Retour de flamme: La Famille Sullivan, New York, tome 6 (French Edition)

Chapitre Dix-Huit

 

 

Le soleil se levait à peine quand les paupières de Molly s’ouvrirent. Toujours à moitié endormie, elle sourit en pensant au merveilleux rêve qu’elle avait fait, un dans lequel tous ses fantasmes interdits étaient devenus réalité.

Le déplacement d’un bras sur sa taille – un bras très musclé – la réveilla complètement.

Comment avait-elle pu penser que c’était un rêve, même pendant cinq secondes ?

Et comment avait-elle pu penser que ça irait ? Qu’elle et Harry puissent avoir une nuit ensemble, une nuit pour vivre à nouveau le plaisir le plus entêtant qu’elle n’ait jamais connu, sans se promettre quoi que ce soit ?

Dire que les choses étaient déjà compliquées avec Harry était un euphémisme. Elle n’aurait pas dû les compliquer davantage avec du sexe.

Surtout quand il avait l’impression que c’était bien plus que ça.

La dernière chose qu’elle devrait faire était de tomber amoureuse de lui encore une fois. Mais s’il y avait une voie rapide pour le faire, elle venait de l’emprunter. Cette chaleur. Cette connexion. Cette joie. Ce plaisir incommensurable.

La nuit précédente, il l’avait regardée dans les yeux… lui avait dit que ses souvenirs d’elle étaient ce qui l’avait aidé à vivre chaque jour… Il avait posé une main sur elle et déposé un baiser sur sa peau. C’était comme avoir été jeté dans des montagnes russes avant de s’y élancer à grande vitesse ; puis il avait aimé chaque instant de la balade palpitante.

Seulement maintenant, à la lueur du jour, elle était forcée d’admettre combien elle s’était fourvoyée. Elle avait mis en péril tout ce qu’elle avait durement gagné. Son indépendance. Même, possiblement, sa relation avec sa fille si Amélia l’apprenait et n’était pas d’accord avec ça.

D’accord, tous les signes montraient qu’Amélia espérait voir Molly et Harry ensemble à nouveau. Mais ça ne voulait pas dire qu’elle voulait que sa fille découvre ce qui s’était passé entre eux.

Surtout quand Molly ne savait pas ce que ça signifiait encore.

Elle remua pour sortir de ses bras.

— Harry.

Elle murmura son nom, mais il ne bougea pas.

Cela n’aidait pas qu’il soit aussi sexy le matin, avec son début de barbe, son torse nu et son…

Non. Elle ne pouvait se permettre de prendre ce chemin. Cela lui donnerait seulement envie de jouer et rejouer les évènements de la nuit dernière.

Elle en avait déjà envie, mais ça n’avait pas d’importance. Il devait retourner dans sa chambre avant le réveil d’Amélia.

Molly posa ses mains sur ses épaules et le secoua, juste assez fort pour attirer son attention.

— Harry, réveille-toi !

Enfin, ses yeux s’ouvrirent. De la confusion, puis une joie sans entrave, les illuminèrent.

— Molly.

Il tendit les mains vers elle.

— Viens t’allonger avec moi.

Elle n’avait jamais rien désiré de plus, seulement poser la tête sur son torse et écouter les battements de son cœur pendant qu’il la tenait contre lui.

— Tu dois retourner dans ta chambre, se força-t-elle à dire. Maintenant, avant le réveil d’Amélia.

— Elle va comprendre.

Il la tira pour qu’elle soit allongée sur lui, peau contre peau. Chaque petite partie d’elle s’enflamma. Elle se sentit désirée. Elle était sur le point de perdre la bataille quand il ajouta :

— On peut lui expliquer que nous sommes de nouveau ensemble.

Une douche froide lui traversa les veines, la poussant à descendre de lui et à aller dans un coin du lit. Le coin le plus éloigné, avec les couvertures pour cacher une partie de sa nudité.

— Nous ne nous sommes pas remis ensemble.

Elle détestait voir la blessure dans ses yeux, une douleur qu’elle venait de lui infliger. Pourtant, elle avait besoin de lui rappeler ses paroles de la veille.

— Aucune promesse. Une seule nuit. C’est ce dont on a convenu.

— La nuit dernière n’était pas seulement pour nos corps. Le plaisir désinvolte, la joie somnolente.

Ce fut seulement par pure détermination qu’il s’assit sur le lit et lui fit face.

— Ce n’était pas seulement du plaisir. C’était pour nous. Pour les sentiments que nous avons l’un pour l’autre.

— Je savais que c’était une erreur.

Elle détestait que la beauté de la nuit qu’ils avaient partagée se perde aussi facilement, chacune de ses paroles l’érodait encore plus.

— Ça n’aurait jamais dû se produire.

— Je ne suis pas d’accord, tu le sais. Je pense que c’est exactement ce qui aurait dû se produire.

— Tu ne vois pas qu’il y a trop dans la balance pour sauter aveuglément dans une relation ? Si ça ne fonctionne pas, Amélia sera anéantie.

— Molly.

Harry lui tendit la main, et après toutes ses belles paroles, elle ne supporta pas l’idée de le repousser encore plus quand il entremêla ses doigts avec les siens. Les draps la recouvrant tombèrent.

— Pourquoi tu penses que ça ne fonctionnera pas ?

Toutes ses peurs, ses inquiétudes, ses insécurités remontèrent en elle.

— Il y a un trop grand passif entre nous.

Les yeux d’Harry étaient si sombres, si intenses, qu’elle en frissonna.

