Vers le soleil
4 - Sacha 14 Août 2018
4
SACHA
14 AOÛT 2018
11 h 30
Le parc aquatique est à plus d’une heure de route de notre gîte paumé dans la brousse, et Sienna a décidé de faire un somme, histoire d’être – je cite – « au top pour les pistes noires ». Oui, dans toutes les disciplines de glisse, il y a ce code couleur bleu/rouge/noir, y compris dans le jeté de touriste sur toboggan humide.
Le gîte que Tess a réservé est situé en périphérie de San Casciano in val di Pesa, petite commune perchée au cœur de la Toscane, elle-même en périphérie de Florence. La périphérie de la périphérie, eh bien ça signifie la cambrousse totale. Une fois la route principale quittée, il faut rouler cinq minutes sur une piste cabossée avant d’apercevoir la grande bâtisse appartenant à notre hôte. Nous sommes arrivés à destination hier soir vers 23 heures, et nous avons dû nous arrêter deux fois sur le sentier afin de laisser passer quelques lapins. Sienna était comme une folle, elle voulait aller les caresser, j’ai eu bien du mal à la convaincre qu’ils n’allaient pas l’attendre… Le gîte est petit mais confortable. Et l’emplacement est central. De là, on peut rayonner chaque jour vers une nouvelle découverte. La contrepartie, c’est qu’on est loin d’à peu près tout. Mais c’est le prix de la tranquillité.
Lorsque notre hôtesse, Chiara, nous a fait visiter la propriété ce matin, j’ai vu les yeux de Sienna briller. Et pas seulement parce que Chiara est haute en couleur : grande et mince, la cinquantaine flamboyante, la chevelure d’un noir profond tirant vers le violet, moulée dans une robe de soirée rouge et juchée sur des sandales compensées du même coloris, Chiara me rappelle l’une des actrices fétiches d’Almodóvar, Rossy de Palma. Même exubérance, même visage que l’on dirait taillé au couteau, même allure à la fois inclassable et hautement reconnaissable, et puis un décalage assez fascinant entre sa sophistication outrancière et le charme simple de sa demeure en pierre, la chaleur de son accueil et de son rire sonore. Sienna l’a tout de suite adorée, et c’est clairement réciproque. Je les observais toutes les deux, déambulant sur le petit chemin de terre menant à la piscine : elles ressemblaient à deux vieilles copines qui se racontaient des blagues dans un gloubi-boulga franco-italien assez nébuleux. Au bord de la piscine, Chiara a offert à Sienna un jus d’orange « pressé ce matin, juste pour toi, cara mia ». Les vignes de chianti à perte de vue, la chaleur, la lumière si particulière de ce matin d’été ont eu raison du petit cœur de Sienna et du mien, il faut bien l’avouer. Nous n’avons pas résisté à l’appel du plongeon.
Je jette un œil dans le rétroviseur. Sienna est déjà endormie, la tête contre un immense poulpe blanc en peluche. Elle devrait avoir des préoccupations de préadolescente, quémander un smartphone, regarder des vidéos de youtubers… mais elle ne fait rien de tout cela. Elle reste une enfant. Au fond, elle n’a pas tellement changé, depuis trois ans. Qu’est-ce qu’elle ressemble à sa mère, c’est fou.
Alors que ma Clio rouge modèle 1998 serpente à travers de grandioses paysages tout en crachotant une climatisation approximative, j’écoute un best of de Jean Ferrat. C’est bien la seule chose que ma mère m’a laissée : un amour immodéré pour les vieilles chansons françaises mélancoliques. Lorsque retentit le refrain de Que c’est beau la vie, je me couvre de frissons, c’est imparable.
Je jette un œil à ma Sienna au bois dormant, en pensant à ces derniers jours passés en tête à tête. C’est elle qui a tracé le trajet :
— Il est en accord avec mon « projet professionnel », m’a-t-elle indiqué le plus naturellement du monde.
