harry avaient certainement besoin de temps en tête à tête pour solidifier leur lien.

— Hurlez quand le dîner sera prêt.

— Attends ! dit Amélia. Avant que tu partes, on devrait prendre une photo de notre premier dîner ensemble.

Elle invita Molly à se rapprocher d’Harry, puis la serra entre eux.

— Dites ouistiti.

— Ouistiti !

Après avoir pris plusieurs clichés, chacun d’entre eux semblait nécessiter que son père et sa mère soient de plus en plus proches, Amélia regardait le téléphone et souriait.

— Parfait.

Elle montra le cliché à Harry.

— Tu n’es pas d’accord ?

Il hocha la tête, souriant à Molly.

— Complètement.

Et le fait était que même si Molly essayait toujours d’accepter les changements importants dans sa vie et celle d’Amélia, quand Harry lui souriait, tout semblait réellement parfait.

Son regard – comme s’il savait exactement ce qu’elle pensait – la poussa à se faufiler hors de la cuisine. Avec de la chance, une demi-heure de recherches sur le net l’aiderait à apaiser sa nervosité et ses hormones avant qu’ils s’assoient tous à table pour le dîner.

* * *

Elle n’eut pas cette chance.

Un dîner un dimanche soir avec Amélia et Harry allait tellement au-delà de tous ses rêves qu’elle put à peine avaler une bouchée. Comment le pourrait-elle quand elle ne cessait de s’émerveiller tout ce qui s’était réalisé ?

Elle n’avait pas beaucoup mangé depuis l’appel d’Harry l’après-midi précédent, mais elle ne parvenait pas à faire beaucoup plus que de jouer avec la nourriture dans son assiette comme elle avait appris à Amélia à ne pas le faire.

Même si Aldwin avait un grand bol de nourriture pour chien, qu’Harry avait acheté en ville, Amélia lui donnait continuellement des morceaux sous la table. Quand Harry fit de même, Molly se dit que ça devait être autorisé. Elle s’émerveillait pourtant de la façon dont ils étaient arrivés ici, à partager un dîner en famille avec un chien sous la table.

Enfin, quand les assiettes furent nettoyées, la vaisselle lavée et rangée, Molly décida qu’il était temps de montrer quelque chose d’important à Harry.

Son cœur battait la chamade quand elle se dirigea vers la bibliothèque située dans un coin et en sortit un album photo.

— C’est le premier album assemblé après la naissance d’Amélia. J’ai plus de photos, de toute évidence…

Elle indiqua l’étagère surchargée.

— … mais j’ai pensé que ça devrait être la meilleure façon de commencer.

Il récupéra l’album des mains de Molly comme si c’était la chose la plus précieuse au monde.

— Oh, Amélia, regarde-toi, dit-il en regardant la photo sur la couverture.

Elle avait trois mois et souriait de tout son être. Les paroles d’Harry étaient remplies d’émotions, et le cœur de Molly se serra.

— Tu es absolument magnifique. Le plus beau bébé du monde.

— Vraiment ? Amélia grimaça en regardant la photo, même Aldwin se pencha au-dessus du livre. Tu ne trouves pas que ma tête est énorme ? Comme si j’étais un bébé extra-terrestre plutôt qu’humain.

Molly éclata de rire, elle en avait franchement besoin. Amélia avait le don de faire des commentaires amusants de manière impromptue. Elle n’avait pas gagné le concours de clown au collège pour rien. Elle avait aussi un don pour savoir exactement quoi faire, quoi dire, pour égayer les gens. Même un père sur le point de fondre en larmes en pensant à tous les souvenirs, les années qu’ils avaient perdus.

— Je lui ai répété des milliers de fois, dit Molly à Harry aussi normalement que possible, que la tête des bébés est toujours comme ça.

Il regarda la photo de plus près.

— Je suppose qu’elle est peut-être un peu grosse, affirma-t-il, impassible, mais si tu me poses la question, je la dirais toujours parfaite. Même si je devrais mettre mes lunettes pour en être complètement certain.

Il se leva et les sortit de son sac en cuir, qu’il avait apporté un peu plus tôt.

— Je les utilise en général pour lire, mais je ne veux pas rater le moindre détail de ces photos.

Molly se prépara à l’impact, mais une fois qu’il se retourna avec ses lunettes sur le nez…

Oh, mon Dieu.

