The Dark Riders - T3 - Killer

Marie-Laure Viollet · Chapitre 6 sur 35

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The Dark Riders - T3 - Killer

Chapitre 2

C H A P I T R E 2

 

 

Killer

 

La nuit tombe et, sous cette pluie mélangée à de la neige, je ne vois pas grand-chose. Je suis sur un chemin désert, une pancarte pourtant indiquait un village du nom d Utopie pas loin. Je comptais trouver un hôtel pour dormir au sec. Car, depuis quelques jours, cette gadoue qui tombe me trempe toute la journée et mes nuits face à l humidité ne sont pas mieux. Mais quelle idée d aller faire un tour dans cette région pourrie !

Je décide de monter ma tente avant que l obscurité soit totale. Je suis trempé, et mon genou m élance, foutue rotule.

Cela fait bientôt quatre mois que je suis sur la route, j ai sillonné presque toute l Amérique et j ai en n décidé de rentrer au MC.

Au sec sous ma tente, je repense à ce jour, qui m a fait partir du MC. C est la voix de Loki qui m avait fait reprendre connaissance.

— Prés’, descends, on a encore une merde !

J ai regardé mes mains pleines de sang, levé mon visage vers la chaise où devait se tenir un mec que je devais interroger. Il ne restait plus grand-chose de son visage, un œil qui pendait, du sang partout. Le mec était mort et je me suis rendu compte qu il n avait prononcé qu une phrase qui m avait fait disjoncter.

— Alors, la pédale, c est tout ce que tu as dans le bide !

Puis, la rage m avait pris et un voile rouge était tombé sur mes yeux.

— Killer, dans mon bureau !

J avais encore merdé. Depuis mon séjour chez les Russes, je ne faisais que des conneries. Après avoir subi la torture et une hospitalisation, pour une opération d une prothèse totale du genou. Ce con de Russe m avait éclaté la rotule en mille morceaux, nécessitant cette chirurgie. Il en résultait une balafre de 15 centimètres à la face interne du genou, de la rééducation de deux mois à raison de deux séances par semaine. J ai marché avec des cannes pendant un mois. Et trois mois avant de pouvoir monter sur ma bécane.

Cela ne venait pas de mes frères qui n ont pas du tout exprimé de commentaires mordants lors de mes essayages avec mes béquilles, ou lorsque je me cassais la gueule. Non, c était comme si je n avais rien eu. Cela venait de moi. Je ne supportais pas ma faiblesse et, malgré les non-dits, le regard de tous.

Je crois que tout se passe dans ma tête. Ils ont assisté en direct à ma torture et mon viol. Je n ai rien lâché ni gémi, comme mon père me l avait si bien appris, en faisant la même chose pour m endurcir, sauf le viol. Mais, j ai l impression que, quand leur regard se pose sur moi, il me voit dans cette position humiliante, moi, leur full patch. Celui qui torture, qui est le tueur de ce MC, et non celui qui a subi la pire ignominie devant tous ses frères qui le respectent.

Je n arrive plus à tolérer leurs regards, leurs sourires. J ai essayé d oublier en buvant et baisant toutes les brebis, même en public. Je les coinçais contre un mur à la vue de tous et les pilonnais ainsi. Il fallait que je leur démontre que j étais toujours le même, un mâle.

Je ne dormais presque plus, faisant des cauchemars, où tous me regardaient me faire violer et riaient, en me disant que j aimais ça, que j en redemanderais, que je jouissais devant eux, appréciant ces sévices.

— Killer, cela fait plusieurs mois que tu es revenu au MC, que tu as repris tes fonctions. Mais, je crois, mec, que tu as un problème.

— uoi ? Je ne fais pas mon boulot ? C est parce que j ai un léger handicap.

— Non ! Cela n a rien à voir, tu nous évites et, quand tu es avec nous, c est pour boire et baiser où tu te trouves.

— Et alors, il y en a certains qui le font et cela n a jamais dérangé personne.

— Oui, je sais, mais, là, tu exagères, puis, dès que tu dois interroger un mec, tu dérapes à chaque fois, on n a plus aucune chance d avoir des réponses, ils sont morts avant de prononcer un mot et ce n est pas dans des conditions calmes qu ils passent l arme à gauche. Cela ne peut plus durer.

