Retour de flamme: La Famille Sullivan, New York, tome 6 (French Edition)

Chapitre Seize

 

 

Alors qu’Amélia et Harry étaient restés au théâtre pour terminer, Molly rentra à la maison pour récupérer Aldwin à la pension pour chiens et commencer à préparer quelque chose pour le dîner. Elle était heureuse d’avoir quelques minutes toute seule pour mettre à plat ses pensées et ses émotions tourbillonnantes et essayer d’y voir plus clair.

Aldwin semblait heureux de la revoir, et pourtant, il ne semblait pas presser de quitter la pension. Il s’était fait de nombreux amis à fourrure, dont un petit pékinois et un chiot croisé. Janet avait confirmé qu’il s’était bien adapté avec les autres chiens et qu’il serait certainement épuisé ce soir après s’être autant amusé avec les autres, surtout qu’il avait couru le long de la plage à l’heure du déjeuner.

Aldwin s’arrêta pour renifler toutes les plantes, les poteaux et une boîte aux lettres sur le chemin du retour, rendant la marche de cinq minutes trois fois plus longue. Alors qu’ils serpentaient le long du pâté de maisons, avec Aldwin lui arrachant pratiquement le bras chaque fois qu’il voyait un écureuil, Molly s’émerveillait du fait qu’Harry avait fait huit heures d’inventaire, qu’il avait travaillé plus dur et plus vite que tout le monde, sans se plaindre. Il avait séduit ses collègues – même Greta et Stanley, qui étaient réellement durs en affaires quand il était question de soupirants. Et après s’être fait comme amis la moitié des parents de l’école, il sauvait la comédie musicale à lui tout seul. Molly avait pensé que le metteur en scène s’évanouirait quand Harry s’était levé pour proposer ses talents de menuisier.

En plus de tout ce qu’il avait dit à Molly aujourd’hui, et avec toutes les indications qu’il lui avait données, il semblait vouloir d’elle à nouveau.

Comment pourrait-elle lui résister ?

D’une certaine manière, elle avait besoin de consolider sa maîtrise sur elle-même. Elle devait arrêter de rougir et de le désirer chaque fois quand il lui souriait, sans parler de la toucher.

Malgré son indéniable attirance, Molly ne pouvait prendre aucun risque quand il s’agissait d’Amélia. Comme ce serait horrible pour leur fille si sa mère et son père perdu depuis longtemps commençaient à sortir ensemble et finissaient par se séparer !

Mais tout en le pensant, elle savait que c’était en partie une échappatoire. Parce que Molly n’avait pas seulement peur de faire souffrir Amélia.

Elle avait peur pour elle aussi.

Enfin de retour à la maison, Aldwin s’effondra sur son gros coussin dans un coin du salon, pendant que Molly allait vers ses placards pour préparer une pizza faite maison. C’était bon d’utiliser ses mains pour mélanger et pétrir la pâte. Le travail répétitif l’aida à la stabiliser.

Une demi-heure plus tard, Molly entendit un rire à l’extérieur, puis la porte d’entrée s’ouvrit. Aldwin eut un assez gros regain d’énergie pour foncer vers Amélia et Harry, sautillant pour leur lécher le visage.

Ils riaient, luttant tous les deux pour ne pas tomber à la renverse sous les salutations enthousiastes du chien. Ils se ressemblaient tellement, même dans leurs gestes, que Molly se demanda comment elle avait pu ne pas voir la ressemblance plus tôt.

C’était une autre raison pour laquelle elle ne pouvait pas voir si les choses pouvaient fonctionner entre elle et Harry en tant que couple. Comment le pouvaient-ils, quand Molly ne pourrait jamais se pardonner de croire qu’un autre homme avait pu être le père d’Amélia ? Peu importe ce qu’il disait sur le fait d’aller de l’avant, Harry, et sa famille, pourraient-ils un jour lui pardonner ?

— Je suis morte de faim, dit Amélia en laissant tomber son sac sur le sol et allant se laver les mains, Aldwin sur les talons.

— Tu as fait de la pizza ?

— Elle est presque prête.

Molly sourit à Harry, espérant avoir l’air détendue et amicale plutôt que nerveuse et décalée.

— Nous la mangeons habituellement complète, mais je sais que tu n’aimes pas trop les champignons, alors je les ai laissés de côté.

— Bonne mémoire.