Elle fondit presque sur le sol. Elle avait supposé qu’il serait le professeur sexy ultime avec ses lunettes, mais il s’avéra qu’elle avait sous-estimé son côté sexy.

Dieu merci, il était si concentré, qu’il ne sembla pas remarquer l’effet qu’il avait sur elle.

Il s’assit à nouveau et récupéra l’album, s’ouvrant sur une photo que l’infirmière avait prise de Molly quelques minutes après avoir donné naissance, tenant sa fille nouvellement née emmaillotée dans les couvertures de l’hôpital.

— Molly.

Sa voix était rauque et pleine d’émotion en levant les yeux vers elle, puis à nouveau vers la photo.

Elle savait ce qu’il voyait – comme elle semblait jeune, et submergée. Mais aussi complètement radieuse. Et remplie d’une détermination, celle de ne jamais, jamais laisser tomber sa fille.

La poitrine de Molly se serra tellement, au point de pouvoir à peine respirer.

— Je devrais…

Elle fut à bout de souffle et dut réessayer.

— Je devrais vous laisser regarder l’album ensemble.

— Attends, tu ne veux pas commenter les photos pour Harry ? protesta Amélia.

— J’aimerais beaucoup que tu le fasses, acquiesça Harry en l’arrêtant de son superbe regard sombre derrière ses lunettes. Où as-tu accouché ?

— Au River Hospital d’Alexandria Bay. J’ai eu la chance de trouver un emploi à Boldt Castle pendant ma grossesse et ils avaient une bonne mutuelle pour l’hôpital local.

— Raconte-lui combien d’heures tu as été là, en travail.

— Pas mal.

Molly ne pensait pas que ça aiderait de faire une montagne de toutes les petites choses qu’il avait ratées, même si d’avoir été en travail avait été tout sauf rapide.

— Trente-six heures !

Amélia aimait s’assurer que les personnes possèdent les détails sur tout. Tout comme son père.

Harry sembla horrifié.

— Il y avait quelqu’un pour te soutenir ?

Molly alla chercher un verre d’eau au robinet de l’évier pour ne pas regarder son expression.

— L’infirmière a été géniale.

Même si elle ne pouvait pas le voir, elle pouvait sentir sa frustration de là où elle était.

— J’aurais aimé être là pour toi.

Heureusement, avant que les choses deviennent plus tendues, Amélia pointa une nouvelle photo dans l’album.

— J’ai toujours cette peluche en forme de cochon. Je vais aller la chercher. Elle courut hors de la pièce, avec Aldwin la suivant de si près, qu’elle en trébucha presque. Elle revint quelques instants plus tard avec un animal en peluche gris fané ressemblant vaguement à un cochon.

— Maman dit que je l’ai tété au point de faire disparaître toute sa couleur.

— C’est le même animal en peluche ?

Harry semblait incrédule.

Amélia hocha la tête.

— Et j’ai des combinaisons presque identiques à celles que je portais quand j’étais bébé, aussi.

— En parlant de pyjama, dit Molly en sachant combien sa fille devait être fatiguée, la voyant sur le point de s’écrouler, tu devrais te préparer à aller au lit, sinon tu vas avoir du mal à te lever pour aller à l’école demain.

Après le départ d’Amélia, le chien sur les talons, Molly était pleinement consciente d’être seule avec Harry. Être assis ensemble sur le canapé à regarder des photos donnait presque l’impression qu’ils étaient un couple normal – un qui avait passé les quinze dernières années à élever leur fille ensemble plutôt que de les avoir vécues séparés, sans pouvoir se parler, se toucher ou s’embrasser.

Merde, des larmes lui montaient à nouveau aux yeux au moment où Amélia revint dans le salon dans une combinaison pour adulte. Elle était une adolescente n’ayant pas peur de se sentir enfant de temps en temps.

— Il a l’air très confortable. Il y en a à ma taille ? plaisanta Harry en faisant une pirouette pour qu’il puisse voir comme son pyjama ressemblait à ceux qu’elle portait bébé.

— En fait, je pense que oui, répondit Amélia.

Molly pouvait supposer ce qu’Amélia prendrait à Harry pour Noël. Elle savait aussi qu’il réussirait à être beau et sexy dans le pyjama plutôt que ridicule comme le serait n’importe quel autre homme.

