Chouette, une ride !
3 h 10
Nous sommes tête contre tête, plaquées le long de la paroi de l'abri rocheux. Nos cheveux se frôlent, ou plus exactement, ses longues mèches se mélangent aux tortillons de caniche de ma coupe trop courte qui n'a pas résisté à l'humidité.
3 h 10
Les hommes, eux, ne dorment pas.
Ils observent la nuit, la pluie devenue très fine qui ricoche à leurs pieds.
Jerry se tourne vers nous, et annonce :
– Demain, on bouge à la première heure. Pas une minute à perdre, on retrouve cette bagnole de merde, et…
– Hé ! Doucement, mec, n'insulte pas ma caisse. On parle d'une voiture qui t'a fait économiser un taxi, là.
– Plaît-il ? demande Jerry, en haussant le sourcil. Mais j'aurais préféré en payer dix, des taxis, plutôt que d'infliger cette souffrance à ma mère. Elle doit être morte d'inquiétude, la pauvre, à l'heure qu'il est. (Il se tourne vers nous.) Je l'appelle toujours avant de me coucher, quand je ne dors pas à la maison.
– À propos de ta mère…, dis-je, en marchant sur des œufs. Tu sais, le texto que tu as reçu, de la maternité où tu es né…
– Il hausse les épaules, fataliste.
– Ne parlons plus jamais de cette histoire. Pour moi, elle est réglée. J'ai pris ma décision, je ne veux pas savoir.
– Savoir quoi ? demande Clotilde.
Perdu dans ses pensées, il semble ne même pas l'avoir entendue.
– Tu sais, me fait-il, les yeux dans le vague. Tu as toujours cru qu'elle m'étouffait, qu'elle m'empêchait de mener ma vie, mais en fait, pas du tout, c'est exactement le contraire. C'est moi qui l'empêche de refaire la sienne. Je n'ai envie ni de grandir, ni de vieillir, ni d'avoir de gosse, les responsabilités me prennent le chou, alors… eh bien, elle s'occupe de tout. Du toit sur ma tête, des repas, de mon linge, et aussi d'éviter que les filles ne s'accrochent à moi trop longtemps, ce qui me convient parfaitement. En réalité, c'est moi son boulet, pas l'inverse.