Son sourire contenait assez de chaleur pour la réchauffer complètement, malgré tous les avertissements qu’elle se répétait depuis une heure.

— Je peux t’aider avec quelque chose ?

— Tout est prêt.

Elle apporta une salade, se sentant étrange en quittant la cuisine pour aller dans la salle à manger, comme s’il pouvait lire dans ses pensées et savait comme c’était difficile de rester détendue près de lui. Aucun autre homme ne l’avait jamais affectée comme ça. Et maintenant qu’ils partageaient Amélia, leur lien semblait encore plus riche, plus profond.

Elle sortit la pizza du four, le fromage avait délicieusement fondu, la croûte était parfaitement croustillante, la garniture fraîchement cueillie dans le jardin, y compris la sauce tomate faite maison.

— C’est la meilleure pizza que j’ai mangée, dit Harry après avoir seulement avalé la première bouchée. Tu as tout fait toi-même ?

— Oui.

Il devait se demander quand elle avait eu cette transformation culinaire – la fille qu’il avait connue à l’université pouvait à peine faire bouillir de l’eau.

— Quand j’ai emménagé dans cette maison, c’était la première fois que j’avais une cuisine à moi.

Au pensionnat, les filles n’avaient jamais été autorisées à aller dans les cuisines.

— De plus, aller au restaurant avec un jeune enfant est assez compliqué, donc c’était plus simple de manger à la maison.

— Maman dit que j’étais infernale quand elle me sortait pour le dîner, surtout quand j’étais fatiguée. Soit je m’époumonais ou je me glissais sous la table et je ne voulais pas qu’elle me déplace si je m’étais endormie.

— La bonne époque, dit Molly avec un sourire avant de se tourner vers Harry. En tout cas, je me suis dit que si je devais cuisiner, autant apprendre à faire en sorte que ça soit bon.

— Et toi, papa ? demanda Amélia. Quelle est ta spécialité culinaire ?

— Disons que, quand j’appelle le restaurant chinois au coin de la rue de mon appartement, je n’ai pas à leur donner ma commande. Ils me livrent comme d’habitude.

Amélia voulait tout savoir de la vie en ville, et Molly était heureuse de rester en retrait pour les écouter parler. Trop tôt, toutefois, Amélia partit pour aller faire ses devoirs dans sa chambre en mettant ses écouteurs et Aldwin s’installa confortablement sur le lit à côté d’elle. Harry lui avait aussi donné le brouillon de son livre, pour quand elle aurait le temps ou l’envie de le regarder.

Molly ne pouvait pas être plus heureuse de tout le temps qu’Amélia et Harry passaient ensemble, surtout maintenant qu’il s’était porté volontaire pour aider avec la comédie musicale. Plus que tout, elle voulait qu’ils créent un lien et se rapprochent l’un de l’autre.

Mais Amélia était une adolescente avec sa propre vie – ses amis, l’école, le sport et la comédie musicale signifiaient qu’elle était très occupée. Cela voulait dire qu’Harry avait beaucoup de temps, du moins jusqu’à ce qu’il reprenne le travail ou un autre projet.

Molly redoutait ce moment de la soirée, quand ils se retrouveraient seulement tous les deux dans le salon. Elle ne pouvait prendre le risque de l’embrasser à nouveau, car elle n’était pas du tout certaine d’avoir assez de maîtrise pour se détourner de la tentation une seconde fois.

— J’ai un papier à écrire pour mon cours de demain soir, alors je vais aller dans ma chambre maintenant.

— Je pensais que tu travaillais sur la table de la cuisine d’habitude.

Bien sûr, Harry savait comme elle tenait à ses habitudes, surtout quand elle devait se concentrer. Lorsqu’ils étaient à l’université, elle aimait travailler au même bureau, au même étage de la bibliothèque.

— Oui, mais j’ai appris à travailler un peu partout au cours des dernières années. En attendant le début d’une partie de foot d’Amélia, assise dans le cabinet du médecin, dans un café jusqu’à la fin de la leçon de piano.

— D’accord, dit-il. Je voulais seulement m’assurer que ma présence ne perturberait pas tes habitudes.

— Bien sûr que non, dit-elle avec un peu plus d’enthousiasme que nécessaire.