— Bonne nuit, papa. Amélia se pencha pour embrasser Harry sur la joue et lui faire un câlin.

Molly ne l’avait jamais vu aussi au bord des larmes, ou si profondément heureux, en même temps.

— Bonne nuit, chérie.

Il l’embrassa et la serra dans ses bras aussi.

Amélia rayonnait de joie en allant vers Molly qui la serra fort contre elle.

— Je t’aime, ma puce. Tu es incroyable.

— Tout comme toi, maman.

Amélia se trouvait au milieu de la pièce quand elle se retourna.

— Oh, je voulais te demander, papa, tu veux bien marcher avec moi demain pour aller à l’école ?

— Je ne voudrais pas rater ça.

— Super ! On doit partir à sept heures trente.

Elle lui envoya un baiser et partit rejoindre Aldwin dans sa chambre.

— Elle ne m’a pas laissé la déposer à l’école depuis qu’elle a douze ans, fit remarquer Molly une fois qu’Amélia eut refermé la porte, essayant de faire comme si elle n’avait pas eu envie de pleurer devant les réactions sincères d’Harry face aux photos de bébé… puis de lui sauter dessus quand elle l’avait vu avec ses lunettes. Elle semble vraiment avoir hâte de te montrer à tout le monde. Habituellement, elle y va à vélo ou à pied avec une amie.

— J’ai hâte de rencontrer ses amis et ses professeurs.

En parlant, il semblait toujours submergé par le baiser de bonne nuit d’Amélia.

— Tu connais quelqu’un qui pourrait veiller sur Aldwin demain ?

— Une amie tient une pension à quelques pâtés de maison d’ici, affirma Molly. Mais pourquoi as-tu besoin de quelqu’un pour veiller sur lui ?

— Parce que j’aimerais que tu viennes avec nous à l’école demain matin et je ne suis pas sûr que nous devrions le laisser seul chez toi avant d’être complètement certains qu’il ne deviendra pas fou à se languir d’Amélia.

Il fronça les sourcils comme s’il venait de penser à quelque chose.

— Si tu peux nous accompagner sans arriver en retard au travail.

Elle hocha la tête.

— Tu as raison, je devrais sûrement venir avec vous. Même si c’est seulement pour m’assurer qu’elle sera à son premier cours, parce que je suis certaine qu’elle ne voudra pas te laisser partir.

Tout comme je n’en ai pas envie non plus.

* * *

Après que Molly eut envoyé un message à son amie pour lui déposer Aldwin le lendemain matin, elle dit :

— Avant d’aller au lit, je voudrais te parler de quelque chose.

Remarquant son air sérieux, il hocha la tête. Étrangement, elle sembla aussi soulagée quand il retira ses lunettes.

— Bien sûr, de quoi veux-tu parler ?

— Maintenant que nous sommes certains que tu es le père d’Amélia, ton nom devrait apparaître sur son certificat de naissance. J’ai fait quelques recherches en ligne pendant que vous prépariez le dîner et il semblerait que c’est une procédure assez simple. Si tu le souhaites, après avoir déposé Amélia à l’école, on pourrait aller voir le service du greffe pour remplir les papiers.

Si Harry avait le moindre doute concernant les bonnes intentions de Molly pour se racheter, cela les effacerait tous. Non seulement elle voulait officialiser les choses, mais elle voulait aussi que ce soit fait le plus vite possible.

— Ce serait génial. Et pour ton travail ? On ne sait jamais pour combien de temps on en a avec l’administration. Je détesterais que tu aies des ennuis avec ton patron.

— Stanley comprendra et il y a quelques personnes qui pourront me remplacer au magasin à la dernière minute s’il y a beaucoup de monde en arrivant chez le greffier. Dans tous les cas, tout ça passe au second plan. La priorité est de s’assurer que tu as une autorité parentale légale. Je ne veux plus qu’il y ait de doutes sur ta paternité.

Malgré les circonstances étranges qui les avaient poussés là, c’était très agréable d’être assis dans le salon de Molly à parler sous la lumière des étoiles brillant derrière les fenêtres. Était-ce ce qu’ils auraient eu s’ils ne s’étaient pas séparés ?

