Chouette, une ride !

Agnès Abécassis · Chapitre 12 sur 45

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Chouette, une ride !

7 h 30

– Bien sûr, fait l'homme de ma vie, ravi de se montrer utile à mon bien-être.

Le timing est parfait, je range mon maquillage dans ma trousse, ma trousse dans la valisette, j'ajoute coton et lait démaquillant, pyjama moelleux, et là j'entends :

– Dis, c'est normal que ça fasse des trous ?

Toujours concentrée, ma feuille à la main, je me dirige vers lui sans la quitter des yeux.

– Hum ? Qu'est-ce qui fait des trous ?

– Ben regarde, me montre El Marido, embarrassé, avec dans sa paluche ce qui fut autrefois un soutien-gorge.

Et là, je découvre l'objet supposé soutenir mes gros nénés perforé de larges pastilles pleines de vide. Le beau-père de mes enfants avait visiblement oublié cette amusante propriété que possèdent certains tissus synthétiques de fondre si une source de chaleur leur est appliquée dessus directement. Mes autres instruments de suspension étant restés au linge sale, je dois me rendre à l'évidence : c'était mon dernier soutif.

Devant cette catastrophe, trois choix s'imposent à moi :

1. Pleurer et quitter la maison en tenant ma poitrine avec mes mains.

2. Le porter perforé, et me sentir aussi sexy des tétines qu'une danseuse du Crazy Horse.

3. Me taper une barre de rire, et aviser.

Mon tempérament optimiste m'impose le choix n° 3, histoire de donner une leçon à ce râleur qui partage ma vie, et qui frôle l'apoplexie lorsqu'il se rend compte qu'il part travailler avec un bouton manquant à sa chemise.

Je fouille, dans mon tiroir, parmi une collection de soutifs qui ne me vont plus, et en dégote un moins serré que les autres.

Ce week-end s'annonce oppressant.

 

7 h 30

Arrivée à la gare, je fonce braquer un marchand de journaux, selon cette tradition immuable et réconfortante qui consiste, avant chaque trajet, à amasser un plein sac de tous les magazines que je ne lis pas d'habitude.

Tel l'écureuil prévoyant (à tendance timbrée), j'ai besoin de me constituer ces provisions, même si mon voyage ne dure que deux heures. C'est ça, ou bien acheter des paquets de M & M's géants que je picore jusqu'à la nausée, histoire de me tricoter des bas de cellulite, comme mue par une pulsion de survie au cas où le train se retrouverait coincé en Sibérie.

Dans la même optique, je ne me déplace jamais sans avoir sur moi une mini trousse de secours, comportant dosettes de sérum physiologique, lingettes imprégnées d'alcool, pansements, protections hygiéniques, cachets contre la toux, contre le mal de tête, contre le mal des transports, au cas où j'aurais à intervenir d'urgence sur une écorchure en pleine rue, ou à aider une collègue victime d'une migraine foudroyante, à l'heure où les pharmacies sont fermées.

Cette trousse est ce que je considère comme étant la version 2.0 de la névrose de ma mère, qui a veillé durant toute notre jeunesse à ce que ni mon frère Adam ni moi ne sortions jamais, oh non jamais, sans un paquet de Kleenex dans notre poche. Je n'ose imaginer quelle est la manie suivante, amplifiée, que mes minus vont développer à cause de moi…

Cela étant, je file retrouver Véronique, mon attachée de presse, assise à la terrasse d'un café, en train de siroter un petit crème. Emmitouflée dans un manteau de fausse fourrure, elle me fait signe vigoureusement pour que je la rejoigne. Véronique est une femme extrêmement élégante, âgée d'une cinquantaine d'années, toujours le sourire aux lèvres.

Ses cheveux sont très longs, coiffés en une tresse qui lui tombe jusqu'à la taille, et elle ne se sépare jamais d'une chemise cartonnée pressée contre sa poitrine, que je soupçonne d'être vide, sans doute pour se donner une contenance.

Progressant au radar, encore accablée de sommeil, j'avance en pilotage automatique jusqu'à elle. Nous nous faisons la bise, puis nous nous tractons l'une l'autre jusqu'au train qui nous est, ainsi qu'à mes collègues, entièrement réservé.