Chouette, une ride !
2 h 57
– Mais, fait-elle en minaudant à mort devant Basil, avec ma robe mouillée, je risque d'avoir les seins qui pointent… C'est indécent et totalement inapproprié, vu l'endroit.
– Réjouis-toi, durant quelques instants tu auras ainsi l'illusion de remplir ton bonnet A.
Elle accuse le coup, et se redresse pour mieux me toiser. Le climat devient soudain électrique.
– Sache, ô ma perfide amie, sache que quand repoussera ta moustache, c'est-à-dire dans quelques heures, je me gausserai de toi avec la vigueur des petites filles que tu as côtoyées dans la cour de récré avant que la cire ne sauve ta vie sociale.
Je hausse les épaules, vexée comme un pou.
– Allez, on va dire que je ne t'en veux pas, je comprends que tu aies besoin de te consoler de cette cruelle injustice qui marque ton visage : les blondes se fripent plus vite. En même temps tu n'y peux rien, c'est la nature.
– C'est marrant, moi de mon côté j'ai surtout constaté que les brunes étaient infiniment plus poilues. Un retour à la nature ?
– Vade retro, micro-mammellas !
– Femme à fesses !
– Ben profites-en pour leur parler, tiens, ma tête est malade.
– Ah, tu l'admets enfin ?
– Oui, c'est la suractivité neuronale qui m'épuise. Tu peux pas comprendre.
– Dites, les filles…, tente Jerry avec précaution. Sinon, on peut aussi essayer d'attirer l'attention en suspendant mes chaussettes…
2 h 57
Sans lui répondre, je m'allonge par terre, après avoir roulé en boule la veste que je portais, pour m'en faire un oreiller de fortune. Dans l'abri presque complètement ouvert, le petit feu de bois nous procure une douce chaleur, mais je ne suis pas sûre du tout qu'il tienne toute la nuit, vaporisé qu'il est par d'incessantes gouttelettes de pluie.