Bons baisers de New York
Chapitre 25
Je respire profondément. L’air vivifiant de l’extérieur remplit mes poumons. Je suis de nouveau en mesure de réfléchir.
Merde.
Que s’est-il passé ? Et plus important encore, comment ai-je pu réagir de façon aussi idiote ? Rudy se montre vulnérable, il écrit une chanson pour moi, et qu’est-ce que je fais ? Je me précipite dehors comme si j’étais poursuivie par une horde de chauves-souris enragées !
Me frayant un passage entre les gens agglutinés sur le trottoir, je murmure à mon intention :
— Espèce de connasse.
D’accord, Rudy n’est pas mon genre, mais depuis, cela ne m’importe plus. En revanche, ce qui m’importe, c’est que je n’ai pas l’impression qu’il est sérieux avec les filles. Et que j’ai à présent un bon voisin et ami proche à New York, que je ne veux pas perdre.
Mais il est indéniable qu’il me fait ressentir des choses que je n’ai jamais ressenties, même avec Fedde. Ce n’est pas sans raison que j’éprouve une jalousie disproportionnée quand quelqu’un flirte avec lui. Je me sens bien en sa compagnie si bien que c’en est presque effrayant. Et il a l’air de m’accepter comme je suis. Il n’a pas honte de moi quand je jacasse comme une pie et ne me regarde pas d’un air désapprobateur quand j’enfourne des tonnes de nourriture.
Au loin, le pont de Williamsburg se profile, les lumières ornant les câbles inclinés scintillent dans l’obscurité. Je frissonne, il fait froid, et dans ma hâte j’ai oublié d’aller chercher mon manteau.
— Emma ! Bon sang, Emma, attends !
La voix vient de si loin que je me demande si je n’ai pas rêvé.
Je me retourne et aperçois Rudy qui, slalomant entre les gens, vient vers moi en courant. Ses joues ont rosi et le bout de son nez est rouge. Il fait vraiment un froid de canard. Finalement, il s’arrête devant moi en dérapant et me lance un sourire hésitant.
— Ai-je chanté si faux que tu ne pouvais plus le supporter ? demande-t-il, tentant de minimiser la signification de sa chanson.
Je secoue la tête et sens mes cheveux danser autour de mon visage.
Je murmure :
— Non, c’était magnifique. Le texte… ta voix… la guitare… c’était parfait.
Ses yeux glissent sur mon visage, à la recherche de quelque chose qu’il ne semble pas trouver. Puis il détourne le regard. Finalement, il laisse filtrer un petit rire narquois et enfonce brusquement les mains dans ses poches.
La voix un peu tremblante, je lui demande :
— Quoi ?
— Est-ce que c’est parce que je n’ai pas réussi dans la vie ? demande-t-il d’un ton glacial. Parce que je gratte la guitare dans des bars et que je suis serveur de café ?
Je le regarde d’un air choqué après qu’il m’a balancé les mêmes mots que Sebastian cet après-midi.
— Comment… ?
— On entend tout dans le bar, répond-il en haussant les épaules. Donc, c’est ça la raison ? Tu ne me trouves pas assez bien pour toi ? Tu préfères les hommes qui portent une Rolex et qui dépensent mon salaire mensuel pour s’acheter un costume Armani ?
Vexée, je m’écrie :
— Non, absolument pas ! Comment peux-tu penser ça de moi ?
— Alors qu’est-ce que c’est ? Car détrompe-toi, si j’avais l’impression que tu ne ressentais rien pour moi, je n’aurais vraiment pas chanté cette stupide chanson pour toi. Je ne mets généralement pas un point d’honneur à me ridiculiser.
— Tu ne t’es pas…
— Bien sûr que si ! Si je ne l’avais pas fait, nous n’aurions pas cette discussion.
— J’ai du mal à croire que tu es vraiment sérieux.
— Quoi ?
Rudy me fixe d’un air incrédule.
