Retour de flamme: La Famille Sullivan, New York, tome 6 (French Edition)

Chapitre Vingt Et Un

 

— J’ai une surprise pour toi.

Tôt le mercredi soir, Harry vint à la rencontre de Molly quand le ferry provenant de Boldt Castle se mit à quai. Aldwin essaya de sauter sur elle pour lui dire bonjour quand Harry l’attira dans ses bras, incapable d’attendre une seconde de plus pour l’embrasser.

Serrant fort Harry avec une main tout en caressant Aldwin de l’autre, elle dit :

— C’est la meilleure surprise au monde.

Il aimait voir l’illumination sur son visage après ses baisers. Tout ce qu’il voulait était de la garder heureuse, la voir sourire.

D’accord, ce n’était pas tout ce qu’il voulait.

Il avait aussi envie de l’entendre dire qu’elle l’aimait aussi.

Il voulait savoir si elle était sienne non seulement maintenant, mais si elle le serait pour toujours.

— Il y a autre chose aussi.

Il la guida vers un autre bateau sur la rampe d’accès pas très loin du terminus du ferry, avec Aldwin reniflant toutes les miettes sur le sol, espérant sans doute un morceau de nourriture.

— Ton carrosse t’attend.

— On sort sur ce yacht ce soir ?

Elle le regarda comme s’il avait gagné à la loterie.

— Est-ce qu’Amélia t’a dit que j’ai toujours voulu aller sur une de ces croisières au soleil couchant ?

Elle n’avait pas à lui dire pourquoi elle ne l’avait pas fait – il savait qu’elle économisait chaque penny pour l’avenir d’Amélia.

Ce matin-là quand sa fille était partie pour l’école et Molly au travail, Harry avait prévu de s’asseoir à la table de la cuisine avec son manuscrit pour parcourir les notes d’Amélia. Savoir ce qui n’allait pas avec son livre et ce qu’il avait à faire pour l’arranger avait réveillé son excitation pour le projet. Mais avant, il devait faire des plans pour le soir… et ensuite, trouver le cadeau d’anniversaire parfait.

À l’université, il n’avait pas fait de Molly sa priorité. Tout s’était mal passé, il voulait arranger les choses. Même s’il n’avait pas trouvé le cadeau parfait, il espérait que cette balade en bateau serait un commencement pour montrer à Molly combien elle comptait pour lui.

— Amélia n’a pas mentionné de balade en bateau. Mais une fois, il y a longtemps, je t’ai demandé de venir faire une croisière au soleil couchant avec moi… et je ne suis pas venu. Je ne ferai plus cette erreur, promit-il. Je ne ferai plus rien passer avant Amélia et toi.

Bien sûr, ce fut à ce moment-là que son téléphone sonna.

Même si Molly ne pouvait pas reconnaître la sonnerie, elle émit une supposition.

— C’est ton père, non ?

— Il peut attendre.

— Harry, tu n’as pas à ignorer ses appels pour faire tes preuves avec moi.

Elle posa une main sur sa joue et instinctivement, il se laissa aller contre elle.

— Prendre l’appel de ton père et s’assurer qu’il va bien n’amoindrira pas nos sentiments l’un envers l’autre.

— Mais… et s’il appelle parce qu’il a besoin de moi ? Et s’il s’avère que rien n’a changé depuis l’université et que penser à vendredi le met dans tous ses états ?

— Alors tu partiras l’aider avec ma bénédiction. Et cette fois, je vais aider aussi de toutes les manières possibles. Tout comme Amélia. Tu n’es pas tout seul, Harry.

Elle indiqua le téléphone toujours en train de sonner dans sa poche.

— Allez, vois comment il va. Toi et moi avons déjà attendu plus de quinze ans pour ce tour en bateau au coucher du soleil. On peut attendre plus longtemps s’il le faut.

Même si elle parlait avec son cœur et ne proposait pas quelque chose qu’elle ne voudrait pas donner, Harry était toujours incertain en sortant son téléphone de sa poche. Il désirait tellement que tout soit différent maintenant, avec aucun des obstacles du passé, tout sauf revenir à la case départ.

— Papa, c’est Harry. Je viens de voir que tu as appelé.

Étonnamment, la réponse de son père était joyeuse et pleine d’énergie. Harry ne se souvenait pas l’avoir déjà entendu comme ça. Après une conversation rapide, Harry raccrocha.

— Tout va bien ? demanda Molly.

