Une ombre au tableau

Fred Colton · Chapitre 25 sur 26

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Une ombre au tableau

24 Angus

24

Angus

 

Angus se maudit intérieurement pour son manque de jugeote. Dès qu’il avait perçu l’étincelle du désir dans la posture de Sasha, et qu’il avait compris à quoi le jeune homme se préparait, il avait réalisé que ses instincts allaient pouvoir s’exprimer librement.

Alors qu’il berçait doucement son homme dans ses bras, tentant désespérément de calmer la vague de panique qu’il avait causée, il repensait au moment exact où Sasha avait cessé de voir en lui l’homme qu’il aimait – et qui l’aimait – pour ne plus percevoir que le cauchemar de son traumatisme d’adolescent. Son regard s’était fait distant, comme recouvert d’une couche de glaçage blanc pour gâteau empoisonné. En un instant, Angus s’était rué à ses côtés, répétant inlassablement qu’il était désolé, qu’il ne voulait pas l’affoler, qu’il l’aimait plus que tout au monde. Il n’aurait jamais pensé qu’une simple façon de marcher puisse provoquer de telles conséquences, mais si ses déductions étaient exactes, Sasha n’avait connu que l’horreur et la peur dans les bras d’un homme. Il voulait lui montrer que l’acte sexuel n’était pas un outil fait pour humilier et blesser tant physiquement que moralement.

Il voulait être le premier à lui faire l’amour.

Au bout d’une éternité, Sasha parut reprendre pied dans la réalité et le serra dans ses bras à lui en faire mal. Angus soupira, soulagé. Sasha lui revenait, lentement mais sûrement. Comment allait-il faire pour se rattraper ? Il croisait les doigts, priant pour ne pas avoir tout gâché.

Il se passa encore plusieurs minutes avant qu’il réalise que Sasha lui parlait, sa voix un simple murmure. Il tendit l’oreille pour discerner les mots précisément.

— Je suis tellement désolé, balbutiait-il. Tellement désolé.

C’était un chapelet d’excuses qu’il chantonnait encore et encore, la voix brisée et le cœur manifestement en miettes. Angus voulut disparaître en un nuage de fumée pour l’avoir mis dans un état pareil. Il le serra plus fort contre lui, le berçant tendrement, en essayant de lui communiquer tout son amour.

Quand les mots ne suffisaient plus, il ne restait plus que les actes.

— Bébé, tu n’as pas à t’excuser. C’est moi qui n’ai pas mesuré les conséquences de ma légèreté. Tu sais, il n’y a pas que le sexe dans une relation, il y a tout le reste aussi.

— Mais je voulais tellement découvrir ça avec toi. Je veux tellement ça, insista Sasha, le souffle court et la voix rauque. Je m’en veux d’avoir paniqué. Mais je t’assure que ce que je souhaite le plus au monde, c’est me fondre en toi, unir nos deux corps jusqu’à ce qu’on ne sache plus où commence l’un et où finit l’autre. S’il te plaît, Angus. Aime-moi. S’il te plaît.

Sa supplique n’était plus qu’une prière muette, mais Angus lut parfaitement sur ses lèvres l’appel du désespoir. Le désespoir d’être enfin traité comme un homme qui méritait l’amour qu’on lui portait. Silencieusement, Angus débattit avec lui-même. S’il ne voulait pas troubler Sasha ni le traumatiser plus qu’il ne l’était déjà, l’accueillir dans un univers de sensualité et d’amour lui paraissait d’une extrême importance.

Sa décision prise, il entreprit de porter Sasha sur le toit du monde.

Il déposa un baiser sur le dessus de la tête blonde. Puis un autre, et encore un autre. Il cherchait à lui montrer son amour. Son visage en coupe dans les mains rugueuses d’Angus, Sasha leva des yeux rougis et fatigués vers son amant. Ils ne prononcèrent pas un mot, se contentant de se fixer des yeux, chacun déclarant silencieusement son amour à l’autre.

