Retour de flamme: La Famille Sullivan, New York, tome 6 (French Edition)
Chapitre Vingt-Trois
Harry et Molly prirent le ferry pour aller sur Heart Island ensemble le jeudi matin. Aldwin était heureux de pouvoir retrouver ses amis à la pension pour chiens.
— Hier, quand on a été seulement tous les deux toute la journée, je crois qu’il aurait préféré retrouver ses nouveaux amis plutôt que de rester à la maison avec moi, dit Harry pendant la traversée.
— Ne te sens pas mal, dit Molly. Tous les enfants quittent le nid à un moment ou un autre.
— Tu penses en avoir d’autres ? Des enfants, je veux dire, pas des chiens.
Harry ne voulait pas la submerger, mais il ne voulait pas non plus faire l’erreur d’éloigner ses pensées d’elle.
— Avant que tu reviennes dans ma vie, je me disais qu’une fille magnifique était plus que suffisant et que je devais m’en montrer reconnaissante. Mais maintenant que tu es là…
Elle secoua la tête.
— J’ai peur de mettre la charrue devant les bœufs avec ma réponse, même si on est d’accord pour prendre notre temps.
Devant ses sourcils relevés, lui rappelant clairement qu’ils n’avaient pas pris leur temps la nuit précédente, elle rit.
— D’accord, on ne prend pas notre temps sur tous les fronts. Il l’embrassa encore avant qu’elle puisse terminer sa pensée.
— Tu sais que je suis toujours un peu échaudée. J’avais tellement de rêves avant et quand ils ne sont pas devenus réalité, j’ai cru que ça allait me briser. Ça n’a pas été le cas, mais une part de moi a toujours peur de croire que les choses peuvent se passer aussi bien.
— Elles le peuvent.
Il n’avait aucun doute, plus maintenant.
— C’est le cas.
— Je veux y croire.
— Et si tu le faisais ?
Elle resta silencieuse un instant et le regarda dans les yeux.
— Alors, oui. J’aimerais avoir d’autres enfants.
Harry espérait cette réponse. Mais l’entendre le rendit sans voix. Principalement parce qu’il les voyait facilement avec un bébé. Ou deux. Il aurait même facilement assez d’enfants avec Molly pour faire sa propre équipe de football.
— On est arrivé, dit-elle, interrompant son rêve éveillé.
Molly lui avait promis une visite personnalisée des archives pendant la pause déjeuner. Il avait apporté son ordinateur portable et les pages de son manuscrit pour travailler au café du site pendant ses heures de boulot. Il voulait aussi vadrouiller un peu, pour voir si quelque chose pouvant être le parfait cadeau d’anniversaire lui sauterait aux yeux. Il détestait s’y prendre à la dernière minute comme ça, son anniversaire était dans un jour. Si c’était l’inverse, elle aurait trouvé quoi lui offrir bien avant.
Sur les quais, Stanley aida à attacher le ferry, puis leur dit bonjour.
— C’est bon de te revoir aussi vite, Harry.
— J’aimerais lui montrer les archives, dit Molly. Si tu n’as pas de visite programmée cet après-midi, j’espérais qu’on puisse y aller pendant ma pause déjeuner.
— Pourquoi ne pas y aller maintenant ? Kendra a besoin de plus d’heures pour payer son crédit de voiture, alors le magasin est bien couvert aujourd’hui.
— Ce serait parfait, Stanley.
Molly marqua une brève pause. Harry n’arrivait pas déchiffrer son expression quand elle le regarda, puis elle dit à son patron et ami :
— En fait, ça te dérangerait de venir avec nous ? Je ne veux pas te déranger longtemps, mais je voudrais te parler de quelque chose.
Elle se tourna vers Harry.
— J’aimerais que tu sois là aussi pour cette conversation.
Stanley lança un regard par-dessus l’épaule de Molly disant, tu sais ce qu’il se passe ?
Harry secoua la tête. Même si lui et Molly avaient beaucoup partagé depuis qu’ils avaient révélé leurs sentiments au grand jour, il se trouvait lui aussi dans le noir.
Les archives de Boldt Castle étaient stupéfiantes. Entourée par les épais murs de pierre, la pièce contenait une bibliothèque d’un côté, environ une douzaine de présentoirs contenant des cartes et autres documents historiques liés au château, un grand bureau en bois et un fauteuil en cuir.
Bien qu’Harry fût impressionné par les parties du château qu’il avait vu jusqu’ici, il aurait pu emménager dans cette pièce.
— Stanley, dit Molly, j’espérais qu’on pourrait parler de ta proposition pour le poste.
Les sourcils d’Harry se relevèrent de surprise, reflétant la réaction de Stanley.
— Comme tu le sais, poursuivit-il, j’avais peur de faire plus d’heures en plus de la responsabilité de gérer les archives. Mais maintenant qu’Harry est là…
Elle lui sourit avant de revenir vers Stanley.
— … je suis prête à relever le défi. Si tu n’as pas proposé le poste à quelqu’un d’autre.
— Bien sûr que je ne l’ai pas fait.
Stanley la serra très fort dans ses bras.
— Je suis tellement heureux que tu acceptes le poste. Tu seras une ressource phénoménale et une excellente représentante pour Boldt Castle.
Harry ne pourrait pas être plus heureux pour Molly. Elle était la personne parfaite pour le poste, mais ce n’était pas la seule raison de sa joie : cette décision signifiait qu’elle lui faisait confiance pour ne pas la laisser en plan.
Obtenir sa confiance était le meilleur sentiment au monde.