Quinze ans de soirées sur le canapé ensemble. Des soirées à la regarder dans les yeux pour tout voir dans leur bleu profond. Des soirées où il aurait pu l’attirer près de lui et sentir sa chaleur et sa douceur contre lui quand ils…

Molly se releva d’un bond du canapé. Sa peau avait rougi et ses lèvres étaient plus roses, comme s’il l’avait réellement embrassée plutôt que de seulement fantasmer.

— Il est tard. Je devrais aller au lit. Je vais aller vérifier ta chambre pour m’assurer que tu as tout ce dont tu as besoin avant d’y aller.

Mais il ne pouvait la laisser partir. Pas encore. Il lui prit la main.

— Ça aurait pu être si difficile. Mais tu fais tout pour que ça ne le soit pas. Merci, Molly. Pour avoir fait un aussi bon travail avec Amélia pendant toutes ces années, pour me laisser vivre chez toi, et pour avoir cherché comment modifier son certificat de naissance.

Et pour seulement être toi.

Elle lui adressa un sourire tremblant, puis retira sa main avant de bondir hors de la pièce.

Ne désirant rien d’autre que la poursuivre, Harry se força à récupérer l’album photo et s’asseoir dans un fauteuil près de la bibliothèque. Il remit ses lunettes, l’ouvrit et eut le souffle coupé encore une fois devant les superbes photos d’Amélia bébé, et de Molly en jeune maman radieuse.

Chacune d’entre elles lui donna encore plus envie de remonter le temps. D’avoir une chance de recommencer et de prendre les bonnes décisions.

Il caressa du doigt une photo de Molly et Amélia au bord de l’eau. Molly portait son bébé sur sa poitrine dans une écharpe aux couleurs colorées et elles portaient toutes les deux un chapeau semblant vouloir s’envoler d’un moment à l’autre. La petite main d’Amélia était dans celle de Molly.

Harry se sentit s’étouffer tant il aurait aimé prendre cette photo à l’époque. Mais avant qu’une larme puisse couler, son regard se fixa sur la photo de la couverture. Molly tenait Amélia à bout de bras et le bébé riait devant les grimaces de sa mère.

Bien qu’il sentît toujours la boule dans sa gorge, il ne put s’empêcher de sourire.

Molly avait toujours été douée pour faire des grimaces. Elle ne s’était jamais préoccupée de se faire belle. Elle voulait seulement que les personnes dont elle se souciait soient heureuses.

Harry n’était pas certain de réaliser comme elle l’avait rendu heureux quand ils avaient dix-huit ans. Mais si ça avait été le cas, cela aurait-il fait une différence alors que sa famille était à l’époque sens dessus dessous ?

Il avait dit à Molly que la meilleure chose à faire était de regarder vers l’avenir, et il le pensait. Mais cela ne voulait pas dire que l’histoire n’était pas importante. Ce soir, il allait saisir la chance de parcourir ces photos pour en apprendre plus sur l’histoire qu’avaient construite Amélia et Molly sans lui.

Et un jour, s’il avait de la chance, il y aurait peut-être un album avec lui à l’intérieur également.

* * *

Le sommeil vint à bâton rompu. Complètement épuisée, Molly s’était endormie au moment où sa tête avait touché l’oreiller, mais cela n’avait pas duré. Après s’être réveillée quelques heures plus tard, elle s’était tournée et retournée dans son lit tellement longtemps qu’elle avait décidé de se lever, faire du thé et un petit goûter, qui pourrait peut-être l’aider à se rendormir.

Elle s’enveloppa d’une robe de chambre, marcha sur la pointe des pieds et fut surprise de voir la porte de la chambre d’Harry ouverte… et son lit toujours fait. Elle pouvait entendre le chien et l’adolescente ronfler dans la chambre d’Amélia de l’autre côté du couloir.

Mais où était Harry ?

Elle le retrouva endormi dans le salon, dormant à poings fermés dans le fauteuil, entouré par les albums photo. Il y en avait encore un ouvert sur ses genoux. Ses lunettes, qu’il avait dû remettre quand elle était partie au lit, étaient tombées dessus.

En marchant silencieusement sur le tapis, elle s’agenouilla près de lui pour voir où il s’était arrêté.

C’était une photo où Amélia avait gagné un prix du comté pour la meilleure lecture de poésie. Molly avait les bras autour de sa fille pendant qu’elle soulevait fièrement son trophée.