Quand il se fut assuré que Sasha n’avait plus peur, il embrassa tendrement, délicatement, sa paupière gauche, puis la droite. Ses lèvres se posèrent ensuite sur le bout de son nez, puis ses joues, et il cueillit du bout de la langue le liquide salé qui avait laissé une traînée sur la peau rougie. Il effaça les larmes d’un côté puis de l’autre, tenant toujours son visage entre ses paumes tremblantes. C’était à Angus d’exprimer son angoisse par les frémissements de son corps ; il priait pour éviter de bouleverser son amant.

Il vénéra chaque centimètre carré de son visage, terminant par ses douces lèvres fines. Sasha était son dieu unique, et Angus l’adulait. Avec une passion tendre et mesurée, il cueillit sur ses lèvres le soupir le plus exquis qu’il lui eut été donné d’entendre. Une exhalaison qui exprimait tout à la fois le contentement, le réconfort et l’apaisement. Un faible gémissement accompagna le souffle d’air ; Angus le capta pour le faire pousser en lui, se donner des ailes et s’aider à faire de cet instant un moment inoubliable – et pour les bonnes raisons cette fois-ci.

Quand il en eut terminé avec le visage de Sasha, il ouvrit les yeux, et sans quitter son amant du regard, continua son chemin plus bas. Au moindre signe d’inconfort, il s’arrêterait. Mais jusque là, Sasha semblait serein. L’excitation avait disparu, remplacée par une calme acceptation. L’assurance qu’Angus n’allait pas lui faire du mal.

Lentement, avec douceur et subtilité, il traça les contours de son corps du bout des doigts, de la langue et du cœur. Il évita les zones les plus évidentes, laissant à Sasha le soin de décider quand il serait prêt pour un tel contact. Angus repoussa le drap de plus en plus bas, jusqu’à ce que le corps pâle de Sasha soit entièrement dénudé. Il se délesta de ses vêtements de nuit pour être en quelque sorte sur un pied d’égalité avec lui. Puis il reprit sa découverte aux pieds de Sasha, les embrassant, les léchant, prêtant un soin tout particulier au gros orteil. Son amant se révéla fort sensible à cette attention si on pouvait en juger par l’érection grandissante qui se formait à son entrejambes. Ses joues avaient rosi, peignant son expression d’une passion indéniable. Ses mains crispées sur les draps sombres indiquaient à Angus qu’il était sur la bonne voie. Il voulait rendre Sasha fou de désir, de plaisir. Lui faire oublier tout ce qui n’était pas eux.

Il remonta le long d’une jambe, toujours sans le quitter des yeux. D’impatience, Sasha frétillait sur le lit, froissant les draps entre ses poings serrés. Lécher un chemin sur la peau tendre et délicate de l’intérieur de la cuisse tira un gémissement plus sourd de Sasha, presque un feulement animal. Il angla son bassin pour qu’Angus s’occupe plus précisément de son problème grandissant, mais avec un petit sourire, Angus déposa une pluie de baisers légers dans le pli de l’aine de Sasha. Un grognement de frustration lui répondit. Angus se mit à rire quand Sasha le biffla doucement, comme un petit animal tentant d’attirer son attention, son sexe laissant une trace mouillée sur la joue d’Angus.

— Impatient ? demanda-t-il, les yeux plissés en une expression de pur bonheur.

Sasha leva les yeux au ciel.

— Demande à un aveugle s’il veut voir !

Sa remarque provoquant un autre rire chez Angus qui céda avec plaisir à sa requête. Du bout de la langue, il lécha le liquide transparent qui s’était accumulé au bout de la verge de Sasha, tirant de celui-ci un son inintelligible. À cet instant précis, Angus était lui-même aux portes du Paradis, qui s’ouvrirent devant lui quand il saisit du bout des lèvres la friandise tentatrice. Son propre geignement vibra dans sa gorge, se répercutant sur la peau ultra sensible de Sasha qui ne put contenir un mouvement erratique de ses hanches, projetant sans le vouloir son membre plus avant dans la bouche d’Angus. Sasha avait les yeux fermés très fort et la bouche ouverte en un cri silencieux alors qu’Angus se retenait de sucer plus ardemment la douceur soyeuse et ferme de son amant.

Soudain, Sasha referma sa main sur les longues mèches d’Angus et tira en arrière. Angus relâcha son pénis avec un petit pop, le son se répercutant dans la pièce comme un bouchon de champagne. Angus leva un regard interrogatif, tentant de maintenir l’inquiétude à distance.