Harry acquiesça.

— Il voulait seulement m’informer qu’il serait peut-être un peu en retard pour le spectacle d’Amélia vendredi soir, mais de ne pas m’inquiéter. Il dit que tout va très bien et voulait vous dire à Amélia et toi qu’il vous aime.

— Je suis heureuse qu’il aille bien.

— Moi aussi.

— Mais tu es toujours inquiet, pas vrai ?

Harry avait été idiot de penser qu’il pouvait cacher ce qu’il pensait ou ressentait à Molly alors qu’elle avait toujours été capable de lire dans son cœur.

— C’est difficile de ne pas l’être quand toutes les preuves que j’ai depuis trente ans indiquent que vendredi sera une journée très difficile pour lui.

— Tu es sûr que ça ira au spectacle d’Amélia ? Pour vous tous, pas seulement ton père. Elle comprendra si on lui explique la signification de cette date. Vous pouvez venir à un autre spectacle l’an prochain.

— J’ai fait la paix avec la mort de ma mère il y a longtemps, répondit Harry. Tout comme mes frères et ma sœur. Mon père est le seul élément inconnu.

À ce moment-là, le capitaine monta sur le pont.

— Monsieur Sullivan ? Madame Connal ?

L’homme baissa les yeux vers Aldwin de toute évidence pas très heureux d’avoir un gros chien à bord même s’il avait déjà donné sa permission au téléphone.

— Vous êtes prêts à monter ?

Harry glissa le téléphone dans sa poche.

— Nous ferions mieux d’y aller avant de rater le coucher du soleil.

Mais Molly l’étonna en récupérant le téléphone dans sa poche.

— Combien de fois je vais devoir le dire pour que tu me croies ? Une des choses que j’aime le plus chez toi, c’est ta proximité avec ta famille. Et jusqu’à ce que tu contractes Alec, Suzanne ou Drake pour vérifier s’il va réellement bien, tu vas continuer de t’inquiéter. Et moi aussi. Alors, appelle-les, envoie-leur un message ou peu importe ce que tu dois faire pour apaiser ton esprit.

Malgré le fait que le capitaine les regardait toujours, Harry l’embrassa.

Quand il la laissa enfin partir, elle avait la voix légèrement rauque.

— Je vais monter à bord avec Aldwin. On peut attendre le temps que tu contactes tout le monde.

Il profita du mouvement de ses hanches quand elle monta sur le bateau, la plus belle femme qu’il lui ait été donné de voir, surtout en l’entendant rire d’Aldwin quand il se transforma en chat peureux une fois sur le pont. Ce fut presque suffisant pour faire oublier à Harry pourquoi il était toujours sur le quai, le téléphone à la main.

Mais elle avait raison, il ne se sentirait pas mieux avant d’être certain que son père n’était pas sur le point de faire une dépression nerveuse. Il envoya un message groupé à ses frères et sa sœur.

Harry : Papa vient d’appeler. Tout va bien pour lui ?

Alec : Je pense. Il a dit quoi ?

Harry : Il semblait tout excité par quelque chose, même s’il ne m’a

pas dit quoi. Ensuite, il a dit qu’il serait peut-être en retard pour le

spectacle d’Amélia vendredi, mais de ne pas m’inquiéter.

Suzanne : Il va bien. Ne t’en fais pas.

Drake : Tout va très bien se passer vendredi.

Harry fixa son téléphone, les doigts en suspens au-dessus du clavier. Apparemment, ses frères et sa sœur travaillaient ensemble pour éviter que son père perde les pédales cette année.

Avaient-ils voulu l’aider depuis tout ce temps ?

Mais il connaissait déjà la réponse. Bien sûr que c’était le cas. Il n’avait tout simplement jamais pensé à demander.

Harry : Peu importe ce que vous faites pour le maintenir heureux,

merci. Je veux que la soirée d’Amélia et l’anniversaire de Molly

soient parfaits.

Alec : Ce sera le cas.

Suzanne : On va gérer. Ne t’en fais pas.

Drake : Salue Amélia et Molly pour nous. On se voit vendredi.

Harry sourit en glissant le téléphone dans sa poche. Au fil des ans, il avait entendu plus d’une personne dire avoir souhaité naître chez les Sullivan pour avoir accès à l’argent et la gloire. Mais le véritable cadeau d’être né Sullivan n’avait rien à voir avec la fortune et les projecteurs.

Et tout à voir avec la famille.

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