The Dark Riders - T3 - Killer
Chapitre 1
C H A P I T R E 1
Aelys
On dit mariage pluvieux, mariage heureux. Je ne crois pas que ce proverbe me convienne. C est le jour de mon mariage, mais je ne suis pas une mariée comme les autres.
Je n ai pas le choix de mon futur mari, comme nous toutes dans ce village. C est le Père qui choisit notre époux.
J ai été élevée dans ma famille biologique et, à l âge de douze ans, le jour où j ai eu mes règles, j ai été séparée de mon vrai frère et de ma mère. Tout ça, grâce à mon père biologique qui joue un rôle primordial dans notre village. Il est le bras droit du Père et est appelé ls.
Donc, selon ma condition, j ai été mise dans un bâtiment avec d autres jeunes
lles pour suivre une éducation particulière, a n de pouvoir contenter le Père, si on
a de la chance d être choisie par lui pour devenir une de ses nombreuses épouses.
Ils nous éloignent des autres dès que nous atteignons à la puberté, pour rester pures et avoir l honneur d être dépucelées par le Père. Nous devenons des élues.
Je peux vous dire que ma condition ne m a jamais plu. Mes consœurs, elles, étaient ravies, et respectaient leur éducation à la lettre. Tandis que moi, petite rebelle, j ai souvent été punie.
J aime la nature, et aurais voulu ramasser les fruits de nos nombreux vergers ou soigner notre bétail. Toujours prête à courir dans les champs avec mon vrai frère âgé de quatre années de plus que moi, lui faisait ce qu il voulait. Depuis, il suit une formation pour devenir gardian.
Non, je n ai pas eu le choix, je me suis débattue, j ai crié, me suis accrochée à ma mère, ils m ont traînée dans ce bâtiment qui allait devenir ma maison pour plusieurs années, mon enfer personnel.
Le Père qui prône la paix, la vie sans violence, la tolérance, dans ce lieu, ses paroles n ont pas pénétré les murs.
On était levées aux aurores pour aller chercher l eau au puits, nous nous lavions à l eau froide, puis une fois habillées d une robe blanche, car nous étions les élues, on préparait le petit déjeuner sur la cuisinière à bois pour le Père et ses gardians. Avant de préparer le repas du midi, nous avions des cours de cuisine, d obéissance comme baisser la tête lorsqu un homme vous parle, manger après lui, tenir son intérieur. Le début d après-midi était consacré à la lessive au lavoir communal qui nous était spécialement réservé pour une heure précise. Puis, leçon de couture, tricot, car nous fabriquions nos propres vêtements, tout fait à la main, éclairé par des bougies.
Après le souper, on assistait à la lecture du livre que Père avait reçu des mains de Dieu de génération en génération. Seul lui pouvait le lire et le tenir, c était les commandements qu ils nous faisaient suivre à la lettre. Comme quoi la femme devait obéissance à son époux et au Père, elle était présente sur terre pour enfanter et combler son mari. Les hommes devaient travailler pour subvenir aux besoins du village et de leur famille, dans le respect et la bonté. Ils avaient tous les droits sur leur famille, qui ne devait en aucun cas faire honte à la communauté. Ainsi que d autres droits concernant notre vie qui devait être pure de toute intrusion du diable. Nous n avions pas le droit de sortir des murs qui cernaient notre village, pour ne pas rencontrer les autres personnes, qui vivaient avec toutes les tentations. Ils iraient directement en enfer, et Père voulait qu on l adule pour le remercier de préserver nos âmes. Nous ne savions pas lire, seuls les gardians, le Père et le ls avaient ce privilège d apprendre la lecture et l écriture.
Une vie bien routinière et droite dans la chaleur ou le froid extrême de notre climat. Surtout que, pendant l hiver, avec la neige et le vent, nous avions vraiment froid, notre petit poêle à bois ne su sait pas à chau er toute la pièce. Nous dormions dans un dortoir commun, n avions pas le droit de le décorer, d être tentées par des choses frivoles.
