Chouette, une ride !

Agnès Abécassis · Chapitre 37 sur 45

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Chouette, une ride !

2 h 35

– Allez, cousine, fais pas ta chochotte. Je te laisserai boire la première.

– Dans ta savate puante ? ! Plutôt crever !

Basil intervient.

– Personnellement, il est hors de question que j'ingère une eau non filtrée. Avec tous les produits chimiques qu'on balance dans l'atmosphère… Et puis je garde mes grolles, hein, elles coûtent un bras, et j'ai froid aux pieds la nuit.

Je tourne la tête vers lui, et ma peau se couvre aussitôt d'une épaisse couche de chair de poule. À la lumière des flammes, il est transfiguré.

Deux coquards noirs auréolent ses yeux, qui ont perdu cette incroyable couleur bleu lagon qui avait failli (oui, « avait failli », j'insiste) me captiver. Enfin, c'est surtout un œil qui l'a perdue, celui qui a vu gicler sa lentille teintée. Il est tout marron, le pauvre. Quant au mascara qui suinte sur ses paupières, il explique avec beaucoup d'humour ce qui faisait l'étrangeté de son regard.

 

2 h 35

 

Jerry continue sur sa lancée :

– Ou sinon, il y a aussi l'option de boire son propre pipi.

Clotilde se met à brailler :

– Mais faites-le taiiire !

 

2 h 36

 

Basil a remarqué que je le fixais avec insistance. Il lève le menton et me demande :

– Qu'est-ce qu'il y a, pourquoi tu me mates comme ça ?

– Non, pour rien… tu as… attends, voilà, je te l'ai enlevée… une petite feuille collée sur l'oreille.

– Merci, dit-il en ramenant sans y penser sa longue frange détrempée vers l'arrière, dévoilant un front, comment dirais-je, qui n'en finit plus d'exister.

Décidément, ce garçon ne se lasse pas de me surprendre. La came de Clotilde serait-elle en définitive de la camelote ?

Cela confirme mes soupçons : ce type-là joue un jeu, et l'idée de passer la nuit dans le même périmètre que lui me fiche sérieusement les jetons.

Comme par hasard, il nous perd d'abord en voiture, ensuite comme un fait exprès, il nous perd en forêt. Ça veut dire quoi, au final ? Que nous sommes perdus ?

Et puis cette manie qu'il a de garder les mains dans ses poches pour en trifouiller le contenu, j'aimerais bien savoir ce qu'elles recèlent…

Heureusement, nous sommes plusieurs à pouvoir nous défendre : on a le choix entre un type qui a séché les cours de gym depuis sa cinquième, une fille qui veille à ses ongles comme si ses doigts se terminaient par des petits caniches en verre filé, et puis il y a moi, qui peux tout au plus utiliser la clé de ma chambre d'hôtel pour le griffer s'il s'approche, à condition de retrouver ma pochette balancée je ne sais où dans le noir.

Raaah, mais c'était dans quel roman, déjà, cette fameuse scène de corps à corps qui se terminait avec un coup de genou dans les glaouis ?… C'était un de mes tout premiers livres… Ah oui, Les Manipulations d'Ute la divorcée .

C'est décidé, je crois que je vais veiller. J'en suis sûre, même.

Le temps que Clotilde se secoue, et réalise qu'à cause de l'incandescence de son fondement, nous sommes coincés ici avec un fou dangereux.

Tout ça parce que mademoiselle s'est offusquée de trois petites gouttes de salive égarées par le garçon charmant que JE lui avais trouvé.

En même temps, je comprends qu'elle soit difficile.

Cette fille est quand même sortie avec Joe, qui piquait son portable pour envoyer des SMS d'insulte à tous les hommes de son carnet d'adresses, avec Marcel, qui avait l'originale particularité de péter en faisant l'amour, avec Siméon, le type qui ne se souvenait jamais de son prénom, avec Karl, le beau ténébreux qui aimait lui emprunter ses sous-vêtements pour les essayer, et je m'arrête là, parce que j'ai l'impression d'égrener la liste des personnages de mon prochain thriller.