Il y a dix-huit mois de cela, Sienna est tombée sur un reportage – qu’elle s’est repassé des dizaines de fois depuis, qui a forgé ce qu’elle appelle son « projet professionnel », et qui n’est ni plus ni moins que la voie la plus difficile qu’elle puisse emprunter. Le reportage montrait une jeune femme, sourde de naissance, ayant travaillé toute sa vie d’arrache-pied pour parvenir à parler. Jour après jour, sans relâche, avec l’aide d’orthophonistes et de sa famille, elle a appris à émettre des sons qu’elle n’avait jamais entendus. Qu’elle n’entendra jamais. Cette jeune femme s’était fixé un objectif qui semblait inatteignable : celui d’exercer un métier pour lequel la parole est essentielle. Et elle y est parvenue. Aujourd’hui, elle est avocate. La conclusion de Sienna, après avoir visionné ce reportage, a été sans appel :
— Puisqu’elle est sourde et avocate, moi je serai la première cheffe cuisinière sans nez.
CQFD.
Une sacrée tête de mule, celle-ci. Un sacré bout de jeune femme, aussi. Impressionnante de courage.
Il y a trois ans, Tess m’a raconté les premiers mois de Sienna, le tâtonnement, l’incapacité des médecins à comprendre pour quelle raison cette enfant ne se nourrissait pas, ne se dirigeait pas spontanément vers le sein de sa mère, pleurait sans cesse. Tess m’a raconté le désespoir, la tristesse, la solitude face aux regards accusateurs, et puis ces mots terribles, que personne n’a jamais prononcés mais qui tournaient en boucle dans sa tête : « mauvaise mère ». Incapable de nourrir son enfant, incapable de la rassurer. Ce n’est qu’à l’âge de trois ans, lors d’un atelier du goût en maternelle, que l’enseignante, observant Sienna avec acuité et bienveillance, a émis une hypothèse. Qui s’est révélée la bonne. Après de longues et fastidieuses batteries de tests, le diagnostic est tombé, comme un soulagement. Comme un couperet, aussi.
Sienna souffre d’anosmie. Autrement dit, elle ne perçoit ni les odeurs, ni les saveurs. Qu’elles soient fortes, faibles, délicieuses ou dérangeantes, rien n’y fait, Sienna y est hermétique. Son nerf olfactif est inopérant, et ce depuis sa naissance. Il n’y a aucun remède, aucune perspective d’amélioration. Sienna ne prend pas de plaisir à manger. Pour elle, les repas sont monotones, seules les textures et les couleurs diffèrent. Aussi sont-ils la plupart du temps expédiés en quelques minutes, engloutis à défaut d’être appréciés.
Si l’on se concentre sur le positif, depuis le diagnostic, Sienna mange enfin.
Elle ingurgite sans plaisir, mais elle se nourrit.
Tess, de son côté, se heurte la plupart du temps à des murs d’incompréhension. Et à la hiérarchie des handicaps. Tess entend régulièrement cette rengaine : sa fille est en bonne santé, ça n’est pas comme si elle était aveugle ou sourde.
Pourtant les dangers sont bien là. Omniprésents dans l’esprit de Tess, sans cesse sur le qui-vive. L’odorat est un sens d’alerte, c’est lui qui nous ordonne de fuir. Une casserole qui brûle, une odeur de gaz, un relent nauséabond émanant d’un aliment avarié, autant d’informations qui sont inaccessibles à Sienna. Nombre d’anosmiques sont d’ailleurs chaque année victimes d’intoxication alimentaire, et on estime qu’un anosmique aura au cours de sa vie au moins un accident domestique lié à son trouble.
Et que dire de la violence des autres ?
L’enfance, c’est aussi le lieu des petites infamies.
Il a bien fallu prévenir l’école de Sienna, afin d’éviter qu’elle soit mise en situation d’échec, ou en danger. Très vite, les autres gosses l’ont appelée « la fille sans nez ». Et chaque moquerie a gravé une douleur dans le creux de son cœur, l’incitant à se replier sur elle-même, à s’isoler. Au cours de sa courte vie, Sienna a vu son manteau badigeonné de jus de poisson, son cartable envahi de boules puantes, son plat de pâtes agrémenté d’un laxatif. Sans parler des moqueries lorsqu’il lui est arrivé de marcher dans une déjection canine, ou des classiques « Pouah ! Mais tu pues ! » à la fois faux, gratuits, déstabilisants et destructeurs.
