Chouette, une ride !
15 - Pas d'inquiétude… ah ben si, finalement
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Pas d'inquiétude… ah ben si, finalement
Un homme digne de ce nom ne doit pas fuir.
Fuir, c'est bon pour les robinets.
Boris Vian
Dimanche, 23 h 30
Moi (les mains en porte-voix). – JERRY, YOUHOUUU ! JERRY, OÙ ES-TU ? !
Clotilde (collée à mes basques). – ALLEZ, QUOI, JERRY, FAIS PAS LE CON… heeu… TENTE, AU MOINS !
Moi (faisant signe à mon amie de se taire). – Chuuut, écoutons pour voir si on entend des bruits de pas…
Mais là, plongées dans l'obscurité, les seuls bruits que l'on perçoit sont ceux de la nuit, une chouette qui hulule au loin, des bruissements de branches d'arbres secouées par une brise insistante, quelques trottinements de petits mammifères nocturnes…
Aucun Jerry.
Pfft, envolé, volatilisé.
Moi (les poings sur les hanches). – Attends, c'est pas possible, on est sorties presque en même temps que lui. À moins d'avoir piqué un sprint, il devrait être à côté, normalement…
Clotilde (avec un gloussement bête). – Il s'est peut-être fait enlever par des aliens ? Huhuhu…
Je me tourne vivement vers elle et la secoue sans ménagement.
– Non mais tu crois qu'on déconne, là ? Tu penses qu'on est en train de s'éclater comme des petits pop-corn ? C'est très grave, ce qui est en train de se passer, Clotilde. Mon cousin a disparu, et c'est à cause de moi ! Tout est de ma faute, ce texto stupide, sur son portable, en numéro masqué, je ne pensais pas une seule seconde qu'il goberait cette blague ! C'est tellement hallucinant, cette histoire… Le pauvre, il n'a peut-être pas tenu le choc, oh putaing, s'il a fait une bêtise, je ne me le pardonnerai jamais.
– Mais de quoi est-ce que tu parles ?
– Écoute, je t'expliquerai après, il faut absolument le retrouver au plus vite. Et accessoirement, faire très attention à ton chéri. Parce que permets-moi de te prévenir que tu as fait un mauvais choix, ce soir…
Elle hausse un sourcil, ironique.
– Mais quand vas-tu donc cesser d'être aussi jalouse ? Basil est un sublime étalon et tu ne le sais que trop. Tu dis ça uniquement parce que ton mari a un double menton et aucun de ses tatouages virils, hein, ça te frustre.
– Oui, je l'avoue, vivre avec un homme qui n'a pas de piercing sur le gland rend ma vie conjugale désastreuse, mais là n'est pas la question. Réveille-toi un peu, ce gars me paraît hautement bizarre… pas toi ? ?
– Pfff… tu lis trop les livres que tu écris.
– Ah oui ?
– Oui.
– Alors dis-moi un peu ce qu'on fait ici, en pleine nuit, à cause d'un type prêt à se couper un testicule plutôt que d'avouer qu'il a « perdu son chemin » ?
– Mais qu'est-ce que tu racontes ? TOUS les mecs sont comme ça !
– Oui, mais lui je le sens pas. Je ne sais pas, je n'ai pas confiance. Je suis sûre qu'il a fait exprès de se paumer. D'ailleurs, où est-il, pendant qu'on parle ? Tu l'entends, toi ?
Clotilde dresse l'oreille quelques secondes, à l'affût du moindre bruit.
La situation n'est pas loin de nous mener tout doucement à la panique, je la sens qui monte, chez elle comme chez moi, alors ma copine, dans un ultime éclair de bon sens, tente de rationaliser les événements.
Clotilde (agitant les paumes de ses mains tournées vers le ciel). – Réfléchis quand même au coup des aliens. Ça pourrait être une explication. Il n'a pas pu se volatiliser comme ça.
Moi (exaspérée). – Ma chérie, tu as quel âge ?
Clotilde (insistante). – Mais pourquoi pas ? !
Moi (en mode « pétage de plombs »). – Raaaah, mais tu m'énerves à la fin ! ! Oh purée de bordel de chiottes, c'est pas possible ! Je suis coincée au milieu de nulle part avec une FOLLE ! Bon. Passe-moi ton portable.
Clotilde. – Laisse tomber, je n'ai plus de batterie.
Moi. – Donne.
En maugréant, elle fouille dans son sac et me tend son Nokia. Je le saisis, et compose fébrilement un numéro.
Clotilde. – Qui est-ce que tu penses appeler, avec ce téléphone vide ?
Moi (énervée). – La mère Michèle. Tais-toi deux minutes… Allô, Agnès ?
Agnès Abécassis. – Oui ?
Moi. – Excuse-moi de te déranger, j'appelle un peu tard, peut-être… ?
Agnès Abécassis. – Ben, un peu quand même, t'as vu l'heure ?…
Moi. – Désolée ! C'est juste pour être sûre : nous ne sommes pas dans une histoire de science-fiction, là ?
Agnès Abécassis. – Ma chérie, qu'est-ce qui t'arrive, t'as les fils qui se touchent ? Pas de science-fiction, ni de surnaturel, rien de ce genre. Et c'est pour ça que tu m'appelles en pleine nuit ? Tu es où ?
Moi. – Dans la forêt, avec Clotilde, on recherche Jerry…
Agnès Abécassis. – Ah ouais, ahah, j'aime bien ce passage, c'est le moment où i… ab… et du c… par… et… al… mais surtout fais att… parce qu…
Moi. – Quoi ? ! Allô ? J'entends pas ! Ça capte pas ! !