The Dark Riders - T3 - Killer
Chapitre 8
C H A P I T R E 8
Aelys
Je me tiens debout et droite dans cette drôle de pièce, ne sachant comment me comporter. Je me sens honteuse devant son rire, ne comprenant pas pourquoi il rit à ma tirade sur le fait d apporter de l eau pour se laver.
Depuis mon départ de mon village sur l engin qui vibrait entre mes jambes et qui allait à une vitesse monstrueuse, je suis perdue. J ai fermé les yeux tout le long du trajet, j avais si peur de sentir le vent fouettant mon visage, de cette route qui se déroulait sous moi, de ce paysage qui dé lait sans que je ne puisse rien voir. On avançait à vive allure, le bruit était infernal, mon corps palpitait sous la puissance de ce truc. Et tous ces engins bizarres que l on dépassait avec des personnes dedans, de toutes les formes et couleurs, qu est-ce que c était ?
En plus, la nuit tombait ainsi que la neige qui commençait à virevolter autour de nous, apportant une bise glaciale. Je n étais vêtue que de ma chemise de nuit déchirée, mes jambes et mes bras étaient dénudés, combiné à ma peur, cela faisait un mélange où je ne ressentais plus mon corps.
Seuls les bras qui me maintenaient sur ce bolide m apportaient un peu de chaleur, son corps collait mon dos, empêchait le froid de pénétrer un peu plus en moi.
Je ne sais pas qui est cet homme, pourquoi il m a emmenée. Et pourquoi, moi, je lui fais con ance. uand il m a tirée avec lui, je l ai suivi. Peut-être pour pouvoir fuir mon mari, la sou rance qu il m avait imposée. Je n ai pas eu le temps de trop y penser à ma nuit de noces avec tout ce qui s est passé. Tant mieux, autrement, je vais m e ondrer, ce qu un homme peut imposer à une femme est atroce, si toutes les femmes subissent cela tous les soirs, je ne comprends pas le fait de se dire amoureuse et de permettre que cela continue. Ses mains sur mon corps me pinçant, son sexe qui déchire ma chair, son sou e saccadé sur ma gorge, ses insultes, tout cela me dégoûte. Plus aucun homme ne posera ses mains sur moi.
Maintenant, je suis au chaud, avec de la lumière qui jaillit toute seule, et cette pièce qui, selon lui, va me permettre de me laver. Il pénètre dans un carré blanc et tourne un bouton, l eau sort, c est merveilleux.
— Oh ! C est magique, comment l eau peut-elle sortir de ce tuyau, c est comme pour la lumière, comment tout cela marche ?
Je ne peux m empêcher de poser des questions et, en même temps, je me sens honteuse de le questionner sur des sujets qui pour lui sont habituels. Je dois passer pour une retardée et cela me met en colère.
— Je comprendrais que tu ne veuilles pas me répondre, pour toi, cela est naturel. Mais, moi, je suis née dans ce village et jamais de ma vie, je n en suis sortie. On vivait avec la cheminée pour chau age, de l eau du puits et des bougies. Nos seuls déplacements se faisaient en calèche pour aller récolter nos semences. Je ne savais même pas que des trucs comme cela existaient. Alors, tu peux rire, mais ne me prends pas pour une demeurée.
— Je ne te considère pas comme telle. Je ne me moque pas de toi, mais ton visage est si expressif lorsque tu découvres le modernisme que cela me fait rire, on dirait une enfant dans un magasin de jouets.
— Un magasin ?
— Laisse tomber ! Je te montrerai, pour le moment, lave-toi. J ai réglé l eau pour qu elle soit tiède. Prends ton temps, l eau coule indé niment. Ah et, ça, c est les chiottes.
— Les quoi ?
— Tu t assois dessus, tu fais tes besoins naturels, tu prends ce papier, tu t essuies, et après tu tires la chasse.
Il appuie sur un bouton et de l eau sort toute seule.
— Chez toi, tu n as pas de chiottes ?
— Non, on va dehors, il y a un endroit avec un trou. On jette du sable dessus et, quand il est plein, on en fait un autre.
— Ben, dis donc, je n aimerais pas vivre chez toi, vous êtes vraiment à part.
Il sort sur ses mots en secouant la tête.