Elle ne devrait pas se laisser affecter par son expression légèrement triste ni avoir le sentiment de l’abandonner. Surtout quand elle savait que ce serait pratiquement impossible de se concentrer sur son devoir en sachant qu’il serait à quelques mètres d’elle. Elle avait été trop douce, et ce n’était pas bon, pas seulement pour les autres, mais aussi pour elle. Quelqu’un de plus ferme et plus résolu aurait été dans sa chambre et en aurait simplement verrouillé la porte.

— En fait, je vais peut-être travailler ici un peu, dit-elle plutôt.

Le sourire d’Harry fit battre son cœur plus fort.

— Super. Je promets de rester silencieux pour que tu puisses te concentrer.

Ils sortirent tous les deux leur ordinateur portable, Molly s’installa sur la table de la cuisine et Harry s’assit dans le fauteuil près de la bibliothèque.

Bien sûr, il devait remettre ses maudites lunettes.

Pourquoi devait-il être si sexy ?

Molly avait présumé qu’elle fixerait l’écran tout le temps, essayant de ne pas baver sur l’homme ridiculement beau dans son salon. Un dont les baisers embraseraient toutes les parties d’elle-même. Mais elle fut surprise de voir qu’en regardant ses notes sur son sujet – les soldats retournant vers leurs familles après la guerre et les effets à la fois sur la structure de la famille et la société en tant que telle – elle avait une toute nouvelle perspective quelques jours seulement après avoir griffonné ses notes. Probablement parce que ça se rapprochait de sa propre situation avec Harry.

Ses doigts volaient sur le clavier, les idées fusaient tellement vite, qu’elle pouvait à peine suivre. Quand elle leva les yeux, plus d’une heure était passée. Ses épaules s’étaient tendues, elle les étira au-dessus de sa tête. Elle remarqua alors le sourire d’Harry.

— On dirait que tu as été visité par une muse.

— Ça ne m’était pas arrivé depuis longtemps.

Elle avait du mal à croire la facilité avec laquelle elle avait écrit. Elle devait toujours éditer, mais le dur labeur de rassembler ses pensées de manière cohérente était fait.

— Tu as toujours été mon porte-bonheur, dit-il. Je suis peut-être le tien maintenant.

L’élan de créativité passé, elle réalisa comme elle était fatiguée. Trop fatiguée pour conserver sa carapace face à cet homme charmant pouvant facilement détruire la paix et le bonheur qu’elle avait eu du mal à accomplir sans lui.

— Peut-être, répondit-elle en ramassant ses documents. Je devrais aller au lit maintenant.

Elle referma son ordinateur portable.

— Bonne nuit.

— Bonne nuit.

Elle espérait qu’il n’allait pas la tenter en se levant pour la serrer dans ses bras, ou même lui donner un baiser. Seulement, elle fut irrationnellement déçue quand il ne le fit pas.

— On se voit demain matin.

Quand elle se dirigea vers sa chambre, elle put sentir son regard sur elle. Elle ne devrait pas se demander s’il aimait ce qu’il voyait, plusieurs années plus tard et après avoir eu un enfant.

En se regardant dans le miroir de la salle de bains en se brossant les dents, elle ne put rater les rides autour de ses yeux et de sa bouche. Silencieusement, elle se rappela que le peu d’hommes avec qui elle était sortie au cours des dernières années avait semblé la trouver assez attirante. Même si ça n’avait pas fonctionné avec eux, principalement parce qu’elle était honnête avec elle-même : aucun d’entre eux n’était Harry ; elle espérait trouver un homme désirant s’ouvrir à elle pour la laisser entrer dans sa vie.

Arf, elle était si fatiguée, elle retombait dans ses mauvaises habitudes de trop penser. Après une bonne nuit de sommeil, elle serait certainement prête à affronter une nouvelle journée avec ses défenses intactes.

Dans tous les cas, aucun baiser n’aurait lieu ce soir, peu importe ce qu’il se passerait, elle n’allait pas prendre le risque de le croiser en quittant sa chambre durant la soirée. Ils allaient passer à travers la nuit en n’étant rien d’autre que deux parents, dormant dans des chambres séparées.

Elle retira ses vêtements, revêtit le haut en soie dans lequel elle aimait dormir, puis elle se glissa sous les couvertures. En éteignant la lampe de chevet, elle ferma les yeux, serra son oreiller, prête à se laisser emporter par le sommeil.

Plop.

Elle ferma les paupières plus fort, refusant de l’entendre.

Ploc.