— Si quelqu’un sait que même dans les histoires les plus sombres on peut trouver de la beauté – une beauté ne s’envolant jamais, devenant seulement plus riche et meilleure – c’est nous deux. On l’a prouvé la nuit dernière, non ?

— La nuit dernière a prouvé que nous sommes toujours attirés l’un par l’autre et on n’a aucune maîtrise sur nous-mêmes.

Les mots quittèrent ses lèvres avant de pouvoir les en empêcher.

— S’il te plaît, pars.

* * *

Harry savait qu’il ne devait pas intérioriser les dernières paroles de Molly tandis qu’il se glissait hors de la chambre. Elle n’aurait pas pu lui répondre comme elle l’avait fait la veille, n’aurait pas pu lui demander de l’aimer, avant de s’endormir confiante dans ses bras, si elle avait réellement cru que ce n’était qu’une attirance entre eux.

Mais après avoir été au septième ciel la nuit précédente, il ne pouvait nier avoir l’impression de s’être écrasé contre les pavés ce matin.

Il avait été si persuadé que de faire l’amour, même sans promesse verbale, les ferait avancer.

Il tourna le robinet de la douche et laissa l’eau couler sur lui, le son du jet le fit gémir en réalisant qu’avec Molly, ils avaient fait un pas en arrière.

Il voulait obtenir une nouvelle chance de la convaincre. Du temps pour plaider sa cause sans avoir à sauter de son lit pour marcher sur la pointe des pieds dans le couloir avant qu’Amélia le voie. Mais avant d’avoir pu s’habiller et arriver dans la cuisine, Molly était partie.

Elle avait laissé un mot sur la table de la cuisine.

A.

Je dois aller au travail de bonne heure ce matin, et puisque nous

sommes mardi, j’ai mon cours ce soir. Si tu as faim, mangez sans

moi et je me préparerai quelque chose en rentrant. J’espère que ton

père pourra t’aider avec tout ce dont tu as besoin pendant mon

absence. Je vais garder mon téléphone allumé, juste au cas où.

Je t’aime.

Maman.

Se sentant encore plus grincheux en ne voyant aucune note pour lui, il cogna les casseroles et les poêles en préparant le bacon et les œufs, et faillit ne pas entendre Amélia dire :

— Bonjour.

— Bonjour, chérie.

Il ouvrit les bras, et quand elle vint vers lui, il se sentit immédiatement un millier de fois mieux. Quand Aldwin arriva, Harry lui gratta le dessus de la tête.

— Est-ce que tu m’accompagnes à l’école ce matin pour travailler sur la scène ? Elle attrapa un morceau de pain grillé venant tout juste de sortir du grille-pain et elle le couvrit de beurre et de confiture. Aldwin ramassa joyeusement les miettes tombant sur le sol.

— Ou tu vas travailler avec maman encore ?

— Elle ne m’a pas invitée, grommela-t-il. J’aimerais bien t’accompagner à l’école, si ça te va.

Il était réellement heureux de travailler sur quelque chose ayant autant d’importance pour elle.

Elle laissa Aldwin sortir pour faire ses besoins avant de dire :

— Mes amis n’ont pas arrêté de parler de toi toute la journée. Et hier soir, j’ai reçu beaucoup de messages pendant que je faisais mes devoirs pour me demander si tu étais disponible.

— Tes amies veulent savoir si je suis disponible ?

Il était horrifié à cette pensée.

— Non. En fait, les messages viennent de mes amies, mais ce sont leurs mères qui veulent savoir. Ne t’en fais pas. Je leur ai dit que tu n’es pas sur le marché.

— Tu as fait ça ?

— Bien sûr.

Elle le regarda comme s’il fonctionnait à la moitié de ses capacités.

— Tu es toujours amoureux de maman, alors comment pourrais-tu sortir avec quelqu’un d’autre ?

Harry dut s’asseoir. C’était une bonne chose que le bacon et les œufs fussent prêts, comme ça, il pouvait éteindre les feux et se poser sur une chaise de la cuisine.

— Comment peux-tu le savoir ?

— Tu rigoles, hein ?

Elle laissa Aldwin rentrer. Il reprit sa place où il l’avait laissée et elle posa une assiette de nourriture devant lui, avant de s’asseoir devant son propre petit-déjeuner, Aldwin à ses pieds.

— Chaque fois que tu regardes ma mère, tu as les yeux remplis d’amour.

Elle prit une fourchette d’œuf et déglutit avant de poursuivre.

— Et elle est pareille chaque fois qu’elle te regarde.

Enfin, il se sentit plus joyeux.

— C’est vraiment le cas ?

— Oui, vraiment. Même si je pense qu’elle s’affole pour rien, c’est plus difficile pour elle de voir comme vous êtes parfaits ensemble.

Amélia se leva pour prendre du jus d’orange et leur en versa chacun un verre.

— Donne-lui du temps. Ça viendra.

Harry n’avait jamais pensé recevoir des conseils en relation amoureuse d’une adolescente de quinze ans, sans parler de sa fille. Néanmoins, il savait qu’elle avait raison.

Molly avait besoin de temps. Le temps de s’adapter à tout ce qui avait changé.

Le temps de s’habituer à ne pas être le seul parent d’Amélia.

Le temps de lui pardonner de l’avoir repoussée à l’université et de se pardonner de ne pas avoir su qu’il pouvait être le père de son bébé.

Le temps de lui faire confiance pour qu’il ne la prenne jamais plus pour acquise.

Le temps de l’impressionner avec le genre de romantisme et d’attention qu’elle méritait.

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