Je n ai pas de mots pour exprimer la sensation de cette eau qui coule sur mon corps, je sens la fatigue et les douleurs partir avec. J aperçois sur mes bras et entre mes jambes des marques bleues, je frotte pour les e acer, pour enlever la sensation de ses doigts sur moi. Je m écroule au fond de ce carré et laisse mes larmes couler. Je ne pleure presque jamais. La vie m a endurcie, nous n avions pas le temps pour ça, travailler, écouter le père et encore au boulot. On s écroulait de fatigue après nos prières, pas le temps de penser ou s épancher.
Mais là, cela fait beaucoup, et le fait de me sentir en sécurité me permet d évacuer ma peine, ma sou rance. J ai eu si peur, si mal, puis qu allait décider mon mari pour ma sentence ? Maintenant je suis à l abri de lui, mais que sera mon avenir ?
Cet homme m a peut-être sauvée, mais qui dit qu il n abusera pas de moi, qu il ne va pas m abandonner dans ce monde étrange ? Une autre inquiétude s installe en moi. Il faut que je me tienne sur mes gardes. Il a tout l air du démon que les villageois dénonçaient, avec ses marques sur ses bras, son teint foncé et ses yeux si bleus. Sa carrure et ses drôles de vêtements disent que cet homme est dangereux. Sa posture toujours sur le qui-vive prouve qu il a vécu des choses terribles et qu il peut faire de votre vie un enfer. Pourtant, je ne me sens pas en danger.
Mes émotions égarent mon jugement, je suis fatiguée, j ai faim, je suis perdue. Je sors de cette pièce enveloppée d une serviette. Bizarrement, il fait chaud dans la chambre, malgré le vent qui hurle dehors. Je ne vois pas de cheminée, mais je n ose poser la question. Je me suis assez ridiculisée pour ce soir.
— Tiens, mets un de mes tee-shirts, un caleçon et des chaussettes pour cette nuit. Demain, on ira t acheter des fringues. Je vais prendre une douche moi aussi.
— Merci !
Une fois habillée, je scrute la chambre. Il y a deux petits lits, une table, des chaises, une commode et, dessus, un rectangle noir. À côté se trouve aussi un genre de pichet brillant où pend un l. Dans une panière se trouvent des sachets, avec des cuillères et des verres en une matière étrange.
Je touche ce rectangle noir et vois un bouton, c est peut-être comme tout à l heure pour la lumière, il faut appuyer dessus. Ce que je fais. Une vive clarté apparaît et, là, je vois une personne qui me parle, puis des gens courir vers moi. Je hurle !
La porte s ouvre sur l homme vêtu d une serviette autour de la taille et de son fusil court à la main. Je lui montre du doigt ce truc qui parle. Il passe devant moi et rappuie sur le bouton. Et là, je vois son dos et ce dessin. Je hurle de nouveau.
— uoi encore ?
— Tu es bien le diable alors, tout ce qu a dit le Père est vrai.
— Mais de quoi tu parles ? Je suis un homme comme les autres, bordel !
— Mais ce dessin dans ton dos, cet enfant qui porte un fusil court, une faux et la mort qui est au-dessus.
— C est un tatouage qui représente mes couleurs. Laisse tomber, petit lutin, j ai du savon plein le corps, je suis fatigué, je t expliquerai tout demain, va te coucher.
— Non ! Je préfère rester assise, je n ai pas sommeil. Et ces gens qui parlaient dans ce carré, c est quoi ?
— Une télévision, c est des personnes qui sont lmées pour en distraire d autres…
Devant mon air ébahi, je n ai rien compris, il reprend. Il se pince le nez, secoue la tête.
— Laisse tomber ! Écoute-moi bien ! On va dormir chacun dans un lit. Je ne suis pas un connard, je ne vais pas te toucher. Ce n est pas mon style. Tu es perdue dans ce monde, tu as subi de gros traumatismes, couche-toi et essaye de dormir.
Il repart sans un mot de plus, j entends l eau couler. Je me couche dans un des lits et ne bouge plus. J ai peur, je veux croire à ses paroles. J espère qu il ne me fera rien, car je n ai plus de forces. Il est si costaud qu il pourrait me faire ce qu il veut sans que je puisse me défendre. Mes muscles tremblent. uand la porte s ouvre, je fais semblant de dormir, mais j écoute le moindre bruit qu il fait.
Il tourne un moment dans la chambre et, en n, j entends le son des draps qui bougent. Sans le savoir, je sou e un bon coup et j entends un petit rire. La lumière s éteint.
— Bonne nuit, petit lutin !
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