Elle serra les dents en comptant à rebours à partir de cent. Elle arrivait à quatre-vingt-onze quand elle l’entendit à nouveau.

Plip.

Elle s’assit dans son lit. Merde, le robinet de la salle de bains devait-il réellement faire des siennes ce soir ? Le problème était qu’elle ne pourrait pas fermer l’œil sauf si elle le réparait – elle resterait étendue dans son lit juste le temps que la prochaine goutte touche la porcelaine. Et bien sûr, sa boîte à outils se trouvait dans le placard du couloir.

Ne voulant pas prendre la peine de s’habiller complètement, elle mit un doux pull cache-cœur offert par Greta pour Noël. Il ne la recouvrait pas entièrement, mais il lui descendait presque jusqu’aux genoux, ainsi elle ne montrerait pas plus de peau que dans une robe de soirée.

Molly ouvrit la porte et regarda dans le couloir. La porte d’Harry était fermée et elle poussa un soupir de soulagement. Tant qu’elle ne le réveillerait pas, elle serait toujours à l’abri.

Deux minutes plus tard, elle était de retour dans sa chambre avec sa boîte à outils à la main. C’était la troisième fois que son robinet fuyait. Il faudrait appeler un plombier pour le réparer correctement. Mais ils étaient chers, alors elle reportait toujours. Demain, elle en appellerait un. Ce soir, elle devait seulement l’empêcher de fuir pour pouvoir dormir.

Malheureusement, aucun de ses trucs habituels ne fonctionna. Elle n’avait pas beaucoup de trucs dans sa manche, mais avec l’aide de quelques vidéos YouTube, elle avait toujours été capable de s’occuper de petits problèmes comme celui-ci.

Elle bâilla et porta la main à la bouche, elle était si fatiguée qu’elle en oublia qu’elle tenait toujours la clé à molette. Quand le lourd morceau de métal la frappa à la dent, la douleur lui vrilla les gencives et elle la laissa tomber.

Sur les orteils de son pied droit.

— Aïe !

Elle ne pouvait rester silencieuse en sautillant sur un pied, tenant ses orteils blessés dans sa main droite, la gauche sur sa bouche l’élançant toujours.

On frappa à la porte.

— Ça va ? demanda Harry depuis le couloir.

Elle était sur le point de lui dire qu’elle allait bien, mais avant de le faire, elle tituba sur une jambe contre l’encadrement de la porte et cria de douleur.

Cette fois, Harry n’attendit pas d’invitation. Ouvrant la porte, il se précipita à l’intérieur. Il avait retiré ses lunettes, Dieu merci. Mais il portait seulement un bas de pyjama et était torse nu. Il était incroyablement musclé, ses bras, son torse, ses abdominaux. Si beau en fait, qu’elle devait se concentrer pour garder sa langue dans sa bouche douloureuse.

Il avait été en forme à l’université, mais elle n’aurait certainement pas oublié ça. Quel genre d’entraînement faisait-il ? Pouvait-elle le regarder faire ?

Elle pourrait vendre des billets pour ce spectacle.

— Molly ? Tu t’es fait mal ?

Il l’examina des pieds à la tête, ce fut à ce moment qu’elle réalisa que son pull cache-cœur était presque tombé à force de sauter dans la pièce sur un pied en se cognant contre des choses.

Elle n’était pas certaine de s’être sentie plus idiote qu’en cet instant. Elle rattacha fermement son pull autour de sa taille.

— Mon évier coulait, alors je devais le réparer, mais j’ai fini par faire tomber ma clé à molette sur mes orteils.

— Laisse-moi voir ton pied.

Avant de pouvoir lui dire qu’elle allait bien, il était à genoux et prenait son pied. Il laissa ses doigts courir sur sa peau et elle frissonna à son contact.

Si c’était aussi bon de le laisser lui caresser le pied, comment se sentirait-elle s’il la caressait tout entière ? S’il arrêtait d’être un tel gentleman et l’attirait contre son torse nu musclé et plus que beau ?

Mais elle le savait déjà, non ? Elle savait comme son corps s’enflammerait si elle était entre ses mains fortes et talentueuses.

Molly savait qu’elle ne devait pas imaginer Harry la toucher… et le toucher en retour. Le problème était qu’en étant aussi près de lui, elle ne savait franchement pas comment faire taire ses désirs.