Était-il allé trop loin, trop vite ?

— Arrête, je vais jouir !

Angus laissa échapper un soupir discret. Si ce n’était que cela, c’était au contraire qu’il remplissait correctement son office.

— Dis-moi ce que tu veux, Sasha. Je suis tout à toi. Dis-moi ce que tu veux, répéta-t-il son regard fixé sur ses beaux yeux troublés.

Sasha se mordilla la lèvre.

— Aime-moi, chuchota-t-il.

— Comment ? insista Angus. Comment veux-tu que je t’aime ?

Un autre silence.

— On a tout notre temps, bébé. Nous ne sommes pas pressés. Rien ne nous oblige à aller jusqu’au bout ce soir, ni même à vouloir aller plus loin que ce qu’on a déjà fait. Il y a pléthore d’hommes gays qui n’aiment pas le sexe anal, tu sais. Il existe beaucoup d’autres voies à explorer si tu n’es pas prêt.

Quand bien même Angus adorerait se repaître du moindre centimètre carré du corps du Sasha, ne laissant aucun endroit inexploré, il lui devait de lui offrir une voie de secours s’il le souhaitait. Ils avaient réellement tout leur temps pour examiner toutes les possibilités qui s’offraient à eux, sexuellement parlant.

Sasha parut parvenir à une décision. Son regard se fit déterminé, s’emplissant de passion, de désir, d’amour tant et si bien qu’Angus en rougit. Ils se sourirent.

— Je veux tout. Fais-moi entrer dans ton univers.

Angus hocha lentement la tête alors que son sourire se faisait plus large.

Depuis quelques jours, il gardait une bouteille de gel lubrifiant dans le tiroir de la table de chevet. Il l’attrapa, de même qu’un préservatif, et se réinstalla entre les jambes écartées de Sasha. L’inquiétude était de retour dans ses yeux, alors Angus s’empressa de le rassurer.

— Tu m’arrêtes quand tu veux. Le but du jeu, c’est d’éprouver du plaisir. Si tu n’en éprouves pas, on essaiera autre chose. D’accord ?

Sasha hocha la tête sans dire un mot, l’inquiétude diminuant peu à peu jusqu’à ce que ses traits se relaxent de nouveau.

Angus plongea le nez dans le nid de boucles serrées à la base de la verge de Sasha, inhalant l’odeur subtilement masculine de son intimité. Il resta là quelques secondes à peine, enregistrant le souvenir comme l’odeur de son foyer. C’était dans le corps de Sasha qu’il avait trouvé sa place.

Il reprit la fellation avec autant de douceur qu’auparavant, laissant sa salive couler le long de la roideur turgide. Du plat du pouce, il collecta le surplus de moiteur pour l’étaler sur toute la zone, jouant de la main avec les testicules gonflés qui n’attendaient qu’une chose, qu’on s’occupe d’elles. Il les obligea, tour à tour taquinant du bout de la langue et suçant à pleine bouche les deux orbes fragiles. Sous ses bons soins, Sasha perdit le contrôle, gémissant de plaisir sans discontinuer, se tortillant encore et encore. Angus lui écarta davantage les jambes, dévoilant l’étoile rosée dont il avait fait son objectif. Insidieusement, sa langue dévia sa course afin de rajuster son trajet plus au sud. Quand Sasha comprit ce qu’Angus était en train de faire, il fronça les sourcils et fixa ses pupilles dilatées sur lui, ne sachant trop s’il devait accepter ou refuser l’étape suivante. Angus lui jeta un regard rassurant, et Sasha se détendit.

Lorsqu’Angus atteignit sa cible, léchant gentiment la peau plissée, Sasha laissa échapper un soupir torturé, irradiant de plaisir. Après quelques minutes de ce traitement, il était on ne peut plus détendu, visiblement prêt à tout pour qu’Angus continue ses attentions.