Molly se souvint avoir pensé que tous les sacrifices avaient valu le coup, seulement pour voir combien sa fille avait confiance en elle, était si heureuse d’être elle-même. Amélia ne laisserait jamais un garçon, ou quiconque, mal la traiter, parce qu’elle connaissait sa propre valeur. C’était la chose la plus importante que pouvait lui enseigner Molly.

Molly récupéra l’album sur les genoux d’Harry et le reposa sur l’étagère. Elle était déchirée à l’idée de le réveiller ou pas. Mais elle ne voulait pas qu’il ait mal au cou et au dos comme elle quand elle s’endormait dans un fauteuil toute la nuit.

Elle posa une main sur son bras.

— Harry.

Il n’avait jamais dormi profondément. Certainement parce qu’il avait toujours eu le sentiment de devoir se réveiller en un instant si un membre de sa famille avait besoin de lui. Mais ce soir, elle avait beaucoup de difficultés à le réveiller, elle alla jusqu’à poser les mains sur ses épaules – de très larges épaules – pour le secouer gentiment.

Ses yeux s’ouvrirent enfin, embrouillés par le sommeil. Il se demandait certainement où il était. Elle était sur le point de dire quelque chose quand il murmura :

— Molly.

Son prénom était si plein de nostalgie, de désir et de passion qu’il la retint captive.

Il leva les mains vers son visage, les posa sur ses joues et caressa sa peau avec ses pouces.

— Si belle, murmura-t-il.

Puis il posa ses lèvres sur les siennes et il l’embrassa.

Et… oh, mon Dieu… comment une personne saine d’esprit pouvait-elle vouloir interrompre un baiser pareil ?

Sa bouche était chaude, avait le goût sucré de la salade de fruits mangée pour le dessert et était plus que tout, désespérée.

Il l’embrassait comme s’il avait toujours attendu d’avoir la chance de pouvoir le faire à nouveau.

Comme si elle était tout ce qu’il désirait et désirerait jamais.

Comme si rien d’autre qu’elle n’avait d’importance.

Comme s’il ne voudrait jamais la laisser partir.

Molly en eut le tournis. De plaisir. De désir. D’un désespoir égal au sien.

Il lui était impossible d’empêcher ses mains de descendre de ses épaules pour caresser les muscles forts de son dos, se souvenant à chaque centimètre combien il était magnifique. Et apprenant qu’il l’était encore plus maintenant.

Son petit cri de plaisir fit écho à son gémissement et il se déplaça pour l’attirer sur ses genoux, elle ne pouvait imaginer être ailleurs.

Jusqu’à ce que son pied se coince dans un des albums à côté du fauteuil, et qu’ils tombent les uns après les autres dans un concert de boums qui lui fit reprendre un peu ses esprits. Assez, du moins pour comprendre qu’elle devait quitter ses genoux.

Surtout maintenant qu’il la regardait comme s’il se demandait comment elle avait bien pu arriver là.

— Molly ?

Il redit son nom, mais cette fois de manière interrogative.

— Tu es réelle.

Oh, non…

Avait-il été endormi tout le temps ?

Pendant le meilleur baiser de sa vie ?

— Tu étais endormi et j’essayais de te réveiller.

Ses mots se précipitèrent tout en tâtonnant pour essayer de se relever.

Il serra ses mains autour d’elle pendant une fraction de seconde avant de la laisser partir.

— Je t’ai embrassée.

Il semblait un peu choqué, ce qui fit rougir un peu plus Molly devant ce qu’il venait de se passer entre eux.

— Je suis certaine que tu n’en avais pas l’intention, dit-elle. Tu devais rêver et…

— Tu m’as embrassé en retour.

Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais aucun mot n’en sortit. Que pouvait-elle dire ? Après tout, ce n’était pas comme si elle pouvait prétendre rêver elle aussi pour excuser son comportement.

Finalement, elle parvint seulement à dire :

— Ne t’en fais pas, ça ne se reproduira pas.

Elle retourna à la hâte dans sa chambre, loin de la plus grande tentation de sa vie, avant de lever la main pour faire un signe étrange.

— Bonne nuit.

Elle se retourna et s’enfuit dans sa chambre sans le thé ni la collation prévue, et referma la porte derrière elle, avec son cœur battant la chamade.

Ses lèvres picotaient toujours après le meilleur baiser de sa vie.

Avec le seul homme vivant pouvant lui faire tout oublier, sauf lui.

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