— Tu me fous à la porte ?

— Non !

— C est parce que je n ai pas su protéger ta régulière ?

— Non plus, tu as fait tout ton possible pour la défendre, personne dans les conditions que tu venais de subir n aurait pu faire quelque chose.

— Alors, c est parce que j ai été baisé et que je ne suis plus un homme que tu me jettes.

— Bordel ! Arrête tes conneries ! Tu sais très bien que cela n a rien à voir.

Je m énerve, je le saisis par son tee-shirt, le pousse contre le mur. Il a beau être mon prés’, je suis sur les nerfs depuis si longtemps que j ai besoin d évacuer. Je lève mon poing.

— Vas-y ! Si cela peut te faire du bien, défoule-toi, sors ta haine. Mais sache que tu es toujours mon full patch et que, pour rien au monde, je ne changerai, mon frère. Je ne te jugerai jamais.

— Alors quoi, bordel !

— Prends quelques semaines de vacances, va te reconstruire en dehors du MC, des regards de nos frères, et mets-toi dans la tête que personne n a vu ton viol et qu ils te respectent toujours. J ai arrêté le visionnage quand j ai compris ce qu ils allaient te faire subir. Je sais aussi que, si cela m était arrivé, je n aurais pas eu autant de cran que toi, j aurais peut-être chialé depuis longtemps. Bordel, tu étais dans un sale état, ta rotule en vrac, ta gueule défoncée, sans parler des multiples autres blessures. Tu étais conscient quand on est venus, et en plus tu te faisais du souci pour ma princesse. Elle m a dit tout ce que tu avais essayé de faire pour elle. Je ne te remercierai jamais assez pour ça.

— Alors, c est pour ça que tu me gardes, c est de la pitié, de la reconnaissance !

— Fais pas chier, ne saute pas sur des conclusions comme celles-ci. Tu as déjà prouvé ta valeur, et encore plus maintenant. Tout simplement, tu as besoin d un peu d espace pour te retrouver, toi !

Je tape dans le mur à côté de sa tête plusieurs fois. Il me serre l épaule et, là, pour la première fois de ma vie, je chiale. Il ne dit rien, laisse sa main sur mon épaule et attend simplement que ma crise passe.

Il avait raison, j ai fait mes sacoches, emportant le minimum. On a fait une sacrée esta le soir pour fêter mes vacances. Je n ai pas bu ni baisé, j ai juste discuté avec mes frères. Et à ma plus grande surprise, j ai passé une bonne nuit, sans cauchemars.

J ai passé quelques jours au MC de Devil. Damon m a appris quelques techniques et moi, j ai fait de même. Ils m ont bien fait rire en voyant ses hommes si durs, si froids devenir des nounours attendrissants devant leurs régulières et leurs gosses. Apercevoir tous ces mâles tatoués et vêtus de cuirs se mettre à quatre pattes pour divertir des marmots qui jouaient à la poupée ou aux petites voitures de pompiers, servir de monture pour des bambins turbulents. Une ambiance bon enfant régnait dans ce MC, sauf pour les a aires où je les ai suivis dans leurs runs. Cela m a fait un bien fou. Je savais que Rider avait raconté à Devil ma mésaventure, mais cela ne me gênait pas plus que ça.

Après, j ai roulé au hasard, pro tant tout simplement de la vie, de la puissance de ma bécane. Pas de contraintes, pas de regards. Rien sauf moi et mes pensées. J ai pu ré échir à ce qui m était arrivé, ce que j avais fait ou pas fait. J ai pu relativiser ce viol.

La seule chose qui me tracassera toujours, c est que je n ai pas pu me venger.

uand une couille me tombe dessus, je la règle, point barre. Mais là, rien. Tu me

diras, on était nombreux à vouloir faire payer ses salauds de Russes, il aurait fallu plusieurs vies à ces cons pour que nous soyons satisfaits de leur sort. Je sais que Rider, en les tuant, nous a tous vengés.

Me voilà apte à retourner chez moi, à reprendre mes fonctions et surtout à revoir la tête d idiots de mes frères.

Pour le moment, j essaye de dormir malgré la pluie qui fouette ma tente et le froid qui joue sur ma prothèse.

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