Retour de flamme: La Famille Sullivan, New York, tome 6 (French Edition)

Chapitre Trois

 

 

Harry s’enferma dans sa chambre à l’étage. Les invités étaient rassemblés dehors dans le jardin, mais tout était flou. Parcourant la liste des contacts d’Amélia, il trouva Maman et appuya sur le bouton appeler d’une main tremblante.

Molly décrocha à la première sonnerie.

— Amélia ? Tout va bien, chérie ?

Le choc en entendant cette voix autrement que dans ses rêves après tellement d’années le rendit sans voix.

— Ce n’est pas Amélia. C’est Harry. Harry Sullivan.

Molly devint si silencieuse à l’autre bout du fil, qu’il crut presque avoir perdu la connexion. Elle était de toute évidence abasourdie elle aussi.

— Comment peux-tu avoir le téléphone d’Amélia ?

— Elle m’a trouvée.

Il reconnaissait à peine sa propre voix tellement elle était étranglée par la fureur et la frustration.

— Elle est ici en ville.

Molly laissa échapper un cri de surprise.

— Amélia est à New York ?

Son état de choc se reflétait dans chacun de ses mots.

— Elle a pris un bus pour venir. Cinq heures. Toute seule.

Seulement en disant les mots, il était à nouveau énervé.

— Il aurait pu lui arriver n’importe quoi.

— Elle a pris un bus pour aller à New York ?

Il pouvait entendre qu’elle était aussi secouée que lui.

— Elle va bien ?

— Oui, Dieu merci.

— Passe-la-moi. J’ai besoin de parler à ma fille.

— La nôtre. Et je te la passerai dès qu’on en aura fini tous les deux. Pourquoi m’as-tu caché mon enfant ? demanda-t-il, les tripes en vrilles.

Il ne parvenait plus à faire semblant de garder son calme.

— Comment as-tu pu me faire ça ? Et à elle ?

— Attends… qu’est-ce que tu dis ?

Elle semblait complètement confuse, encore plus que quand il lui avait dit qui appelait.

— Comment peux-tu penser qu’Amélia est ta fille ?

— Elle a lu tes vieux journaux, Molly. Elle a lu tout ce que tu as écrit sur moi.

— J’ai écrit sur toi quand on sortait ensemble, mais je n’ai jamais dit que tu étais son père. Tu ne l’es pas. Tu ne peux pas l’être.

Il n’arrivait pas à croire qu’elle essayait de le nier.

— J’ai une preuve. Elle a fait un test ADN et il a démontré que nous partageons cinquante pour cent de nos marqueurs génétiques.

— Tu as peut-être un bout de papier qui le dit, mais il doit se tromper. C’est une horrible blague qu’on lui fait. Elle n’a jamais été intimidée auparavant, mais quelque chose a peut-être changé à l’école sans que je sois au courant. Elle a peut-être mentionné ton nom à quelqu’un après avoir lu mes journaux et ils ont cru marrant de lui envoyer de faux résultats par la poste.

Peu importe ce à quoi Harry s’attendait, ce n’était pas à ça. Pas seulement le déni en boucle, mais le refus complet de Molly de dire qu’il était le père d’Amélia. Pire encore, elle parvenait à insinuer des doutes dans son esprit même s’il tenait les résultats ADN dans sa main.

— Découvrir que j’ai une fille adolescente, ce n’est pas une blague.

— Bien sûr que ça n’en est pas une, mais je te le dis, ce n’est pas possible.

— C’est la mienne, Molly.

Son père n’avait-il pas dit qu’Amélia avait ses yeux et sa bouche ? Ne s’était-elle pas tout de suite entendue avec ses frères et sa sœur comme si elle avait toujours fait partie de la famille ? Avait toujours été une Sullivan ?

— La mienne.

Molly émit un son de frustration au téléphone.

— Je dois venir chercher Amélia et quand je serai là, on va découvrir comment elle a pu avoir de faux résultats ADN.

— Ce n’est pas une erreur, insista-t-il. Ça concorde parfaitement, ça fait exactement quinze ans et neuf mois depuis notre rupture.

— Non. On avait déjà rompu quand je suis tombée enceinte.

Elle était toujours aussi insistante.

— Elle n’est pas de toi.

— On refera un test de paternité et ensuite, tu ne pourras plus nier la vérité.

Harry n’élevait presque jamais la voix. Il avait toujours été la personne calme sur qui tout le monde pouvait compter pour rester raisonnable. Mais maintenant, il criait presque dans le téléphone d’Amélia.

— Ne t’avise pas de faire quoi que ce soit avant mon arrivée.

Le choc de Molly s’était transformé en une force de protection féroce.

— J’ai compris que tu crois que je t’ai caché Amélia toute sa vie. Mais je te jure, ce n’est pas le cas. Et si tu ne me crois pas, sache que quand il s’agit de ma fille, il ne s’agit que de la protéger, peu importe ce qu’il se passe.