Comme j ai été élevée ainsi, cela aurait pu me convenir vu que je ne connaissais rien d autre, je n avais pas eu la possibilité de sortir, de parler avec des gens. Non, il fallait toujours obéir, travailler. Je ne suis pas une fainéante, mais j ai un esprit rebelle qui m a valu de nombreux coups de fouets, de privation de nourriture, de rester debout la nuit entière dans le froid. Mais, aucune de ces punitions n a arrêté mon caractère, en plus, je suis têtue et curieuse.
Ma curiosité m a fait découvrir l autre face des hommes qui se disent des saints. Un soir après la lecture, impossible de dormir, je me suis levée et dirigée vers la cuisine. La lune éclairait mes pas et, en passant devant la pièce consacrée à la lecture, la porte entrebâillée m a fait découvrir une scène terrible.
Le Père était assis sur son fauteuil devant un bon feu de cheminée, devant lui se tenait le ls (mon père biologique) avec ma mère à genoux.
— Je veux me remarier, elle n est plus bonne à rien. Elle ne fait que pleurer depuis le départ d Aelys. Elle ne m a plus donné d enfants. Elle est devenue laide. C est pour ça que je me tiens devant vous.
— Fils ! Tu sais que je ne suis pas vraiment pour ce genre de décisions, une fois unis devant Dieu, on le reste jusqu à la mort d un des conjoints. Mais pour toi, je vais faire une exception. Comme je suis le seul à pouvoir avoir plusieurs épouses, car j ai été désigné comme le seul à l être, fais ce qu il faut pour devenir veuf.
À ces mots, j ai dû porter une main à ma bouche et me mordre fortement pour éviter de pousser un cri. J ai vu ma mère ramper vers le père en pleurant et priant pour sa vie.
— Su t ! Sœur, la loi veut que tu obéisses à ton mari et à moi, nous avons décidé de nous débarrasser de toi, c est ainsi ! Emmenez-la et faites le nécessaire.
Horri ée, j ai juste eu le temps de monter les marches qui mènent au dortoir, pour qu ils ne m aperçoivent pas. Penchée discrètement, j ai vu ma mère se faire traîner dehors, malgré ses supplications.
Deux jours après, le père m a convoquée. J ai fait une révérence et je me suis tenue devant lui, la tête penchée.
— Élue, la loi du Seigneur est impénétrable, nous ne comprenons pas toujours ses injonctions, mais essayons de continuer de lui convenir malgré les épreuves qu il nous fait subir. Notre sœur qui était ta mère est décédée. J ai autorisé le ls à se remarier, il est encore jeune et pourra agrandir notre communauté.
Malgré moi, à ses mots, j ai relevé la tête et l ai regardé droit dans les yeux.
— Baisse les yeux ! Élue.
Non, je voulais qu il voie la haine que j avais pour lui, pour ses manigances. Un coup derrière la tête m a fait tomber en avant. Je me suis relevée tout de suite. Me tournant, j ai vu mon père biologique qui m avait porté le coup.
— Comment as-tu pu ?
— Tais-toi ! On ne t a pas autorisée à parler !
J ai voulu répondre, mais quand j ai reçu un coup de poing dans la gure, j ai titubé en arrière, porté ma main à ma bouche. Elle était pleine de sang, ma lèvre avait éclaté.
— Vingt coups de fouet pour avoir regardé le père et une semaine au cachot pour avoir parlé sans autorisation.
J ai été traînée sur la place publique, car les punitions se faisaient devant tous les villageois. Attachée au poteau, ma robe déchirée, j ai reçu mes coups de fouet. J ai serré les dents pour ne pas gémir et leur montrer ma douleur. J avais beau en avoir reçu, cela faisait toujours aussi mal. Je sentais ma peau se déchirer sous les coups de la lanière.
À moitié évanouie, j ai été tirée et balancée dans le cachot. Une pièce toute petite sans fenêtre, avec juste de la paille au sol comme lit et un pot pour mes besoins. La porte qui a grincé en se refermant m a fait lâcher des larmes. Des larmes de douleur, de peine pour ma mère. Jusqu à ce jour j avais cru avoir rêvé cette scène, mais de voir le père annoncer cette réalité m avait permis de lui tenir tête. J avais subi une sacrée dérouillée, mais j étais ère de moi, de ma petite rébellion.
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