Sienna ne sera jamais comme les autres. Elle ne connaîtra pas le parfum des fleurs coupées, de la terre, du bois, de la pluie, des fruits gorgés de soleil. Et ses souvenirs seront privés d’une dimension essentielle : qui peut prétendre que ce qui reste de l’enfance n’est pas étroitement associé aux réminiscences olfactives ? Pour moi qui ai sniffé nombre de colles Cléopâtre, salivé d’impatience devant une glace à la réglisse, un Carambar ou une fraise artificielle aussi gélatineuse qu’addictive… imaginer un monde sans goût et sans odeur fait l’effet d’une castration. Après tout, si les réseaux sociaux ont démocratisé le #foodporn, c’est bien parce que le plaisir gustatif est une jouissance corporelle. Sans madeleine de Proust, sans odeur associée à sa propre mère, à ses amoureux ou ses enfants, la vie entière de Sienna sera amputée d’une grande partie des plaisirs de la vie, tout simplement.
Sauf si elle s’en crée de nouveaux, bien à elle.
Son idée pour ce trajet, c’était donc de faire, sur trois jours, trois étapes gastronomico-parfumo-éducatives.
Le premier arrêt décidé par Sienna était en Auvergne, dans le village de Saint-Nectaire. Passer par l’Auvergne pour aller en Toscane, ça n’est pas le chemin le plus court, mais nous sommes en vacances, alors pourquoi pas ? Sienna voulait tout savoir de la fabrication et des caractéristiques organoleptiques de ce fromage qui la fascine par sa texture. Nous avons visité une ferme, et les producteurs ont eu la gentillesse de lui expliquer la totalité du processus de fabrication, avec force détails. Emprésurage, décaillage, moulage, pressage, mise au froid, affinage, tout y est passé. Sienna était captivée. Moi aussi, mais tout de même beaucoup moins, il faut bien l’avouer. Elle a noté tous les adjectifs utilisés pour décrire les odeurs, les saveurs liées à la dégustation de ce fromage – il paraît qu’il a « un goût inimitable de noisette, reconnaissable entre tous ». Personnellement je ne vois pas le rapport, mais Sienna était étonnée et ravie de cette comparaison. Ses yeux pétillaient, son sourire ne mentait pas.
L’étape suivante, c’était la Provence. Deux journées complètes, car Sienna voulait découvrir une liste de recettes à faire pâlir d’angoisse le moindre candidat de téléréalité culinaire : bouillabaisse, ratatouille, tapenade, aïoli, fougasses, mais aussi calissons, navettes, nougats noir et blanc… J’avais parfaitement préparé notre périple, et lui avais réservé une surprise de taille : j’étais parvenu à convaincre à Marseille, Aix-en-Provence, Sanary, Hyères et Saint-Raphaël des spécialistes reconnus dans chacune de ces disciplines gustatives d’accorder à Sienna un peu de leur temps et de leur savoir-faire. Chacun d’entre eux était emballé par ce projet fou qui l’anime. J’ai été spectateur et photoreporter de ces moments magiques.
Pour le lendemain, j’avais prévu un dernier arrêt à Grasse, afin de visiter le musée du parfum, mais nous nous sommes levés tard et, avec la circulation dense de ce long week-end du 15 août, je me suis dit que nous risquions de louper l’horaire limite d’arrivée au gîte toscan. Sienna était un peu déçue, mais il est désormais prévu de passer par Grasse au retour, avec Tess.
*
15 heures
Le parc aquatique, c’est l’enfer de la promiscuité. Des centaines de touristes luisants de crème et de transpiration se collant les uns aux autres afin de ne surtout pas perdre leur place dans les interminables files d’attente. Pour quiconque a des complexes, c’est un lieu paradoxal : on y trouve tous les types de physique, toutes les nuances de couleur de peau – y compris le rouge zébré de blanc, me fait remarquer Sienna en me désignant un homme ayant visiblement très mal étalé sa protection solaire. Je le lui signale, mais il m’assène une tirade en italien qui doit signifier « Mêle-toi de ce qui te regarde, connard » au vu de la tonalité on ne peut plus aimable… Ça m’apprendra à vouloir rendre service !