— J’écris une chanson pour toi, la chante devant une salle comble, et tu as peur que je ne sois pas sérieux ? s’exclame-t-il.
J’avance d’un pas. Ses narines frémissent.
— Fuck, Emma, je suis sérieux. C’est toi qui n’oses pas, qui as peur d’être blessée. Crois-tu que ce soit différent pour moi ? Après ce que je t’ai raconté aujourd’hui ? Bien sûr que j’ai peur ! Chanter cette chanson en public est la chose la plus effrayante que j’ai jamais faite, même en comptant la fois où j’ai dû aider Joey à aller aux toilettes quand il s’était cassé la hanche !
Je me mords la lèvre. Devant moi se tient un homme fantastique et disponible, qui me déclare son amour, un homme dont – soyons honnêtes – je suis amoureuse, et j’hésite. J’hésite.
Rudy patiente quelques secondes en retenant sa respiration mais comme je ne réagis pas, il baisse les yeux et soupire, vaincu.
— Laisse tomber, marmonne-t-il avant de tourner les talons.
— Attends ! m’écrié-je en saisissant son bras.
Il s’arrête et se retourne lentement, vulnérable.
Je fais un pas en avant, puis un autre, jusqu’à ce que le bout de mes escarpins touche celui de ses boots à lacets.
Je monte sur la pointe des pieds et murmure :
— Tu as raison.
Alors que je me rapproche de plus en plus de lui, ses pupilles se dilatent. Maintenant, c’est lui qui semble hésiter, mais avant que je puisse battre des paupières, ses lèvres se posent sur les miennes.
Le brouhaha autour de nous, les klaxons des voitures et la musique sortant des bars : tout disparaît à l’arrière-plan quand Rudy plonge ses doigts dans mes cheveux. J’agrippe son tee-shirt dans une tentative de l’attirer plus près de moi. Je me colle à lui. L’air glacé de novembre ne m’incommode plus. Nos corps entrelacés dégagent suffisamment de chaleur pour nous deux.
Je l’embrasse à pleine bouche. Un léger gémissement s’échappe de sa gorge. Sa main glisse vers mes fesses et il me soulève. J’entoure sa taille de mes jambes. Je ne fais aucun cas des sifflements et du chahut des gens qui nous entourent, et me rends à peine compte que Rudy arrête un taxi et nous hisse sur la banquette arrière. Il marmonne notre adresse sans décoller ses lèvres des miennes, avant de reprendre là où il s’était arrêté. Ses mains sont partout : sur mes fesses, ma taille, mes seins. Je le veux contre moi. Encore plus près.
— Pas de galipettes dans mon véhicule !
Le chauffeur regarde d’un air hargneux dans son rétroviseur.
Je me mets à rire et Rudy s’esclaffe. Il pose alors de manière convenable ses mains sur mes vêtements, mais il continue à m’embrasser. Je soupire de désir lorsqu’il arrive dans mon cou.
Quand le taxi s’arrête devant notre bâtiment, Rudy lui tend quelques billets sans attendre le prix de la course. En entendant le ton surpris du chauffeur lorsqu’il le remercie, je me dis qu’il a dû lui donner beaucoup plus que nécessaire. Mais Rudy a l’air de s’en moquer. Il prend ma main et m’entraîne hors du taxi. Nous montons en riant les escaliers menant à la porte d’entrée, que Rudy met quelques minutes à ouvrir avec ses clés.
Lorsque la porte s’est refermée, Rudy embrasse mon sourire. Il me soulève et me pousse contre le bois, tandis que ses hanches appuient langoureusement contre les miennes. Je gémis et tire fébrilement sur sa ceinture. Je ne veux plus attendre.
— Pas ici, murmure-t-il contre mes lèvres.
Soudain, le hall a disparu. Rudy me porte apparemment sans effort jusqu’à notre étage, sans décoller ses lèvres des miennes. Ses longs doigts s’enfoncent dans mes fesses et l’escalier grince sous notre poids.