Quand il sentit que Sasha était prêt, il versa quelques gouttes de lubrifiant sur ses doigts qu’il frotta pour réchauffer le liquide. Puis il caressa la zone délicatement. Sasha trembla en poussant un énième couinement, indiquant qu’il était effectivement plus que prêt. Doucement, Angus introduit le bout de sa phalange, sans jamais cesser de festoyer à pleine langue, détendant autant qu’il le pouvait le muscle serré. Sasha le laissa entrer relativement facilement, poussant contre lui sans qu’Angus ait besoin de le demander. Avec une lenteur délectable, Angus fit entrer et sortir son doigt de l’étroit fourreau, en ajoutant un autre dès qu’il sentit Sasha capable de le prendre. Puis ce fut un troisième. Ce ne fut qu’une question de minutes avant que Sasha s’empale librement sur les doigts d’Angus comme s’il s’était agi de son membre. Ils transpiraient tous les deux tant l’effort qu’ils fournissaient leur demandait de la retenue.

— Bébé ?

— Hummm, éructa Sasha, le visage tordu en une grimace entre plaisir et torture.

— J’ai besoin de toi. D’être en toi. Est-ce que tu es sûr que c’est ce que tu veux ?

À cet instant, Angus ne pensait pas que Sasha décide de tout arrêter, et ce serait une grande torture pour lui, mais rien n’était plus important que le bien-être de Sasha.

— Viens, coassa Sasha, les cordes vocales érodées par ses cris de plaisir.

Angus ne se le fit pas dire deux fois. Il retira doucement ses doigts pour couvrir son pénis douloureusement dressé de sa protection en latex, puis se repositionna.

Il fixa Sasha des yeux, attendant le feu vert. Quand Sasha hocha la tête, les yeux écarquillés, il s’enfonça tout doucement en lui, le laissant s’adapter un moment avant d’entamer un petit va-et-vient qui lui permit de s’enfouir de plus en plus loin. Quand il fut en lui jusqu’à la garde, il se pencha doucement jusqu’à atteindre ses lèvres.

— Tu es tout ce que j’ai rêvé d’avoir, lui souffla-t-il.

Ses lèvres se firent velours sur les siennes, cueillant délicatement l’amour qui perlait au coin de sa bouche. Et ce fut dans cette position, front contre front, intimement imbriqué l’un dans l’autre, qu’ils donnèrent et prirent ce dont ils avaient besoin, exprimant par leurs gestes ce qu’ils avaient de plus précieux.

Angus faisait son maximum pour se retenir et offrir à Sasha le plaisir de jouir en premier. La sueur coulait dans le creux de son dos, alors que ses efforts se faisaient de plus en plus visibles. Bientôt, Sasha enroula ses longues jambes autour d’Angus, les rapprochant tout en imprimant un rythme plus soutenu de ses hanches impatientes. La frénésie prit alors le pas sur la retenue. Suant et haletant, dans les bras l’un de l’autre, ils cherchèrent ensemble une issue à cette course débridée, courant tous deux après un orgasme qui les submergea presque simultanément. Angus s’autorisa à jouir quand il sentit les muscles internes de Sasha se contracter autour de lui et ses rubans blancs et chauds se répandre entre eux.

Le tiraillement qu’il éprouvait dans ses bourses pleines explosa dans un éclair blanc si puissant que ses mouvements s’altérèrent, désordonnés jusqu’à le pousser à s’arrêter. Angus laissa échapper un cri guttural, son sexe enseveli aux confins de Sasha. Il ne savait plus ce qu’il faisait et pourquoi, si ce n’était qu’il était là où l’amour était né.

Quelques minutes passèrent, au cours desquelles Angus sentit son érection diminuer, le contraignant à changer de position. Sasha émit un petit son plaintif lorsqu’il se redressa, mais ne bougea pas, ses traits décontractés et un tendre sourire sur ses lèvres. Angus se débarrassa du préservatif dans la salle d’eau attenante, et attrapa de quoi les nettoyer tous les deux. Il revint bientôt vers Sasha, effaçant les traces de son plaisir sur sa peau frémissante. Enfin, il reprit sa place aux côtés de l’homme qui était l’amour de sa vie.

Dans un soupir, Sasha se tourna vers Angus, recherchant sa chaleur et sa présence rassurante et se blottit tout contre lui. Angus tira les draps sur eux, en se faisant la réflexion qu’il n’avait jamais été aussi heureux. Il espérait de tout cœur que c’était le cas également pour Sasha. Il sombra dans les bras de Morphée, un large sourire aux lèvres.

 

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