Je n’aime pas les parcs aquatiques. Le seul point positif, c’est que les smartphones ne résistant que très moyennement à l’eau, les êtres humains 2.0 que nous sommes se retrouvent sans autre moyen de distraction qu’une bonne vieille conversation. Et ça, c’est extraordinairement dépaysant. Au parc aquatique, les gens se parlent, rient, n’interrompent pas leurs conversations par des regards automatiques jetés vers leurs objets connectés. Ils sont dans la vraie vie. Serrés comme des sardines à l’huile de bronzage, mais dans la vraie vie.
Et puisque nous sommes dans la vraie vie, je propose à Sienna tout un tas d’activités vieillottes – même si elle prétend le contraire, je sais qu’elle les adore. Elle ne se fait d’ailleurs pas prier. Charades, devinettes, invention de mots… et puis notre passe-temps préféré : le repérage de ceux dont on pressent qu’ils vont perdre leur maillot dans la descente. Le jeu consiste à ne pas les lâcher du regard, et à attendre. Nous sommes devenus experts, et à chaque pose gênée de celui qui tente de garder un semblant de dignité alors même qu’une centaine de personnes viennent de découvrir une partie de son anatomie, Sienna éclate de rire et me tape discrètement dans la main.
*
18 heures
Fin de journée, j’autorise Sienna à faire une dernière descente toute seule et me dirige vers les vestiaires. En passant devant la buvette, je note un attroupement de baigneurs autour d’une télé allumée.
Je n’y aurais pas prêté attention si les visages des spectateurs ne m’avaient pas inquiété. Je m’approche. Autour du poste de télévision règne un silence religieux. Plusieurs personnes ont une main posée sur la bouche. Les yeux sont écarquillés, les mines fermées. Une femme serre sa fille dans ses bras et effectue un signe de croix. Que regardent-ils ?
Je remarque le bandeau rouge en bas de l’écran, comprends qu’il s’agit d’une chaîne d’information en continu. Les images défilent, terribles. Des maisons effondrées, des pompiers sur les décombres, des visages en pleurs. Je frissonne. Un tremblement de terre. L’Italie est un pays régulièrement endeuillé par les séismes, la plupart du temps vers le centre du pays, me semble-t-il.
Je m’approche encore, et c’est là que je les vois pour la première fois. Ces mots, impossibles.
« È crollato il ponte Morandi a Genova. »
Je frémis. Et l’espace d’un instant une confusion – un refus de comprendre ? – s’installe dans mon esprit : de quelle ville parle-t-on ? Genova, est-ce Genève ou Gênes ? Je demande à une dame à côté de moi, sa réponse est sans appel.
C’est bien Gênes.
Je bénis le ciel d’avoir choisi italien LV2, et demande à cette même dame :
— Mais ce pont, c’est… le pont principal, celui de l’autoroute ?
Elle acquiesce, l’air grave.
Je me souviens très bien de ce pont. Sienna et moi sommes passés dessus hier après-midi. La vue était splendide, et je me rappelle avoir pensé : Tiens, on doit passer tout près de chez Francesca.
J’ai la tête qui tourne, j’ai besoin de m’appuyer contre le pilier à ma gauche.
— Monsieur, vous allez bien ? Vous êtes tout pâle, vous devriez vous asseoir.
— Est-ce qu’ils ont dit… Est-ce qu’il y a des blessés ?
Je n’ose pas aller au-delà du terme « blessé ». Mon cerveau s’y oppose.
Elle hésite un instant, puis me dit tout bas :
— Au moins vingt personnes sont mortes. Sans doute plus. Les recherches ne font que commencer. Il y avait beaucoup de voitures qui passaient à ce moment-là… et des habitations en dessous.
Mon cœur accélère. Ma respiration aussi.
— À… quelle heure est-ce que ça s’est produit ?
— En fin de matinée, vers 11 h 30. Il a suffi d’une minute.
Mon Dieu, Tess.
