Chouette, une ride !
2 h 13
– Stop ! Allez tous vous faire voir, bande de nazes ! ! Moi aussi j'ai des échardes dans les plantes des pieds, des insectes entre les dents, et j'ai mal aux yeux parce que mes lentilles me brûlent, et… et…
Mon menton a atteint le comble de son agitation, je ne peux plus rien faire, je vais… attention, je vais… ça y est, je fonds en larmes. Clotilde vient s'affaler près de moi, ses nerfs lâchent aussi, nos têtes se rejoignent et nous accordons en rythme la production de notre fluide lacrymal. Nous sanglotons bruyamment, bras ballants, morve au nez, toutes les deux harassées de fatigue et d'angoisse.
Près de nous, un petit oiseau solidaire vient se poser sur une branche basse, et lance quelques mélodieux trilles d'encouragement qui me réchauffent le cœur. Puis, d'un coup d'aile, il décide de rentrer chez lui, parce que c'est bien joli de traînailler en regardant les dames, mais moumoune va encore rouspéter s'il rentre sans rapporter de vermisseau.
C'était bien le seul à sembler s'émouvoir de notre sort, car devant nous se tiennent deux ballots, les poings sur les hanches, en train de se lancer des regards en biais qui signifient : « Bon, on fait quoi, on les laisse ? »
Une goutte tombe sur le bout de mon nez.
Instinctivement, je lève la tête pour voir si notre ami le piaf nous quitte en me laissant un cadeau d'adieu, mais non.
Il commence à pleuvoir.
2 h 13
C'est une petite pluie fine d'abord, de plus en plus drue ensuite.
Elle prend de l'ampleur tandis que nous nous mettons tous les quatre à courir instinctivement vers un abri-sous-roche devant lequel nous sommes passés quelques instants plus tôt.
L'asile est providentiel, et la nuit, avant que les lourds nuages gorgés d'eau ne l'assombrissent totalement, était éclairée d'une pleine lune. Je frissonne lorsque je pense à ce qu'elle évoque dans l'un de mes romans. Pourvu, oh mon Dieu, pourvu que ce Basil n'ait aucun rapport avec le Loverboy qui sévit dans Au secours, il veut m'épouvanter !