— Merci, dit-elle en rayonnant devant les compliments de Stanley. Je suis vraiment excitée à cette idée. Même si j’espérais qu’on pourrait faire la transition en douceur, si ça te va. Je ne veux pas laisser Greta, ou n’importe qui d’autre au magasin, avec le sentiment de m’en aller sans m’assurer qu’ils ont tout ce dont ils ont besoin pour continuer sans moi.
— Tu peux faire la transition comme tu le souhaites, dit Stanley, mais Greta se prépare pour ce jour depuis un certain temps déjà.
— Vraiment ? Même si j’ai refusé le poste plusieurs fois ?
— On a toujours gardé l’espoir que tu l’accepterais. Que d’une façon ou d’une autre, un de nos arguments pourrait t’atteindre. On ignorait qu’il faudrait l’apparition de cet homme…
Stanley montra Harry avec un sourire, pour conclure cette affaire.
— Toi et Greta, vous êtes si bons avec moi et Amélia. Je ne sais pas comment vous rendre la pareille.
— Tu sais que tu es la fille que nous n’avons jamais eue, Molly. Ton bonheur est très important pour nous. La famille n’a jamais de dette envers la famille.
Molly prit la main d’Harry.
— C’est exactement ce qu’Harry dit toujours.
Le sourire de Stanley devint plus grand quand il regarda leurs mains liées.
— J’ai comme l’impression qu’il y a plus d’une chose à célébrer aujourd’hui.
Le hochement de tête de Molly rendit Harry encore plus heureux.
— Oui, Harry et moi on tente notre chance. Avec la bénédiction d’Amélia bien sûr.
— Toutes ces bonnes nouvelles méritent une véritable fête, dit Stanley après avoir serré Molly dans ses bras à nouveau, avant de serrer vivement la main d’Harry. Je vais trouver une de ces bouteilles de champagne qu’on a mis de côté après le dernier dîner des donateurs. On pourra tous trinquer pour vous et ton nouveau poste à la tête des archives.
Dès qu’il fut parti, Molly prit les deux mains d’Harry dans les siennes.
— J’aurais dû t’en parler avant puisque cette décision va nous impacter tous les deux, mais dès que je suis montée sur le ferry, j’ai su ce que je voulais faire. Ce que j’avais besoin de faire.
— Tu sais comme je voulais que tu l’acceptes. Et maintenant, j’ai l’intention de faire tout ce que je peux pour vous soutenir, toi et Amélia, à poursuivre vos rêves.
Il s’approcha d’elle.
— Je suis si fier que tu franchisses le pas, Molly.
Il l’embrassa, un baiser rempli de toutes les promesses qu’il lui faisait. De rester. De la soutenir. De l’aimer.
Elle rompit le baiser et posa les mains sur son visage.
— En fait, c’est mon jour pour faire non pas un, mais deux grands sauts.
Elle prit une grande inspiration.
— Je t’aime, Harry.
Il en eut le souffle coupé.
— Redis-le.
— Je t’aime. Je n’ai jamais cessé de le faire.
Il l’embrassa sauvagement avec un baiser possessif. Il lui donnait tout.
Stanley, Greta et une bonne douzaine de membres du personnel étaient debout dans l’encadrement de la porte quand il la laissa enfin.
— On ne voulait pas vous interrompre, dit Greta avec un sourire provocateur. On peut même revenir plus tard si c’est mieux.
Les joues de Molly étaient rouges quand elle rit.
— Entrez et faites sauter le bouchon. J’étais sur le point de montrer à Harry les trésors des archives. Vous pouvez m’aider en lui montrant vos préférés.
Rapidement, ils profitèrent tous de la célébration impromptue, trinquant et grignotant les cookies d’une boîte que Greta avait trouvée dans la salle de pause. Chacun montra à Harry la carte, le livre, ou le morceau de moulure original qu’il trouvait le plus intéressant.
Harry avait toujours aimé travailler sur un campus d’université, la stimulation intellectuelle, le soutien de ses pairs, la possibilité de vivre en creusant en profondeur des sujets intéressants. Quand elle avait dix-huit ans, Molly avait aussi voulu être professeure d’histoire, pour étudier et enseigner ses sujets avec passion.
Plus il passait du temps à Boldt Castle, plus il comprenait qu’elle avait trouvé exactement ça en venant ici. À sa manière, unique et brillante, elle avait créé la vie qu’elle avait imaginée sans laisser aucune difficulté la retenir.
Avec les visiteurs arrivant bientôt sur l’île, tout le monde dut retourner au travail, laissant Molly et Harry seuls.
— Je vais devoir partir au magasin dans quelques minutes, dit-elle, mais je veux te montrer quelque chose avant.
Elle lui tendit une paire de gants, puis ouvrit un tiroir verrouillé et en sortit une boîte à l’épreuve du feu. Elle mit une paire de gants avant de l’ouvrir.
— Ce sont les lettres d’amour de George et Louise Boldt.
Harry savait pourquoi Molly les vénérait. Le papier était jauni et froissé, l’écriture était ancienne et quand il en récupéra une, il aurait pu jurer sentir l’amour à l’intérieur.
— Ne sont-elles pas incroyables ?
Sa voix s’était épaissie par l’émotion pendant qu’elle lisait des lignes qu’elle avait dû lire tellement de fois auparavant, mais dont elle ne se lassait jamais. Si Harry n’était pas déjà éperdument amoureux d’elle, il l’aurait été à cet instant.
— Elles sont absolument merveilleuses, Molly. Tout comme toi.
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