Chouette, une ride !
12 h 15
Et je prendrais un plaisir fou à lui répondre, méprisante : « Désolée, mais je ne mange pas de ce pain-là. » Ah ! Ah !
Perdue dans mes pensées mégalomanes, j'en oublie presque de saluer les gentilles hôtesses bénévoles venues nous chercher, clonées dans un tee-shirt aux couleurs du salon, pour nous conduire jusqu'à une navette.
12 h 15
Laquelle nous emmène à peine quelques mètres plus loin (les écrivains pratiquant l'essentiel de leur activité physique avec leurs doigts, on doit ménager leurs jambes car ils n'ont plus l'habitude de s'en servir), à l'hôtel.
Nous y posons notre valise et nous débarbouillons (faisons pipi), avant de redescendre dans la grande salle de réception où un buffet a été dressé à notre attention.
13 heures
– Oh, Machiiin, tu es là, saluuut ! (Bisou-bisou.)
– Heyyy, Truuuc, quel plaisir de te revoir depuis le mois dernier ! (Bisou-bisou.)
– Machin, tu connais Bidule ? (Bisou-bisou.)
Incroyable de découvrir avec quelle facilité on copine avec de parfaits inconnus, sous le seul et unique prétexte qu'ils ont publié un livre.
Le mec mal lavé, mal rasé, le cheveu assaisonné de pellicules et qui pue la vinasse, ce mec à qui on aurait donné une pièce avec un petit mot d'encouragement si on l'avait croisé dans la rue, on se rengorge à l'idée d'être vue en sa compagnie parce qu'il a vendu 300 000 exemplaires de son dernier bouquin.
J'avais entendu parler du cerveau reptilien, celui qui fait s'agiter le reptile à la vue d'un décolleté, je constate l'existence du cerveau dindonien, celui qui fait s'agiter la futile à la vue d'une célébrité.
À côté de moi, deux hommes bavardent.