Sa voix était un peu plus douce quand elle ajouta :

— Je suis désolée que tu ne sois pas son père, Harry. Mais je pense réellement qu’il vaut mieux parler de tout ça en personne plutôt qu’au téléphone pour éviter toutes les chances de mauvaise interprétation. Et encore plus que ça, j’ai besoin de voir ma fille et m’assurer qu’elle va bien. Où vis-tu ?

La pensée de revoir Molly, qu’elle entre chez lui, était si étrange, qu’il pouvait à peine l’imaginer.

Il lui donna son adresse.

— J’y serai aussi vite que je le peux tout en restant prudente. Maintenant, je peux parler à ma fille s’il te plaît ?

La dernière chose qu’il souhaitait était de laisser Molly s’en tirer comme ça. Il voulait la forcer à tout lui dire immédiatement. Mais malgré sa colère, il pouvait aussi comprendre combien elle était désespérée, elle devait parler à Amélia – et venir la voir pour s’assurer qu’elle allait bien. Et sa fille devait être une boule de nerfs en attendant de savoir comment les choses se passaient.

— Je vais lui rendre le téléphone.

Quand Harry revint vers son bureau, il put entendre les rires jusqu’à sa chambre. Il n’avait jamais plus aimé sa famille qu’en cet instant, quand ils surpassaient leur propre surprise de rencontrer Amélia pour l’aider à calmer sa nervosité.

— Elle est avec Alec, Suzanne, Drake et mon père.

— Tu as appelé tout le monde dès qu’elle est arrivée ?

— Ils étaient déjà là. On célébrait les fiançailles de Drake et Suzanne aujourd’hui. Ils vont tous les deux se marier cette année.

Malgré les nœuds lui vrillant les tripes devant les doutes que Molly avait fait germer en lui, il sourit à Amélia quand il entra dans le bureau.

— Ta mère va venir ici ce soir, alors tu la verras bientôt. Tiens.

Amélia lui prit son téléphone et alla près de la fenêtre pour avoir plus d’intimité.

— Maman…

Tout le monde put entendre les exclamations de Molly en entendant qu’Amélia allait bien, puis comme elle avait été morte de peur en apprenant qu’elle avait pris ce bus.

Les épaules d’Amélia s’affaissèrent.

— Je sais, je n’aurais pas dû prendre le bus toute seule. Je suis vraiment désolée.

Puis elle les redressa un peu.

— Mais j’avais besoin de savoir qui était mon père ! Et il est génial. Ils le sont tous.

Tout le monde dans la pièce leva les sourcils quand Molly dit à Amélia qu’elle lui expliquerait tout à son arrivée, puis elle hurla qu’elle aurait quand même dû lui dire ce qu’elle comptait faire et qu’elle serait punie de sortie. Pour toujours.

Amélia s’affaissa à nouveau.

— Je t’ai déjà dit que je ne le referai plus et tu n’as pas à me punir de sorties.

Les paroles de Molly ensuite furent dites d’une voix plus basse, mais Harry put entendre les mots je t’aime tellement de l’autre côté de la pièce.

— Je t’aime aussi, maman. On se voit à ton arrivée.

Amélia glissa son téléphone dans sa poche arrière, puis elle se tourna vers le groupe, ne se rendant pas compte qu’ils avaient pu entendre toute leur conversation.

— Elle était assez en colère.

Harry vint à ses côtés.

— Elle est seulement heureuse que tu ailles bien.

Il lui sourit, son cœur plus rempli qu’il ne l’avait été depuis son adolescence. Elle était devenue le centre de son univers.

— Moi aussi.

Quand elle lui sourit en retour, malgré les doutes insufflés en lui par Molly, il ouvrit les bras à Amélia… et il fut si heureux quand elle s’y glissa et posa la tête sur son torse.

— Je suis si heureux que tu m’aies trouvé, Amélia.

— Moi aussi.

Il la garda contre lui un long moment. Mais ce ne serait jamais assez. Il le savait déjà.

Quand il la laissa partir à contrecœur, il essaya de maîtriser ses pensées tourbillonnantes pour réfléchir correctement. Elle devait avoir faim, soif, et se demander où elle dormirait cette nuit.

— Et si je te montrais ta chambre pendant que ta tante, tes oncles et ton grand-père dissipent la fête. Ensuite, on pourrait te trouver à manger et à boire.

— Je suis affamée, dit-elle en frottant la main sur son ventre. Je ne peux pas rester aussi longtemps sans manger sinon maman dit que je deviens grognon.

— Tout comme Suzanne, dit Drake d’une voix traînante. C’est réellement une mauvaise idée de laisser son taux de sucre devenir trop bas.

Suzanne leva les yeux au ciel, puis elle dit à Amélia :

— Je suppose que tu ne pensais pas avoir des oncles comme ceux-là à gérer.

— Je pense que vous êtes tous les deux géniaux. Vous tous.

— On te renvoie la pareille, dit Alec avec un sourire. Bienvenue dans la famille.

Et pendant qu’Harry prenait son sac à dos et l’emmenait à l’étage vers une des chambres d’amis, avec Aldwin serré tout contre elle au point de ne pas pouvoir marcher en ligne droite, elle rayonna tout le temps.

Elle était déjà une Sullivan à part entière.

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