Chouette, une ride !
Minuit
Fin du dîner. Bien arrosé. Certains vont tituber jusqu'à une taverne prendre un dernier verre ou visiter la ville de nuit, d'autres choisissent d'aller faire bouger leur corps dans l'unique discothèque du patelin, moi je fonce m'écrouler dormir.
Car le lendemain, rebelote.
9 h 30
Le salon ouvre à dix heures, ça me laisse au moins… trois minutes pour explorer au pas de charge plusieurs centaines de rues désertes aux boutiques fermées, après avoir pris mon petit déjeuner.
En même temps, la ville, je pourrais très bien la voir à mon retour sur Google Maps.
Du coup, je reprends un autre pain au chocolat.
11 h 30
Je suis invitée sur le plateau d'une radio locale installé sous le chapiteau, en compagnie de six auteurs de thrillers, dans le but de disserter sur le sujet suivant : « Le crime paie-t-il bien ? »
Foin de littérature dans ce débat animé, les gars ont voulu répondre au premier degré pour plaisanter, et ça a dégénéré. Et maintenant, chacun se castagne à coups de pourcentages, à-valoir, chiffres de vente, parts des éditeurs, taux des libraires…
Au vu de l'ambiance, je décide de prendre mon mal en patience et dresse sur le flyer annonçant cette rencontre la liste de mes courses pour la semaine.
Car autour de moi, la bataille fait rage, et je ne me sens pas de plonger dedans.
C'est à celui qui parviendra à monopoliser le plus longtemps la conversation, agrippé au micro, citant le plus grand nombre de fois le titre de son bouquin à l'antenne, à la manière d'un flipper sur lequel on s'acharnerait pour marquer des points-pub, en évitant cependant que l'animateur ne tilte. Lequel est complètement dépassé car chacun coupe la parole à l'autre, sûr de son bon droit, dressé sur son ego, dans une cacophonie permettant aux auditeurs d'en déduire qu'effectivement, le crime ne doit pas payer si bien que ça.
14 heures
Les heures s'égrènent au fil des rencontres avec les lecteurs.
Les chaleureux, les enthousiastes, les timides, les impressionnés, les curieux, les bavards, les fans de la première heure, les demandeurs d'autographes, les mitrailleurs de photos… et les autres :
• Le type intéressé, qui te sature de questions sur ta vie, te demande de raconter chacun de tes livres en profondeur, de résumer chaque scène clé, de détailler chaque personnage, et finit par conclure au bout d'une demi-heure de prise de ciboulot que c'est bon, tu l'as convaincu, il ira emprunter tes romans à la bibliothèque.
• La femme qui regarde le dos du livre, puis l'affiche au-dessus de ta tête, puis qui te regarde, avant de scruter à nouveau la couverture, encore l'affiche, et finalement se renseigne : « C'est pas vous, l'auteur ? Si ? Ah ben vous êtes plus belle sur la photo. »
• Le type qui passe lentement en revue chaque écrivain de ton stand, comme s'il était devant une vitrine, avec la petite moue condescendante de celui qui s'apprête à choisir quelle péripatéticienne il va accepter d'honorer.