— Rien ne semble brisé, dit-il même s’il n’avait pas encore retiré sa main de sa peau. Pourquoi ne retournes-tu pas au lit, je vais aller te chercher de la glace.

Quand il quitta la pièce, elle s’assit sur le lit, releva les couvertures, mis à part sa jambe droite et son pied.

Harry revint dans la chambre avec un sac de petits pois.

— C’est tout ce que j’ai trouvé.

Il posa délicatement le sac sur son pied.

— Ça va comment ?

Parfaitement, parce que tu es là.

Heureusement, elle dit simplement.

— C’est parfait.

En espérant qu’il ne pouvait pas entendre comme elle était à bout de souffle dans sa voix.

— Tu dois être fatigué et vouloir retourner au lit. Mais merci d’être venu voir si j’allais bien.

Il regarda vers l’évier.

— Et si je regardais le robinet ?

— Je peux appeler un plombier demain matin.

— Mon père n’était pas vraiment présent dans mon enfance, dit-il, mais il s’est assuré qu’on sache tous utiliser une boîte à outils. Chaque fois que j’allais dans sa maison à Summer Lake, je l’aidais à construire ou à rénover quelque chose.

Seulement ça, cet instant, était plus qu’il avait partagé avec elle à propos de son père quand il était à l’université. En fait, Harry n’avait-il pas déjà été très communicatif sur lui au magasin aujourd’hui ?

— Je me suis toujours demandé comment ton père était passé de peintre à bâtisseur.

Mais elle n’avait jamais eu le courage de demander. Harry avait toujours été clair sur le fait que parler de son père était hors de question. Les choses étaient différentes maintenant. William était le grand-père d’Amélia, mais Molly avait aussi le sentiment qu’Harry voulait parler de lui.

— Je pense comprendre pourquoi il a arrêté de peindre, dit-elle d’une voix douce, mais pourquoi s’être tourné vers la construction ?

— Papa a toujours été doué de ses mains, de toute évidence.

Elle ne pouvait pas le voir près de l’évier depuis son lit, mais elle pouvait l’entendre utiliser la clé à molette, ou peut-être un tournevis.

— Je pensais qu’il n’y avait rien de plus, parce qu’il ne pouvait plus peindre, il avait besoin d’une échappatoire créative.

Elle entendit l’eau couler, puis s’arrêter. Harry revint ensuite de la salle de bains.

— Ton robinet est réparé. Tout ce qu’il manquait était un nouveau joint.

— Merci.

Quand ils étaient plus jeunes, elle le laissait partir sans insister pour avoir plus de détails à propos de son père, mais agir comme cela ne leur avait pas rendu service par le passé.

— Si construire des maisons n’était pas seulement une échappatoire pour ton père, tu penses que c’était quoi d’autre ?

Harry s’assit sur le rebord du lit, son poids sur le matelas rapprocha son corps dans sa direction.

— On disait que mon père avait peint des centaines de portraits de ma mère parce qu’il était obsédé par elle. Et je ne dis pas que c’est faux. Mais je me suis aussi demandé s’il était satisfait de son travail, si ce n’était pas pour ça qu’il avait toujours voulu réessayer. Surtout quand elle était en colère, ou ne lui parlait pas – c’est à ces moments qu’il peignait le plus. Presque comme s’il pouvait la peindre pour lui donner une humeur différente. Peut-être, en faire une femme différente.

Harry passa une main dans ses cheveux.

— Je ne sais pas si ça a du sens, mais parfois je pense qu’il a été attiré par les maisons parce qu’un inspecteur pouvait examiner le travail et affirmer qu’il avait fait les choses à la perfection. Je pense que ça aidait mon père de pouvoir construire quelque chose pouvant résister aux vents les plus violents, les plus grosses tempêtes de neige, des pluies torrentielles, ses maisons ne tomberaient jamais ni ne s’écrouleraient. Parce qu’au moins là, il réussissait.

— Ça t’aide aussi, non ?

Molly posa ses mains sur les siennes.

— Savoir que ton père pouvait trouver la paix, quelque part, du moins parfois.

Harry retourna leurs mains pour être paume contre paume.

— Oui, ça aidait.

— Et toi ?

Ses mots étaient à peine plus qu’un murmure.

— Où vas-tu quand tu as besoin de trouver la paix ?

— Dans mes souvenirs.

Les émotions résonnèrent en lui quand il parla en portant leurs mains à ses lèvres.

— Mes souvenirs de toi.

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