Nous l’avons eue au téléphone juste après 11 heures, je le sais puisque je regardais ma montre à cet instant-là, je calculais mentalement notre heure d’arrivée au parc aquatique.
Il a suffi d’une minute.
J’ai anormalement chaud tout à coup, je sens le sang battre mes tempes.
— Asseyez-vous, monsieur, il vaut mieux, vous me faites peur, vous avez l’air de quelqu’un qui va faire un malaise…
Je m’assieds. Je reste ainsi quelques instants, incapable de prononcer le moindre mot.
Puis je prends quelques profondes inspirations, et me raisonne. Je me dis qu’il ne faut pas s’inquiéter, que tout va bien. Que tout va forcément bien. C’est une portion du pont qui s’est effondrée, c’est forcément une autre portion de ce putain de pont. Pas celle en dessous de laquelle vit Francesca.
La priorité, c’est de récupérer mon téléphone, et d’appeler Tess. Elle me répondra immédiatement et me dira :
— J’ai essayé de t’appeler toute l’après-midi !
Je lui répondrai que mon téléphone était à la consigne, que nous étions pour ainsi dire coupés du monde avec Sienna, elle continuera :
— Tu as vu cette catastrophe terrible ? On était juste à côté. Mais tout le monde est sain et sauf, ne t’inquiète pas. Je vais rester un peu avec Francesca et Livio, ils sont choqués. Embrasse Sienna pour moi.
Je sors de mes dialogues imaginaires, gonflé d’espoir.
Je souris, me lève en saluant cette gentille dame qui doit décidément me prendre pour un fou, moi qui suis passé par une palette de sentiments diamétralement opposés en l’espace de quelques secondes.
— Merci, je vais bien. Au revoir, madame.
Je cours aux consignes.
Sienna n’est pas encore arrivée.
Je ne veux rien lui montrer de mon émotion, je dois me dépêcher.
J’ouvre le casier, saisis mon téléphone au fond de mon sac à dos, enlève le mode avion.
Un bip. Un SMS.
Je bloque ma respiration, ferme les yeux à demi lorsque j’appuie sur l’icône, et répète dans ma tête « Tess Tess Tess Tess Tess ». Comme une prière.
J’ouvre les yeux. C’est une publicité pour me dire que tous les IKEA seront ouverts le 15 août. Mais qu’est-ce que j’en ai à foutre !
J’appelle ma messagerie. Pas de nouveau message.
J’appelle Tess. Répondeur. J’appelle Tess, de nouveau. Répondeur, de nouveau.
— Tess, c’est Sacha. J’ai vu les images du pont, je suis inquiet. Rappelle-moi dès que tu as ce message. Je t’embrasse.
Je cherche le numéro de Francesca, debout dans ce vestiaire humide. Je suis entouré de dizaines de touristes qui braillent, s’interpellent et rient, mais il me semble que je n’entends plus rien. Rien d’autre que le bouillonnement du sang dans mes tempes.
J’appelle Francesca. Répondeur. Trois fois.
Mon cœur s’emballe. J’ai l’impression qu’il va sortir de ma poitrine.
— Tonton ? Tu faisais quoi ? Je t’attends depuis cinq minutes dehors.
Sienna se tient debout devant moi.
Je dois me reprendre. Ne rien laisser paraître. Ne pas l’inquiéter.
— Désolé, je pensais que le rendez-vous était ici, à l’intérieur. Tiens, prends tes affaires, change-toi et allons-y. On a une grosse heure de route, et je meurs de faim.
— Oh oui moi aussi ! On peut manger des pici comme hier soir ? J’aime bien leur texture, à ces grosses pâtes-là…
— On peut, mon myosotis.
Elle se hisse sur la pointe des pieds, et dépose un baiser sur ma joue.
— T’es le meilleur, tonton !
— Je sais, je sais…
J’esquisse un grand sourire, que j’espère convaincant.
Sienna s’éloigne. Et moi, je ne parviens pas à empêcher ces quelques phrases de tourner en boucle dans ma tête :
Au moins vingt personnes sont mortes. Sans doute plus. Les recherches ne font que commencer.
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