Si j’avais pensé que nous ne nous contrôlions plus, j’avais tort. Car lorsque nous nous retrouvons dans l’appartement de Rudy, il me couvre de baisers enflammés. Sa langue explore chaque millimètre de ma bouche et quand il embrasse mon menton, j’avale une goulée d’air, parce que ces dernières minutes, j’avais presque oublié de respirer.
Il m’appuie contre le mur. Je serre mes jambes fiévreusement autour de sa taille pendant qu’il enlève ma robe. Il embrasse mon cou, mes joues… Ses dents jouent avec les lobes de mes oreilles avant que ses lèvres ne trouvent le creux de mon cou.
Je n’en peux plus. Ma poitrine se soulève de plus en plus vite lorsqu’il écarte les bonnets de mon soutien-gorge et que je sens ses lèvres chaudes. Avec des doigts tremblants de désir, je défais sa ceinture puis le bouton de son pantalon. Je le veux. Tout de suite.
Son jean et son slip tombent sur le sol et je lui enlève son tee-shirt. Mes mains glissent sur son dos musclé, sa taille, ses fesses. Mes doigts suivent les lignes du tatouage que je peux enfin lire, et qui forment, en lettres gracieuses, la phrase : quand les mots ne suffisent plus, il reste la musique. Je l’interroge du regard.
— C’était la devise de mon grand-père, explique-t-il, légèrement essoufflé. Mais si nous en parlions une autre fois ? Même si je l’adore, ce n’est pas son visage que j’ai envie de voir en ce moment.
Il affiche son sourire sexy avant de s’emparer de nouveau de ma bouche.
Gémissant profondément, il presse son torse nu et chaud contre moi et m’embrasse avec fougue. Le mur froid dans mon dos contraste avec le corps brûlant de Rudy.
Il me pose un instant sur mes pieds et fait glisser lentement mes bas vers mes chevilles, caressant de ses lèvres chaque centimètre de peau qu’il dénude. En un rien de temps, mes derniers vêtements ont disparu. Le regard que me lance Rudy accélère mon pouls. Ses pupilles sont dilatées de désir.
Il se lève et reprend possession de ma bouche, tandis que j’enserre de nouveau sa taille avec mes jambes. Mais cette fois, il n’y a plus de tissu entre nos corps nus. Il me pénètre lentement et nous cherchons tous les deux notre souffle, nos lèvres scellées. Puis Rudy commence à se mouvoir. Ses grandes mains passent de mes cuisses à mes fesses. Sa respiration s’accélère. Sa main droite caresse ma joue en feu et il m’embrasse avec ardeur.
Le mur contre lequel j’étais appuyée disparaît soudain. Rudy entoure mon dos de ses bras sans desserrer notre étreinte. Il me porte sur le canapé où, avant cette nuit, nous avions d’autres activités beaucoup plus innocentes. Il s’assoit et me met à califourchon sur lui. Le cuir du canapé colle à mes genoux, et même si d’habitude je trouve ça désagréable, ça m’est en ce moment complètement égal.
Il détache ses lèvres des miennes et appuie son front contre le mien. Son souffle chaud caresse mon visage, ses yeux plongés dans les miens. Les doigts mêlés à mes cheveux, il laisse glisser ses pouces sur mes joues. Dans ses pupilles noires, le désir augmente à chaque mouvement de mes hanches.
Les secondes s’étirent. Je perçois avec intensité chaque caresse, chaque pression et chaque son sortant des lèvres de Rudy.
La pluie bat contre la vitre avec de plus en plus de violence, avant de s’apaiser en un doux clapotis. Rudy me pénètre une dernière fois profondément. Le souffle court, nous explosons en un orgasme fulgurant.
Nous restons infiniment longtemps enlacés sur le canapé. Rudy me chuchote des mots tendres à l’oreille. Je ne pense qu’au moment présent. Autour de moi, le monde devient flou. Je n’ai plus aucune notion du temps et aucune idée de la façon dont, finalement, nous nous retrouvons dans son lit, où nous recommençons depuis le début.
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